Sous un soleil froid

De
Publié par

Ce roman fait référence à l'histoire de la Guadeloupe à travers les yeux d'une étudiante, Laura Amelt, et de sa famille. Véritable introspection sur la vie des autres, ce roman se veut être un questionnement sur l'évolution des moeurs et de ce bout de société française incarné par l'outre mer.

Publié le : mardi 1 avril 2008
Lecture(s) : 234
EAN13 : 9782296194519
Nombre de pages : 308
Prix de location à la page : 0,0166€ (en savoir plus)
Voir plus Voir moins
7 jours d'essai offerts
Ce livre et des milliers d'autres sont disponibles en abonnement pour 8,99€/mois

PROLOGUE PROLOGUE

I

Monsieur et Madame Almet se connaissaient depuis bientôt trente ans. Trente ans, c’était long. Surtout à une époque où les liens familiaux avaient tendance à se distendre facilement. Leur mariage né d’une longue amitié, transcendé en amour relevait presque de l’exploit aujourd’hui. Au début de cette histoire, Georges était âgé de quarante cinq ans, tandis que Gertrude, sa femme, venait de fêter ses quarante trois ans. A vingt cinq ans, titulaire du diplôme requis pour intégrer l’éducation nationale, Georges épousait Gertrude Lamine esthéticienne de profession. Il enseignait l’histoire et la géographie au lycée de Basse-Terre ; Gertrude, de son côté, avait ouvert son salon d’esthétique dans cette même ville, chef-lieu de la Guadeloupe. Jusqu’ici, leur existence paisible et «petite bourgeoise» avait de quoi les satisfaire. Effectivement, ils pouvaient s’enorgueillir d’avoir mis au monde trois charmants enfants. Laura, l’aînée, allait avoir dix huit ans cette annéelà. Pour leur plus grand bonheur, elle venait de passer son

baccalauréat avec succès. D’ailleurs, cette réussite était sur le point de bouleverser le cours tranquille des événements puisque Laura allait devoir quitter sa famille, ses amis, son île natale, afin de poursuivre des études supérieures en Métropole. Désireuse de travailler dans le secteur touristique, elle s’était inscrite à l’université de Lille afin d’y préparer un diplôme d’études universitaires générales – un DEUG pour les initiés – de langues étrangères appliquées. Loïc, le cadet avait tout juste seize ans ; il était admis en première à la prochaine rentrée scolaire. Jeune garçon très débrouillard et quelque peu insolent, il était doté d’une intelligence qui lui permettait d’arriver à ses fins. Cependant, très caractériel, parmi les trois enfants, il fut peut-être celui qui posa le plus de soucis à ses parents. Enfin, le dernier rejeton, Luc était admis en classe de troisième. A quatorze ans, il était vif d’esprit mais plutôt effacé par rapport à la forte personnalité de son aîné. Il avait toujours su faire des concessions lorsque les circonstances l’exigeaient. Les Almet habitaient à Gourbeyre - une petite commune située à cinq minutes en voiture, du chef-lieu de la Guadeloupe, à savoir la ville de Basse-Terre. Point de passage obligé entre Basse-Terre et Pointe-àPitre, la petite ville de Gourbeyre révélait un cadre agréable et qui savait flatter le regard averti des contemplateurs. Partout, la nature verdoyante et rampante rappelait aux habitants le caractère montagneux et humide de cette partie de la Basse-Terre. deux L’histoire qui va vous être narrée se déroule sur ans. C’est l’histoire de la séparation, de
8

l’apprentissage de la vie avec en arrière fond la réalité de la vie antillaise : une vie partagée entre deux horizons…
******

C’était un samedi presque comme les autres, sauf que c’était le samedi 15 juillet. Les grandes vacances commençaient à peine. Très appréciée des scolaires et des universitaires, ces vacances étaient le temps où l’on reléguait dans un coin les livres et les cahiers. Comme tous les samedi, chez les Almet, c’était le chambardement : les occupants allaient et venaient sans trop perdre de temps à se parler ; c’était le jour du ménage mais aussi celui des courses hebdomadaires. Laura détestait le samedi matin, surtout depuis que les vacances avaient commencé; Josyane, la femme de ménage des Almet, était en congé. Alors bien entendu c’était à elle de prendre la relève. En passant le balai derrière la bibliothèque du salon, le manche frôla un tableau qui se mit à se balancer violemment de part et d’autre du crochet qui le retenait. Laura soupira d’agacement tandis qu’une goutte de sueur dégoulinait de son front légèrement bombé. Le salon des Amelt, sans être un capharnaüm, était rempli de gravures, tableaux et objets de toutes sortes; cela variait de l’horloge au tableau représentant une charrette à bœufs – vestige d’un passé pas entièrement révolu – en passant par une gigantesque gravure de l’allée Dumanoir1 célèbre pour la majesté de ses palmiers royaux. Gertrude qui s’apprêtait à sortir se retourna en direction de sa fille : Lota ma chérie, je vais au salon, tu t’occuperas du repas de ce midi, d’accord ?
1

Située dans la commune de Capesterre 9

- Ouais, répondit faiblement l’intéressée en pestant de plus belle contre les corvées du samedi. La maison des Almet était une simple bâtisse de style colonial aux dimensions moyennes. Le salon, contigu à la cuisine, ouvrait d’un côté sur un petit jardin au contenu varié ; de l’autre, il menait à un long couloir au bout duquel se répartissaient de part et d’autre une salle de travail, la chambre à coucher des parents, une salle de bains et une chambre d’amis. Un escalier en colimaçon partait de ce salon et débouchait sur une mezzanine aménagée. C’est là que se trouvaient la chambre des garçons et celle de Laura. Entre les deux se trouvaient la salle de bains et les toilettes. En somme, c’était une bien belle demeure. On sentait à distance la réussite des Almet; une réussite qui cependant n’avait rien de provocant en cette fin des années 80. ****** Il était treize heures passées lorsque les Almet se mirent à table ce samedi-là. C’était un des rares moments où ils se trouvaient tous réunis et plus ou moins à l’écoute les uns des autres. Effectivement, il n’est plus besoin de faire de grands discours sur l’insuffisance du dialogue au sein des familles modernes de ces années-là. - Laura es-tu certaine de vouloir donner des cours de vacances ? Je pensais que tu allais profiter de tes dernières vacances en Guadeloupe pour te détendre un peu. Une fois que tu seras partie tu n’auras plus le temps de t’amuser car il faudra penser aux études, dit Georges, un soupçon de morale dans la voix. - Papa, on en a déjà parlé, ça sert à rien de relancer le sujet. J’ai décidé de donner des cours de langues avant de
10

partir, toutes les dispositions ont été prises. Et même si ça ne me rapporte pas grand-chose, ça me permettra de revoir de façon plaisante mes notions de base. Et puis il n’y a pas de petits profits, c’est toi-même qui le dit tout le temps. - Tu sais qu’on a fait une demande de prêt d’honneur ! ajouta Gertrude. - C’est vrai, mais vous savez bien que je n’aurai pas de réponse avant novembre ou décembre. De toute façon les cours ne me prendront pas des heures considérables. - Que tu crois, intervient alors Luc, j’ai l’intention de m’inscrire pour l’espagnol. Autant te dire tout de suite que ce ne sera pas du gâteau ! - Aucun problème mon vieux, ce sera 100 F l’heure2. Pour toi j’appliquerai un tarif double, cas difficile oblige, dit en souriant l’intéressée. - Ce n’est pas juste, je suis ton frère tu devrais me consacrer tout ton dévouement au lieu de me faire payer protesta ce dernier. - J’y penserai si tu es sage. J’en parlerai à Joss. - Ah ! parce que c’est avec Jocelyne que tu donneras tes cours ? interroge soudain Loïc. - Oui. Ce sera beaucoup plus intéressant à deux, tu vois ! - Je vais enfin pouvoir la rencontrer depuis le temps que tu en parles ! dit Loïc un rien sarcastique. - Tu n’es jamais à la maison quand elle vient. Tu es toujours fourré au club de voile réprimanda gentiment Georges. - Du reste tu la verras dimanche prochain Loïc, nous devons préparer nos cours ensemble. - Et où avez-vous l’intention de donner vos cours ? Avezvous déjà des candidats ? voulut savoir Gertrude. Laura souriait intérieurement. Cela faisait bien trois semaines qu’elle parlait de donner des cours, mais bien sûr
2

équivalent de 15,24 euros 11

personne n’avait écouté. Maintenant, ils faisaient comme si c’était la première fois qu’ils en entendaient parler. - Ne t’en fais pas maman, nous avons tout prévu. D’abord pour la salle, nous avons fait une demande à l’office municipal de la commune ; c’est d’accord. Ensuite, concernant le recrutement, nous avons collé des affiches dans les supermarchés et Joss a lu un communiqué à la radio. - Je vois que vous avez pensé à tout et que l’affaire est déjà bien engagée. Je reconnais bien là notre petite Lota, conclut fièrement Georges. Le déjeuner achevé, Georges et Gertrude se retirèrent dans leur chambre comme pour ne pas faire mentir la tradition locale : entamer la digestion pendant la sieste aussi souvent que cela est possible. Luc après avoir expédié la vaisselle du déjeuner, se rendit à son tour dans sa chambre. Georges et Gertrude qui avaient beaucoup de principes avaient habitué leurs garçons à effectuer les tâches ménagères. Contrairement à certains de leurs amis, ils avaient toujours été favorables au partage des corvées. Il n’était pas question que leurs garçons se tournent les pouces tandis que leur aînée faisait tout le boulot. Ainsi, de la même façon que Loïc ou Luc faisait la vaisselle, Laura pouvait être sollicitée pour nettoyer la voiture ou passer la tondeuse dans le jardin. Ce n’était pas l’avènement de l’égalité des sexes – du moins pas encore – mais c’était le temps du partage du travail ! Laura allongée sur le canapé-lit du salon somnolait presque lorsque Loïc parvint à sa hauteur : - Peux-tu me déposer au club de voile Lota ?
12

- Et puis quoi encore ? - S’il te plaît, insista Loïc, ça ne te prendra que quelques minutes ! - Loïc je suis fatiguée. Et puis tu as un scooter il me semble, il faut bien qu’il serve à quelque chose, non ? D’ailleurs je n’ai pas de voiture, alors laisse-moi tranquille. Loïc ne se démonta pas pour autant : Lota, j’ai promis aux copains que tu m’emmènerais aujourd’hui. C’est un pari, il ne faut pas que je le perde ! - De mieux en mieux. Ça mon vieux, c’est ton problème. Ça t’apprendra à parier à tout bout de champs et à t’engager sans être sûr de gagner. Laura dit tout cela en levant les yeux au ciel et en prenant un air faussement désespéré. Loïc avait le chic pour se mettre dans des situations inconfortables. - Lota s’il te plaît, j’ai parié gros. Il faut absolument que tu me déposes en voiture, insista ce dernier. - Ah ! Tu m’embêtes Loïc, on ne peut jamais être tranquille avec toi. Cesse de pleurnicher et va chercher les clés. Mais je te préviens à l’avance, je ne viendrai pas te récupérer à 17h30. - Et comment je fais pour revenir ? - Alors là tu te débrouilles. C’est ça ou tu prends ton scooter parce que tu penses bien que je ne vais pas attendre religieusement que tu termines ton cours. J’ai à faire moi aussi. - Tant pis, je m’arrangerai pour le retour. - Dans ce cas, vas avertir les parents que j’emprunte la voiture. Loïc ne se fit pas prier. Il était trop content d’avoir réussi à convaincre Laura de le conduire au club. En réalité, il n’avait rien parié du tout, mais une ancienne
13

connaissance de Laura, de passage en Guadeloupe et qui fréquentait assidûment le club depuis quelques temps, tenait à revoir Laura. Loïc s’était donc entendu avec lui pour les faire se rencontrer. Dès que Loïc eut quitté la pièce, Laura interpella Luc : - Luc tu as fini de faire la vaisselle ? Luc ! je te parle, réponds au moins ! - Oui, tu veux vérifier ? demanda agressivement ce dernier. - Imbécile, si je te pose cette question, c’est simplement parce que je dois déposer Loïc à son club, si tu es intéressé je te dépose également au karaté. - Il suffisait de le dire, reprit plus doucement Luc, je vais chercher mes affaires. En moins de dix minutes, les garçons étaient prêts. Depuis l’âge de huit ans, Luc prenait des cours de karaté ; aujourd’hui, il était presque ceinture noire et envisageait de se lancer dans la compétition de haut niveau. Quant à Loïc, dès l’âge de dix ans, il avait choisi de pratiquer la voile. Après avoir laissé Luc devant la porte de son club de karaté, Laura atteignit cinq minutes plus tard le club de voile de Rivière Sens où s’entraînait Loïc. - Regarde Lota, j’ai gagné, les copains sont tous là. Laura impassible le poussa hors de la voiture : Allez Loïc, descends vite je ne suis pas à ta disposition. - Attends, regarde qui vient te saluer. Laura ne put réprimer un mouvement de surprise en voyant approcher Thierry Lequin, un de ses anciens camarades de seconde qu’elle avait perdu de vue depuis bientôt deux ans. Elle se sentit brusquement mal à l’aise dans son vieux short en jean couvert de tâches et dans ses sandalettes bon
14

marché. De plus, elle s’était contentée de mettre un teeshirt qui lui arrivait tout juste sous une poitrine qu’elle savait généreuse. Elle était coiffée depuis le matin et n’avait pas jugé bon d’arranger ses cheveux pour aller déposer ses frères. Le résultat était visible : des mèches rebelles s’échappaient de son chignon et lui retombaient sur la nuque de façon désordonnée. - Bonjour Laura ! dit Thierry en se penchant par-dessus la portière pour embrasser Laura. - Thierry ! s’exclama celle-ci, que fais-tu à Basse-Terre ? demanda Laura tout en se passant la main dans les cheveux afin de leur redonner un aspect plus discipliné ; ce fut peine perdue. Pendant ce temps, l’intéressé la regardait d’un air amusé. - Je viens t’inviter à la fête du club qui aura lieu ici samedi prochain. Il y aura des compétitions de planches à voile et de dériveurs qui seront suivies d’une cérémonie de remise des récompenses aux trois premiers vainqueurs de chaque série. La soirée s’achèvera par un dîner-dansant. Je tenais personnellement à te convier. - Merci mais, dis-moi, tu n’étais pas parti vivre en GrandeTerre, puis en Métropole ? - Je te rappelle que ma grand-mère paternelle vit ici. J’ai décidé de venir habiter chez elle. Cela fait bien un mois et demi que je suis de retour en Basse-Terre tu sais ! En fait, ma mère s’est remariée et je ne m’entends pas du tout avec mon beau-père ; il valait mieux que l’un de nous parte, ce ne pouvait être que moi n’est ce-pas ? - J’espère que tu n’en souffres pas trop. - Tu sais Laura, après la difficile épreuve du divorce de mes parents, ça ne pouvait pas être pire. De toute façon les ponts ne sont pas définitivement coupés. Je serais parti à un moment ou à un autre, ça s’est fait plus tôt voilà tout !
15

- Tu es toujours le même Thierry : tu prends toujours le bon côté des choses. - Il le faut bien. Alors, on compte sur toi samedi prochain ? - Je ferai mon possible, je te le promets. Maintenant, il faut que je file. Bon après-midi ! ****** 17 heures 25. Laura tranquillement allongée sur le canapé du salon, somnolait, un livre à la main. Deux coups de sonnette bien stridents la sortirent de sa torpeur. Il lui fallut peu de temps pour reprendre ses esprits. - Zut ! ce doit être Pascal et j’ai oublié l’heure, pensa-t-elle tout en allant ouvrir. Elle ne s’était pas trompée, c’était bien Pascal, son petit ami. Pascal était un grand nègre bien proportionné d’un mètre quatre vingt environ. Nos deux amis se fréquentaient depuis le collège, plus précisément depuis quatre années. Georges et Gertrude avaient toujours trouvé qu’ils étaient un peu jeunes pour sortir ensemble. Trop jeunes à quatorze ans et encore trop jeunes aujourd’hui à dix-huit ans. En fait, en bons parents qu’ils étaient, ils craignaient pour leurs enfants, surtout pour Laura. Elle était si honnête, si gentille avec tout le monde que cela la rendait vulnérable. A partir du moment où elle avait eu connaissance de la relation qui liait Pascal à Laura, Gertrude n’eût de cesse de s’inquiéter. Elle n’était jamais rassurée quand Laura et Pascal sortaient. Elle avait peur que «sa petite Lota » se laissât abuser par Pascal. Elle
16

surveillait les cycles menstruels de sa fille et le moindre retard observé - fût-il d’un jour – la mettait dans tous ses états. Pourtant, assez vite, Laura avait joué la carte de la franchise vis-à-vis de ses parents. Si effectivement à 14 ans, Laura n’avait pas su dire à sa mère qu’elle avait un petit ami – il avait fallu que Georges la surprenne à la sortie du collège main dans la main avec Pascal pour que les langues se délient – elle avait par la suite tenu à rassurer ses parents et, régulièrement leur rappelait qu’elle n’était pas prête à entretenir des rapports sexuels avec Pascal. Aussi souhaitait-elle intérieurement que Gertrude arrêtât de la traquer comme si elle était un malfrat à la solde de la mafia. On avait beau tenir les plus beaux discours sur la meilleure façon d’éduquer les enfants, l’éducation de ses propres enfants s’apprenait sur le tas en fonction de la personnalité de chacun. De cela, Gertrude était convaincu. Si dans ce domaine la communication mère-fille, en ce qui la concernait, n’était pas toujours aisée à mettre en œuvre, Laura, quant à elle, lui avait fait comprendre qu’il était important que ses parents lui fassent confiance. A 18 ans, elle n’était plus une enfant, et encore moins aujourd’hui à la veille de son départ pour la « France métropolitaine ». Revenons à Laura qui, d’un geste nonchalant ouvrit la porte pour laisser entrer Pascal. Celui-ci ne put réprimer un mouvement de surprise en la voyant. - Comment Laura, tu n’es pas encore prête ? Aurais-tu oublié notre programme de ce soir ? interroge Pascal étonné de la trouver en short et tee-shirt. - Excuse-moi Paquou je lisais. C’était tellement captivant que j’en ai pris sommeil plaisanta-t-elle… Que puis-je faire pour me faire pardonner ?
17

- Pas grand-chose, je le crains. - Quoi ? Au moment où Pascal s’avançait pour embrasser Laura, Gertrude, comme par enchantement, fit son apparition, un arrosoir à la main, l’air innocent. - Pascal, comment vas-tu ? - Très bien Madame Almet et vous-même ? - J’essaie de tenir soupira celle-ci. - Je vous enlève un de vos soucis ce soir. Laura et moi allons au cinéma. - Très bien. Vous ne rentrerez pas tard j’espère. - Avant le dernier coup de minuit elle sera de retour et le charme pourra être brisé. - Dans ce cas, je pourrai dormir sur mes deux oreilles. Bonne soirée mes enfants et soyez prudents. Il fallait toujours qu’elle en rajoutât soupira Laura en allant se préparer et laissant Pascal en compagnie de Gertrude qui arrosait ses plantes avec ardeur. Une demi-heure plus tard, Laura était prête. Elle était vêtue d’une longue jupe plissée à fleurs et d’un dos-nu uni de couleur pâle. Elle avait relevé ses longs cheveux en un chignon bien serré. Un vrai bijou pensa Pascal en la voyant apparaître perchée sur ses escarpins. Après avoir embrassé Gertrude, les deux tourtereaux s’éclipsèrent.

II

Le samedi 22 juillet arriva enfin. Laura, Loïc et Luc s’apprêtaient à se rendre à Rivière Sens à la fête de la voile. -Vous revenez à quelle heure, jeunes gens ? - Oh ! Vers deux heures du matin je pense, répondit Laura. - Quoi ? Vous n’y pensez pas ! Vous allez rester là-bas de quatorze heures à deux heures du matin ? - Ecoute maman, on y va pour s’amuser ; si c’est pour retourner à vingt-deux heures quand la fête commencera tout juste ce n’est pas la peine d’y aller. - Deux heures du matin quand même, ça fait tard pour traîner dehors. Il y a tellement de malades sur les routes. - Maman s’impatienta Loïc, Laura est majeure et … - Et alors ? l’interrompit brusquement Gertrude. Tu veux dire qu’elle vient juste d’atteindre l’âge légal pour voter, mais ça ne veut pas dire que la voie est libre. - Gertrude ! intervint enfin Georges, les enfants sont en vacances, laisse-les s’amuser un peu. Allez les enfants, à plus tard ! Vous êtes sous la tutelle de votre sœur. - Merci papa s’écria Luc avant de se précipiter vers la sortie. - Ah Georges tu n’es pas raisonnable toi non plus, se contenta d’ajouter Gertrude avant de tourner les talons, mécontente. ****** A peine arrivé, Loïc prit la direction des vestiaires, non sans entendre les encouragements de Laura et Luc : « on compte sur toi pour gagner. Je croise les doigts dès

maintenant » dit Laura en donnant une tape amicale sur l’épaule de Loïc. - Viens Lota s’écria Luc après le départ de leur frère, allons chercher une place pour suivre la course . - Mon Dieu, qu’il fait chaud, ajouta Laura en s’épongeant le front. - Bonjour les amis dit soudainement un grand gaillard qui s’était approché discrètement. Laura se retourna et ne put contenir sa surprise. - Alain ? S’étonna-t-elle. Comment vas-tu ? Je croyais que tu devais arriver le 28. C’est en tout cas ce que tu m’avais dit dans ta dernière lettre. - J’ai pu avancer la date de mon voyage car mes examens se sont terminés plus tôt. - Alors tu es ici depuis quand ? - Jeudi. C’est tout frais, non ? - Et ça se passe comment ce début de vacances ? Visiblement tu ne perds pas ton temps, les bons plans te sont communiqués ! - Méfie-toi, ce n’est pas parce que je suis là aujourd’hui que tout a bien commencé. - Ah ! Qu’est-ce qui ne va pas ? - Oh rien de grave, mais je suis un peu embêté. Laurence a voulu voyager avec moi mais elle s’ennuie déjà; alors j’ai intérêt à lui trouver des distractions assez rapidement sinon j’ai bien peur qu’elle oblige les parents à avancer la date de notre retour en France. - Comment ça ? Explique-toi Alain. Si Laurence ne se plaît pas ici elle n’a qu’à retourner toute seule en France. Pourquoi te punir en t’obligeant à la suivre ? - Elle a une peur bleue des avions. Elle ne peut voyager seule. Alors ou bien je l’oblige à rester jusqu’au départ ici mais il va falloir que je lui trouve une occupation, ou bien j’avance la date de notre retour.
20

- Si j’étais à ta place je ne céderais pas. Mais ça ne me regarde pas, n’est ce-pas ? Du reste tu n’as qu’à l’emmener à la maison, Loïc et Luc ont toujours des sorties. - Ah oui ! se réveilla soudainement Luc, on n’a pas besoin d’une gamine gâtée de huit ou neuf ans, nous ! - La gamine gâtée, comme tu dis Luc, a un an de plus que toi, lui rétorqua Laura. La conversation se poursuivit tandis que la course démarrait. Un long, très long suspens s’ensuivit. Ici et là on apercevait des bateaux qui tentaient de distancer les autres ; mais ils étaient aussi vite rattrapés. Seuls deux à trois dériveurs réussirent à faire la différence et caracolaient en tête. Finalement, après deux heures d’attente distraite les premiers dériveurs et planches à voile s’approchèrent de la ligne d’arrivée. Les esprits ramollis quelque peu par le soleil et la longue attente s’échauffèrent à nouveau. - Regarde la voile rouge, s’écria Laura à l’attention de Luc, on dirait que c’est le dériveur de Loïc. - Ouais ! On dirait même qu’il est au coude à coude avec Joachim. - Encore lui ! Pourvu que Loïc gagne, ça lui fera une médaille de plus et il prendra sa revanche sur Joachim qui l’avait battu de quelques secondes la dernière fois. Les spectateurs jusque-là très calmes commencèrent à s’agiter, se mirent debout et se rapprochèrent du rivage. Les dériveurs de Joachim et Loïc se faisaient plus précis. Les paris sur le vainqueur allaient bon train. - Je suis sûr que Joachim gagnera; de toutes les façons je le soutiens, c’est mon voisin dit fièrement un garçon d’une vingtaine d’années à son compagnon.
21

- Si j’étais toi, reprit son camarade, je ne chanterais pas victoire aussi vite, Loïc a déjà remporté deux fois le titre. Et il n’a pas l’air de vouloir prendre sa retraite ! - Toi tu cherches toujours à me contredire. J’ai la nette intuition que Joachim gagnera. J’ai assisté à plusieurs de ses entraînements. - Ça ne veut rien dire, vieux, le petit Almet aussi s’entraîne. - Arrêtez les gars, intervint alors une jeune fille qui se trouvait non loin d’eux, vous verrez bien à l’arrivée. Et puis regardez, Loïc a pris de l’avance. Il ne restait plus que quelques minutes à attendre. Les supporters de l’un ou de l’autre retenaient leur souffle en priant silencieusement pour que leur protégé remportât la victoire. Tout à coup ce fut l’arrivée ! Il n’y eut plus de suspens. Loïc Almet fut sacré vainqueur de l’épreuve, suivi de près par Joachim Telley son adversaire de toujours. Le brouhaha s’installa durablement sur la petite place, certains spectateurs se précipitaient pour acclamer les deux premiers concurrents. - Il a gagné Lota, Loïc a gagné, viens allons le féliciter, s’écria Luc enthousiaste comme à l’accoutumée dans ces moments-là. Progressivement, les autres participants se succédèrent à l’arrivée sous les applaudissements incessants des «aficionados » de la voile. Enfin le moment tant attendu de la remise des prix arriva : Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, je demande un peu d’attention hurla une voix masculine dans le micro. Nous allons procéder à la remise des récompenses. Mais avant, je tiens à vous remercier d’avoir répondu si
22

nombreux à notre invitation et surtout d’être chaque année un peu plus nombreux. Après quelques minutes d’un discours enflammé, les choses sérieuses purent commencer. Au fur et à mesure que leur nom était appelé, les quatre premiers de chaque épreuve montaient sur le podium afin de recevoir leur médaille, fruit de leur effort et couronnement de leur courage. Ils redescendaient un à un, le cœur rempli de joie, le pas léger sous les applaudissements grandissants d’une foule maintenant en délire. A 20 heures, la cérémonie, ô combien traditionnelle de remise des prix s’acheva dans l’allégresse la plus totale. C’étaient les vacances et tout un chacun manifestait son plaisir de se retrouver là, sur la plage, autour d’un podium chargé d’instruments de musique de toutes sortes. Laura vivait pleinement ces instants. En son for intérieur, elle se savait en sursis. Elle savait qu’une fois partie de l’autre côté de l’Atlantique autre chose l’attendrait… - Ecoutez-moi, cria l’animateur qui, malgré le micro, avait du mal à se faire entendre. On aurait dit que le podium n’avait été qu’un prétexte pour réunir des gens qui étaient en mal de sortie. Personne n’écoutait. - S’il vous plaît ! vociférait maintenant l’animateur, tandis que deux gouttes de sueur perlaient le long de ses joues. Avant d’ouvrir le bal qui aura lieu dans la salle située juste derrière vous j’ai l’honneur de vous laisser en compagnie du groupe folklorique « Les Balisiers », faites-lui un bon accueil. - Bravo ! Bravo ! cria le public en délire. Ainsi s’acheva pour Laura une journée de plus. Le compte à-rebours avait déjà commencé. Elle allait bientôt devoir tourner la page des vacances.
23

Midi, le lendemain matin Laura n’était réveillée que depuis une heure. Elle avait des marques de fatigue imprimées sur son beau visage couleur sapotille. Avec ses frères, ils étaient rentrés très tôt ce matin du club de voile ; il ne devait être pas loin de quatre heures. - Maman, demanda Laura, tu n’aurais pas vu mes livres. Je les avais déposés sur la petite table du salon. - Ils sont là sur le petit meuble ma chérie. Tu les avais laissés traîner ! - Mais c’était fait exprès, Joss doit venir d’un moment à l’autre pour que nous mettions au point nos cours pour demain. Laura se mit alors à ronchonner tout bas : c’était bien digne de sa mère, pensait-elle. Elle avait la « rangemania »3 ; même une mouche n’avait pas intérêt à voler dans les environs sous peine de se voir mise à mort sans appel par un insecticide vite brandi par Madame Almet. - Au fait, j’y pense Lota, Alain a téléphoné alors que tu dormais encore, il doit aller à Pointe-à-Pitre demain matin. Comme sa sœur ne tient pas à l’accompagner, il la déposera ici. Je lui ai dit que cela ne posait aucun problème et que vous seriez là. - Je serai absente puisque je commence les cours demain, mais les garçons seront là de toute façon. Au moment précis où la pendule sonnait midi et quart, la sonnette d’entrée retentit. Laura se précipita dehors afin d’accueillir Jocelyne avant que celle-ci ne soit effrayée par Fox, le berger allemand des Almet. Fox avait tout juste deux ans mais s’était déjà révélé être un excellent chien de
3

la manie du rangement 24

garde. Il fallait s’en méfier, surtout lorsque les occupants de la maison étaient absents. - Alors Joss comment ça va ? - Bien. Euh… si tu tenais ton chien ! - Il faut bien qu’il te sente pour te reconnaître la prochaine fois. Jocelyne était une belle négresse aux yeux marrons clairs. Du haut de ses 1,68 mètres, elle paraissait élancée. Mais lorsqu’elle était en compagnie de Laura qui mesurait 1,71 mètres, la différence était perceptible. Jocelyne avait les cheveux coupés courts à la garçonne et un visage plutôt rond qui lui donnait un air sympathique et quelque peu enfantin. Laura et Jocelyne se connaissaient depuis la classe de 4ème. Leur longue amitié ne s’était pas effilochée avec les années. Et cela bien qu’elles ne soient plus dans la même classe depuis qu’elles avaient fait leur entrée au lycée. Cette année-là, elles allaient pouvoir se retrouver puisque toutes deux partaient faire leurs études à Lille. Elles allaient partager un appartement. Les voir partir ensemble rassurait les parents respectifs car il n’était jamais facile de laisser partir seul son enfant à plus de 7000 km de sa ville natale. Georges et Gertrude comptaient sur Jocelyne pour épauler Laura le cas échéant ; de la même manière, la mère de Jocelyne faisait confiance à Laura pour veiller sur sa fille. Jusqu’ici l’une et l’autre avaient fait preuve de maturité et laissaient penser qu’elles sauraient entamer cette étape de leur vie en adulte responsable. C’était du moins tout le mal que l’on pouvait leur souhaiter. De toute façon, elles n’avaient pas vraiment eu le choix : il n’y avait pas d’école de communication en Guadeloupe et l’Université
25

de Fouillole4 ne proposait pas de cursus en langues étrangères. Il fallait donc partir.

4

Université de Guadeloupe

III C’était une fin de mois d’août classique, tantôt ensoleillée, tantôt humide. La saison des cyclones approchait, la fin des grandes vacances se profilait à l’horizon. Jocelyne et Laura qui avaient donné des cours de rattrapage durant trois longues semaines se préparaient maintenant à leur départ prochain pour la métropole. A mesure que les jours passaient, le cœur de Laura se faisait plus lourd. Elle dormait peu, et se réveillait souvent en sursaut la nuit avec l’impression étrange d’étouffer. Gertrude de son côté avait beau se rassurer, au fond d’ellemême elle sentait bien que Laura vivait assez mal l’idée de la séparation. Sa fille avait beau lui taire ses angoisses, Gertrude nota que l’air enjoué qui illuminait le visage de Laura au début des vacances avait disparu. Il avait laissé la place à un regard sombre et à un visage terne. Gertrude remarqua également qu’elle avait perdu l’appétit ; pire, elle se plaignait souvent de migraines. Gertrude, comme beaucoup de mamans guadeloupéennes, croyait en Dieu. Cependant, cela faisait maintenant plus de dix ans qu’elle n’allait plus à la messe. En fait, aujourd’hui, elle réalisait que c’était des baptêmes, des mariages ou des enterrements qui lui donnaient de rares occasions de pénétrer dans une église. Cependant, la veille, elle avait ressenti le besoin d’aller allumer un cierge à l’église du Carmel. Elle s’était d’abord sentie honteuse de retourner à l’église dans ces circonstances, c’est-à-dire en position de quémandeuse ; mais elle avait été comme mue par une force surnaturelle qui l’avait conduite jusqu’au pied de l’autel. Gertrude s’était agenouillée pour prier.

Elle était restée prostrée plus d’une demi-heure en laissant libre cours à ses larmes et en psalmodiant quelques prières dont elle se souvenait vaguement. Elle demanda au Seigneur de protéger sa fille Laura qui allait bientôt partir pour la France. Elle s’était relevée un peu rassérénée et prit la décision de revenir régulièrement se confier à Dieu, voire de recommencer à aller à la messe. Elle en avait besoin, elle en éprouvait à nouveau le désir. ****** La famille Almet déambulait ce samedi-là dans les rues de Pointe-à-Pitre. Laura avait besoin d’une valise et de quelques bricoles pour son prochain voyage. Elle achèterait l’essentiel une fois arrivée sur place. - Lota, allons jeter un coup d’œil dans ce magasin. Peutêtre y trouverons-nous une valise convenable et à un prix honnête. Je ne te trouve pas très active. Ça ne va pas ? Cela faisait presqu’une heure qu’ils étaient en train de faire les magasins et rien ne semblait correspondre à ses besoins. - Tout va bien, maman. C’est juste l’approche du départ qui me perturbe un peu. Au fond de moi, j’aimerais tellement ne pas trouver de valise, comme cela j’aurais l’impression que je ne pourrai plus partir. Et puis, j’ai l’impression d’être inhibée : je n’arrive pas à prendre les bonnes décisions en ce moment. - Ne t’inquiètes pas pour ça Lolo, quand tu retrouveras ton copain Alain là-bas, tu seras obligée de te refaire. Il y aura sûrement des décisions à prendre…aller au ciné ou au resto… mettre un jean ou la robe de soirée intervint Loïc moqueusement.
28

Il était vrai qu’en présence d’Alain, Laura ne pouvait s’empêcher de se faire encore plus belle. Sa coquetterie légendaire avait dépassé les limites durant ses retrouvailles avec celui qu’elle considérait comme son ami d’enfance. Laura en était consciente et cela faisait naître en elle une certaine confusion. Aussi se sentit-elle gênée par la remarque de son frère. Luc nota son embarras et vola à son secours : arrête d’embêter Lolo, tu sais bien que Alain est son meilleur ami, ils se connaissent depuis si longtemps ! - Justement Luc, tu ne peux pas comprendre ces choses-là, renchérit Loïc qui n’eut cependant pas le temps d’achever sa pensée, Laura l’interrompit brutalement. - C’est pas bientôt fini, fit celle-ci, soudainement sur la défensive ; est-ce que Laurence pour qui vous n’avez pas arrêté de faire les mignons ne vous suffit pas ? Il faut aussi que vous vous occupiez d’Alain ? - Ça suffit les enfants, dit alors Georges ; Laura je crois que tu as de quoi parer au plus pressé, n’est-ce-pas ? - Oui, rentrons ! marmonna l’intéressée. De retour à Gourbeyre, Laura entassa ses paquets dans un coin de sa chambre. Puis, après un coup de peigne rapide et en surface, elle rejoignit ses parents dans le salon. - Papa, maman, je sors. Joss et moi allons commencer notre tournée d’au revoir. - D’accord, mais ne rentre pas trop tard ma chérie. Tu n’auras pas besoin de la voiture, Georges ? demanda Gertrude. - Ce n’est pas la peine je compte demander à Loïc de me passer son scooter au cas où vous auriez besoin de la voiture. - Tu n’y penses pas ma fille ! Te balader si tard en scooter, Georges tu entends ? s’écria Gertrude en prenant un air quelque peu mélodramatique.
29

- Je dois aller chez Pierre, répondit l’intéressé, aussi j’aimerais autant y aller avec ma voiture. - Mais Georges il commence à se faire tard, rappelle-toi que nous avions convenu que les enfants utiliseraient le scooter uniquement durant la journée. C’était la condition, non ? - Oui, je sais chérie, mais exceptionnellement ce soir, Laura pourrait l’emprunter. Tu m’imagines aller chez Pierre en scooter ! - Bon, j’abandonne. S’il arrive quoi que ce soit ne m’appelez pas, murmura Gertrude tout en quittant la pièce. - Pourquoi voudrais-tu qu’il arrive quelque chose ! soupira Laura. A son âge, il fallait encore qu’elle soit surveillée comme un poupon. Ses parents en étaient encore à contrôler ses sorties à la veille de son départ pour la Métropole. C’était ridicule pensa-t-elle. En tout cas, une chose était certaine, elle appréciait l’idée d’avoir bientôt son autonomie. Cet événement anodin révélait à quel point les Almet prêtaient attention à l’éducation de leurs enfants. L’achat du scooter de Loïc relevait de l’exploit tant il est vrai qu’ils n’étaient pas du tout disposés à l’acquérir. Ils avaient toujours eu un préjugé contre ce moyen de locomotion. Pour parvenir à les convaincre le chemin avait été long et semé d’embûches. Georges, pour sa part, craignait que Loïc, « foufou » par nature, n’ait rapidement un accident. En ce qui concernait Gertrude, c’était plutôt un refus de principe. Dans son imaginaire, avoir une mobylette était associé au libertinage ; aussi, elle n’avait pas voulu que son fils devienne un Don Juan à deux roues, en d’autres termes, un coureur de jupons et de filles faciles.
30

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.