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Sale cafard

De
186 pages
Les événements de feu et de sang de l'année 1943 jettent une ombre menaçante sur le coin de Provence où se sont réfugiés les jeunes protagonistes de ce roman : des adolescents soutenus par les promesses de l'amour et de l'amitié, et unis par une passion commune pour la littérature. Une mystérieuse trahison va les séparer et balayer leurs illusions. Plus d'un siècle après les faits, l'un d'eux se penche sur ce passé avec une nostalgie gentiment ironique et dans un style en concordance avec sa culture et son temps.
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Marguerite Bourdet
Sale cafard Roman
collection Amarante
Sale cafard
Amarante Cette collection est consacrée aux textes de création littéraire contemporaine francophone. Elle accueille les œuvres de fiction (romans et recueils de nouvelles) ainsi que des essais littéraires et quelques récits intimistes.
La liste des parutions, avec une courte présentation du contenu des ouvrages, peut être consultée sur le site www.harmattan.fr
Marguerite Bourdet Sale cafard Roman
Du même auteur Pianoforte, nouvelles(Éditions de la Courtine, Ollioules, 2003). Tour d’ivoire,nouvellesDes femmes- (Éditions Antoinette Fouque, Paris, 2005). Double tour,roman(L’Harmattan, Paris, 2010). Latanière,roman(L’Harmattan, Paris, 2010).Contre-jour,nouvelles(L’Harmattan, Paris, 2011). © L’Harmattan, 2012 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-99644-1 EAN: 9782296996441
À Matthieu, Nicolas et Vladik.
L’espoir n’existe plus. C’était un mot d’enfance.
 FrancisJammes
I
Le passage à l’année 1943 n’apporta aucun changement notoire dans notre vie de famille. Rien de nouveau, sauf une modulation vers le mode mineur dans les propos de nos parents. C’est en effet au début de cette année-là que disparurent de leurs conversations les coutumières prémisses optimistes (« Après la guerre…», «Quand nous rentrerons chez nous...») au profit de propositions conditionnelles chargées de nuances amères ou de grincements rageurs («Si nous arrivons à voir la fin de cette fichue guerre... »,« SiDieu veut que notre maison reste debout après ces maudits bombardements...», « Sion ne finit pas par tous mourir comme des chiens...», «Si l’ennemi ne fait pas un détour exprès pour nous massacrer... »). Ces accès de pessimisme avaient leur raison d’être. Notre ville, que nous avions quittée trois ans auparavant, menacée mais pas soumise encore à l’autorité des nazis, avait dû finalement plier sous la poigne de l’occupant. Bien plus que nous qui, réfugiés à la campagne, trouvions bon an mal an la possibilité de subsister, ses habitants souffraient des restrictions. Sur eux planaient continuellement la hantise des alertes, des bombes, et la crainte de représailles arbitraires. Il était désormais facile de prévoir, en voyant diminuer son étendue comme une peau de chagrin, que la zone libre n’aurait plus bientôt de libre que le nom. J’avais seize ans, et déjà je considérais «l’avant-guerre » comme une sorte de paradis perdu, un océan de félicité sur lequel flottaient à la dérive mes souvenirs d’enfance. Il m’arrivait d’en repêcher quelque épave de temps en temps pour rompre le traintrain de notre retraite campagnarde. Ou pour tenter d’épater d’occasionnels compagnons de jeux, le plus souvent imperméables à mes élans de nostalgie pour les dimanches de mai au parc Borély, les effluves de sa roseraie, le tapage des canards qui faisaient écumer la mare en se disputant un reste de brioche jeté du haut du petit pont de bois ; pour les feux d’artifice du 14-Juillet au-dessus du Pont transbordeur, 9