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Selon Gabrielle

De
180 pages
Gabrielle cherche quelqu'un qui l'aide à ouvrir ses portes intérieures, maintenues fermement closes par d'obscures déesses obstinées. Son corps lutte contre une force anonyme. Elle veut crier, alerter : elle se débat contre un raz de marée sans nom qui plombe sa voix et enserre dans ses tentacules ses sons. Rien ne sort. Elle se perd et perd sa fille Lou, son mari Jean. Jusqu'à ce qu'elle rencontre Richard, un psychologue qui, avec elle, va oeuvrer comme un archéologue pour reconstituer son passé. Il est convaincu que sa patiente traîne en elle des conflits et des secrets de famille qui plombent son existence.
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sort. Elle se perd et perd sa lle Lou, son mari Jean. Jusqu’à ce qu’elle rencontre un psychologue qui, avec
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de Gabrielle, son reLet littéraire.
ISBN : 978-2-343-10794-3 17,50 €
Laurence Pain
Selon Gabrielle
Roman
Selon Gabrielle
Écritures Collection fondée par Maguy Albet Seigneur (Pauline),Augusta mouille-cailloux, 2016. Berkani (Derri),Les couveuses, 2016. Gaspin (René),Froideterre. Le roman d’un poilu, 2016. Galluzzo (Rosine),Toutes les larmes de mon corps, 2016. Rouet (Alain),Les incivilités du trapèze volant, 2016. Tanguy Taddonio (Anne),Le mariage, 2016. Le Boiteux (François),Le rêve grec, 2016. Sabourin (Jean-François),Le long chemin de l’exode. L’histoire d’un homme libre, 2016. Payet (Sylvie),À fleur de peau, 2016. e Bensimon (Jean),Le Hors-venu. Contes brefs, 2 édition, 2016. Aubert-Colombani (Éliane),La Guerre à six ans ou De la rue Béranger à la rue Danton, 2016. Dulot (Alain),Que s’est-il passé, madame ?, 2016. Viellevoye (Josée),Josse et autres souvenirs détournés, 2016. Lévy (Odette),Les Derniers Feux du rayon vert, 2016. Vidal (Edgard),Arcanes dormants, 2016. * ** Ces quinze derniers titres de la collection sont classés par ordre chronologique en commençant par le plus récent. La liste complète des parutions, avec une courte présentation du contenu des ouvrages, peut être consultée sur le site www.harmattan.fr
Laurence Pain Selon Gabrielle Roman
Du même auteur La Dame de La Fontaine Saint Gré, Éditions Hécate.La Faute sur Mer 97, Éditions Hécate.Un Amour de petite Sœur, Éditions Bayard, 2002, édité en chinois aux éditions Dolphin média en 2013, puis dans une nouvelle édition en 2014. Mystère à l’Ecole, Éditions Milan, 2002.L’Inconnu du Blockhaus, Éditions Casterman, 2003. Ados en détresse, Éditions Les Chantuseries, 2012.Elsa meurt, Éditions L’Harmattan, 2014.© L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-10794-3 EAN : 9782343107943
Oraisons funèbres Ce vingt-trois août 1884, nous sommes assemblés en mémoire de Constance Guimbretière, dans ce lieu saint, cette église de Chambretaud qu’elle a si souvent fréquentée. Assidue aux célébrations, fidèle à sa foi, indéfectible dans ses engagements. Constance va nous manquer. Difficile de vous rappeler en quelques mots l’existence de cette femme généreuse et dévouée, que vous avez tous côtoyée, qui vous a tous marqués malgré sa vie de simple agricultrice, vie ordinaire et pourtant si dramatique. Epouse, mère ou voisine dont vous garderez dans vos âmes le souvenir intense de ses quarante années sur terre, ou en enfer si nous tenons compte des nombreuses séparations qu’elle a dû assumer. Qu’elle a tenues cachées au fond de son être, qui l’ont brûlée sans accalmie, sans répit. Acharnement divin ? Constance ne le croyait pas. Fatalité ? Ou seulement le quotidien d’une femme de notre temps ? Constance naît et meurt à quatre heures de l’après-midi. Elle ouvre les yeux un vingt-trois août, en plein été, en 1844. Notre amie puisera de ce mois chaud un caractère puissant, une énergie capable d’affronter les nombreuses pertes qui vont ponctuer sa vie. Sa mère, Jeanne, lui a donné naissance dans la maison en granit du pays, construite par son époux, Pierre, dit Pierre Guimbretière depuis qu’il a édifié leur demeure au lieu-dit de la Guimbretière. Le père de Constance était un homme rude, peu bavard, travailleur, dur à la tâche. Il ne craignait pas l’ouvrage. Maçon de métier, il allait de villages en villages pour façonner les pierres de taille, les
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assembler pour en faire de beaux ouvrages, des lieux chaleureux de vie, des foyers. Pierre et Jeanne n’étaient pas des gens aisés. Leurs deux filles aînées durent les aider dès leurs plus jeunes années. Aussi, Constance, suivie de sa cadette, quitta son hameau de naissance pour prendre un emploi de domestique, à une journée de marche de chez elle. Ceux qui connaissent bien Constance savent très bien qu’elle accepta la volonté paternelle sans rechigner mais que la séparation d’avec sa mère et sa famille, d’avec ses camarades de jeux, fut douloureuse. Constance ne se plaignait jamais. Nous le savons tous. Mais la gravité que chacun de nous reconnaissait dans son regard a commencé le jour de ses seize ans lorsqu’elle est arrivée à la Fontaine pour servir dans cette ferme, pour elle si étrangère, comme simple employée. Peu remarquée alors, car discrète, obéissante, aucunement récalcitrante, Constance ne rentrait à La Guimbretière qu’aux grandes fêtes. Le reste de l’année, elle servait les hommes à table, lessivait linges et sols, aidait aux travaux des champs, s’occupait de la basse-cour. Tout ce que de petites mains peuvent exécuter. Lors d’une moisson, Constance a croisé les yeux bleus de Baptiste. Notre regretté Baptiste. Bel homme, bien charpenté comme son père, toujours enthousiaste, le regard si chaleureux que nous lui connaissions tous, Baptiste a gagné immédiatement le cœur de la jeune fille qu’était Constance. Si seule, si éloignée des siens, puisque sa sœur était retournée auprès de ses parents, Constance a accepté volontiers la protection de Baptiste, l’agriculteur de la Joussenière. Ils se sont mariés aussi en été, en 1864. Baptiste, aîné de treize ans, a installé sa jeune épouse, dans sa
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demeure, beaucoup trop humide aux dires de Pierre le maçon, celui qui connaissait à juste titre les roches du secteur. La maison basse, surmontée d’un grenier n’était pas ridicule en proportion, loin de là. Trois familles pouvaient y vivre en harmonie, disposant chacune de deux pièces avec cheminée, ouvrant sur une cour abritée des vents, protégée de deux beaux cyprès. Mais le granit suintait et Pierre maudissait cette constructionbâtie sous les arbres des cimetièresmême d’y voir sa fille y avant souffrir.Pas saine. Bonne à porter la mort. Constance n’a pas maugréé et elle a pris sa place de maîtresse de maison à plein bras. Le labeur, elle connaissait. Pas besoin de se lamenter sur l’atmosphère, pas le temps d’y penser surtout. Entre l’entretien de son homme, de son ménage, les lessives au ruisseau du bas, la cuisson des cochons et tout ce que requérait la gestion de cette métairie, Constance ne voyait pas les années défiler, ni son corps se limer au travail ménager. D’ailleurs, son corps se transforma vite puisqu’au bout de trois courtes années, Baptiste eut l’honneur de déclarer la naissance de sa fille première née, un vingt-et-un juin 1867. Marie Jeanneau. Un beau bébé qui fit toute la fierté de notre défunte. Née le jour de l’été, cette petite fille sera la force tranquille de la famille. La seule qui ne fera pas pleurer Constance. Marie, la fidèle. En dépit d’elle. Vous le savez tous, les années qui suivirent furent éprouvantes, terribles pour Constance. Alors qu’elle était à nouveau enceinte de quelques mois, elle perd son homme en 1869, suite à une pneumonie. Pierre ne démord pas de colère, peste contrece taudis de malheurqui emporte son gendre en pleine force de l’âge. Mais sa fille ne veut rien entendre. Elle veut garder la mémoire
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