Souvenirs (Tome 3) 1824-1836

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En 1811, Julie Pellizzone (1767-1837) décide de se souvenir et de témoigner. Dès lors, pendant un quart de siècle, elle consigne méticuleusement l'histoire de sa ville : Marseille. Passionnée de politique, attentive à la condition féminine, mais aussi à la vie quotidienne, aux fêtes religieuses ou profanes, aux spectacles, aux beauxarts..., Julie dépeint sous des couleurs nouvelles la vie d'une grande ville de province à l'orée du XIXe siècle. Après un premier tome (1787-1815) couronné par le Grand Prix Historique de Provence en 1996, le deuxième tome (1815-1824), qui couvre le règne de Louis XVIII, apportait sa nouvelle moisson de matériaux inédits pour l'histoire de la cité phocéenne. Ce troisième et dernier tome (1824-1836) correspond au règne interrompu de Charles X et aux premières années tumultueuses de la monarchie de Juillet. Il nous livre le témoignage et les pensées de l'auteur au soir de sa vie.
Publié le : samedi 8 mars 2014
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EAN13 : 9782336342283
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Des femmes dans l’Histoire Collection dirigée par Milagros Palma
Portrait de Julie Pellizzonepeint par Girardon
AVERTISSEMENT AU LECTEUR
En 1958, le professeur Félix-Louis Tavernier de l’Académie de Marseille écrit un premier article dans la revueProvence Historiqueà partir des« Souvenirs » (1811-1836), avec l’autorisation de Madame Marc Bassompierre alors détentrice du manuscrit ; il a adopté pour leur auteur l’orthographe Pellizzone avec deux « l » en s’appuyant sur des documents d’état civil ancien de la famille de son époux. En 1995, en présentant et annotant le tome I desSouvenirsédité par Indigo & Côté-femmes et les publications de l’Université de Provence avec l’autoriqation de Madame Françoise Bassompierre-Giacobi, devenue détentrice du manuscrit, Pierre et Hélène Echinard et Georges Reynaud ont choisi de conserver l’orthographe Pellizzone avec deux « l » adoptée par Félix-Louis Tavernier, tout en reconnaissant (p.29, note 1) l’existence d’une autre forme d’orthographe avec un seul « l ». Peu après cette parution, certains descendants directs de l’auteur des Souvenirsse sont fait connaître, et parmi eux Madame Chantal Mey-Girier, cousine de Madame Françoise Bassompierre-Giacobi qui, s’appuyant sur de nombreux documents d’archives familiales ou publiques (dont elle a fourni copie) où les signatures et les patronymes sont en grande majorité avec un seul « l », a tenu à préciser que l’orthographe usuelle familiale était Pelizzone avec un seul « l ». En fait, il semble bien que le mari de Julie, Joseph Vincent Pel(l)lizzone (1755-1815) ait choisi délibérément de ne plus orthographier son nom qu’avec un seul « l » à partir des années 1790 et de son engagement dans la carrière militaire. Dans les papiers postérieurs laissés par son épouse (36 lettres signées de sa main, son testament...) toutes les signatures et tous les patronymes, sans exception, sont écrits avec un seul « l ». C’est donc en connaissance de cause et pour des motifs de simple antériorité éditoriale que Pierre et Hélène Echinard et Georges Reynaud maintiennent, avec l’accord des descendants concernés, l’utilisation des deux « l ».
JULIE PELLIZZONE
Souvenirs
III
(1824-1836)
REMERCIEMENTS
A l’orée de ce dernier tome, nous tenons à rappeler tout ce que cette publication doit à Mme Françoise Giacobi, qui nous avait confié le manuscrit de son ancêtre en vue de son édition. De même, nos remerciements s’adressent aux autres descendants de Julie Pellizzone qui, à la suite de nos premiers travaux, se sont manifestés et nous ont encouragés dans la poursuite de notre entreprise. Nous remercions également pour leur aide et leur accueil, les directions et personnels des Archives Municipales de la Ville de Marseille, des Archives départementales des Bouches-du-Rhône, de la Bibliothèque à vocation régionale de Marseille, du Musée d’Histoire de Marseille, des Archives Nationales, de la Bibliothèque Nationale de France. Nos remerciements vont aussi à Roland et Edmond Echinard pour leurs remarques avisées et leur soutien quotidien dans cette longue entreprise.
Le premier tome desSouvenirsde Julie Pellizzone a obtenu le Grand Prix Historique de Provence 1996. .
Publié avec le concours du
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© INDIGO & Côté-femmes éditions 55 rue des Petites Écuries 75010 Paris contact.indigo-cf@dbmail.com http://www.indigo-cf.com e Dépôt légal : 4 trimestre 2012 ISBN 2-35260-091-X EAN 9782352600916
JULIE PELLIZZONE
Souvenirs Journal d’une Marseillaise
III
(1824-1836)
Transcription d’Hélène ECHINARD
Présentés et annotés par Pierre et Hélène ECHINARD et Georges REYNAUD
INDIGO & Côté-femmes éditions Publications de l’Université de Provence
AVANT PROPOS
Fille d’un peintre renommé dans le monde culturel marseillais de la seconde e moitié du XVIII siècle, épouse délaissée d’un militaire aux origines napolitaines monté en grade sous la Révolution et le Consulat, Julie Pellizzone née Moulinneuf a décidé à l’âge de quarante trois ans de prendre la plume et de témoigner de son temps et ceci dans un millier de pages manuscrites.
- Un regard historique et humain
La publication d’un premier volume deSouvenirs, allant de 1811 à 1815 (avec des retours dans le passé jusqu’à 1787), suivi d’un second, entre 1815 et 1824, a permis de retracer une bonne partie de son parcours. De septembre 1824 à novembre 1836, le troisième et dernier volume desSouvenirsde Julie Pellizzone couvre les douze années, entrecoupées de silences plus ou moins longs, qui précèdent celle de sa mort le 23 août 1837. Tel que nous l’avons choisi, ce découpage est égalitaire ou presque dans le nombre de pages noircies par l’auteur pour chaque tome. Il l’est beaucoup moins dans l’équilibre chronologique, mais il garde l’avantage de scander des grands moments de notre histoire, l’Empire et la Première Restauration pour le premier ; les Cent-Jours et la seconde Restauration jusqu’à la mort de Louis XVIII pour le deuxième ; le règne de Charles X, les Trois Glorieuses de 1830 et les débuts difficiles de la monarchie de Juillet pour le dernier. Avec l’âge, l’écriture de Julie n’a rien perdu de sa vivacité, bien au contraire même : lesSouvenirss’achèvent par un burlesque et savoureux récit aux accents picaresques, celui du mariage de sa petite-fille Victorine avec un milord, dans lequel elle donne toute la mesure de ses qualités littéraires appuyées sur un humour parfois grinçant. Sa main non plus ne tremble pas, les caractères sont semblables à ceux forgés un quart de siècle plus tôt et elle remplit ses pages toujours de la même manière, en calibrant ses propos en fonction de l’espace qu’il lui reste à couvrir dans ses cahiers.
SOUVENIRS,JULIE PELLIZZONE 8 En revanche, l’évolution de sa façon de vivre, de voir et de penser, qui se pressentait au cours des deux premiers volumes, s’est accélérée à l’aune de la marginalisation sociale et familiale progressive qui assombrit la dernière partie de son existence. Elle n’est plus la bourgeoise mondaine courant les salons marseillais et les théâtres, curieuse de sa ville et attentive aux moindres occasions de spectacle et de festivités des premiers temps du siècle, ni même la femme plus apaisée des premières années de la Restauration.
- Une bourgeoise marginalisée
Ruinée par son époux décédé déjà depuis 1815 et dont elle n’a jamais reçu de pension, rongée depuis des dizaines d’années par un procès sans fin, insatisfaite de l’attitude de ses filles, endeuillée par la perte de plusieurs de ses petits-enfants, sujette elle-même à des problèmes de santé de plus en plus contraignants, Julie vit, depuis l’automne 1823, « accablée de chagrins domestiques et retirée à la campagne », dans la maison acquise au cours Gouffé par son compagnon, le peintre Girardon. C’est une rupture fondamentale dans sa vie qui ne la met plus comme autrefois « à portée de tout voir et tout entendre dans la ville » depuis son observatoire privilégié à l’angle de la Canebière et du Grand Cours, ombilic de la cité. Elle en témoigne dès 1825 dans des écrits privés : « Je mène la vie d’un anachorète dans la retraite dont j’ai parlé ; je fuis toute société, je couche sur la dure et ma table est frugale, je m’occupe des soins du ménage rustique, j’élève des poules... ». Dès lors, comment ne pas céder aux pensées moroses qui se nourrissent de sa sensibilité particulière aux malheurs du temps ? Elle est plus que jamais attentive aux catastrophes naturelles, aux naufrages, épidémies, incendies, suicides, assassinats et méfaits divers. Elle ne supporte plus les désordres répétés qui se produisent au théâtre de la part d’une jeunesse irrévérencieuse et qui la privent de ce qui était jusqu’alors l’une des joies de son existence. Plus généralement, repliée sur un passé qu’elle idéalise, elle rêve de bon ordre et de morale publique, s’insurge contre la cherté des impôts, la pollution industrielle, les dangers de la vaccination, les médecins accoucheurs, la concurrence étrangère dans le travail, les adeptes de l’abolition de la peine de mort, alors même qu’elle a partagé un moment leur avis... Comment continuer par ailleurs à satisfaire, dans l’isolement géographique d’une périphérie encore campagnarde, l’immense curiosité qui jadis faisait d’elle le grand témoin des cérémonies et des spectacles au cœur de sa ville ? Seuls des événements à ses yeux exceptionnels, tel le séjour à Marseille d’une girafe ou le passage de la sulfureuse « Contemporaine » Ida Saint-Elme, une mémorialiste
AVANT-PROPOS 9 dont elle dévore les abondantes publications, quelques cérémonies princières ou religieuses aussi, peuvent encore suffisamment la motiver pour lui faire affronter ce qu’on appellerait aujourd’hui l’hypercentre et sa vie tumultueuse. Comment même garder intacte sa détermination de consigner au jour le jour la mémoire de sa ville et de son temps dans sesSouvenirs? Désormais, elle abandonne la tenue de ses cahiers à plusieurs reprises pendant de longs mois, parfois même plusieurs années (fin 1824/mai 1825, fin 1825/début 1827, fin 27/été 1829, septembre 1829/avril 1830, mars/juin 1832, fin 1832/juillet 1835). Elle n’en reprend le plus souvent la rédaction que poussée par des circonstances extraordinaires qui relancent son « devoir » de témoigner comme pour le sacre de Charles X en mai 1825, bien mal venu à ses yeux, les préparatifs de l’expédition d’Alger en avril 1830, la révolution de Juillet ou l’épidémie de choléra en juillet 1835.
- La passion dévorante du politique
En fait, seules, dans ce dernier volume, les deux années allant du printemps 1830 au printemps 1832 ne connaissent pas d’interruption dans ses écrits. Les derniers mois de la Restauration, la mise en place du nouveau régime en France et les échos des révolutions européennes qui les accompagnent mobilisent toute son attention. Nourrie de la lecture méticuleuse de plusieurs titres de la presse locale et nationale, sa passion de la politique l’emporte de beaucoup sur tout autre préoccupation. Portée par ses convictions farouchement « ultra », Julie Pellizzone a jugé Louis XVIII trop faible puis Charles X trop léger. Mais, surtout, elle se lance à diverses reprises dans de violentes philippiques contre celui qu’elle considère comme un monarque usurpateur, responsable des multiples soulèvements qui frappent en Europe la Belgique, les états italiens, l’Espagne, le Portugal, la Pologne, et dont elle consigne les moindres péripéties... Elle suit également avec minutie les débats parlementaires français, le comportement des vedettes de la tribune comme celui des agents de l’Etat ou des élus municipaux. Elle guette avec espoir les assauts qui menacent dans un premier temps le fragile édifice d’une monarchie de Juillet prise entre les feux carliste, bonapartiste et républicain et analyse avec une pertinence quasi-prophétique le devenir de ces regroupements politiques. Elle s’attarde sur le complot manqué de la duchesse de Berry (n’y aurait-elle pas eu sa part ?) avant de constater l’affermissement de la couronne de Louis-Philippe et de voir s’envoler ses illusions de retour de la branche aînée des Bourbons. La faillite de son univers politique vient alors s’ajouter à la dégradation de sa situation
SOUVENIRS,JULIE PELLIZZONE 10 matériel e et c ec a ect e sa v e am a e pour ren orcer son esprit chagrin. Dans les derniers mois de 1832, renonçant à la mission qu’elle s’était donnée, doutant désormais de l’utilité historique de son témoignage, s’estimant trop vieille pour émigrer et « fatiguée des événements désastreux que nous avons éprouvés depuis quelques années », Julie décide d’abandonner la tenue de ses Souvenirs: « Je n’ai plus le temps nécessaire, ni l’esprit assez libre pour m’occuper de la continuation de ce journal, mais à quoi bon lorsque tant de plumes savantes tiennent registre des grands événements qui se succèdent ! Mon manuscrit des Cent-Jours à Marseille avait attiré l’attention de notre bon préfet M. de Villeneuve parce que j’étais la seule qui eût tenu note des événements, mais à cette heure, chacun écrit, en bien ou en mal, la vérité ou le mensonge. Donc je puis me taire avec la faible consolation que les écrivains pour la bonne cause ne manquent de talent ni d’énergie. » Seule la terrible épidémie de choléra de 1835 est un événement assez puissant, surtout dans une ville où le souvenir de la peste de 1720 n’est toujours pas effacé, pour faire reprendre la plume à Julie Pellizzone après deux ans et demi d’interruption. Elle ranime pour une dernière fois chez elle une envie de témoigner et d’écrire, qui s’accomplit quelques mois plus tard, nous l’avons dit, par l’étincelant récit des péripéties picaresques, pour ne pas dire rocambolesques, vécues par sa petite-fille lors de son mariage avec un Milord anglais : « une aventure qui concerne ma famille et qui est si romanesque qu’elle mérite d’être écrite sous ce rapport ». Serait-ce parce qu’elle met en scène aussi, comme élément essentiel en tant que belle-mère du Milord, sa fille cadette détestée, alors que le personnage farfelu de Lord George attire toutes ses sympathies ? Julie y déploie avec malice une verve, une fraîcheur d’esprit renouant, comme un pied de nez final, au terme d’une vie peuplée d’embûches, avec l’allant de ses premiers écrits.
- L’occasion d’une longue et patiente recherche historique
Comme ce fut déjà le cas dans les deux premiers tomes, mais plus encore peut-être, compte tenu de la richesse et de la complexité des informations contenues dans les véritables revues de presse auxquelles se livre Julie dans ce troisième volume, la publication de la dernière partie de sesSouvenirsa nécessité un important travail de recherches historiques et généalogiques visant à éclairer le texte en le confrontant à diverses sources, notamment à celles d’une presse locale, voire nationale, qui multiplie désormais ses titres. A côté des nombreux journaux traditionnels qui constituent l’essentiel de ses
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