Simon et les siens

De
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85 ans d'histoire d'une île de la Caraïbe sous le regard de deux lignées de la famille de Montvilard. Cette île c'est la Martinique, ancienne terre d'esclaves, ancien fief des colons. En 1817, une jeune Africaine débarque des cales d'un navire négrier, à Saint-Pierre. Son fils, Simon, mulâtre né d'un viol, est élevé par ses propriétaires. L'auteur nous fait revivre les moments intenses et douloureux de la lente transformation du paysage social et politique de l'ancienne colonie jusqu'en 1902 où la ville de Saint-Pierre disparaît sous le feu de la Montagne Pelée.
Publié le : vendredi 1 juin 2007
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EAN13 : 9782336269245
Nombre de pages : 211
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Léon Cladel
et l’écriture de la Commune

© L'HARMATTA,2007
5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-03843-1
EAN: 9782296038431

Thanh-Vân Ton-That

Léon Cladel
et l’écriture de laCommune

L'Harmattan

EspacesLittéraires
Collection dirigée par Maguy Albet

Déjàparus

LaurentFOURCAUT,Claudeougaro:la bête est l’ange,
2007.
NorbertCOL(sousladir.),Écrituresde soi,2007.
Bettina KNAPP,Judith Gautier,2007.
Renaud DUMONT,De l’écrit à l’écran,réflexions sur
l’adaptationcinématographique,2007.
W. B. BERG etL. BLOCKde BEHAR,France-Amérique latine.
Croisementsde lettres etdevoies,2006.
Michèle RACLOT(dir),CatherinePaysan,une marginalité
flamboyante,2006
Bernard FAGUET,L’ange et la bête,2006.
Alain COUPRIE,Marquise ou la«déhanchée »deRacine,
2006.
BouazzaBENACHIR,Le soucide l’autre,2006.
AminaELFASSI,JacquesBrel:lyrisme et ironie,2006.
GisèlePIERRA,Lecorps,la voix,le texte.Artsdu langage en
langue étrangère,2006.
DonatRÜTIMANN,AlbertoGiacometti.Écrire la déchirure,
2006.
Augustin GIOVANNONI,Écrituresde l’exil,2006.
François BEAL,Vialatte,l’intemporel,2006.
MarcelBOURDETTE-DONON,Raymond Queneau, cet obscur
objetdudésir,2006.
M.C.BALCON,LireJean-PierreFaye,2005.
LucDELISSE,Le feucentral, 2005.
HédiKHELIL,JeanGenet:Arabes,oirs etPalestiniensdans
sonœuvre, 2005.
BéréniceBONHOMME,ClaudeSimon,l’écriturecinémato-
graphique,2005.
CorinnePASQUA,SimoneWeil, biographie imaginaire,2005.

À mes oncles,Bac Sy et BacDuy,
hérosd’unautre temps…

Première partie : étude de
«Revanche », nouvelle deLéon
Cladel

I.Présentation

A. Unécrivain oublié
Léon Cladel(1835-1892) faitpartie deces écrivains
qui ontété lus,reconnus puisqui sont tombés dans les
oubliettes de lalittérature.Quelquesœuvres ontété rééditéesà
lafin desannées soixante-dix(N’a-qu’un-œil, Garnier, 1978,
LesVa-nu-piedsetLesMartyrs ridicules, Éditions
d'Aujourd'hui, 1978,Ompdrailles, Éditions Slatkine, 1980), mais il ne
semble pasencore être sorti de celong purgatoire littéraire.
LéonCladel, oubliéaujourd'hui,a connuen sontemps son
heure degloire, salué par ses pairsquil'encouragentdans sa
carrière littéraire :Baudelaire rencontré par hasard chez
l'éditeur Poulet-Malassis,qui préfaceLesMartyrs ridicules
(1862),Barbeyd'Aurevillyquiécrit un article élogieuxintitulé
« Un rural écarlate » surLa FêtevotivedansLeFigaro(4 mai
1872),œuvre déjà remarquée parLouisVeuillotdans
L’Univers(5 novembre 1869) lors de saparution en feuilleton
dansLeConstitutionnel.Flaubertle félicite etl'encourage
chaleureusementdans des lettres enthousiast«es :J’ai
commencévotre bouquinà11 heures, il étaitlu,ce matinà9 !
etd'abord il fautqueDentusoitfoupouravoir peur de le
publier.[…] jetrouvevotre livreunvrai livre.C'est très bien
fait,très soigné,très mâle etje m’yconnais, mon bon ! » (9 mai
1877) etàpropos deTitiFoÿssac :« c’est travaillé, ciselé,
creusé.L’observation, chez vous, n’enlève pas lapoésie;au
contraire, elle lafaitressortir. […]Maisvous êtesun rude
écrivain, mon cherami,unvéritableartiste !…» (26juin
1877).
En outre, sesœuvres sontpréfacées par des écrivains
célèbres (PaulBourgetpar exemple) etpubliées par des

9

maisons d’édition connuesqui sontcelle de Flaubert, des
Goncourt, de Zola, de Bourgetetdetous les écrivains alors en
vue, comme Lemerre, Dentu, Ollendorff,Charpentier, ce
dernier avec le soutien deFlaubert(30avril1877,àpropos du
manuscritdeL’Homme de la Croix-aux-Bœufs: « je pousserai
le bonCharpentier à la publication d’icelumais ai »)ussi en
Belgique (KistemaeckersàBruxelles).Il écritpour sapartde
nombreuses préfaces : pourCamilleLemonnier (LesCharniers,
Paris,Lemerre,1877;Thérèse-Monique,Paris, Charpentier,
1882),EugèneRazoua(LesGrandsJoursde la République,
Paris,Cinqualbre, 1878),HectorFrance (L’Homme qui tue,
Bruxelles,Kistemaeckers,1879),MauriceLaChâtre
(Dictionnaire universel,Librairie duProgrès,1882),François
Fabié (La
Poésiedesbêtes,Paris,Lemerre,1886),JeanBernardPasserieu(LesLundis révolutionnaires,Paris,
Lemerre,1887),FernandIcres (LesBouchers,Tresse etStock,
1888),GeorgesBeaume (Fruitdéfendu,Paris,Dentu,1889),
PaulVigné d’Octon (Chair noire,Paris,Lemerre,1889),Henry
Mériot(LesFigulines,Paris, Charles, 1902).
Il publie en outre régulièrementdes nouvelles, des
chroniques, des poèmes, des fragments etdes lettres dans la
presse sanscompter laparution en feuilleton de ses romans.Il
collaboreàde nombreuxjournauxetrevues, entreautres :La
Cigale, LeConstitutionnel, LeCriduPeuple, L’ÉchodeParis,
L’Éclair, LeFigaro, LeGaulois, LeGilBlas, La JeuneFrance,
La Lanterne, La Marseillaise, LeParnassecontemporain, Le
Radical, LeRappel, La Renaissance, La Revue française, La
Revue indépendante, La Revue littéraire etartistique, La Revue
moderne, La Revuedu monde nouveau, La Revue nouvelle.Il
collaboreaussiàdes ouvrages collectifs :Anthologiedes poètes
e
françaisduXIXsiècle(Paris,Lemerre,1888),La Cigale
(Paris, Fischbacher,1880),ContesduGilBlas(Paris,Marapon
etFlammarion,1887),LeNouveauDécaméron(Paris,Dentu,
1884-1887),Quivive ?France(Paris,Frinzine,1886).Àla
reconnaissance de sonvivants’ajoute lagloire posthumeavec
lapublication de son grand romanI.N.R.Ien1931, deslettres
inéditesàC.Delthil parLa GrandeRevueen1927, de ses
poèmesLesCarriersen 1930etdes sesPoésiesen 1936.

10

Deplus, nombreuxsontles hommages rendus par les
journauxlors de sa disparition en1892,avecles articles du
Radical, duTemps, deLa Paix, duMercuredeFrance, deLa
Plume. Sans pour autantparler de panthéonisation comme pour
Hugo ouAnatole France, on estsurpris par les hommagesqui
lui sontrendus :discours funèbre de Zola lors de ses obsèques,
prix(«La TourLandry») reçuàtitre posthume le23mai 1927
etlamêmeannéediscours d’Edouard Herriotlors de
l’inauguration de son monument,œuvre de son fils Marius, au
jardin duLuxembourg le21 mai 1927,alorsqu’unautre
monumentaété inauguréà Montauban en 1894.Le
gouvernementprendraencharge la famille de l’écrivain en
permettantà ses jeunes enfants de poursuivre leurs études à
Paris eten octroyantà saveuveun débitdetabac àAmiens en
1893.Lapiétéfiliale etle culte à la fois familial etnationalqui
lui estrenduprennentplusieurs formes : monumentaleavec le
fils sculpteur etlittéraire avec la fille, JudithCladelqui publie
chezLemerreLa ViedeLéonCladelen1905.
Peut-êtrela mémoire dupère est-elle en relation avec la
mémoire dupeuple etdupaysqui se souvientavec douleur des
déchirements de laCommune et trouveune consolation dans le
réenracinementmoral des romans régionalistesquiconstituent
une partimportante de la création cladélienne. Il est vraiqu’ila
été soutenus par desécrivainsqui ne sontpas dumême bord
que lui (Flaubert, Barbeyd’Aurevilly, Bourget,Zola)àune
époque oùlaplupartdeceuxqu’onappellera après l’affaire
1
Dreyfus les «intellectusonels »,tcontre laCommune.Cet
écrivain del’ombre n’a pas la renommée sulfureuse d’un Jules
Vallès oule prestige scientifique d’unÉliséeReclus, ouencore
l’auradumartyr politique d’uneLouiseMichel.Détenteur d’un
e
laissez-passer en mai1871délivré par lamairie duVII
arrondissement, occupantlamodeste fonction de
commisrédacteuraubureaudes Aliénésàl’Assistance publique de

1
VoirPaulLidsky,LesÉcrivainscontre la Commune,Paris,La Découverte,
1999[réédition]. Même ceuxqui serontplustard d’ardents dreyfusards
comme Zola, sontdeviolents détracteurs de laCommune ou voientles
événements avec distance etindifférence.

11

Paris, c’estun discret témoin de sontempsquiafailli être
fusillécomme suspectpendantlesperquisitions etlarépression
versaillaises : mais il n’aété ni emprisonné, ni exilé etpublie
sesœuvres sanscrainte oupresque. En effet, ila cependant
quelques inquiétudes (peur d’une révocationqui le frapperaen
1876après lapublication d’« Unemaudite »)après la
publication en1873chezLemerre de «Revanche »qui estla
dernière nouvelle desVa-nu-pieds.Laparution dece recueil de
nouvelles estsaluée par la presse etla critique etle succès est
telque letirage estrapidementépuisé.On en interditla
réédition dans la seconde édition desVa-nu-piedsen1876etil
publiera cette nouvelle avec « Mon ami le sergentdeville », et
«Nâzi »dans laPetiteBibliothèque socialisteàun francde
l’éditeur belgeKistemaeckers.

OnaccuseCladel d’êtreudémn «agogue »,acoquiné
avec les radicauxet« endett(cé »’estpourquoi il essaie de
placer l’impubliableI.N.R.I.qui estrefusé parPiagetetdontle
projetde publication en feuilleton dansL’Actionest
abandonné).Bien qu’on s’acheminealorsversunapaisement
des esprits quiaboutira àl’amnistie desanciens communards et
àleur retour d’exil, lafragile république néeaumilieudes
décombres etdusang de laguerre civileveille etc’estla
er
publication de lanouvelle «UneMaudite » le 1avril 1876qui
provoque lacolère duministre de la JusticeDufaure.Cladel et
le gérantdeL’Événementsontcondamnés le 15avrilàcinq
cents francs d’amende pour outrageàlamorale publique etàun
mois de prison,un peumoins de20ansaprès les procès de
Baudelaire etdeFlaubert.Ces désagréments ne l’empêcheront
pas de continueràécrire etàpublier sur le sujetqui luitientà
cœur : laCommune.
Il s’essaieavec succèsàtous les genres dontlapoésie,
lethéâtreavec son drame envers enunacte écriten 1865 et
monté non sans difficultés etretardauThéâtre libre d’Antoine
le2mai 1889, mais le projetd’adaptationthéâtrale
d’Ompdraillesn’aboutitpas.Làoùsaplume estle plus prolixe,
c’esten prose, qu’elle soitromanesque ouplus concise,avec

12

2
ses nouvelles. Son inspiration oscille entre littérature du terroir
etfascination pour la capitale, de mêmeque son romanI.N.R.I.
repose sur l’opposition entre lapatrie etl’humanité.Cette
double postulation se retrouve dans son parcours, puisqu’il est
comme la plupartdes écrivains de son siècle attiré par Paris (il
ypassera sa jeunesse avec la bohème etles républicains du
Quartier latin,fréquentantentreautresGambetta) maisaussi
hanté par lanostalgie dupays natal,cette crainte de l’aliénation
morale, intellectuelle etpolitique prenant une formeaiguë et
idéologiquechezcertains auteurs avecLesDéracinésde
Barrès par exemple.Cladel n’en arrive pas à ce point, car
multipliantles aller-retour entre la capitale etson Quercynatal
oùil aime passer sesvacances (en1867, 1872) pour se reposer
etse ressourcer.D’ailleurs cette harmonie entre «urbains et
ruraux» (titre d’une de sesœuvres) estincarnée dansI.N.R.I.
par l’idylle entre Urbaine, fille dupavé parisien
etlequercynois Râtas. L’autre pays qui inspireCladel estreprésenté par la
Belgique, qui futcomme la Suisse etl’Angleterreuneterre de
refuge pour les exilés politiques detoutes les générations.

2
VoirJuliaDayIngersoll,LesRomans régionalistesdeLéonCladel,
Toulouse,Privat, 1931.

13

B. Le manuscrit
La plupartdes manuscrits de LéonCladel setrouventà
la bibliothèque municipale Antonin Perbosc à Montauban et
dans les Archives de Tarn-et-Garonne. Ils sontsouvent
autographes ouontété recopiés par son épouse Juliaqui jouait
auprès de lui le rôle desecrétaire.Nousavonstravaillé surun
manuscritautographe signé (daté de mars1873)vendupar
ThierryBodin (Les Autographes, 45, rue de l’Abbé Grégoire
75006Paris, catalogue de février2003).Il estconstitué de 9
pages in-8(13,5 cm/21 cm), fines, coupées, écritesàl'encre
noire,avec ratures, corrections (assezpeunombreuses) et
indicationstypographiques,certainementdestinéàl'imprimeur.
Lapage 8 étaitlégèrementdéchiréeàdroite maisavantla
rédaction complète, donc rien n’aété perdu.Lanouvelle est
dédiéeàBarbeyd’Aurevilly.L’écriture estfine, légèrement
penchée (avec des pleins des déliés), bien claire etlisible.Elle
estplus moins dense (interlignage moins serré etlettres plus
grosses pages7et8).Les feuilles sontnumérotées de2/à8/
(chiffre etbarreoblique) en hautàgauche sauf laneuvième et
dernière page (9/) numérotée en hautàdroite.
Nousavons normalisé les majuscules («couleurs
françaises »),rectifié lesaccents circonflexes («trainées »,
«vétus », « dôté »), lestraits d'union (« pièce-à-pièce »,
«toutà-coup », «audessus »), lestirets (« s'écriat’il »).Nousavons
rétabli laponctuation etl'orthographe de certainstermes
(« blockaus », «quatrevingt treize »). En revanche, nousavons
laissé «&»àlaplace de laconjonction «et» etparfois la
calligraphie particulière des deux« ss »(« prusfienne »).Nous
avonstenté de compléter les mots laissés inachevés entenant
compte dusens global etducontexte («af(franchir) »).
Nousavons choisi la transcription linéarisée définie entreautres
3
parAlmuthGrésillon .Letylinépe «arrisé »almène «a
dimension paradigmatique desréécrituresaufil syntagmatique

3
Élémentsdecritique génétique.Lire les manuscrits modernes,Paris,PUF,
1994, p.127(tableau avec l'exemple d'une page deSaintJulien l'Hospitalier
(BN, nafr.23663,t.II, f° 492 ; transcription établie parPierre-Marc deBiasi).

14

dela ligne»(p.126), mais ne permetpas devisualiser
immédiatementles modifications, même si nous indiquons la
place des corrections etajouts (infra, supralinéaires,
marginaux).

Code detranscription :

–En italique :toutcequi estécritde la main de l'auteur
–En romain etentre parenthèses :toute indication ajoutée par
letranscripteur pour la compréhension (etnotammentpour la
localisation des adjonctions marginales sur le folio),
transcription reconstituée, probable mais hypothétique
[,] signe de ponctuation raturé, effacé
< > ajouté en interligne (supralinéaire)
" "ajouté en marge (à gauche)
(illis.) motillisible

Nousadoptons laconvention suivante :

< >ajouté en interligne supérieur et>
inférieur.
Les ratures sontreproduites comme
original.

<ajouté en interligne

celles

du

manuscrit

15

C. Vie et œuvresdeLéonCladel
1835Le 13mars, naissance deLéon-AlpinienCladel fils de
Pierre-AlpinienCladel, bourrelier-sellier etde Rose
Montastruc.
1857Augrand mécontentementde son père, il abandonne
ses études de droità Toulouse.Vie de bohèmeàParis.
Fréquente lesParnassiens, les milieuxrépublicains, se lie avec
Gambetta, écrit pour des journauxrépublicains.
1862Poulet-Malassis publieLes Martyrs ridiculesavecune
préface de Baudelairequ'ila rencontré chezcetéditeur.
1865L’EuropedeFrancfortpublie son romanPierre
Patient. Le journal estinterditen France. Rédaction d'un drame
intituléL’Ancien.
1867Retour dans son Quercynatal.
18683décembre,LeGauloispublie le sonnet« Aux
Vélites » dédiéàGaribaldi.
1869Parution duBouscassié(en feuilleton dansL’Étendard
puis chezLemerre), deLa Fêtevotive(en feuilleton dansLe
Constitutionnelpuis envolume chezLemerre en1872).
Mortdupère.
1870A Paris, il estnommé commis-rédacteur aubureaudes
Aliénés, à l’Assistance publique (jusqu’en 1876).
1871Obtientle20mai 1871un laissez-passer.
Le14 novembre,il épouse Julia Mullem malgré la
désapprobation de son oncle. Sa femme sera sa secrétaire
fidèle, recopiantses manuscrits etlui servant d'intermédiaire
avec les éditeurs etles journaux.
Parution desFiancésdeChampignyen feuilleton dansLa
République françaisepuis envolume chezLemerre sous letitre
Crête-Rougeen1880.
1872Article élogieuxde Barbeyd’AurevillydansLeFigaro
(4 mai) surLa Fêtevotivepubliée par Lemerre.
Débutde la rédaction d’I.N.R.I.à Montauban.
1873Parution durecueil de nouvellesLesVa-nu-piedschez
Lemerre.

16

1876Parution dela nouvelle «Une mauditdanse »
L’Événement. L’écrivain etle journal sontcondamnés àun
mois de prison età 500francs d'amende.
1877Mortde la mère.
1878Parution deL’Hommede la Croix-aux-Bœufschez
Dentu.
1879Parution deBonhommeschezCharpentier,
d’Ompdrailles,le tombeaudes lutteurschezCinqualbre, des
PetitscahiersdeLéonCladel,recueil de nouvelles, àBruxelles
chezKistemaeckers.
CamilleLemonnier l’inviteàBruxelles.
1880Kistemaeckers publie lanouvelle «Par devantnotaire »
(préface d’HectorFrance).Joue le rôle de mentorauprès des
jeunes écrivainsqui lui demandentdesconseils, des préfaces.
1882Parution deN’aqu’unœilàla Librairie duProgrès, de
L’Amour romantiquechezRouveyre etBlond (préface d'Octave
Uzanne).
Mortde safilleSarah.
1883Parution duDeuxièmeMystèrede l’Incarnationchez
Rouveyre etBlond (préface dePaulBourget) etdePierre
PatientchezHenryOriol.
L'avocatEdmondPicard l’inviteàBruxelles.
1884Parution deUrbains et ruraux, suite desVa-nu-pieds
chezOllendorff etdeKerkadec,garde-barrièreparDelille et
Vigneron (préface deClovisHugues).
1885Parution deHéros et pantinschezDentudeLéon
Cladel et sakyrielledechienschezL.Frinzine&Cie, de
Quelques sireschez Ollendorff.
1886Parution deMi-DiableparMonnier,DeBrunhoff et
Cie.Retravailleàpartir d'octobre sur le manuscritdélaissé
d’I.N.R.I.etl'achève sixmois plustard.
1887VoyageavecPicard enBelgique.Projetinabouti
d’adaptationthéâtrale d’OmpdraillesavecSarahBernhardt.
Parution deGueuxde marquechezAlphonsePiaget.
1888Parution de recueils de nouvellesEffigiesd’inconnuset
deRacachezDentu.

17

1889Parution d’un drame envers enunacte chezLemerre :
L’Ancienqui serajouéauThéâtre libre d'Antoine.
1892Il meurtà Sèvres le20juillet.Zola prononceraun
discours funèbre en son honneur. Les journauxlui rendent
hommage (LeRadical, LeTemps, La Paix…).La Juive-Errante
estpubliée en feuilleton parLeJournal, puis envolume en
1897chezOllendorff. Il laisse derrière luicinq enfantsassez
jeunes, encore lycéens en majorité (Judith l’aînéea19ans,
Rachel,Ève,Esther,Marius).Saveuve recevraduministère
desFinancesun débitdetabacàAmiens l'année suivante.Il est
reconnucommeun écrivain officiel etsafamille estprise en
charge par lapatrie reconnaissante.
1894Inauguration d’un monumenten son honneurà
Montauban.Compte rendudansLa TribunedeMontauban(5
août).
1905Lemerre publieLa ViedeLéonCladeldeJudithCladel
suivie deLéonCladel enBelgiqueparEdmondPicard.
1925LeFigarolui consacreun numéro entier (14 mars).
1927LettresàC.Delthil publiées parLaGrandeRevue.
21 mai : inauguration dumonumentde son filsMariusaujardin
duLuxembourg etarticles dansLeTemps(22mai) etdansLe
er
MercuredeFrance(1 juin).
Supplémentlittéraire duFigaro(21 mai) en son honneur.
23mai : lePrixLa TourLandrylui estdécerné.
1930Parution desCarriers(poésie) par l'imprimerie
régionale deToulouse.
1931Parution d’I.N.R.I.auxéditionsG.Valois (préface de
LucienDescaves).
1936Parution desPoésiesdeLéonCladelchezJeanCrès.

18

II. Établissement du texte etnotes

A
4
Barbey d'Aurevilly

5
Revanche

4
Italiques.
Barbeyd’Aurevillyécritun article élogieuxsurLa Fêtevotive(Lemerre,
1872) dansLeFigaro(4 mai1872) intitulé « Un rural écarlate ».
5
Indication entourée : « canons antiques ».

19

Revanche
6

78
A
ssaillis sans relâche par les troupesversaillaises,les plus
910
âpresdescommunalistes,<réfugiésauPèreLachaise>,

6
Indication entourée :«lettres àqueue ».
7
Amajuscule encadré (lettrine).
8
Versailles désigne par opposition métonymique la Commune deParis
l’Assemblée nationale majoritairementdéfaitiste etauxdeux-tiers
monarchiste (400légitimistes ouorléanistes sur630députés)quiyatrouvé
refugeaprès lesélections du8 février1871 etl’armée fidèle augouvernement
de Thiers(1797-1877).Ce dernier nommé «chef dupouvoir exécutif de la
République française »par l’Assemblée nationale (le 12février 1871) est
surnommé par ses détracteurs «Foutriquetle roi des», «Versailleux»,
«Adolphe le petit» entreautres.Il deviendraprésidentde la République en
août1871.Il obtientdeBismarck, grâceàlaconvention du 28 mars1871la
libération etle rapatriementde170 000prisonniers de guerre. VoirI.N.R.I.,
p.100: «Enfin, pour comble de bienveillance envers lavieilleLutèce
rajeunie, on décrétaletransportde lareprésentation nationaleà Versailles, et
parainsi ladécapitalisation même de Paris. »
9
«Communaliste »: membre d’une communauté religieuse(1752) et
partisan de laCommune de Paris(1871).Synonyme,autreterme dérivé de
« Commuplne »,us oumoins péjoratCommif : «unard »(avec letemps la
connotation négative dusuffixe–ard s’estestompée). Serontenrôléstous les
citoyens entre17et 35ans, payés35 sous.
«Commune » :association des bourgeois d’uneville à caractère exceptionnel
e e
(XIsiècle) puis devenue institutionnelle (XIIsiècle).Ceterme désigneaussi
lacommunauté des habitants de cetteville etpar extension, sonterritoire.Au
MoyenÂge, il s’agitd’unevilleaffranchie dujoug féodal et administrée par
une organisation de bourgeois.Pendantla Révolution française, c’est une
circonscriptionadministrative instituée par décret, en particulier la
municipalité deParis(1790).Ceterme désigne l’insurrection du9-10 août
1792etestrepris parle gouvernementinsurrectionnel parisien(18 mars-27
mai 1871). Auxsouvenirs de la tradition révolutionnaire de 1792-1793
s’ajoutentles idées duContrat socialdeRousseau.
«Déclarationaupeuple français » du19avril1871 : «Que demandeParis ?
… L’autonomieabsolue de lacommune étendueà toutes les localités de
France […].Elle n’aurapour limiteque le droitd’autonomie égal pourtoutes
lesautrescommunesadhérentesaucontrat, dontl’association doit assurer
l’Unité française. »
Autres communes en province, plus éphémères etégalementécrasées :Lyon,
Marseille,Toulouse,Narbonne,LeCreusot.VoirI.N.R.I., édition,

20

11
ceuxqui nevoulaient pas survivreàlaruinede la Patrie&
12
de la République, avaient lutté toute lanuit,uncontredix
d'abord,uncontrecent ensuite.Enfin l'enceinteducimetière
13
fut forcée et lesbrigadesdeVinoy débordèrentdans la
14
nécropoleau milieude laquelle, arboré sur une sortede

introduction, notes deLuce Czyba,coll. « Idéographies », Tusson,Charente,
éditions dulérot,1997, p.151 surlesCommunes de Marseille, Toulouse et
Limoges. Toutes les références àI.N.R.I.renverront à cette édition.
10
C’estaucimetière duPère-Lachaiseque se déroulentles dernierscombats
les plus féroces.Des exécutions massives ont lieuprès dumur appelé depuis
e
« Mur des fédérés ». Toutlequartier hérissé de barricades (actuellementXI
e
etXX arrondissements) estd’ailleurs lethéâtre des derniers combats.
11
« et».
12
Allusionàun double désastre : ladéfaite contre la Prusse (ruine de la
Patrie) etl’écrasementde laCommune (une certaine idée de la République).
On estpassé de laguerrecontre l’ennemi extérieur (lesPrussiens)àlaguerre
civile et fratricide (Paris contreVersailles,urbains contre ruraux,I.N.R.I.,
p.153:« lesProvinciaux[…] ne savaient tropàquoi s’entenir sur les
événements de lacapitale ».).Voiraussi pp.69-70: «Têtes légères etcœurs
timides,vous êtestoutfeu,toutflamme, s’il s’agitde combattre l’ennemi du
dehors, et,lorsqu’il fautluttercontre celui dudedans,voustremblezde froid,
en caquetant,ainsi que des poules mouillées. »L’idée (auxaccents marxistes)
d’Urbaine, porte-parole deCladel, estde substituerauxguerres entre les
peuples lalutte des classes, pour faire disparaître l’exploitation de l’homme
par l’homme, pp.71-72: «Oui, c’estvrai, dansl’Europe etdans l’Univers, il
yanombre de races, mais deuxseules classes : lahaute etlabasse, l’oisive
qui vitdu travail des pauvres etlalaborieuse qui meurt,afin d’accroître ou
d’entretenir larichesse des fainénants. »C’estlalutte des « maigres » contre
les « gras ».
(B) renverra àl’éditionLemerre,1874 et(C)àcelle de1884. (B) et(C) : « de
leurs plus chère espérances ».
13
JosephVinoy(1800-1880), faitcarrière enAlgérie, enAfrique.Nommé
e
général en 1853, rappelécomme commandantdu13corps en 1870,après
Sedan, défendParis pendantle siège.Il remplaceTrochu àla tête de l’armée
le22janvier1871 etrejointlestroupesversaillaisesaprès l’armistice.Auteur
e
desOpérationsde la IIIarmée pendant le siègedeParisetdeL'Armée et la
Commune(1872).
14
DansI.N.R.I., p.63, c’estla ville deParistoutentièrequi est un immense et
virtuelcimetière : «Noyée en des brumes opaques, la ville était triste et
silencieuse, commeune nécropole. »

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