Sarina, La Dynastie du Royaume de Floss

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Kahena a instauré une paix fragile sur ses terres mais entre jeux politiques et complots, le pays semble sur le point de basculer dans un nouveau conflit. L’ombre de Veinar plane sur le royaume. La reine de Floss a-t-elle réellement gagné la guerre ? La princesse Sarina, aidée de mystérieux inconnus, découvre une face cachée d’elle-même. Suivra-t-elle les traces de sa mère ? Entre un passé torturé et un futur incertain,  Sarina osera-t-elle s’abandonner à cet homme au cœur changeant dont elle a croisé le chemin ? Espoirs, trahisons et révélations sont les maîtres mots de ce second tome qui nous emmène encore plus loin dans la Dynastie du Royaume de Floss.
Publié le : vendredi 18 septembre 2015
Lecture(s) : 2
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9791026202721
Nombre de pages : non-communiqué
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Margot Aguerre Sarina, La Dynastie du Royaume de Floss
© Margot Aguerre, 2015
ISBN numérique : 979-10-262-0272-1
Courriel : contact@librinova.com
Internet : www.librinova.com
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REMERCIEMENTS
Sans les lecteurs deKahena, il n’y aurait pas eu de tome 2 ou du moins sur papier. Merci d’avoir été si nombreux à m’avoir accordée votre confance et j’espère que ce deuxième volet vous fera autant voyager que le premier. Je tiens à remercier Mamie Ginette, l’immortelle institutrice aux cheveux frisés et à l’œil bionique quand il s’agit de repérerles sourires en coins.
Parce que l’entraide et la gentillesse n’ont pas de frontière, merci à Delphine, alias virgulemaniaque ou Ddreambookine, qui m’a aidée dans mon projet. Post it, surligneur, tout est bon dans le papier.
Merci à mon entourage de m’avoir encouragée à continuer. Mes parents, mes amis, mes collègues, les gens que j’ai croisés à des dédicaces ou des salons, la Confrérie de la Carotte qui a toujours le bon mot pour faire sourire… et merci à Baptiste de ne pas me tenir rigueur de tous ces moments d’absence (il faut bien les tuer tous ces monstres…).
Parce qu’on garde toujours le meilleur pour la fin, un grand bravo à Marie et Emilien qui ont été des critiques acerbes et pointilleux. Vous êtes toujours là pour m’aider à n’importe quelle heure de la journée (ou de la nuit), et je compte sur Elliot pour venir compléter notre club dans peu de temps.
Merci, merci, merci… mille et un mercis…
CHAPITRE 1
Veinar, le dieu du chaos, se tenait face à son père et à sa fratrie. Il avait été surpris en train de participer à des sacrifices humains. Veinar s’était nourri de l’âme de jeunes femmes innocentes afin d’accroître ses pouvoirs. Noliop et Gatiol, les gardiens de la terre, avaient alors fait prisonnier leur propre frère et, sous la surveillance de Faliate, il avait été amené au tribunal des dieux. Veinar se tenait au centre d’un hémicycle attenant au palais surmonté d’une belle verrière, qui n’avait jamais servi. Aucun dieu n’avait jamais osé enfreindre les lois divines. Cette fois-ci, Veinar était allé trop loin. Ce n’était pas la première fois qu’il se livrait à de tels agissements et il nourrissait dans son cœur des projets bien plus noirs que de simples sacrifices.
Faliate avait toujours mis en garde ses parents concernant le comportement déviant de son plus jeune frère et cette fois, ils ne pourraient plus l’ignorer ou simplement le réprimander. Veinar mettait à mal l’équilibre précaire que les dieux avaient mis si longtemps à donner à la terre.
— Alors ? tonna Kuliap, le père de tous les dieux. Est-ce vrai ? Tu t’es rendu sur terre alors que cela t’était formellement interdit ? Tu as encore semé la terreur et la mort sur ton passage ?
Kuliap, tout comme ses enfants, n’avait ni cheveux, ni sourcil, ni barbe. Grands, très minces et élancés, les dieux avaient un visage sans ride, blanc comme le marbre qui scintille au soleil. Leurs traits étaient fins et leurs ongles étaient pareils à l’émeraude. Les déesses possédaient de longs cheveux argentés. Les yeux de chaque dieu étaient dorés et ambrés. Veinar cependant, avait les yeux écarlates. Ils portaient tous de longues tuniques diaphanes blanches mais Veinar avait une cuirasse noire.
Dans leur palais perdu au milieu des nuages, tout était blanc. Les toits étaient en cristal et les fontaines en marbre. Lorsque les dieux avaient envie de voir de la couleur, ils descendaient sur terre et empruntaient temporairement l’enveloppe physique d’un mortel consentant.
Le père des dieux, Kuliap, affichait un air tantôt bienveillant tantôt menaçant, tout dépendait de quel pied il s’était levé. Ce matin, il avait été réveillé par les cris plaintifs de sa fille aînée.
— Oui, père je me suis rendu sur terre et j’ai volé l’énergie vitale de quelques filles sans importance afin d’accroître mes pouvoirs, fit Veinar.
— Et dans quel but ? demanda Faliate qui ne laissait rien paraître de sa colère.
— Ha ça, tu ne le sauras pas ma sœur. Ce sont mes affaires et tu n’as pas à y mettre ton nez, répondit Veinar un air de défi sur le visage.
Veinar commençait à perdre patience. Il était un dieu comme les autres après tout et s’il voulait détruire quelques mammifères terrestres, des plantes ou autres choses encore, il ne voyait pas pourquoi il devrait s’en priver. Ce tribunal ne rimait à rien. Il avait toujours été la proie de l’acharnement de sa sœur Faliate. Depuis leur plus jeune âge, elle le détestait. Et il adorait ça. La provoquer, lui faire endurer mille souffrances, voilà qui était un passe-temps agréable.
Faliate avait aimé un homme une fois. Quelle folie ! Un dieu ne pouvait pas s’abaisser à aimer un humain et Veinar avait été dégoûté par le comportement de sa sœur.
La présence de cet homme dans le cœur de sa sœur faisait honte à toute la famille. Ses autres frères et sœurs ne semblaient pas s’en émouvoir outre mesure. Kuliap n’avait même rien dit. Alors Veinar avait pris les devants et avait tué cet homme alors que sa sœur était
occupée ailleurs. Il avait agi dans l’ombre, en lui inoculant une terrible maladie. Il était mort dans les bras de Faliate. Depuis, le cœur de cette dernière était brisé. Et Veinar n’avait jamais été aussi satisfait. Faliate avait essayé de prouver sa culpabilité, en vain.
— Toutes ces histoires parce que tu penses que ton cher et tendre est mort à cause de moi. Un de perdu dix de retrouvés, cracha Veinar dépité en regardant sa sœur. Ce n’est pas la vermine humaine qui manque sur terre.
— Il suffit ! tonna Kuliap qui avait retenu Faliate par le bras alors que cette dernière se jetait sur son frère. Veinar, j’ai longuement réfléchi. Je ne peux plus permettre tes incartades, d’autant plus que tu troubles la paix qui règne en ces lieux. Tes frères et sœurs ont raison, tu es incontrôlable. Je t’ai donné de nombreuses chances et à chaque fois tu as recommencé à détruire, tuer et semer la discorde. Je te bannis, conclut Kuliap en levant les mains vers le ciel.
Un grand éclair brisa la verrière du tribunal et fondit sur Veinar avant que ce dernier ait eu le temps de répondre quoi que ce soit. Les dieux furent aveuglés quelques instants. Puis le calme revint.
Le dieu du chaos avait disparu, envoyé dans une prison faite de ténèbres. Là il ne rencontrerait personne, il serait seul pour l’éternité. Tout n’était qu’intense obscurité dans ce lieu et Veinar n’aurait plus aucune distraction. Peut-être finirait-il par s’adoucir avec le temps ?
— Vous n’avez pas remarqué ? demanda Faliate en se tournant vers ses frères et sœurs. — Il ne s’est pas débattu. Il n’a même pas crié, observa Noliop qui détestait lui aussi Veinar. — Il a enfin compris qu’il ne pouvait pas dépasser les limites que père lui imposait, voilà tout, observa Gatiol.
— Ou bien il a un autre plan en tête, murmura Faliate pour elle-même.
La déesse ressentit l’appel de Mazoldars depuis la terre. Il lui demandait une entrevue et aussitôt elle disparut pour rejoindre ses appartements, laissant ses frères et sœurs débattre du comportement de Veinar.
Après quelques minutes, elle accepta sa requête et Mazoldars apparut devant elle. Il avait le visage grave et l’air inquiet.
—Que se passe-t-il ? demanda Faliate.
—Mirol est sur le point de mourir, comme vous l’aviez pressenti.
—Kahena doit prendre Jossua comme conseiller pour remplacer Mirol. Il doit être à ses côtés pour la seconder, ajouta-t-elle.
—À cause de la prophétie ? demanda Mazoldars qui connaissait déjà la réponse.
Faliate hocha la tête l’air inquiet. Elle doutait que Veinar reste sagement dans sa prison et le jour où il choisirait de se battre, elle devrait le contrer mais sans exposer ses secrets. À cette pensée elle regarda Mazoldars et son cœur se gonfla d’amour.
—Tu devrais y aller, murmura-t-elle au magicien en lui adressant un sourire triste.
Mazoldars esquissa une révérence élégante et disparut en un éclair blanc pour apparaître quelques instants plus tard devant le palais de Keaplopis.
CHAPITRE2
Kahena était inquiète. Elle ignorait pourquoi ce sentiment ne la quittait pas. Robin avait fait de son mieux pour la soutenir et l’aider, mais elle s’était renfermée sur elle-même depuis quelque temps. Kahena n’avait pas vu les années s’écouler. Elle avait à peine vieilli tandis qu’Elias et Neldrine commençaient à avoir quelques cheveux blancs et des rides au coin des yeux. Bien sûr, son amie gardait son teint de porcelaine même si sa beauté s’était un peu flétrie. Le temps avait eu peu d’emprise sur Robin qui survolait tous les jours l’immense forêt bordant Keaplopis et s’étalant dans la plaine de Varna. Ruberonis et lui formaient un duo inséparable.
La princesse Sarina tira sa mère de ses pensées en décrétant qu’elle s’ennuyait. L’après-midi touchait à sa fin et Kahena avait passé son temps à écrire des notes sans se soucier d’occuper sa fille qui trouvait le temps long.
— Je vais voir Timoté, il m’attend déjà, annonça la princesse Sarina.
— Oui, mais fais attention, répondit Kahena un peu distraite.
Rien n’arrêtait Sarina de toute façon. Du haut de ses seize ans, elle suivait Timoté, le fils de Neldrine et Elias, comme son ombre. Il était son modèle, sûr de lui et enjôleur, le jeune homme était aussi beau que sa mère et aussi intrépide que son père. Il était très intelligent et ses yeux brillaient d’une lueur peu commune. Il trouvait toujours les bons mots pour faire rire l’assistance et ne manquait pas de conquêtes féminines. Il avait une grande influence sur la princesse.
Sarina était très différente de sa mère au même âge. Elle ne s’éloignait jamais seule et encore moins dans la forêt. Elle avait même refusé de passer les mois d’été avec les maloutas et Herod. Heureusement Jossua, son oncle, ne s’en était pas offusqué. Sarina apprendrait la magie de la nature en temps et en heure.
La princesse s’éloigna sans un bruit. Ses cheveux blonds et bouclés encadraient son visage rond. Ses yeux verts, ses traits fins et sa démarche trahissaient ses origines aulnes mais pour le reste, elle n’avait pas hérité des cheveux argentés de sa mère.
— Elle est jeune. Il n’y a ni guerre ni menace au-dehors. Elle a la vie que tu aurais dû avoir, déclara Kiolos courbé sous le poids des années. Nous avons assez vécu d’aventures pour toutes les générations qui se succèderont. Laisse-la profiter de sa vie de princesse, elle ne fait de mal à personne.
— Oui c’est bien ce qui me fait peur… elle serait incapable de donner ne serait-ce qu’un coup de pied si on l’attaquait, observa Kahena qui avait sans cesse peur pour la sécurité de sa fille.
Kiolos rit puis toussa. Il porta aussitôt un verre d’eau à ses lèvres et en vida le contenu. Il avait la gorge sèche. Il s’assit près de Kahena et lui prit la main. La reine des aulnes passait le plus clair de son temps dans son bureau à réparer encore et toujours les désastres laissés par la guerre contre Jaliorga. Elle s’évertuait à redonner à son peuple sa magnificence d’antan et elle y était parvenue. Le royaume de Floss abritait aulnes et hommes qui vivaient en paix.
— Je suis vieux mais heureux de constater que je laisse un royaume soudé derrière moi, fit Kiolos.
— Vous n’êtes pas encore dans la tombe ! s’exclama Robin qui venait d’apparaître dans le bureau de Kahena, son éternel épi dressé sur la tête.
Kahena se leva pour embrasser son mari quand soudainement elle eut un vertige. C’était le signe qu’une vision du passé ou du futur allait jaillir des ténèbres et lui révéler un secret. Depuis que la guerre s’était terminée, elle n’avait pas eu beaucoup de visions mais à chaque fois, c’était l’occasion de prévenir Kahena d’un grand danger. Elle ouvrit les yeux en prenant
une grande inspiration.
Sarina marchait tranquillement dans les couloirs de la grande école de magie. Cette dernière avait ouvert ses portes le mois dernier, Kahena avait fait un long discours à cette occasion sur l’importance de la magie au sein du royaume.
— C’est la princesse Sarina… murmurèrent deux jeunes filles en regardant Sarina passer.
Le sang de Kahena se glaça. Qu’allait-il se passer ? Sarina faisait sa rentrée, elle suivait un groupe d’étudiants. Pour passer à l’étage supérieur, elle devait traverser une peinture, ce qu’elle fit le sourire aux lèvres. Après son passage, l’accès avait été condamné. Personne ne pouvait plus la suivre.
— Qu’est-ce que tu as vu ? demanda Robin inquiet.
— Je crois que Sarina court un grand danger. Elle se trouvait à l’école de magie. Je ne comprends pas.
— Peut-être que justement tu as eu cette vision pour te montrer que tout ira bien pour elle, qu’elle fera des études et que tu n’as pas besoin de la protéger autant, tenta Kiolos.
Kahena en faisait trop pour sa fille mais elle n’avait jamais de vision par hasard. Elle ouvrit en grand la fenêtre de son bureau et respira une bouffée d’air frais pour se calmer.
La cité de Keaplopis avait été reconstruite sur les ruines de l’ancien palais des aulnes. La terre était redevenue fertile et la vie reprenait ses droits. Elle se rappelait encore la première fois que ses yeux avaient admiré les vestiges de l’ancienne cité, habitée par les hordes de snarthes de Jaliorga.
Depuis, Kahena avait fait démolir les anciens remparts et en avait reconstruits de nouveaux plus hauts et plus épais. Le marbre blanc utilisé avait été poli par la magie et quelques gemmes magiques, offertes par Tronze, ornaient le fronton de l’entrée principale.
À l’intérieur de l’enceinte, la ville était divisée en quartiers et chaque rue marchande abritait une corporation d’artisans. La cité de Keaplopis était redevenue la capitale du royaume de Floss, plus florissante qu’auparavant.
Les grandes plaines qui entouraient la colline sur laquelle reposaient les fondations de la cité étaient de nouveau cultivées par les aulnes et les hommes. Kahena était fière du travail accompli. La paix durerait tant qu’elle serait au pouvoir, elle ferait tout pour maintenir l’équilibre et éviter à sa fille de prendre les armes pour mener une guerre. Les années à venir seraient donc heureuses et tranquilles, du moins c’est ce que la reine espérait. La bibliothèque était immense, sombre et poussiéreuse mais Sarina adorait y passer du temps. Elle étalait les cartes topographiques de son royaume et les apprenait par cœur. Elle connaissait chaque ville et village, chaque montagne et cours d’eau. Férue d’histoire, elle se passionnait pour la guerre que sa mère avait menée. Certains acteurs du conflit étaient encore vivants et elle avait eu la chance de les croiser. D’autres qu’elle aurait aimé connaître étaient déjà morts comme les parents adoptifs de sa mère, Marpolet et Mallanée.
La princesse comprenait déjà les enjeux politiques majeurs de son royaume. Les aulnes vivaient en harmonie avec la nature et les hommes qui avaient été accueillis sur leurs terres afin de repeupler un pays dévasté.
Mais peu à peu le monde politique et le pouvoir avaient pris le pas sur l’équilibre. Folck Larmt, un politicien qui cherchait à tout prix à se faire admirer, avait grimpé peu à peu dans l’échelle sociale. Il avait de nombreux partisans. Ses motivations n’étaient pas claires et à chaque fois que Sarina le croisait, elle sentait son estomac se tordre. Il réussissait à ôter de plus en plus de pouvoir à sa mère et à l’octroyer à l’assemblée. Cette dernière était l’organe politique qui votait les lois que la reine et son conseil lui soumettaient. Depuis quelques années, l’assemblée écrivait et votait aussi ses propres lois, c’était à ce moment précis que
l’influence de Kahena avait commencé à décliner.
Récemment de nombreuses propositions allant dans l’intérêt général avaient été refusées. Ainsi la chambre des représentants avait rejeté une répartition plus équitable des richesses ou des taxations plus importantes pour les très riches bourgeois. Et les riches continuaient de s’enrichir et de museler le pays tandis que certains hommes commençaient à se plaindre de la faim.
Kahena faisait de son mieux mais elle n’y arrivait plus. Son conseil était aux yeux de Sarina trop faible et sa mère aurait dû sortir son épée du fourreau bien plus tôt en imposant sa volonté. Elle devait rétablir les choses, rétablir la paix et l’équilibre, quitte à user de la force.
— Ça ressemble fort à une tyrannie, observa Kahena en lisant les pensées de sa fille.
— Ils finiront par nous chasser de notre propre maison. Tu dois arrêter de te laisser faire ! Impose-toi ! Ton peuple t’aime, il te suivra…
— J’ai suffisamment tué pour savoir que ça ne réglera pas le problème. La violence est à utiliser en cas de légitime défense. Je ne vais pas attaquer les gens que j’ai accueillis. Tu es jeune. Tu comprendras plus tard, j’en suis certaine, conclut Kahena.
Sarina se renfrogna. Comment sa mère pouvait-elle avoir été courageuse un jour ? Elle ne voyait en elle que de la lâcheté. Elle ne pouvait pas baisser les bras si facilement ! La princesse était en colère. C’était comme si un compte à rebours précédant une immense catastrophe s’était mis en route. Sarina pouvait sentir le temps qui s’écoulait, qui la pressait à agir. Mais que pouvait-elle faire ?
— Bonjour ! s’exclama une voix gaie dans le dos de la reine.
— Bonjour, Timoté, comment vont tes parents ? demanda Kahena poliment.
— Et bien, ils sont moins en forme que vous, mais ça va ! répondit le jeune homme.
La reine hocha la tête et s’éloigna en jetant un coup d’œil à sa fille. Cette dernière était têtue et même si elle détestait la violence cela ne la dérangerait pas le moins du monde que sa mère livre de nouveau une bataille. Voilà qui était paradoxal. Peut-être avait-elle tout simplement peur que son monde s’écroule face aux changements qui s’opéraient ?
— Alors, le rat de bibliothèque, tu fais quoi ? fit Timoté un sourire aux lèvres à l’attention de la princesse.
— Je fais le rat de bibliothèque, répondit-elle d’un air distrait. Et toi tu cours après tous les jupons, comme d’habitude, observa Sarina. L’une de tes conquêtes t’a laissé un ruban rose attaché à la boutonnière.
— Quel sens de l’observation ! Je n’avais pas remarqué, conclut Timoté qui s’empressa de dénouer le satin.
Un étrange vent frais se leva dans la salle d’étude et toutes les cartes s’envolèrent. Les pages des livres tournaient toutes seules. La princesse courait après tous les parchemins mais échouait à les rassembler.
— Arrête ! cria-t-elle en direction de Timoté.
Ce dernier riait. Il avait hérité des pouvoirs magiques de Neldrine et avait développé un don pour la télékinésie. Il passait son temps à embêter la princesse qu’il considérait à la fois comme sa petite sœur et sa meilleure amie. Il n’avait pas besoin de se cacher avec elle. Sarina l’acceptait avec ses qualités et ses défauts. Elle avait quatre ans de moins que Timoté et pourtant elle était bien plus réfléchie que lui.
— Utilise tes pouvoirs pour te défendre ! répondit Timoté qui savait pertinemment que la princesse rechignait à lancer des sorts contre les gens qu’elle aimait.
Les papiers volaient dans tous les sens et Sarina ne parvenait plus à les ramasser assez vite. Maladroite, elle manquait de trébucher à chaque instant. Elle avait été contrariée par sa mère quelques minutes plus tôt et voilà que Timoté s’y mettait aussi. Il trouvait tout ça très
amusant mais pas elle.
— Très bien, siffla-t-elle entre ses dents.
Ses cheveux couleur blé se mirent à voler dans tous les sens. Le jeune homme n’avait jamais vu son amie dans un tel état. Elle paraissait à la fois furieuse et sereine, son visage ne trahissait aucune émotion tandis que ses yeux brillaient d’une folie inattendue.
Tout en se redressant, elle leva la main et projeta une boule d’énergie rouge à travers la pièce. Cette dernière s’écrasa contre Timoté qui n’eut pas le temps de voir cette attaque venir. Il vola dans les airs sur quelques mètres avant d’atterrir douloureusement sur les fesses. Les pages des livres avaient cessé de tourner et l’air espiègle de Timoté l’avait quitté. — C’est quoi ton problème ? demanda le jeune homme en s’énervant. J’aurais pu me casser quelque chose ! — Et toi, c’est quoi ton problème ? Tu passes ton temps à m’énerver ! J’en ai assez, cria-t-elle.
Sa voix résonna à travers toute la bibliothèque. Elle sentait des larmes couler sur ses joues et prit le parti de s’enfuir par une petite porte dérobée. Que lui arrivait-il ? Ces sautes d’humeur ne lui ressemblaient pas.
Elle courut jusqu’à arriver dans la serre du palais. Cette dernière était le point culminant de la cité et surplombait les plaines aux alentours. En s’avançant dans les allées, elle trouva celui qu’elle était venue chercher.
Kiolos dessinait paisiblement de beaux papillons colorés sur une toile grise. Sa main n’était plus aussi assurée qu’avant, il tremblait un peu. Mais il y mettait toujours autant de cœur. Parfois, et pour sa petite fille uniquement, il tapotait ses dessins du bout du doigt et le papillon présent sur la peinture s’envolait.
Utiliser la magie l’affaiblissait mais ce n’était rien en comparaison de l’air émerveillé de Sarina quand elle regardait sa création. Cette fois-ci, un tour de magie ne suffirait pas pour rendre à la princesse son joli sourire. Il se contenta de la prendre dans ses bras et de frotter son dos comme quand elle était petite.
— Je me sens si seule parfois, murmura Sarina.
— Être seul me permet de penser et de mettre mes idées au clair. Il te faudra aussi apprendre à accepter les mauvais côtés de ceux qui t’entourent pour te concentrer sur leurs qualités, répondit calmement Kiolos. La princesse s’était retirée dans sa cachette favorite, une petite pièce exigüe au sous-sol du palais. Les caves de Keaplopis étaient grandes et presque jamais visitées. Personne ne l’avait jamais trouvée ici. Elle s’y sentait en sécurité pour manipuler la magie. Sa mère lui avait défendu de s’exercer sans la surveillance d’un adulte mais elle s’en moquait. Elle savait se maîtriser et n’avait jamais commis d’impair. Cette fois-ci, elle se mettrait sa mère à dos. Ce qu’elle s’apprêtait à faire était complètement illégal. Robin, son père et roi du royaume de Floss, était moins intransigeant que Kahena et lui laissait plus de liberté. Sarina rêvait de passer ses journées en sa compagnie, à sillonner les airs en vérifiant que tout se passait pour le mieux dans son royaume. Il était aimé de tous et rendait très souvent visite aux autres souverains.
Installé au centre de la pièce, un chaudron reposait sur de petites bûches qui se consumaient par magie. Une mixture nauséabonde bouillait à l’intérieur. De temps en temps un léger sifflement se faisait entendre. La princesse ajouta délicatement à la potion une poignée de poudre d’argile et quelques grains d’or. Elle semblait satisfaite du résultat et jeta de nouveau un coup d’œil sur le manuscrit qu’elle tenait à bout de bras.
Elle était près du but. Avec la magie, elle allait créer la vie. Plus que quelques minutes avant de mettre le dernier ingrédient. Elle bâilla, il était presque trois heures du matin mais
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