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Au bout de la route peut se trouver l'horreur…
Publié le : vendredi 3 juillet 2015
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9791093004808
Nombre de pages : 37
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Extrait

L’Audi A3 filait à toute berzingue dans la nuit noire. 

A son bord, deux étudiantes d’une vingtaine d’années faisaient rugir le moteur, comme un pilote de rallye à bord d’un modèle de course. Blonde et délurée, Alicia hurlait au volant des paroles en yaourt sur un vieux morceau de rock déjanté. Côté passager, Mathilde, plutôt brune et sage, se cramponnait tant bien que mal à son siège :

— Tu vas trop vite, putain ! On va se vautrer !

— Bah non, t’inquiète, rétorqua Alicia avec un clin d’œil. Je connais cette route comme ma poche !

Mathilde fit la moue. Depuis qu’elles étaient parties, Alicia roulait comme une folle, dérapant sur le verglas, accrochant le bas-côté, poussant les rapports à la limite de la rupture. Le bolide noir avait frôlé à plusieurs reprises la sortie de route, mais Alicia avait jusque-là réussi à rattraper le coup. Le miracle, se dit Mathilde, ne durerait pas indéfiniment.

A l’intérieur du cockpit, le lecteur CD crachait en boucle la BO d’un vieux pop-corn movie américain. Alicia bloquait sur le même morceau depuis qu’elles avaient quitté Aurillac, comme si les trois minutes montre en main de la chanson ne suffisaient pas à étancher sa soif d’émotions fortes. 

Le volume sonore commença à décliner. Le morceau se terminait. Sans quitter la route des yeux, Alicia demanda à Mathilde de le remettre au début. Cette dernière s’exécuta. Mais, le lecteur CD refusa d’obtempérer. Un silence de mort s’invita à l’intérieur du véhicule.

— Tu ne l’as toujours pas fait réparer, grogna Mathilde.

— Il est juste un peu capricieux. Essaie encore !

Mathilde effectua une nouvelle tentative, appuya plusieurs fois sur la touche Play. En vain.

— Bah, il ne marche pas.

Elle leva les yeux du tableau de bord et fixa le paysage. Droit devant, la route serpentait en lacets au milieu d’une forêt sans fin de hêtres touffus et de conifères noirs. A travers les phares puissants de la berline, on ne distinguait pas âme qui vive à des kilomètres à la ronde. Aucune maison isolée. Aucun village de montagne. Aucun conducteur égaré dans ce désert de ténèbres.

— C’est sinistre quand même ici, fit Mathilde. Tu étais vraiment obligée de passer par là ?

— Bah oui, on est trop à la bourre !

— La faute à qui ? De toute façon, avec toi, c’est toujours pareil.


Alicia haussa les épaules.

— Je prends toujours cette route ! Il n’y a jamais personne. Et puis, c’est bien plus rapide.

Réprimant un soupir, Mathilde jeta un coup d’œil machinal sur sa droite et remarqua une petite clairière, au détour d’un virage.

— Dis, ce n’est pas par ici qu’on a retrouvé la jeune fille assassinée ?

— Non, il me semble que c’était un peu plus loin.

Mathilde resta silencieuse quelques secondes.

— C’est affreux quand même, cette histoire. Tu ne trouves pas ?

Mais Alicia n’eut pas le temps de répondre. Le véhicule émit un léger à coup. Comme une soudaine perte de puissance. Elle jeta un regard interrogateur à Mathilde :

— Tiens, qu’est-ce qui se passe ?

Mathilde serra un peu plus fort la poignée de sa porte.

— On ne va pas tomber en panne, j’espère ?

Alicia se tourna vers elle et pouffa de rire.

— Ah, si t’avais pu voir ta tête ! J’ai juste freiné !

Mathilde la fusilla du regard.

— Ce n’est vraiment pas drôle ! (Puis, regardant soudain droit devant.) Hé, fais gaffe !

Alicia se tourna brusquement vers la route. Son regard se figea.

Une ombre avait jailli du sous-bois et se ruait sur la chaussée. 

Dans la lueur des phares, Alicia crut discerner la silhouette d’une jeune femme. 

Au dernier moment, elle braqua d’un coup sec sur sa droite. 

Le moteur fit une embardée, les roues se bloquèrent, les pneus crissèrent sur le bitume. Lancé à toute vitesse, le bolide allemand évita de justesse la jeune femme, dérapa violemment sur le verglas et s’immobilisa un peu plus loin sur le bas-côté. De la fumée noire s’échappa des pneus pour se perdre dans la forêt tout près.

Sonnée, les mains encore tremblantes, Alicia se tourna vers Mathilde.

— Ca va ?

Mathilde sentit l’odeur de gomme brûlée s’infiltrer dans le véhicule.
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