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Sel de nuit

De
133 pages
Le bruit et la fureur de la nuit Les tribulations d’un savant atypique dans une métropole du futur... La ville-état de Fébrel où tout n’est que nuit, désolation, vacarme... Deux clans se livrent une bataille acharnée : les Socs avec à leur tête le chef idéaliste Xarm, aimant l’ordre et la justice, et les Pemus, menés par Figarole, être impitoyable et corrompu. Sel, scientifique burlesque aux questionnements métaphysiques et prophétiques, tente de donner un sens à cet univers chaotique… Retrouvez le style alerte et humoristique de Gil Duran dans son nouveau roman où se côtoient absurde, anticipation et vérité.
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2 Titre
Sel de nuit

3

Titre
Gil Duran
Sel de nuit

Roman fantastique






5Éditions Le Manuscrit






















© Éditions Le Manuscrit 2008
www.manuscrit.com
© Couverture : sculpture nommée LUNA en marbre
blanc réalisée par Serge Hugon, photographiée par Phil-
lipe Besacier ( Pôle Sud)

ISBN : 978-2-304-02100-4 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782304021004 (livre imprimé)
ISBN : 978-2-304-02101-1 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782304021011 (livre numérique)

6
.





A Claire, Jean-Baptiste et Antonin.

« Le sel de la terre et la lumière du monde
Vous êtes le sel de la terre.
Si le sel se dénature,
comment redeviendra-t-il du sel ?
Il n’est plus bon à rien :
on le jette dehors et les gens le piétinent.

Vous êtes la lumière du monde.
Une ville située sur la montagne
ne peut être cachée… »

Evangile selon Saint Matthieu (5 3-15)


.

CHAPITRE UN
Couilladasse barjaquait dans la lucarne. Les
infos paraissaient être toujours les mêmes ; évi-
dentes… Des collabos zélés, des résistants con-
vaincus, de pauvres types, de braves gens… Il
parlait retraite et privilège. La question de la
nuit : « le retraité va-t-il devenir privilégié ? »
Face à l’aquarium où le mérou sautil-
lant semblait ravi, Sel n’écoutait pas, par trans-
mission de pensée il changea de chaîne :
« Finalement je préfère Kumindabord gromme-
la-t-il, au moins lui est agréable à entendre, il n’y
a rien sur ce service public ! »
Un livre électronique entre les mains, il fixait
la boîte translucide posée sur la table
d’aluminium : « Tout est là-dedans, pensait-il à
voix haute, quand j’entends ce philosophe…
Liquelmerde… nous donner des leçons… En-
fin ! Qu’est-ce qu’on va faire ?… » Ces « enfin »
et ces « qu’est-ce qu’on va faire » ponctuaient
souvent la fin de ses phrases. Chercheur au
Centre de la recherche scientifique national
(C.R.S.N.), entre deux formules raturées, il at-
9 Sel de nuit
tendait 15 h 00, l’heure où les projecteurs don-
naient un peu de lumière sur la ville.

15 h 00. Le compte à rebours commençait.
Les projos suspendus crachaient à plein. Les
batteries nucléaires procuraient une sensation
ronronnante de frelons excités. 15 h 00. Les
habitants de Fébrel couraient. Les grands maga-
sins regorgeaient de monde. Il fallait faire vite.
Remplir les caddys, chercher une pharmacie qui
acceptait les remboursements, trouver des bou-
gies atomiques qui auraient une autonomie plus
grande. Vite, toujours plus vite… c’était la seule
nécessité. L’air demeurait humide, le froid pre-
nait l’intérieur du corps.
Fébrel, autrefois si conviviale, était au-
jourd’hui plongée dans une obscurité perma-
nente. Le tourisme n’existait plus. Le port
n’était que désolation, pollution : une espèce de
décharge de portables et de cartes d’ordinateurs.
Les rats se nourrissaient de composants indiges-
tes, avec un goût particulier pour le haut débit.
Cette cité monstrueuse n’avait droit à la lu-
mière que de 15 h 00 à 17 h 00. Au-delà, la
moindre rue était un véritable coupe-gorge. Il
fallait les avoir bien accrochées pour tenter une
sortie pendant la nuit noire. Les violences ur-
baines devenaient banales et la police laissait
faire. Les combats entre bandes rivales ryth-
maient le quotidien. Les Pemus et les Socs,
10 Sel de nuit
deux clans armés jusqu’aux dents, s’affrontaient
à l’aide de lance-pierres magnétiques. Vers dix
heures, déjà, un charnier humain recouvrait la
cité : des bouts de peau brûlée, des cerveaux ar-
rachés en guise de trophée, des couilles scalpées
dans les bouches d’égout, des seins dépecés, des
yeux effrayés montrant à quel point l’attaque
avait été soudaine, rien que de la chair mélan-
gée… noire ou blanche, sans faire de racisme
pour le coup. Toute cette viande tapissait
l’avenue principale.

15 h 00. Les pelleteuses robotisées net-
toyaient les rues en un bourdonnement infernal.
Tous ces corps touillés, remués, amoncelés, dé-
gageaient une odeur insupportable, mélange
d’oranges artificielles avariées et de couche
d’ozone des années 2000. Puis, venait le tour
des balayeuses laveuses qui déversaient à haute
pression un produit bactéricide et fongicide qui
sentait encore plus mauvais.
Les habitants de Fébrel n’attendaient même
pas la fin du nettoyage. Vite, toujours plus vite,
encore plus vite… Lors du compte à rebours de
lumière, les fébréliens se précipitaient vers la
sortie de leurs immeubles, se cognaient, gesticu-
laient, jouaient des épaules pour se frayer un
passage, comme des morts de faim au moment
des soldes. Dans leur combinaison phosphores-
cente et anti-microbienne, ils voulaient arriver
11 Sel de nuit
les premiers dans les grandes surfaces. Il fallait
bien vivre malgré l’air nauséabond.
Sel marchait nonchalamment, ignorant le dé-
cor, le pas rhumatismal et quelque peu absent…
L’humidité ambiante avait fait son œuvre… Son
cerveau voyageait en permanence dans des
formules qui défilaient méthodiquement… Ma-
thématique infernale. Ce savant reconnu était
autant idéaliste que respecté.
Il leva les yeux, scruta de travers les projec-
teurs suspendus par des ballons dirigeables nu-
cléaires : « Quelle connerie ces ballons ! s’écria-
t-il, c’est absurde de gaspiller de l’énergie pour
le confort de la consommation… En plus, ils
sont moches… C’est une véritable escroque-
rie… J’ai souvent demandé au Président de
faire mettre les projos à terre. Que la lumière
vienne d’en haut ou d’en bas, quelle impor-
tance ? Enfin ! Qu’est -ce qu’on va faire ?… »
Il continua tête baissée. Autour de lui :
l’agitation, le ramassis d’humains téléguidés, la
luminosité factice du temps…
Il avait un rendez-vous important . Il s’était
habillé pour l’occasion d’une salopette vert fluo
qui rappelait son niveau social. Les quatre bar-
rettes qu’il arborait fièrement du côté du cœur
signalaient, à qui voulait bien le voir, son rang
de scientifique éminent.
Après avoir enjambé quelques cadavres dans
la rue du Roi soleil, Sel arriva devant les barriè-
12 Sel de nuit
res lasers de sécurité. Ce n’était pas la première
fois que le Suprême Président le recevait. La
même angoisse l’envahissait, la même fierté,
curieux mélange de supériorité et de respect vis-
à-vis d’un homme que pourtant il n’aimait pas.
Une fois les barrières désactivées, deux gardes
au teint blême l’accueillirent.
– Monsieur Sel ? demanda l’un d’eux d’une
voix ferme. Monsieur Sel… le scientifique ?
Pouvez-vous me présenter votre identité numé-
rique ?
Sel marqua un temps d’arrêt, puis répliqua :
– Vous n’allez tout de même pas encore
m’engatser avec ces histoires d’identité ! Depuis
le temps que je viens vous voir… Vous êtes
vraiment atteint d’administratisme ! C’est la
perte de notre société…
– Monsieur Sel ! grogna l’autre garde. Nous
ne sommes que des militaires, grr… Vous de-
vez vous plier à la loi ! grr… C’est tout… grr…
– Je m’en fous… souffla Sel.
Les gardes paraissaient résignés, à peine sur-
pris par l’attitude du visiteur. Ils connaissaient la
popularité de celui-ci, sa renommée internatio-
nale, et ils s’inquiétaient : le Suprême Président
n’aimait pas attendre. Cependant, Sel avait, der-
rière ses galons, du sentiment, une chaleur hu-
maine qui dépassaient son statut.
– Bon voilà ma carte ! s’exclama-t-il, la puce
s’est quelque peu envolée, mais l’essentiel y est !
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