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SANG DES VOLCANS DES KALACH ET DES COMORES

De
142 pages
Un huit clos haletant, époustouflant sur fond d'intrigue politique, mettant à nu les relations tumultueuses des réseaux françafricains avec une des anciennes colonies françaises. Les îles Comores sont le théâtre de cet imbroglio militaro-diplomatique où derrière les paysages paisibles et enchanteurs des plages et des cocotiers, bouillone le chaudron de l'or noir et des coulées de lave de sang...
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Le sang des volcans
Lettres de l'océan indien Collection dirigée par Maguy Albet  Déjà parus  Jean-Louis ROBERT,Concours de bleus,2009. François DIJOUX,Le Marlé, 2008. TOAZARA Cyprienne,Au fil de la sente, 2007. MALALA Alexandra,Coup de vieux, 2006. HATUBOU Salim,Les démons de laube, 2006. ATTOUMANI Nassur,Les aventures dun adolescent mahorais, 2006. GOZILLON Roland,Une fille providentielle, 2006. ARIA Jacqueline,Le magasin de la vigie, 2006. MUSSARD Fred,Le retour du Buisson ardent, 2006. HATUBOU Salim,Hamouro, 2005. ROUKHADZE Tchito,Le retour du mort, 2005. CALLY J. William,Kapali.La légende du Chien des cannes et autres nouvelles fantastiques créoles, 2005. ARIA Jacqueline,Lîle de Zaïmouna, 2004. TURGIS Patrick,Tanahéli  chroniques mahoraises, 2003. TURGIS Patrick,Maoré, 2001. FOURRIER Janine et Jean-Claude,Un Mzoungou à Mamoudzou,2001. HATUBOU Salim,Lodeur du béton,1999. BALCOU Maryvette,Entrée libre, 1999. FIDJI Nadine,Case en tôle, 1999. COMTE Jean-Maurice,Les rizières du bon Dieu,1998. DEVI Ananda,L'Arbre-fouet,1997. DAMBREVILLE Danielle,LIlette-Solitude, 1997. MUSSARD Firmin,De lave et décume, 1997. TALL Marie-Andrée,La vie en loques, 1996. BECKETT Carole,Anthologie d'introduction à la poésie comorienne d'expression française, 1995. DAMBREVILLE Danielle,L'écho du silence,1995. BLANCHARD-GLASS Pascale, Correspondance du Nouveau Monde, 1995. SOILHABOUD Hamza,Un coin de voile sur les Comores, 1994. GUÉNEAU Agnès,Le chant des Kayanms, 1993.
 
Sast    Le sang des volcans  Des Kalach et des Comores       Roman                L’HARMATTAN
         
 
 
   
    
          © L'HARMATTAN, 2011 5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris  http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr  ISBN : 978-2-296-54143-6 EAN : 9782296541436
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
A Caro et Soldat,
Victoria et Afif,
 
 
CHAPITRE 1
  Le chant des grillons se faisait plus strident aux heures les plus avancées de la nuit. Ce chant ou ces pleurs ; ou bien les deux. Ce joli chant triste, monotone et langoureux semblait aller en crescendo jusquaux premières lueurs de laube. Ces violons des nuits îliennes rythmaient le battement du cur de Mzé Msaidiyé, comme le ressac marin berçait ses rêves. Celui-ci se réveillait régulièrement aux alentours de minuit, comme une horloge réglée sur les grésillements, à un moment où ces minuscules insectes, invisibles pendant la nuit, semblaient sur un même diapason, ainsi que sur un degré de décibels vraisemblablement convenu. Cette fois-ci, il entendit également le bruit dun moteur hors-bord, et se demanda quel pouvait être le bateau qui passait devant chez lui. Il essaya didentifier le bruit, mais narriva pas à se fixer. Tous les pêcheurs dItsandra se connaissaient, et il savait les habitudes, ainsi que les heures de sortie en mer de ses confrères ; tout comme les autres connaissaient les siennes. Il était convaincu que ce nétait pas un pêcheur du village, mais plutôt de Hantsambou, le village voisin. Les pêcheurs des deux villages sentendaient comme patates douces et poissons, tel que le consacrait ladage comorien. Ils se vouaient une rivalité ancestrale, et il arrivait souvent que des batailles rangées se tenaient en mer, entre dun côté ceux dItsandra, et de lautre ceux de Hantsambou. Ce genre de bataille navale risible pouvait, dès fois, déboucher sur des morts. Ces batailles se déroulaient avec des armes de pêche : pagaies, hameçons, harpons, filets Comme un automate, le vieux pêcheur sortit de son lit, tira le drap et couvrit son épouse qui dormait à poings fermés. Il se dirigea vers un coin dans une autre pièce de
 
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cette baraque en tôle ondulée et récupéra son sac, dans lequel se trouvait lessentiel de ses instruments de pêche. Il enleva son pagne, et enfila un vieux pantalon, que lusage avait raccourci, et lui arrivait légèrement en dessous des genoux. Il mit un t-shirt fatigué par le temps, et qui portait les stigmates des milliers de difficultés et autres complications de la vie. Rapiécé à plusieurs endroits, il laissait néanmoins apparaître des trous. Il alluma une lampe tempête et sortit de la maison. En ouvrant la porte, une légère bourrasque sengouffra dans la maison, comme dans sa poitrine. Il accomplissait les mêmes gestes depuis des lustres ; depuis que son père leût initié, à un âge où il allait encore à lécole coranique. Après la dernière prière, il avalait sonmaélé ya nazi, du riz au coco, très prisé chez les pêcheurs, avec les différentes sauces que sa femme préparait ; puis, il partait se coucher, pour se réveiller quatre ou cinq heures plus tard. Msaidiyé observa la lune et la trouva noire. Cétait un bon signe pour les pêcheurs, car, on ne savait par quel miracle, lorsque la lune était dissimulée derrière des nuages, et quelle néclairait que timidement à légal dune lampe somnolente, les poissons pullulaient dans les eaux chaudes comoriennes. Les pêcheurs priaient régulièrement pour avoir des lunes noires, des lunes sombres, source dabondance de poissons. Et comme cela arrivait souvent, leswalimudu village, ces chamans aux dons imaginaires, plus charlatans que devins, organisaient, en échange de fortes sommes dargent, des cérémonies de chants, de danses et doffrandes à lendroit des djinns des mers, pour que ces derniers avalent la lune. Et la voracité deDjinn Bahari, le maître des djinns de la mer, et le plus grand avaleur de lune, navait dégale que la cupidité des chamans
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Un ravissement intérieur motiva le pêcheur, et il accéléra son pas. Il savança vers la petite crique aménagée, du quartier de Befuni, où dormaient les Sogawa du village, ces bateaux de dix mètres de long, de fabrication locale en fibre de verre, utilisés par les pêcheurs, mais rendus tristement célèbres, sous lappellation dekwasa-kwasa, par les traversées dangereuses entre les îles dAnjouan et de Mayotte. Msaidiyé jeta son sac dans son Sogawa, détacha les amarres et le poussa, en le faisant glisser le long dune petite pente en béton, qui servait dembarcadère. Il le poussa encore un peu plus dans leau puis monta dessus, et à laide dune pagaie, le fit sortir de la crique surplombée par de gros rochers. Au-dessus des rochers sélevaient imposants les longs murs denceinte de Beit-Salam, le palais du président de la République des Comores. Il bascula son moteur, du côté de lhélice, dans leau, et tira deux fois sur la cordelette pour le faire démarrer. Il senorgueillit du ronflement du moteur. Il sassit tout en tenant le gouvernail, et fonça vers le large. Seul au milieu de locéan, le vieux pêcheur se fixait régulièrement trois ou quatre endroits précis où il sarrêtait pour lancer ses lignes. Dhabitude, lorsque la pêche était bonne, il rentrait de bonheur, dans la matinée. Autrement, il pouvait aller jusquà laprès-midi. Dès fois, il croisait dautres pêcheurs de son village, ou des villages voisins. Ce soir, effectivement, la pêche était bonne. Il avait quasiment rempli son Sogawa, alors quil était toujours au même endroit. Il pensa retourner sur terre avant le lever du jour pour décharger les thons, espadons et autres barracudas facilement attrapés, et de repartir immédiatement. Il y avait des nuits avec des lunes noires, et des nuits sans Msaidiyé était plongé dans ses réflexions lorsquil entendit au loin ce qui semblait être pour lui de la dynamite. Souvent les pêcheurs comoriens,
 
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au mépris des lois et des politiques de sensibilisation, utilisaient de la dynamite pour avoir le maximum de poissons. Mais, il tendit loreille et pour la deuxième fois, perçut des détonations. Cette fois, il lui semblait que ça provenait du village. Un temps perplexe, il se décida à se diriger vers le village. Il démarra son embarcation, et glissa lentement, à une vitesse modérée. A environ dix kilomètres des côtes, il reconnut le bruit dun moteur hors-bord, peut-être un Sogawa, filant à toute allure, qui semblait sapprocher dans sa direction. Or, le bruit sévanouit peu à peu dans les ténèbres profondes de la nuit. Mzé Masidiyé poursuivit sa route en gardant la même vitesse, ainsi que la même prudence, locéan étant un univers qui pouvait réserver beaucoup de surprises, pensa-t-il. Nul pêcheur, comme lexpliquait un proverbe comorien, aussi expérimenté quil pût être, ne pouvait se prétendre maître des mers, seul Allah létait. Les mers comoriennes encore moins Une flopée dembruns lui caressa le visage, il ferma furtivement les yeux.   Le téléphone sonna longtemps. La sonnerie se fit insistante, longue et effrayante. Elle se fit sirène des temps guerre-mondialesques. Mirghane narrivait pas à se réveiller, il grommela tendrement. Mma Fatah, sa femme, finit par se lever et se dirigea vers le salon où se trouvait lappareil. Elle revint dans la vaste chambre. « Cest pour toi cest le colonel Blandin » Il colla le combiné longue portée du téléphone sur son oreille, toujours somnolent et après un « allooo » étouffé, sursauta dun coup, et se redressa en position assise sur le bord du lit. Il effraya Mma Fatah, en criant « maintenant ? ». Dans la tradition comorienne, héritage de la civilisation arabe, les mères, tout comme les pères, étaient appelées avec le
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