Salmat la musulmane et Alan le chrétien

De
Publié par

Ce roman raconte une histoire d'amour et de tolérance entre Salmat, la musulmane, et Alan, le chrétien, dans un environnement où les deux religions se menaient une guerre impitoyable.
Publié le : jeudi 2 juin 2016
Lecture(s) : 3
EAN13 : 9782140011603
Nombre de pages : 140
Prix de location à la page : 0,0090€ (en savoir plus)
Voir plus Voir moins
7 jours d'essai offerts
Ce livre et des milliers d'autres sont disponibles en abonnement pour 8,99€/mois
MaboaBEBE
Salmat la musulmane et Alan le chrétien
Lettres camerounaises
Salmat la musulmane et Alan le chrétien
Lettres camerounaises Collection dirigée par Gérard-Marie MessinaLa collection « Lettres camerounaises » présente l’avantage du positionnement international d’une parole autochtone camerounaise miraculeusement entendue de tous, par le moyen d’un dialogue dynamique entre la culture regardante – celle du Nord – et la culture regardée – celle du Sud, qui devient de plus en plus regardante. Pour une meilleure perception et une gestion plus efficace des richesses culturelles du terroir véhiculées dans un rendu littéraire propre, cette collection s’intéresse particulièrement à tout ce qui relève des œuvres de l’esprit en matière de littérature. Il s’agit de la fiction littéraire dans ses multiples formes : poésie, roman, théâtre, nouvelles, etc. Parce que la littérature se veut le reflet de l’identité des peuples, elle alimente la conception de la vision stratégique. Déjà parus Maboa BEBE,Dangereuses fréquentations. Une arnaque financière, 2016. OPIC Saint Camille,Les chansons du cœur, 2016. Patricia NOUMI,Une aube nouvelle, 2016. Marie-Louise BILO’O NDI,À contrecœur, 2016.MADJIRÉBAYE HERVÉ,Déportation rémunérée, 2016. Hubert ONANA MFEGE,Au fond du crépuscule, 2016. Calvin Blaise MANJIA,Un amour empoisonné, 2016. Ebenezer KOB-YÈ-SAMÈ,L’équation de mon pays. Jour et nuit / Buose na Bulu, 2016. Jules Darlin NAKEU TSAGUE,Le drépanocytaire, un malade victorieux, 2016. Mukoma LONDO,La fille du procureur, 2016. MASSONGO MASSONGO,En rime, de l’abîme à la cime,2015. Appolinaire NGANTI NGONGO,Laid comme Belzébuth,2015. Charles SOH,L’homme qui creusait, 2015. Jean-Baptiste MAPOUNA,Les pieds sur terre, 2015.
Maboa BEBE
Salmat la musulmane et Alan le chrétien
Du même auteur, chez L’Harmattan Dangereuses fréquentations. Une arnaque financière, 2016. Ewande. Amour, peurs, espoir, 2014. © L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-09336-9 EAN : 9782343093369
I.
Salmat était Nigériane et musulmane. Musulmane d’une branche intégriste qui imposait une discipline comportementale et vestimentaire rigoureuse à ses adeptes, surtout aux femmes. Elle était étudiante à la faculté d’agriculture de l’université de Ilorin, où elle était en fin de cycle licence.
On devinait par l’allure de Salmat, quand elle se déplaçait dans les allées de la faculté, qu’elle était belle. On devinait sous cette tenue austère un corps superbe, harmonieux, beau. On devinait à travers ce que laissaient voir les quelques centimètres carrés de peau de son visage, cette belle peau noire, brillante, naturelle, tant elle n’avait pas souffert des effets corrosifs des produits de beauté. Une peau faite pour être caressée, respirée, mordue par endroits pour procurer le plaisir, la jouissance.
Mais on était malheureux devant Salmat qui, dans sa tenue, passait comme un rêve dont on cherchait en vain à se remémorer les passages excitants. Elle était un rêve, un fantasme. Tout ce que l’on pouvait lui prendre était son visage. Un masque qui reflétait cette beauté physique, et sûrement une grande bonté de l’âme. Une sympathie communicative et aussi un certain recueillement, une certaine réserve qui inspirait le respect.
À son passage, on n’entendait jamais les railleries des « mauvais » garçons. Ceux-là qui faisaient changer de couloir même aux filles les plus « conventionnelles ».
Salmat, comme ses consœurs des missions catholiques, inspirait confiance et gêne, attirance et respect. Sa tenue s’apparentait exactement à celle de ces religieuses. Elles se voulaient proches, mais imposaient de garder une distance de sécurité, car avec elles, on ne pouvait parler de certaines « choses ».
Sa longue robe partait du cou jusqu’aux pieds. Elle était ample, laissait difficilement voir les formes du corps, des chaussettes toujours de couleur noire cachaient les pieds et les orteils. La coquetterie de Salmat la poussait souvent à changer de chaussures. Elle passait, avec une élégance certaine, des sandales aux chaussures fermées à talons courts, lui ajoutant cette taille et cette classe qui la mettaient au-dessus de ses congénères. Un grand foulard, le tchador, souvent blanc ou noir, avec une broderie d’or sur le pourtour couvrait la tête, ne laissant voir que les yeux, le nez et la bouche, même le menton restait caché. Les mains qui avaient échappé à tout habillement laissaient voir des doigts fins aux ongles coupés court. À côté de cette tenue vestimentaire qui formait une première barrière solide à toute approche, la présence constante de ses coreligionnaires et étudiantes constituait le second obstacle pour tous ceux qui voudraient l’approcher, voire la « toucher ». Pourtant, dans sa classe, Salmat ne redoutait pas la présence d’un camarade à ses côtés. Mais ces contacts restaient limités à la salle de classe.
6
II.
Le campus principal de l’université de Ilorin était, selon le dire de ceux qui avaient bénéficié de la coopération interuniversitaire, la copie conforme du campus de l’université du Michigan aux États-Unis d’Amérique. Il n’offrait sûrement plus le même éclat à cause des moyens insuffisants mis pour l’entretien des bâtiments et équipements techniques. Deux allées superposées l’une sur l’autre desservaient les bâtiments, les salles de classe et les amphithéâtres dans une distribution qui faisait penser à un arbre et ses branches. Tous les bâtiments étaient à un niveau, à l’exception de la bibliothèque qui était construite sur deux niveaux. Chaque allée était parsemée d’aires de repos. Des lieux où les étudiants pouvaient réviser leurs leçons, ou discuter entre deux cours. Des échoppes assuraient le petit commerce et même une banque était ouverte pour sécuriser l’argent de poche des étudiants. Le restaurant universitaire qui avait ouvert au début n’était plus qu’un souvenir. Très vite, l’État n’avait plus eu les moyens pour continuer à subventionner les milliers de repas offerts chaque jour.
Si le restaurant universitaire avait fermé, des facultés nouvelles s’étaient ajoutées à ce qui n’était au départ qu’une faculté d’ingénierie. Les besoins sans cesse croissants dans la formation des cadres avaient poussé les autorités à ouvrir les facultés de médecine, de sciences, d’agriculture, d’éducation, des arts, des sciences économiques. Les cités des étudiants avaient connu avec la création de ces nouvelles facultés un surpeuplement que seule la solidarité des étudiants arrivait encore à contenir. Dans les chambres prévues pour quatre,
huit à douze étudiants occupaient le moindre espace. Dans les chambres de deux, la situation était identique. Cette promiscuité dans les dortoirs poussait les étudiants à passer le plus de temps possible dans la bibliothèque et dans les salles de classe.
Ainsi, dans la bibliothèque, chacun avait son coin préféré, un endroit où il pouvait lire et récupérer les heures de sommeil perdues dans sa chambre : soit à cause du bruit, soit à cause de tout autre facteur indisposant.
Le coin préféré de Salmat se situait au deuxième étage, à gauche à la sortie de l’escalier, au fond des rayons des revues scientifiques, des magazines, des publications de différentes conférences à travers le monde. Cette partie de la bibliothèque était peu fréquentée. Cet après-midi d’un février commençant et particulièrement chaud, la chaleur était étouffante. Au dehors, le soleil brûlait la peau, et le vent sec de l’harmattan qui se terminait propageait les maladies pulmonaires, surtout la méningite.
Le campus restait bruyant. Cette chaleur ne changeait pas les habitudes vestimentaires de Salmat. Sa robe était toujours aussi longue, ses chaussettes aux pieds et le foulard ne laissant apercevoir que le visage. Seul son pas accéléré montrait qu’elle n’était pas insensible à l’air surchauffé. Elle entra dans le hall de la bibliothèque, secoua la robe pour envoyer une petite ventilation à son corps et, comme à son habitude, monta directement vers son coin préféré.
Là, elle tourna le bouton, plaça le curseur devant le chiffre deux, les pales du plafonnier commencèrent à tourner, d’abord lentement, puis de plus en plus vite, rabattant l’air vers le sol et chassant la chaleur.
Salmat se dirigeait alors vers « sa » chaise, celle recouverte de velours marron lorsque des feuilles soulevées d’une table par le ventilateur s’envolèrent un peu partout. Au
8
même instant, un garçon se leva brusquement, essayant de rattraper d’une main les feuilles de cours qui voltigeaient au-dessus de sa tête et de l’autre, bloquait celles sur la table, tout en promenant un regard circulaire autour de lui pour localiser les lieux d’atterrissage de ces papiers. - Oh sorry! désolé, lui cria Salmat en faisant un bond en arrière pour arrêter le ventilateur. Le garçon se leva et commença à ramasser ses feuilles. Après une courte hésitation, Salmat se baissa et l’aida. Ils regardaient sous les tables et continuaient à regrouper les photocopies et notes de cours. Lorsque toutes les feuilles eurent disparu du plancher, le garçon vérifia et classa les feuilles par matière. -Sorry ! Est-ce que tout est complet ? demanda Salmat. -Oui, je crois, dit le garçon. Il leva les yeux pour regarder son interlocutrice et se figea. Il avait devant lui un regard. Comme hypnotisé, il n’arrivait plus à faire le moindre geste. Subitement, la stupeur laissa la place à un trouble profond. Ce visage ! Alors, la gêne, puis l’inquiétude et la peur. Il passait d’un sentiment à l’autre, car il n’avait jamais adressé la parole à une « musulmane intégriste », une « islamiste », comme on disait en parlant de ces filles qui cachaient complètement leurs corps. Il se demandait s’il ne fallait pas changer de place. Allait-il reprendre sa place en face de cette fille ? En effet, Salmat avait déjà posé son cartable sur la table en face du garçon. -Je suis vraiment désolée. Je ne vous avais pas vu. Généralement, je ne trouve pas d’étudiant ici, s’excusa-t-elle. -Ce n’est pas grave. J’ai retrouvé toutes mes feuilles. Vous pouvez remettre le ventilateur en marche, si vous avez chaud, lui répondit le garçon, qui n’arrivait toujours pas à se décider, partir ou rester.
9
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.