Résolution 87

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Les Nations Unies débattent en mars 2048 "du" sujet qui déchire l'humanité et dont personne n'ose imaginer les conséquences : comment survivre à l'explosion programmée du nombre de vieillards sur la planète ? Un "Comité pour l'avenir de l'humanité" emmené par la charmante Noriko Hima propose donc l'impensable: diminuer le nombre de vieux sur terre. Mme Hima défend l'indéfendable avec talent devant l'ONU sur fond de guerre de civile. Elle ne sait pas encore qu'elle trouvera sur sa route un vieux mathématicien grabataire...
Publié le : jeudi 1 juillet 2010
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EAN13 : 9782336270968
Nombre de pages : 137
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À Geneviève, Marie-Hélène et Robert
L’humanité part de zéro il y a quelque six mille ans et y retourne vers l’an 2400…Jean Bourgeois-Pichat Chapitre un Mardi 12 mars 2048, La Balme-de-Sillingy (Savoie) Une douleur lancinante noue les muscles déjà torturés de Théo Bur. Sur le lit, ce corps déformé par le Parkinson, rongé par les escarres, dont la chair flotte autour du squelette, n’a plus grand-chose d’humain. Le sourire patient de Théo illumine pourtant un visage mangé de barbe, aux yeux rendus encore plus brillants par la profondeur des orbites. Comme chaque jour en fin de matinée, Jean est venu masser ce qui reste de muscles autour du corps de Théo et l’infirme lui manifeste sa joie à sa façon. Le corps déformé de Théo ne bouge plus seul. Depuis un an, il peine également à parler. Lorsqu’il tente d’articuler les mots et les phrases qui se pressent dans sa tête, il n’émet que des sons incompréhensibles. Ses poumons, son palais, sa langue, ne fonctionnent plus ensemble. Jean en tient une bonne à raconter à Théo et se la réserve pour la fin de la séance. Jean est ouvrier soudeur. Retraité depuis deux ans, il n’a jamais quitté la petite maison en face de l’atelier de tracteurs forestiers où il a travaillé toute sa vie, en bordure du village, à quelques centaines de mètres d’Accueil et Partage, la maison médicalisée tenue par la congrégation des Petites Sœurs du Sacré-Cœur où Théo réside. La première fois que Jean a rencontré Théo, le vieil homme effectuait sa promenade quotidienne, poussé dans son fauteuil d’infirme par celle qu’il apprendra à appeler « Libellule », une infirmière souriante venue de Madagascar, dont la vivacité et la légèreté ont inspiré l’esprit toujours créatif de Théo. Tout le personnel de la maison de retraite a ainsi gagné un surnom plus ou moins flatteur. Son
bestiaire est peuplé de « Koala stupide », une petite sœur dont les grandes lunettes rondes lui donnent l’allure du marsupial australien, « King Kong », le kiné musclé qui transporte les malades à bout de bras du lit au fauteuil, « Boa paresseux », la directrice, parfois appelée simplement « Grognon ». Le « Dragon », enfin, l’infirmière principale dont la méchanceté reste impunie face à des malades sans défense qui ont perdu au fil des années le courage de se plaindre. L’amitié et la complicité se sont rapidement développées entre Jean et Théo, deux hommes que rien pourtant ne rapprochait dans la vie. Théo, le mathématicien de génie, né en Suisse, professeur au Collège de France, inventeur dans les années 2020 de formules qui ont permis aux chercheurs de franchir des étapes décisives dans le secteur des nanotechnologies. Théo, dont le corps a commencé à ne plus répondre au tournant de la cinquantaine et qui, quinze années plus tard, n’est plus que ce squelette recroquevillé sur le lit devant lequel Jean est penché avec une infinie tendresse. Depuis que Théo a définitivement perdu la possibilité de se faire comprendre, il y a quelques mois, Jean est pratiquement le seul à pouvoir communiquer avec le professeur. Jean, qui peine à lire. Jean, embauché aide garagiste à la mort de sa mère. Jean, qui a appris seul à survivre assez bien dans son minuscule univers : le garage, puis l’atelier de tracteurs. Jean a compris très tôt dans la vie que, pour ne pas se faire écraser, il faut savoir s’adapter aux circonstances. Et même disparaître quand les remous se font trop forts. Il a donc développé une seconde nature qui lui permet de participer à tout, d’entendre tout, de connaître tout, sans être vraiment présent, sans se faire remarquer. Il navigue ainsi à volonté dans les couloirs des grands hôtels, dans les salles de soins des maisons de retraite, dans les garages des maisons de maître de la vallée, où il a conquis la confiance des puissants comme des sans-grades. Aimable, souriant, bon public, toujours prêt à rendre service, il coule des années de retraite heureuse. Une soudure par-ci, une corvée de bois par-là, un peu de peinture, une plomberie à revoir : Jean est là, la moustache et le cheveu bien lisses,
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