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Du même publieur

SOPHAT

Collection Lettres Asiatiques
U.R. Anantha MURTHY, Samskana, 1985. Manik BANERJEE, Le batelier de la Padma, 1986. Hisashi INOUE, Maquillages, 1986. Pa KIN, Le rêve en nler, 1986. Cécile SAKAI, Histoire de la littérature populaire japo~ naise, 1987. Mao DUN, Le chemin, 1988. Bankim CHANDRA CHATTERJI, Raj Singh Ie Magnifique, 1988. Jean-Jacques TSCHUDIN, La ligue du théâtre prolétarien japonais, 1989. Mohan rakesh, premchand, mannu bhandari, upendranath ashk, jainendra kumar, Les bienheureuses, nouvelles traduites du hindi par N. BALBIR de Tugny, 1989. NAGARJUN, Une nouvelle génération, 1989. Anne SAKAI, La parole comme art, le rakugo japonais, 1992. Iv1annû BHANDÂRRÎ Le Festin des vautours, traduit du hindi par Balbir de Tugny, 1993. JOURNAL-GY AWMA MA LAY, La Mal-Aimée, traduit du birman par Jean-Claude Augé, et Khin Lay Myint.
En couverture: Pagode de Svay Roloum (photo de l'auteur)

@ L'HARMA TI AN, 1994 ISBN: 2-7384-2186-5

Riln Kin

SOPHAT
ou les surprises du Destin
Traduit du khmer par Gérard Groussin

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

PRÉSENTATION
Sophat est le roman le plus célèbre de Rim Kin et un des classiques de la littérature cambodgienne puisqu'il fut, de 1955 à 1975, au programme des classes de ci nquiènle. Le style est sobre, presque froid, avec cependant de belles envolées, notamlnent l'évocation de la mort de la mère de Soya ou la songerie de Man Yan dans la campagne. Le traducteur a été le plus fidèle possible au texte, même au prix de quelques redondances, car la langue khmère ne redoute ni les fioritures ni les répétitions qui sont, au demeurant, un des aspects de son génie. Le lecteur pourra être surpris par l'invraisemblance des situations, mais il ne faudrait cependant pas qu'il n'y voie qu'une faiblesse. La mentalité cambodgienne laisse en effet une large place à la fatalité et les rencontres fortuites ou les retrouvailles imprévues ne sont donc, de ce point de vue, que les moyens par lesquels cette fatalité s'accomplit. Maintes fois réédité, ce récit occupe une place importante dans l'évolution de la littérature cambodgienne moderne. Il était donc presque impératif qu'il soit mis à la disposition du public francophone qui est de plus en plus nOlnbreux à s'intéresser au pays khmer et à sa civilisation. Il offre, en outre, un témoignage digne d'attention sur le Cambodge des années trente. Il nous 7

dresse en effet le tableau d'une société profondément imprégnée de ses croyances et valeurs traditionnelles. La compassion bouddhiste est omniprésente ainsi que la notion de karma, qui a été traduit simplement par destin, tout en sachant qu'il s'agit d'un destin prédéterminé par les actes commis dans les vies antérieures. L'importance accordée aux études est le reflet incontestable d'une société figée, mandarinale, dans laquelle un des rares moyens de promotion sociale est la réussite scolaire des éléments particulièrement doués et soumis, car Sophat arrive non seulement grâce à son travail et son intelligence, mais également grâce à son acceptation des hiérarchies qui lui fait trouver normal de devenir tout d'abord le "larbin" des bonzes, puis celui d'un haut fonctionnaire. L'aspect le plus frappant de cette société est précisément son extrême hiérarchisation. Sophat, tant qu'il n'est qu'un pauvre que l'on a recueilli pour le transformer en serviteur à temps partiel, a une conscience aiguë de sa condition subalterne. Un des moteurs de l'action est d'ailleurs la culpabilité qu'il éprouve d'oser aimer une" étoile" alors qu'il n'est qu'un "pouilleux". Quant aux femmes, elles sont réduites à un rôle secondaire. Les pauvresses, au demeurant coupables et dûment punies, sont la proie de riches séducteurs et les femmes /Iconvenables" se doivent d'accepter l'avis de leur époux, d'autant plus que les anciens traités de droit les y engagent. Rim Kin naquit à Phnom Penh en 1911. Son père, nommé Kim, était un inspecteur des travaux publics qui avait trois épouses. Sa mère, Rossa, n'était que la seconde. Il sera donc essentiellement élevé par elle dans la capitale, ne rendant que de brèves visites à son père sur des chantiers en province. Tout petit, un "oncle" qui était bonze s'occupera de sa formation morale et intellectuelle. Il n'avait que sept ans lorsque monsieur Kim mourut des suites d'une blessure reçue pendant une attaque par des voleurs.
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Il fit ses prernières études à l'école Doudart de Lagrée et obtint son Certificat franco-indochinois en 1929. Il entra ensuite au collège Sisowath et y resta jusqu' à la troisième. Il était particulièrement brillant en khmer, en français et en histoire-géographie. Comme il n'y avait pas, à cette époque, de lycée au Canlbodge, il n'alla pas au-delà d'un premier cycle du secondaire (brevet). A sa sortie du collège, il fut envoyé comme instituteur à Battarnbang où il ne resta qu'un an. De retour à Phnom Penh en 1935, il épousa la fille d'un magistrat, nommée Sen. Sa mère disparut la même année. Il poursuivit alors une carrière de surveillant, puis d'enseignant dans divers établissements: collège Sisowath, école de Chak Angraé, École normale, lycée Descartes. Rim Kin commença à écrire lorsqu'il était au collège Sisowath. Cela lui valut le surnom de "poète" et quelques moqueries de la part de ses camarades, mais également les louanges de son professeur de cambodgien. Il écrivit d'abord de petites pièces en vers, mais il se rendit rapidement compte de l'importance de la prose pour toucher un large public. Il produisit alors quelques nouvelles qui furent radiodiffusées et publiées dans un hebdomadaire: "Le samedi soir". C'est en 1938 qu'il composa son œuvre majeure, Sophat. Comme il n'avait pas d'argent pour sa publication, il en1prunta 300 riels à l'Association des Anciens Élèves du Collège Sisowath. Le livre fut imprirrzé au Viêt-nam et sortit en 1942. Il eut un imrnense succès puisque les 2.000 ouvrages de la première édition furent épuisés en six mois. Avec l'argent gagné, il remboursa son emprunt et s'acheta un vélo... En dehors de Sophat, il a laissé plusieurs recueils de poèmes, des pièces de théâtre, quatorze romans et des traductions dont "Le Cid" de Corneille et "Sans famille" d'Hector Malot. Reconnu par ses confrères, il sera pendant deux ans, de 1955 à 1957, Président de l'Association des Écrivains Khmers. 9

Rim Kin fut ég.alement acteur de théâtre et de cinéma. Avec quelques amis, il fonda même une compagnie de production cinématographique dont il devint le président. Il mourut en 1959 d'une tumeur au cerveau.

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CHAPITRE I

Monsieur Suon, chef du district de Sisophon, était un fonctionnaire dont la beauté allait de pair avec une éducation de qualité. Bien qu'il ne fût âgé que de vingt-trois ans, il occupait ce poste depuis déjà deux années. Il n'avait demandé la main d'aucune femme, mais tout le monde savait qu'il entretenait une liaison depuis sept mois avec une orpheline nommée Soya. Un jour, parvint une lettre du Ministère le mutant à Phnom Penh. Il pensa: - Ah ! Voici deux ans que je vis dans ce district, loin de Phnom Penh où je suis né et dont je n'avais jamais été aussi longtemps séparé. Ma mère, qui est veuve, se retrouve seule et il n'y a pas un jour où je ne songe à la capitale. C'est une chance que le Ministère me demande d'y retourner. Comme il pensait cela, son visage s'éclaira. Monsieur Suon était donc plongé dans l'heureuse perspective d'un retour à la maison maternelle lorsque, une idée lui ayant traversé l'esprit, il devint tout à coup sombre.
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