Souvenirs d'un poussin de haie

De
Publié par

« Je m'appelle Maxime et j'ai huit ans. Je vis avec maman dans un village en Normandie. On est en 1949, c'est-à-dire pas longtemps après la guerre. Comme je n'ai pas de père, certains racontent que je suis un poussin de haie, mais maman dit que ce n'est pas vrai. Elle m'a expliqué que mon papa est parti à la guerre avant ma naissance et c'est pour ça qu'il n'est pas là. »
Publié le : jeudi 2 juin 2016
Lecture(s) : 1
EAN13 : 9782140010651
Nombre de pages : 174
Prix de location à la page : 0,0097€ (en savoir plus)
Voir plus Voir moins
7 jours d'essai offerts
Ce livre et des milliers d'autres sont disponibles en abonnement pour 8,99€/mois
Littérature et Régions
Normandie
Littérature et Régions
Normandie
Joseph FROMAGE
Souvenirs d’un poussin de haie Chronique d’une enfance normande
Souvenirs d’un poussin de haie
Littérature et Régions Millet (Stéphane),Patibule, Brutus et autres nouvelles cévenoles, 2016. Loirette (Michel),Le monstre de Gozon,2015. Michallet (Raymond),Pour la terre aux châtaigniers, 2015. Payot (Françoise),Le scarabée vert, Une enfance jurassienne,2015.Pommier (Pierre),Le temps d’une vigne,2015.Bouregat (Mohamed L.),Les fiers.Chronique d'un village qui voulait ressembler aux autres,2015.Bourgue (Maurice),Fantômes en Provence, 2014. Belcikowski (Christine),La trace du serpent,2014.Ramonede (Célestine),Le prix de la terre,2014.Morge (Raymond Louis),Lettres des Montilles,2014.Ces dix derniers titres de la collection sont classés par ordre chronologique en commençant par le plus récent La liste complète des parutions, avec une courte présentationdu contenu des ouvrages, peut être consultée sur le site www.harmattan.fr
Joseph Fromage
Souvenirs d’un poussin de haie Chronique d’une enfance normande
Du même auteur Romans 2006.Les fils du Bâtard, éditions Anne Carrière, Paris. 2009.L’enfant roux,éditions L’apart. 2010.La fille du contrebandier,éditions L’apart.2012. Cœur perdu en Normandie,éditions L’apart. 2013.Pas de came en Normandie,éditions L’apart.Collection :Des dunes aux landes(Légendes et nouvelles)2014.N° 1,La jeep et le criquet,Aubert’graphic. 2015. N° 2,Les oies du château de Pirou, Aubert’graphic. Récit2004.La permission du Maréchal, (En collaboration avec Michel Dumas). Éditions Albin Michel, Paris. Histoire locale 1994.Créances et les Créançais pendant la Seconde Guerre mondiale, Aubert’graphic. 1998.Créances au fil des siècles et des ans,ICB. 2004.Cent ans chez nous,Le Révérend. 2013,Quand la guerre était chez nous, Aubert’graphic. Dictionnaire(français-normand) 2008.Parler comme chez nous, Aubert’graphic. © L'HARM ATTAN, 2016 5-7, rue de l'École-Polytechnique, 75005 Parishttp://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-09320-8 EAN : 9782343093208
1
Je n’avais pas compris que madame Poline — c’est comme ça que nous, les jeunes, appelions Appoline Lavoix — avait fait un rapprochement, au point peut-être de les confondre dans sa tête, entre sa fille morte et Caroline, la sœur de mon meilleur copain Marcel. Pendant un an et demi, je m’étais quand même posé des questions en voyant toutes les attentions que la vieille dame avait pour cette petite fille. Et aussi, en apprenant que les deux fillettes portaient le même prénom et que l’enfant de madame Poline était décédée à cinq ans, c’est-à-dire l’âge que Caroline avait au début de cette histoire.Plus tard, maman, qui n’avait pas connu la fille de madame Poline, mais qui tenait ces détails de mémé, m’apprit que la petite Caroline Lavoix avait attrapé un chaud et froid et qu’elle était morte trois semaines plus tard d’une broncho-pneumonie. Elle me dit même qu’à la fin de sa maladie son corps était brûlant. Ce malheur eut lieu il y a longtemps, très longtemps, bien avant la guerre de 14-18, vous vous rendez compte ? Depuis la Libération (là, je vous parle de l’autre guerre), on guérit la fièvre de cette maladie avec la pénicilline, mais, à l’époque, on ne savait pas du tout la soigner. Il se raconte encore que madame Poline, qui
7
n’avait pas d’autre enfant, avait fini par être presque aussi malade que sa fille. Elle n’a vraiment pas eu de chance cette vieille dame parce que trois ans plus tard, son mari a été tué d’un coup de pied en plein ventre
donné par son cheval. Moi, en ce moment, je viens de finir ma cinquième et je commence à écrire tout ça chez nous sur un cahier d’écolier pendant que maman est partie travailler. J’ai décidé de mettre sur le papier ce qui est arrivé à madame Poline parce que ses malheurs m’ont fait de la peine et que j’y pense sans doute trop souvent. Au collège, un professeur nous a dit qu’en parlant ou en écrivant, on pouvait atténuer de mauvais souvenirs qu’on avait du mal à oublier. Cela fait une semaine qu’on a fini la classe. D’ailleurs, j’expliquerai plus loin comment j’ai pu rentrer au collège car s’il ne s’était pas produit certains évènements, je n’y serais pas allé.
Martin et Julia Ledron, les parents de Marcel et Caroline, sont des cultivateurs assez aisés. Nos deux maisons, éloignées du bourg, se trouvent à une centaine de mètres l’une de l’autre. C’est cela et aussi parce qu’on s’entendait bien qui fait que nous, les enfants, étions presque toujours ensemble. Caroline était donc âgée de cinq ans. C’était une fillette sage, plutôt timide qui ne s’éloignait jamais de la maison de ses parents. Elle ne cherchait pas à fréquenter les autres enfants. Elle nous suivait toujours son frère et moi, parce que nous étions deux copains qui ne se quittaient pas. Et quand son frère était absent,
8
cela arrivait car il travaillait dur sur ses devoirs de vacances, elle restait avec moi. L’histoire que je vais raconter commença pendant les grandes vacances de 1949. Marcel, qui a six ans de plus que sa sœur, devait à la rentrée partir au collège , pour entrer en sixième et ça le tracassait drôlement.Sans doute pour savoir où nous étions, ses parents nous laissaient disposer comme on voulait de la vieille boulangerie qui se trouvait derrière leur jardin tout au fond d’un grand pré et pas très loin de la maison de madame Poline. Ils avaient même fait réparer la porte en bois et la serrure pour empêcher le vent, mais aussi les rôdeurs de rentrer dans la petite bâtisse. Marcel, Caroline et moi, on en avait fait notre salle de jeux et on y passait presque tout notre temps. Il était bien ce vieux fournil. On se sentait au chaud et en sécurité derrière ses murs épais, son grenier rempli de bottes de foin et son toit de paille. On y venait le jeudi ; c’était le jour où il n’y avait pas d’école. Petit à petit, on y avait apporté nos jouets : des jeux, des soldats de plomb, un cheval de bois, un bilboquet, un nounours, une petite brouette et toutes sortes d’objets. Caroline avait aménagé une cuisine et une chambre pour sa poupée. Une fois, avec des copains et des copines du village, on y a même joué une pièce de théâtre et chanté. Nos parents et nos invités en étaient rudement étonnés. Ce jour-là, en plein après-midi de la mi-août, Marcel et moi étions en train de jouer au ballon dans le grand pré. Il faisait beau temps et ça nous changeait de la pluie des jours précédents. On se donnait à fond et nos
9
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.