Sur les traces du Décaméron de Boccace

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Le Décaméron de Boccace narre l'histoire de sept nobles jeunes dames et de trois gentilshommes qui, à l'occasion de la terrible peste de 1348, fuient la ville de Florence et s'installent dans la campagne avoisinante. Là, pour combattre l'ennui, elles conviennent de se conter, à tour de rôle chaque jour, une nouvelle plus ou moins scabreuse ou frivole et cela pendant dix jours, ce qui donne cent nouvelles au total.
A Paris, en l'an 2009, dix personnes de conditions diverses, contactées par Internet, s'inspirent de l'exemple du Décaméron. Elles se réunissent et imaginent des historiettes, sur un thème journalier, qu'elles se racontent à tour de rôle pendant dix jours consécutifs.
Le présent ouvrage rend compte de cette expérience.
Publié le : mardi 1 juin 2010
Lecture(s) : 224
EAN13 : 9782296700789
Nombre de pages : 229
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Remerciements. Au moment de clore le présent manuscrit, mes pensées convergent vers la poignée de parents, de camarades et d’amis qui, ayant eu connaissance de mon projet d’ouvrage au long cours, m’ont encouragé à l’entreprendre et m’ont aidé à le mener à bien. Ils m’ont fourni moult suggestions et ils ont notamment corrigé quelques épreuves. Je pense en particulier, par ordre alphabétique, à : Claude Bouffé, Martine Galtier et son époux, Pierre Ponty, Alain Schvartz, Olivier Sauvy et son épouse,
Avertissement littéraire et grammatical. Le présent ouvrage est censé avoir été improvisé oralement par dix auteurs de conditions variées, non spécialistes en littérature. Il s’inscrit donc dans la tradition de la littérature populaire, et, ce faisant, il donne la priorité à l’improvisation et il ne se soucie que médiocrement de l’orthographe. Il m’a d’ailleurs été inspiré, non seulement par Boccace, mais aussi par le romancier Henry Poulaille (18961980), chantre de la littérature prolétarienne, avec qui je m’étais lié d’amitié, au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale.
Présentation S’étant donné rendezvous au Café des Deux Magots, à Paris, Place SaintGermain des Prés, les dix personnages du présent conte font connaissance, en ce dix juillet 2009. Tout naturellement, ils le font en s’installant en rond autour de tables jointives, chacun d’eux prenant à son tour la parole pour une brève présentation. — J’ai fêté hier, en toute simplicité, mes vingtsept printemps, déclare la première femme du groupe, vêtue d’un pantalon Jeans et d’une chemisette simplette. Je m’appelle Anémone et je suis pour le moment sans entrave sentimentale. Je suis venue en voisine, car je travaille, en troishuit, comme serveuse au Monoprix de la Rue de Rennes, à deux pas d’ici, et je ne loge pas très loin. La jeune femme se taisant, sa voisine prend la parole. — J’ai une dizaine de printemps de plus et je travaille depuis trois ans comme archiviste dans les anciens locaux de la Bibliothèque Nationale, rue de Richelieu. Je suis dotée d’un mari, qui travaille lui aussi dans la littérature, nous n’avons pas d’enfant. J’aime bien mon métier, mais je commence à le trouver un peu trop enclavé et j’aimerais m’émanciper. J’oubliais de vous préciser que je me prénomme Aglaé. Prenant la parole, un des trois hommes du groupe, enchaîne. — Je me prénomme Amboise et suis conducteur d’autobus. Mais mes collègues de la RATP ont décidé de m’appeler Pierrot ; et je m’y suis accoutumé. Je n’ai pas jusqu’ici trouvé d’âme vraiment sœur, malgré mes trente cinq ans, mais je ne désespère pas. Inch Allah ! comme dirait un de mes collègues maghrébins, qui assure régulièrement ma relève. — Mon prénom est Mireille et, pendant mes jeunes années, il y a un peu plus de dix ans de ça, j’ai joué des
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rôles de soubrette, dans un cirque de bonne réputation, en Région parisienne et ailleurs, ne voyant pas le temps passer. Et cela, jusqu’au jour où j’en ai eu marre de montrer mes mollets à tout venant et où je me suis embourgeoisée, tout en gardant mon indépendance, assurant mes fins de mois en jouant les aides à domicile auprès de personnes âgées. Ce n’est pas toujours gai gai, mais ça me laisse pas mal de liberté et ceci compense cela. — Je suis étudiante aux BeauxArts, non loin d’ici, en quatrième année, et je vais bientôt tirer ma révérence à ce lieu trop huppé à mon goût. Je me nomme Arlette et j’attends tout de la vie, si possible même un peu plus. C’est pourquoi je suis ici aujourd’hui. — Je suis une veuve relativement jeune, moins de soixante ans, et sans activité professionnelle. Mon mari et moi, nous n’avons eu qu’une fille, qui a à peu près l’âge d’Arlette, et qui semble à peu près bien partie dans la vie. Mon prénom à moi est Claudine. — Les vicissitudes de la vie, comme on dit, enchaîne un nouveau larron, m’ont fourvoyé sur le pont d’Avignon, alors que je venais d’avoir vingt ans et que j’étais jeune et fringant. Lesdites vicissitudes m’y ont fait rencontrer une jeune anglaise aux yeux bleus, yeux pervers qui m’ont enjôlé et me l’ont fait suivre à Cambridge, où cette bourgeoise, de haute lignée, enseignait la littérature française. Devenu son assistant semiclandestin, j’ai pu ainsi perfectionner mes connaissances littéraires en tout genre et acquérir la maîtrise de la langue anglaise, langue plus subtile qu’il n’y paraît. Libéré de l’emprise des yeux en question, mais désormais doté d’un métier, je suis retourné à Paris, où j’exerce tout bêtement, depuis près de dix ans, le double métier de professeur et de traducteur. Je me prénomme JeanJacques, mais je ne me nomme pas Gauthier.
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— Je suis Américaine, fille unique d’une riche famille installée en Louisiane depuis trois siècles prénommés Lydia, passionnée d’écologie, mes parents m’offrent actuellement un séjour de deux ans en France, me laissant le soin de trouver à m’employer comme bénévole auprès d’organismes plus ou moins caritatifs oeuvrant plus ou moins en faveur de l’écologie. Mais, pour l’instant, je suis un peu déçue et je suis à la recherche d’autre chose. — J’ai quarantetrois ans. On m’appelle Carmen. Licenciée en Lettres, j’ai enseigné pendant dix ans en province. Pour le moment, j’anime des ateliers d’écriture, dans la proche banlieue parisienne, où j’habite. En parallèle, je corrige des épreuves dans une maison d’édition parisienne. Je préfère ne pas parler de ma vie conjugale, durant laquelle le meilleur et le moins bon ont fait ménage, tant bien que mal. — Pour conclure ce rondeau de table, je me contenterai de dire que je m’appelle Paul, que j’ai 40 ans et, qu’après divers métiers de bric et de broc, dont la brocante, je suis devenu, il y a cinq ans, accompagnateur de touristes. Ça consiste, trois ou quatre fois par semaine, à monter à bord d’un car luxueux en compagnie de vingt à trente passagers innocents et à leur conter à ma façon, en français ou en anglais, les charmes et l’histoire des paysages et monuments que nous côtoyons. Un long silence fait suite à ce dernier propos, en forme de péroraison. Des regards et des nondits s’échangent entre les dix protagonistes, ceuxci ayant été rassemblés là grâce à l’intervention d’Internet et semblant à la recherche de cornemuses et de violons. Ces regards s’échangent sans trop de rime ni de raison, au gré de la proximité des voisinages et d’attractions mutuelles à peine esquissées.
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Mais voici que l’éventail se referme. Carmen se lève, déploie ses bras nus en direction de ses partenaires et elle parle. — Dans la mesure où, le mois dernier, c’est moi, dit elle, qui, ai lancé l’affaire sur Internet, l’idée m’étant venue de donner une autre dimension à mes ateliers d’écriture, trop classiques à mon gré, je tiens à vous dire ma satisfaction de voir ce projet en bonne voie. La diversité de notre Groupe me remplit d’aise et j’ai hâte de voir de quoi il se rendra capable sur le terrain. En attendant, juste quelques mots pour vous rafraîchir la mémoire et pour préciser quelques détails techniques. L’idée de base, c’est, en cette période où notre monde civilisé, notamment la France, donne des signes de flottement et où le pessimisme ambiant concernant l’avenir s’étend, l’idée de base, c’est de combattre la morosité en formant de petits groupes. Le nôtre s’inspirera de quelques habitants de Florence qui, en 1348, selon ce qu’a imaginé et nous raconte Boccace, fuirent la ville atteinte par une terrible peste, et qui, une fois dans la campagne toscane, décidèrent, pour tuer le temps, de se raconter, à tour de rôle, des histoires. Pour assurer un peu d’ordre dans cette improvisation, ils décidèrent, de procéder par journées. Au cours de chacune de cellesci, les dix participants prendront la parole, selon un ordre décidé par le monarque qu’ils auront désigné, inventant une Nouvelle en forme de Conte, chacune d’elles s’inscrivant dans le thème général retenu pour la journée en question. Ce système se révéla très procréatif et se perpétua sur dix journées, ce qui donna naissance à 100 nouvelles (d’où le nom de Décaméron, le préfixe déca signifiant dix), jusqu’au moment où la situation à Florence s’étant améliorée, nos dix vadrouilleurs purent regagner leurs logis respectifs.
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