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Roman bambéen

De
108 pages
Décembre 1996, la Bambée, pays (imaginaire) d'Afrique de l'Ouest, s'apprête à vivre ses élections présidentielles. Alpha Sako, premier opposant, arrive à Landé, son fief historique, pour tenir un grand meeting. Il y croise celle qui sera le témoin privilégié de cette campagne électorale où rien ne se passera comme prévu ...
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ROMAN BAMBÉEN
Écrire l’Afrique Collection dirigée par Denis Pryen Dernières parutions Kapashika DIKUYI,Le Camouflet, 2011. André-Hubert ONANA MFEGE,Le cimetière des immigrants subsahariens, 2011. José MAMBWINI KIVUILA KIAKU,Le Combat d’un Congolais en exil, 2011.Aboubacar Eros SISSOKO,Mais qui a tué Sambala ?, 2011.Gilbert GBESSAYA,La danse du changer-changer au pays des pieds déformés, 2011. Blommaert KEMPS,Confidences d’un mari désabusé, 2011. Nacrita LEP-BIBOM,Tourbillons d’émotions, 2011.Eric DIBAS-FRANCK,Destins maudits, 2011. Zounga BONGOLO,L’arbre aux mille feuilles, 2011. Otitié KIRI,Comme il était au commencement, 2011. Mamadou SY TOUNKARA,Trouble à l'ordre public,2011. Liss KIHINDOU,L’expression du métissage dans la littérature africaine. Cheikh Hamidou Kane, Henri Lopes et Ahmadou Kourouma, 2011. Jacques ATANGANA ATANGANA,Les fourberies d'Essomba, 2011. Frédéric TRAORE,La guerre des pauvres et le destin de Hassan Guibrilou. La dent de l’aïeule, tome III, 2011. Frédéric TRAORE,Les affres de l’enfer. La dent de l’aïeule, tome II, 2011. Frédéric TRAORE,Chassé-croisé sur Fadougou. La dent de l’aïeule, tome I, 2011. Lulla Alain ILUNGA,La gestion du pouvoir, 2011. Esther GAUBERT,Brukina, rose du désert, 2011. er Marcel KING JO 1 ,Tina ou le drame de l’espèce humaine, 2011. Aboubacar Eros SISSOKO,La Tourmente. Les aventures d’un circoncis, 2011. Robert DUSSEY,Une comédie sous les tropiques, 2011. Alexis KALUNGA,Vivre l’asile, 2011.
Hélène Millet ROMAN BAMBÉEN L’Harmattan
© L’HARMATTAN, 2012 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-96044-2 EAN : 9782296960442
UN
L’histoire que je vais vous conter ici pourra vous paraître folle, insensée, je vous garantis pourtant son authenticité. J’ai longtemps patienté avant de l’écrire parce que je m’étais engagée à attendre le feu vert du principal protagoniste, devenu un ami sincère. Je ne suis que le dépositaire de souvenirs qui ne m’appartiennent pas mais qui font désormais partie de ma vie.
Lorsque j’ai terminé mes études d’agronomie en France, je suis partie en stage en Afrique de l’Ouest, en Bambée, avec une ONG française, l’Association des Volontaires Français (AVF). C’était en novembre 1996, j’avais 23 ans. Après un séjour d’une semaine à Port-Villa, la capitale, je me suis rendue à Tourégué, en Haute Bambée, par avion. Je devais travailler sur un programme d’appui aux communautés dans la Sous-Préfecture de Madian, à six heures de route de Tourégué. Pour se rapprocher de Madian et rendre le travail plus facile, l’AVF disposait d’une maison en location à Landé. C’est là que je m’installai.
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Landé était une petite ville, il y avait peu d’infrastructures et peu d’occasions de se divertir, avec juste deux bars, un terrain de football et une salle vidéo. Lorsque je suis arrivée, l’électricité et le téléphone ne marchaient plus depuis des mois. Aussi, dés les premiers soirs, je pris l’habitude de discuter avec le vieux gardien de la maison. Nous étions alors en pleine campagne électorale, les élections présidentielles devaient avoir lieu le 14 décembre. Le Vieux ne manquait jamais d’écouter la radio nationale à 20h30, chaque soir, pour entendre les discours des cinq candidats. Nous les commentions ensemble, après qu’il m’eut résumé ceux qui étaient en langues locales, faisant semblant de nous passionner pour un scrutin joué d’avance. Le Vieux avait une affection particulière pour Alpha Sako, le candidat du PPB qui, me répétait-il souvent, dormait dans la maison que j’occupais chaque fois qu’il venait à Landé. C’était un enfant du pays, il avait grandi dans un petit village à côté de Landé qu’il n’avait quitté que pour partir étudier à Port-Villa puis en France. Il était de l’ethnie Kersé, c’était un musulman. Le Vieux m’apprit qu’il ne s’était marié qu’en 1991, parce qu’un candidat célibataire n’avait aucune chance de gagner les élections en Bambée. En 1991, il avait perdu, néanmoins, contre Badara Diallo. Mais le Vieux me disait toujours que si le scrutin n’avait pas été annulé à Landé, Tourégué, Guiniri et partout ailleurs en Haute Bambée, Sako serait arrivé en tête. Et il prévoyait le même scénario pour le 14 décembre 1996.
Certains soirs, en me couchant, je ne pouvais m’empêcher de penser que je dormais sans doute dans la chambre que se réservait Alpha Sako, candidat aux élections présidentielles. Cela me fait aujourd’hui sourire mais j’étais bien naïve alors. A chaque fois qu’au détour d’une conversation, j’entendais le nom de Sako, je tendais l’oreille. Et dès que le Vieux parvenait à se procurer le Chacal, journal satirique bambéen conçu sur le modèle du Canard Enchaîné français, je lui lisais
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à voix haute les articles consacrés à Alpha le Grimpeur. Alpha Sako était surnommé ainsi parce qu’il avait fui d’un stade où il tenait un meeting en escaladant le mur de l’enceinte. Mais je dois avouer que je n’ai jamais vraiment saisi les explications embrouillées du Vieux sur cet évènement. Je n’ai eu connaissance de la vraie version des faits que plus tard.
J’étais à Landé depuis deux semaines et je commençais à peine à prendre la température de la ville. Deux candidats étaient déjà venus en l’espace de ces quinze jours, mais la population n’avait pas vraiment été en effervescence : elle attendait Alpha Sako et savait d’ores et déjà que le Président Badara Diallo ne se risquerait pas dans le fief de l’opposition. Sans cesse des rumeurs couraient quant à la date de la venue du leader du PPB. Les femmes préparaient les boubous aux couleurs du parti et les griots avaient des dizaines de chants de louanges en tête. Enfin, la date fut connue officiellement, ce serait le 2 décembre, soit un peu plus de dix jours avant le scrutin tant attendu. La Délégation de l’AVF à Port-Villa insista pour que je redescende à Tourégué pour ne pas être mêlée à d’éventuels débordements brutaux et dangereux. Je refusai net, prétextant un travail à finir et des rendez-vous er importants les 1 et 3 décembre. Personne ne fut dupe à Port-Villa, mais j’eus gain de cause en promettant de les contacter par radio toutes les deux heures pendant trois jours.
Le 28 novembre, alors que le Vieux venait de ramener du marché mon repas du soir, j’eus la visite du propriétaire de la maison, Mamadou Ba. C’était la première fois que je le voyais. C’était un homme d’une cinquantaine d’années, plutôt petit et très corpulent. Il parlait parfaitement le français pour avoir étudié en France. C’est d’ailleurs là qu’il avait fait la connaissance de Sako ; ils ne s’étaient plus perdus de vue depuis. Mamadou Ba, originaire de Port-Villa, était venu
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s’installer à Landé où il était professeur de physique-chimie au collège. Pour être franche, je rêvais secrètement de sa visite, et ce qu’il me proposa combla mes espérances les plus folles : Alpha Sako serait hébergé chez moi. C’était un homme simple, qui voyageait seul, il ne serait pas dérangé par ma présence, et réciproquement. Je décidai bien sûr de ne pas informer Port-Villa de la venue de Sako chez moi ; je ne sais si le Délégué de l’AVF ne serait pas venu en personne pour me faire partir de Landé et m’envoyer à l’autre bout du pays. En tant que représentante d’une ONG française, je me devais d’observer la plus parfaite neutralité vis à vis de la politique bambéenne, surtout pendant cette période électorale.
er Il était prévu que Sako arrive le 1 décembre et reste deux jours à Landé, soient les 2 et 3 décembre. Les jours qui précédèrent son arrivée, j’eus droit à la visite du comité local du PPB, venu décorer la maison et préparer la chambre de son leader. A ma grande déception, la chambre attitrée de Sako n’était pas celle que j’occupais moi-même, mais la er chambre voisine. Le 1 décembre, j’attendis patiemment son arrivée pendant de longues heures, n’osant quitter la maison. Le Vieux guettait à la porte et regardait passer les voitures avec la fébrilité d’un enfant. Alpha Sako arriva en début de soirée, la lune venait de faire son apparition au-dessus du gros manguier dans le jardin. Son chauffeur lui servait de garde du corps. La voiture qui accompagnait la sienne continua sa route sur un signe de la main. Alpha Sako serra chaleureusement la main du Vieux, puis vint me remercier pour l’hébergement que je lui proposais. Je bafouillai quelques phrases pour lui dire que c’était pour moi un honneur d’accueillir chez moi un haut dignitaire du pays. Il rit vivement en prenant mes deux mains dans les siennes et me dit qu’il n’était rien en Bambée qu’un simple citoyen candidat à une inaccessible présidence.
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