Sans toit

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Nils subit une crise d'identité. Il est victime de crises d'aphasie, lors desquelles le langage intérieur l'assaille de bribes apprises dans des cours d'orthophonie, entendues ici ou là, et retenues parce que particulièrement marquantes au plan du rythme et des émotions qui leur sont liées. Ce premier roman de A. Gulden traduit en français se déplace aux frontières d'un travail pratique (proche de la poésie concrète) et d'un travail dramatique (proche du théâtre absurde) pour renouer par instant avec un mode narratif traditionnel.
Publié le : mardi 1 juillet 2003
Lecture(s) : 45
EAN13 : 9782296327085
Nombre de pages : 164
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SANS TOIT

De l'allemand (DA) Collection dirigée par Françoise Lartillot (germaniste, Université de Nancy II) et Joël Bernat Le titre de cette collection fait écho à celui de Mme de Staël, De l'Allemagne, qui voulait diffuser plus largement la littérature et la pensée allemandes en France. La connaissance de l'Allemagne et de ses lettres s'est diversifiée depuis, elle n'est plus, espérons-le, la cause de quelque bannissement; pourtant il ne semble pas superflu de soutenir par une médiation renouvelée la diffusion de ce qui s'écrit "en allemand" (que ce soit de textes d'Allemagne, d'Autriche, de Suisse alémanique, ...). Tel est le sens de "DA" : un premier volant de la collection présente des traductions de textes encore inconnus en France soit littéraires soit critiques, elle ne négligera pas de présenter à l'occasion des textes qui, pour être déjà connus en langue française, n'en recèleraient pas moins encore quelque secret recouvert par certaines habitudes de lecture et qu'il s'agirait alors d'exhumer. La lecture critique sera au cœur de l'autre volant de "DA", lectures d'œuvres en langue allemande, qui proposeront non seulement des voies d'accès mais aussi une réflexion sur ces voies, qu'elles suivent et feront donc jouer les points de vue. Donc une collection, qui se divise en deux séries: des études et recherches universitaires, et des traductions inédites en français.

Déjà parus Achim GEISENHANSLÜKE (Université de Duisburg), Le sublime chez Nietzsche,2000. Friedrich HOLDERLIN, Fardeau de la Joie, traduit de l'allemand et Le commenté par Kza Han et Herbert Holl, 2002. Nadia LAPCHINE,Poésie et histoire dans I 'œuvre tardive d'Erich Arendt (1903-1984), tomes I & II, 2003.

Alfred GULDEN

SANS TOIT
Roman

Traduit et annoté par Françoise LAR TILLOT

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALlE

Édition originale: List Verlag, München, Leipzig, 1991.
@ L'Harmattan, 2003 ISBN: 2-7475-4709-4

Préface: Alfred Gulden, un écrivain à la frontière

Né en Sarre, Alfred Gulden a côtoyé de près cette frontière linguistique et culturelle, celle de l'Allemagne et de la France, celle de la Sarre et de la Lorraine. Entre ces mondes qui se jouxtent en s'ignorant, l'auteur a construit des passerelles qui reposent non seulement sur une volonté de rapprochement mais encore sur une étude et une connaissance du terrain et de sa réalité des plus fines. Alfred Gulden saisit les phénomènes denses et souvent ignorés de la vie quotidienne, qui sont autant d'attaches presque inconscientes à un fonds culturel, il les rend palpables, leur donne une présence, contraint la mémoire à s'en saisir, à les identifier. Par cette position spécifique, Alfred Gulden ne fait pas œuvre d'anthropologue ésotérique, au contraire, il faut considérer qu'il reprend et prolonge une tradition de la littérature allemande qui s'est construite à partir d'une relation à l'autre parce qu'elle fait référence à un élément de la culture allemande tourné vers l'autre: Louis Charles Adélaïde (dit Adelbert) von Chamisso de Boncourt, noble français émigré sous la terreur et installé à Berlin ou Theodor Fontane, descendant d'une famille de Huguenots, accueillis par le GrandElecteur de Brandebourg au moment où les Huguenots étaient chassés de France, sont les modèles d'Alfred Gulden, en ceci qu'ils écrivent précisément à la frontière de deux mondes. C'est l'homme divisé, Peter Schlemihl, en quête de son ombre d'Adalbert Chamisso, qui reflète la présence de la frontière dans l'individu; ce sont les écrits sur la guerre de 1870-1871 de Fontane, qui marquent que la frontière érigée en barrière par l'histoire ne peut empêcher l'estime mutuelle et les liens interculturels franco-allemands, un Fontane sur lequel Alfred

Gulden ad' ailleurs tourné l'un de ses films poétiques 1. Cette spécificité revendiquée par l'auteur, se reflète dans la réflexion qu'il mène sur la fonction du langage comme lien d'une culture à un individu - contraignant mais inévitable- et lieu d'une séparation en même temps, où l'on retrouvera des échos de la pensée d'un autre auteur allemand francophile, le spécialiste du langage, Guillaume de Humboldt, dont l'on redécouvre depuis quelques temps la formidable énergie médiatrice2. C'est cette réflexion sur une langue commune et pourtant lieu d'une individuation et d'une formation qui informe tout le parcours de Sans toit. Ici, le personnage, Nils, subit une crise d'identité. Pris à la gorge, au propre comme au figuré, par les fragments culturels que véhicule le langage dont il subit mécaniquement les effets, il doit tenter de survivre en reconstituant son histoire dans la langue. En effet, le personnage dont il est question est victime de crises d'aphasie, lors desquelles le langage intérieur l'assaille de bribes apprises dans des cours d' orthophonie3, entendues ici ou là, et retenues parce que particulièrement marquantes au plan du rythme et des émotions qui leur sont liées. L'apprentissage du langage est certes apprentissage d'une structure, d'une signification, mais aussi apprentissage des émotions véhiculées par le rythme et sans la connaissance desquelles structure et signification ne sont rIen.
1 En effet, Alfred Gulden a toujours mené de front une double carrière d'écrivain et de réalisateur pour la télévision de films et séquences poétiques. 2 Cf. Jürgen Trabant : Traditions de Humboldt. Paris: Éditions de la Maison des Sciences de l'Homme, 1999. Toute l'œuvre d'Henri Meschonnic suit cette inspiration et s'oppose radicalement aux considérations heideggeriennes sur le même sujet, curieusement plus volontiers médiatisées en France. 3 Alfred Gulden qui a lui-même une formation d'orthophoniste, mais qui s'est aussi documenté sur les troubles du langage, subis notamment par les soldats de la première guerre mondiale, utilise ici des matériaux de première main. 8

Cette exploration se déploie aux frontières d'un travail poétique (proche du travail de la poésie concrète) et d'un travail dramatique (proche du théâtre absurde) pour renouer par instant avec un mode narratif traditionnel. Par-là, Alfred Gulden se situe dans une autre tradition de la littérature européenne. On pense immédiatement à James Joyce, mais concernant la tradition allemande, il faut considérer que l'auteur s'inscrit dans une filiation ouverte par les écrits de Kurt Schwitters ou d'Arno Holz et également représentée dans le paysage littéraire français par Eugène Ionesco et La Cantatrice chauve. Les origines dadaïstes de cette interrogation (d'un dadaïsme allemand mal connu des lecteurs français) sont reprises par Alfred Gulden pour interroger l'histoire de l'Allemagne d'après-guerre. Le personnage d'Alfred Gulden, qui est manifestement né comme son auteur, juste après la guerre ou à la fin de la deuxième guerre mondiale, n'a pas fait consciemment l'expérience de cette dernière, mais en retrouve partout les traces non explicitées. Il traverse l'Allemagne des années cinquante et soixante avec le regard de l'enfant et de l'adolescent, et le lecteur découvre ou redécouvre avec lui les tubes (allemands) des années cinquante, les interdits conservateurs infiltrés sournoisement dans le discours social, les contes, les bouts rimés, les proverbes et sentences en tout
genre 1.

Il fait revivre cette Allemagne de l'intérieur avant de pouvoir se libérer de la chape de plomb qui pèse sur sa langue, non sans en passer également par un séjour en France qui lui ouvre d'autres portes linguistiques et existentielles ainsi que par les formes de vie imposées par la révolution sexuelle de 1968, elles-mêmes bien proches de créer de nouvelles frontières plutôt que de les supprimer. La densité de l' œuvre, son intérêt littéraire, sa réflexion sur le langage, sur les modes de transmission culturels par le
1 Nous avons disséminé quelques notes pour rendre explicite ce paysage culturel qui pourrait paraître parfois insolite sans y inscrire une trop lourde systématicité qui aurait fini par nuire au texte proprement dit. 9

langage, le fait que pour le comprendre il faille à la fois se plonger dans la formation de la langue allemande et sa culture et pourtant constater, à la réflexion que des passerelles existent bel et bien, tout cela rend à mes yeux la traduction et diffusion de cette œuvre de première importance. Mentionnons encore que la traduction résulte d'une collaboration avec l'auteur, en effet une bourse de traduction accordée par la ville de Münich, m'a permis de séjourner à la Villa Waldberta et d'élaborer une compréhension affinée de l' œuvre.

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Première Partie

SANS DOUCEUR, pas à pas, voir venir, rien d'tout ça, sans Inénagement, soudain, d'un coup, voilà, c'est là, voilà, c'est ça, j'me sens, chuis d'jà - schwa, plus que murmure, e, amui', annulé le son stable et sonore, à peine audible encore, les meilleurs orateurs eux-mêmes, se lime, s'est élimé, ex-primé, d'ailleurs inutile désormais, quoique, mais qui, quoi, et si c'était le cas, si vraiment, si jamais, arrête ton film, surtout pas là, ici, chu en une syllabe atone, oblitéré en bout d'course, d'une apostrophe, trait, petit, élancé, battu en brèche, out, ach'vé.

Schwa: terme repris de la grammaire sémitique par la grammaire indogermanique pour désigner le "e" muet, qui correspond à la phase d'effacement de la voyelle sonore et stable. Extrait du "Grand Duden Dictionnaire des mots d'emprunts".

CASSURE

Et j me dis: tout sauf ça, hé toi, pas ça ! J't'en prie! Seigneur!
Pas ça ! Non! Pas là ! Ronde la bouche et longue, et ronde et longue et ou-i, ou-i, ou-i, manali, manalè, manalé, manalo, manalou. Eh toi, c'est ma faute! Oui, d'accord. Pas de Mais. Pas d'SiJavais. Un fait. Ma faute et rien d'autre. C'en était trop. Vraiment trop. Tu vois. Claqué. Dépassé. Rétamé. Raclé. Et ronde la bouche, et longue et ronde, ou-i, ou-i, ou-i, ou-i, mabali, mabalè, mabalé, mabalo, mabalou, en souplesse, souple! Moi: peux plus. Plus rien. Plus dJus. Plus d'cran, plusd'nerfs. Le monde à l'envers, le d'vant derrière, le d'ssus dessous. De ci de là, couci-couça. Petits et grands. Fond et tréfonds. Sourd et sonore. Oui et non. Vieux et sage. Brave et bête. Tordu et crochu. Des "mais" et des "si". Chagrin et colère. D'avant en arrière. À tort et à travers. Gros et gras. Vide et las. Chaud et froid. Long et large. Ici et là. Des hauts des bas. Ça vient ça va. Petit et mimi. Entrer et sortir. Aller et venir. Venir et r'partir. Flapi. Et longue la bouche, et ronde et longue et ronde et oui, oui, oui, oui, oui mafami, mafamè, mafamé, mafamo, mafamou. Eh toi, lâche-moi. Seigneur Mon Sauveur. Survolté! Lessivé. Pompé. Vidé. Coulé. Dans la merde. Merde. Tréfonds. Tunnel. Sortir. Mais oui. Rien qu'ma faute. À moi. Dieu du Ciel! Âme et conscience. Humeur et honneur. Larmes et sueur. Jouir et souffrir. Prendre et donner. Sang et eau. Monts et vaux. Pile et face. Lune et soleil. Jour et nuit. Amour et haine. Serments et chaînes. Guerre et paix. Éclair et tonnerre. Coup et blessure. Feu et flamme. Cul et chemise. Croix et bannière. Cendres et poussière. Amen et adieu. Fini. À bout. Au bout. Out. Terminé. Ach'vé. Un chasseur sachant chasser, un chasseur sachant chasser, un sacheur sachant chasser, un sacheur chassant sacher, non, non! Non! Pas, toi! Fais pas ça ! Pitié! M'plante pas là ! Oui toi. Moi à tes pieds. Prends pitié. Si six scies scient six citrouilles, six cent six scies scieront six cent six citrouilles, si trouille six scies! Outoutout ! Pas ça ! Eh toi! Pas ça ! Là, pas là, surtout pas là ! M'laisse pas tomber! Tout est d'ma, rien que d'ma! Pas d'SiJétais, SiJe. T'en vas pas! Crois-moi! Les chaussettes de l'archiduchesse sont-elles sèches ou archisèches, Les sauchettes

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de l'arsidusèches ne sont pas chesses mais archichesses: ouiouioui ! Rest' ! Rest'là ! À moi! À plat ventre qUJ'rampe ! De la merde plein la gueule! Plus pour longtemps. J'en s'rai bientôt plus. Tiens plus. Et s'y t'nir. Et tenir et courir. Enfer et damnation. Corps et biens. Pierre et Paul. Dieu et ses saints. Dieu et ses sous. La bourse et la vie. À feu et à sang. L'arc et les flèches. La canne et le bâton. Amour et haine. Les joies et les peines. Juré et craché. Verrous et scellés. Manche et cognée. Mort et enterré. Ses cliques et ses claques. Noël et Pâques. Le fric et le frac. Le mât et le foc. Armes et bagages. Pain et vin. Vu et pris. Pères et mères. Sol et sang. Vents et marées. Queue et couilles. Corps et logis. Hôpital et infirmerie. Le gros et l'petit. Le vent et la vague. Le cap et les passes. Ciel enfer: j'abandonne. Trois gros rats gris; trois gros rats gris dans trois gros trous noirs - Seigneur Jésus Dieu du ciel! Eh bien va-t-en ! Tire-toi donc! Moi besoin d'une voix? Pas d'toi en tout cas! J'te hais! J'te hais! Pouilleuse! Râleuse! Laisse-moi en plan! Maudite salope! Chialeuse ! Pauv' cloche! Allez, dépêche! Décampe! Moins que rien! Nulletnonavenue ! Plante-moi là ! Plaque-moi donc! Pleurnicheuse! S'rait pas la première fois! Abandonnemoi! Boulet! Fausset! Vieux Roquet! Ne t'gêne pas! Surtout pas! Et pourquoi! J'te connais! Et qu'ça saute! Espèce de nouille! De pouffe! De chiffe! Lâcheuse, lâche! Ne t'retiens pas surtout! Disparais! Comme pet en tempête! Loqu'teuse ! Vieille loche! Panier, piano, panier, piano, pa né nigo, pa... vire à droite. Tout doux. Tout doux. Bande latérale, anse de repos: S'y t'nir ! Bordel! Dents qui claquent et g'noux qui flanchent! Remets-toi! S'coue-toi! R'prends-toi! Et tout d'suite. Tienstoi! Les mains! Décramponne le volant! Attrape tes genoux fermement! Serre les dents! Attention, la langue! Inutile. Chaud, froid. Frissons fièvre. Comme ça court, ça va ça vient: ménopause. Maisouivoilàmaisoui ! De quoi rire! Si je pouvais! Ça m'a passé. Où ça ? Dieu sait où. Restée en rade. Que le 16

diable l'emporte! Et longue, la bouche, et ronde et longue et oui, ou-i, ou-i : elle est encore là. C'est ma chance. La voix. Ma voix. Alerte, Arlette allaite, Arlette allaite, alerte. Quelle chance! Quelle peur j'ai eu ! Seize chaises sèches restent seize sèches chaises. Seige chaiges chèches. C'est bon, c'est bon. Pas grave. Absolument pas grave. L'important est qu'elle reste. L'est là. Reste. Qu'J'espère. Vraiment. Suffit! Fauteur de trouille. Arrête ça à la fin ! Détends-toi! Se détendre. Débranche. Laisse toi aller. Là. Tout à fait. Détendu... Out. Marche pas. Et comment aussi. Après tout ça ! De but en blanc, ce fracas! Le Jugement Dernier! Me r'dresse sur mon séant! Debout! Et à côté de moi, à côté de moi sur ma droite! Ne pas y penser, aujourd'hui encore sueurs froides, suées, une roue de géant juste à côté, à hauteur d'yeux, plus qu'à y plonger le regard, les pneus qui m'collent le vertige. Et longue la bouche et ronde et autour de Tours et sur le pourtour de Tous, et autour de Tours et sur le pourtour de Tours, autour de Tours et sur le pourtour de Tours, reste, reste, à deux doigts, sous mon nez, si j'mets la gomme - et v'là le travail, j'lai baisé. Hé oui. Sans quoi, je n's'rais pas là. Le fait est. J'n'y s'rais plus. Ce fracas, coup de trompe, cette fanfare, poids lourd étranger, et puis appel de phare, j'en ai les yeux qui papillotent, m'envoie des éclairs qui m'piétinent la rétine, salaud, il est en rage, ça s'comprend, cette taxe fixe excessive est fixée exprès à Aix par le fisc - la tasc fixe esquise - n'importe, reste, reste. Le principal, quelque part, c'est d'lui avoir fait une queue de poisson, qu'il se mette à klaxonner et à faire des appels, est-ce que j'sais depuis combien de temps je roule à ses côtés à sa hauteur, à hauteur du pneu, de sa roue géante, je n'sais pas, ne sais plus, vraiment plus, aucune idée, en vérité: "Le Seigneur en donne à son bien-aimé endormi" ... c'est c'que j'entends, puis "Lève-toi! Debout! Dors donc! Tu peux continuer! Pas de problème! Tu peux même passer ta vie à dormir! Cinq sur vingt; tu gardes ta place! Pas de passage!" En vérité, le Seigneur en donne à son bien-aimé! "Au coin. Face au mur!" À l'école. Endormi. Parti dans mes rêves. Combien de fois. Dormeur en partance. Voyageur en rêve. Ne ris pas. J'ai eu du bol. "Non, un bon ange gardien", c'est ma mère, la rengaine "tu as besoin d'un bon ange gardien. 17

Il t'en faut même plus d'un." Bien dit. C'qu'elle dit. C'que j'entends encore: "Le soir à mon coucher Quatorze angelots à mes cotés. Deux à droite de mon lit Deux à gauche de mon lit Deux pour me fermer les yeux Deux pour m'ouvrir les yeux.". Endormi. Forcément endormi! Sommeil lourd, profond. Mieux vaut ne pas y penser! Au volant! Et rien remarqué, mais alors rien. Et en plus vouloir doubler. Bon Dieu! : J'aurais pu mourir de peur! Quel cinglé! Qui me klaxonne aux oreilles ! Jéricho!! Bordel surtout pas! Et puis la peur, qu'elle parte, cette peur, qu'elle ne revienne jamais! D'un coup partie! Et longue la bouche et ronde et autour de Tours et tout autour de Tours. À Tours, dans Tours et tout autour de Tours". Ouf! Encore là. Pas partie. À eu pitié, m'a pas plaqué. Tremble même avec moi! Maintenant: surtout du calme! Calme! Garde ton calme. Détends-toi. Toi, tout ton corps, relâché, se détendre, relâche, sois relâché, est tout à fait relâché. Lâche et léger là. Léger et aérien. Clair et net, jus vert et vert jus, en route mauvaise troupe, pour le meilleur et pour le pire, plutôt deux fois qu'une, ici et là, libre carnIne l'air, arrête! Stop! Pas comme ça ! Peux pas. Ça s'arrange pas. Là chuis crispé! Rien à en tirer. Ôte ta ceinture! Et que ça saute! Libère-toi d'abord. Incline ton siège. Mets-toi bien à plat. Les jambes en long, les bras. Et d'abord cesser de gigoter. "Mais reste donc tranquille! Ne peux-tu donc

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« Am Abend wenn ich schlafen geh » prière populaire. Le texte est connu depuis environ 1320. Le texte in extenso dit « Abendgebet : Abends wenn ich schlafen geh,l vierzehn Englein bei mir stehn,l zwei zu meiner Rechten,l zwei zu meiner Linken,l zwei zu meinen Haupten,l zwei zu meinen Füssen,l zwei, die mich decken,l zwei, die mich wecken,l zwei, die mich weisenl in das himmlische Paradeisen. » (( Prière du soir: "Le soir à mon coucher/ Quatorze angelots à mes cotés.! Deux à ma droite / Deux à ma gauche / Deux pour me border / Deux pour me réveiller/ Deux pour m'indiquer la route / Du paradis céleste»). 18

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