Rêves brûlés

De
Publié par

Ahmed meurt d'un cancer du poumon. De l'évocation de ces souvenirs, des intrusions du narrateur dans ce récit accidenté, fragmentaire, des histoires diverses naissent, se croisent, s'achèvent ou restent en suspens. Tranches de vies disparates, parfois aux antipodes, qui vont cohabiter le temps d'une fiction pour donner à voir les possibles de l'existence humaine, son inconsistance et sa dérision.
Publié le : mardi 1 septembre 2009
Lecture(s) : 262
EAN13 : 9782296679498
Nombre de pages : 230
Prix de location à la page : 0,0121€ (en savoir plus)
Voir plus Voir moins
7 jours d'essai offerts
Ce livre et des milliers d'autres sont disponibles en abonnement pour 8,99€/mois
A ZOULIKHA.
"Les désirs qui passèrent sans être accomplis, sans avoir obtenu une des nuits du plaisir ou un de ses lumineux matins, ressemblent à de beaux cadavres qui n'ont pas connu la vieillesse, et qu'on a déposés en pleurant dans un magnifique mausolée, avec au front des roses et aux pieds des jasmins."
Constantin Cavafy
La calèche traversa la place Assarag, à la cadence du trot nonchalant et las d'une ombre de cheval d'un noir terne et s'engagea tant bien que mal dans une rue étroite, sale, bondée. On avançait à peine. Piétons, véhicules, bicyclettes, charrettes et autres O.M.N.I (Objets Mobiles Non Identifiés) se mouvaient fébrilement, s'entortillaient, collaient les uns auxautres, formaient une masse compacte, se décomposaient de nouveau, faisaient semblant d'avancer, remuaient un instant, puis restaient figés, comme paralysés par l'impatience, toussant, vociférant, ronronnant, bringuebalant, dans un nuage de poussière et de fumée. Le cocher avait beau fouetter, jurer, lancer seshuesde! en postillonnant rage, essayer par mille flatteries de faire tourner une rossinante effarée à gauche, puis à droite, piaffer sur la peau de mouton qui couvrait la banquette dure et rouillée, cela n'arrangeait pas les choses, et on restait coincé pendant un long moment à chaque dizaine de mètres. De l'intérieur de leurs boutiques dont on rasait le seuil faute de trottoirs, les épiciers observaient avec
9
pitié et désolation ces figures de cirque qui grimaçaient et se dandinaient de fatigue. A peine la calèche fut-elle crachée par le flot d'engins qui la poussaient à coups de klaxons sur la station de taxis de la Place Talmklat qu'Ahmed en descendit furtivement, comme l'oiseau fuyant subrepticement la cage. Il glissa une pièce de cinq dirhams dans la main de Don Quichotte - comme il l'avait surnommé dans son imagination, durant la traversée houleuse de la rue des bijoutiers - et se perdit dans la foule. Il souffrirait la pression écrasante de la cohue jusqu'au quartier Jamâa Lakbir qu'il gagnerait en prenant la longue, la tortueuse ruelle des bouchers. Après, ilyaurait plus d'espace, et il pourrait reprendre ses flâneries et s'en délecter tout son soûl, sans être dérangé. Il rasait les murs, de peur que quelque monstre de ces véhicules qui roulaient à vive allure malgré le danger que cela pouvait engendrer ne lui rasât les côtes. De rêve en rêve, oubliant la laideur des façades ocre, l'odeur infecte des crottins et les pièges multiples, crevasses, trous, égouts sans couvercle et poubelles où pullulaient les mouches, il arriva à l'Hôpital Mokhtar Essoussi. Il montra un bout de papier au gardien qui se tenait devant le portillon grillagé. On lui libéra l'accès et il traversa le jardin à la flore luxuriante. Il avait toujours gardé une haine puérile et irrationnelle pour les hôpitaux. Il se dirigea vers un pavillon bas préfabriqué et s'engouffra dans la tiède pénombre de son long couloir. Il n'avait pas fait une douzaine de pas qu'au premier détour, il se trouva nez à nezavec une jeune femme de petite taille, vêtue
10
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.