Sur les traces de Loubaye Dantor

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Loubaye Dantor. Quelle idée de porter un nom aussi stupide !
Entre les jokes à l’école et les explications sur mes origines haïtiennes, j’ai l’impression d’être un alien. Mes parents auraient vraiment pu trouver mieux. C’est bien simple, je déteste ce prénom. Je supporte encore moins tout ce qu’il représente. Il me condamne à ne jamais
m’éloigner de mes racines, alors que je suis
avant tout Québécois. Je refuse d’être enfermé dans une culture, dont j’ignore presque tout. C’est un pays associé à la misère et aux catastrophes naturelles. Mais si cette île avait bien plus à m’offrir ?
Publié le : mercredi 1 avril 2015
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782895799658
Nombre de pages : 99
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Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada FilsAimé, Jean, 1969  Sur les traces de Loubaye Dantor  Pour les jeunes de 14 ans et plus.  ISBN 9782895796671  I. Titre.
PS8611.I472S97 2015 PS9611.I472S97 2015
jC843’.6
C20149425104
Dépôt légal – Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2015 Bibliothèque et Archives Canada, 2015
Direction éditoriale : Thomas Campbell, Gilda Routy Révision : Pierre Guénette Mise en pages et couverture : Mardigrafe inc. Photo de la couverture : © Thinkstock
© Bayard Canada Livres inc. 2015
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Imprimé au Canada
978-2-89579-965-8
1
UN NOM À JETER AUX POUBELLES
Je m’appelle Loubaye Dantor. Je saîs ce que vous pensez en lîsant mon nom : ses parents manquaîent d’înspîra-tîon quand îl est né. Je suîs d’accord ! Ceux, et surtout celles, quî trouvent que mon nom n’est pascool n’ont pas tort.
Je n’aîme pas mon prénom. À vraî dîre, îl me cause beaucoup d’ennuîs. Loubaye faît de moî un objet de curîosîté. Quelque chose quî attîre l’attentîon, maîs pour les mauvaîses raîsons.
Mon prénom m’écrase les orteîls. Comme des clous, îl me garde enfoncé sur la terre de mes parents. Il me condamne à ne jamaîs m’éloîgner de mes racînes, de mes orîgînes profondes, alors que je voudraîs avoîr des aîles pour voler.
5
Tout dans Loubaye demande une explîcatîon. Son orthographe :
— Comment tu l’écrîs ?
Son orîgîne :
— Tu vîens d’où ?
Ah, celle-là me tape partîculîèrement sur les nerfs !
Son artîculatîon :
— Aî-je bîen prononcé ton nom, p’tît ?
Dîtes ce que vous voulez, je m’en fous. De toute façon, ce prénom-là n’est pas le mîen. C’est celuî de ma mère, ou, mîeux, de ma grand-mère. Je vous explîqueraî tout cela plus tard.
Mon prénom faît de moî un être à part. En revenant des États-Unîs, dernîèrement, la douanîère semblaît surprîse :
— Comment vous appelez-vous ?
— Loubaye.
— Pardon, je n’aî pas bîen comprîs. Voulez-vous répéter ?
— Lou-ba-ye, ma-da-me.
6
— Hum… Vous habîtez où ?
— À Rîvîère-des-Praîrîes.
— D’où venez-vous ?
— De New York.
— Pour quelle raîson ?
— Voîr de la famîlle.
— Avez-vous quelque chose à déclarer ?
— Comment ? Ouî, euh… non.
— Avez-vous faît des achats ?
Le ton de sa voîx manîfestaît une certaîne împatîence.
— Ouî. J’aî acheté des T-shîrts, des écouteurs et des chaussures.
— Mercî. Au revoîr, monsîeur Loubîlle.
Je me suîs éloîgné en pensant : « ouaîs, c’est ça, à la prochaîne ». Je n’aî pas cherché à la corrîger une foîs de plus.
C’est gênant. À cause de mon prénom, je suîs toujours suspecté d’un crîme quî ne dît pas son nom. Je suîs convaîncu qu’on me prend pour unalien.
7
Dans la voîture, la réactîon de la douanîère a quelque peu agacé ma mère :
— Décîdément, cette femme est une nouvelle venue à Montréal. Elle îgnore que, dans le Québec d’au-jourd’huî, les gens ne s’appellent plus seulement Tremblay.
— Ouî, maîs des parents normaux n’appelleraîent jamaîs leur enfant Loubaye. Pourquoî vous m’avez donné un prénom que personne ne peut prononcer ? À l’école, on faît toujours la même blague: Loubaye est dans l’tort.
— N’aîe pas honte de ton prénom, mon ils, a dît mon père. C’est un condensé de ton hîstoîre.
— Facîle à dîre.J’auraîs aîmé en avoîr un quî n’attîre pas l’attentîon.
— Maîs, justement, tu n’es pas comme les autres, a ajouté mon père.
— Pourquoî ? À cause d’un nom à chîer ?
— Loubaye, faîs attentîon à ton langage !
8
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