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SUR TES PAS

De
128 pages
" Écoute mon ode pour les voyages que tu me destines, la musique écrite pour nourrir les mots inédits que j'invente pour ton sourire, pour ton parfum, pour la danse improvisée de ton corps.
Écoute ma soif et mon attente ; toi qui es tous les lendemains.
Écoute encore. Jusqu'à me prendre ".
À travers ce long poème en prose, ce chant lyrique, l'auteur fait la célébration de la femme, multiple, identifiée à tout ce qui est beauté.
Mamoun LAHBABI vit au Maroc. Sur tes pas est son troisième roman.
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Sur tes pas

Du même auteur
Axooursinachevées

Roman, 1994 Horizons Méditerranéens Dorhan Roman, 1999 L'Harmattan

Mamoun

Lahbabi

Sur tes pas

L'Harmattan

@ L'Harmattan,

2001

5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris - France L'Harmattan, Inc. 55, rue Saint-Jacques, Montréal Canada H2Y lK9 L'Harmattan, Italia s.r.l. Via Bava 37 10124 Torino L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest ISBN: 2-7475-0996-6 (Qc)

Sur tes pas

Les jours s'étalent par milliers. Je les regarde s'étirer sous les soleils brûlants d'étés qui se prolongent au-delà de toutes saisons. Les matins d'hiver figés sous des ciels bleu azur. Les nuits chaudes de juillet, les hirondelles de décembre et les herbes jaunies. Les unes après les autres, dans un ordre fatal que nul ne peut plus défaire, soudées par le temps, l'espace et le hasard, arrimées à un avenir qui a le mal d'hier, qui boude et se réfugie dans le néant pour échapper encore à l'implacable sentence du quotidien, les journées défilent sous mes yeux désormais hagards. D'un horizon à l'autre, je scrute les récoins de chaque aurore, quand mes sens aux aguets épient les premiers chants d'oiseaux;

Sur tes pas

quand

mes sens engourdis

par un sommeil

de fortune, je ne conserve plus que l'envie de humer l'odeur devinée du petit matin naissant; quand mes sens ressuscités par le souvenir de jadis, le scintillement permanent dans mes yeux, mon coeur en haleine, mes palpitations, ma raison d'être, je repars très loin, là où j'avais appris à vivre au-delà de tout renoncement, à l'abri de l'amertume et de la nausée. Alors, je me recroqueville sur mes pensées, les prolonge à l'infini les yeux fermés pour les habiller de toutes les couleurs . Je me laisse bercer par cette symphonie que j'avais traversée sans jamais y être retourné. Et j'écollte les sourires, les éclats de rire pénétrants, le bonheur répandu.

Dans ma solitude, loin des regards indiscrets et des voix impudiques, je recueille les derniers restes d'une nostalgie qui refuse toujours d'al)diquer. Alors, je m'accroche aux rêves de toute mon âme, de toutes mes mains, de tout mon corps, de tous mes sens. Je m'agrippe au moindre passé, à l'éclair furtif. A la brume du soir qui enveloppe les

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Sur tes pas

promenades silencieuses. Au murmure qui ranime le goût de vivre. Au parfum de la rosée matinale déposée par une nuit étoilée. Au halètement qui s'achève. Aux corps qui exultent. Et puis, je me réchauffe aux côtés du souvenir, là où la mémoire reste protégée du temps, là où plus rien ne peut sévir. Je savoure ces vérités jalousement protégées sous ma peau, dans mes entrailles, dans mon secret.

Mes journées s'égrènent dans mon esprit impassible. Ni les orages nocturnes, ni le fracassement superflu de la mer contre des rochers itlébranlables, ni le vent, ni son cri, rien ne trouble ma paisible béatitude. Le soleil se répète dans une lassante litanie menant chaque jour le même cortège d'habitudes. Les étoiles voyagent d'une nuit à fautre, encombrées d'une épaisse chaleur. Aux mêmes instants, fidèle à son futur, utl hibou déchire la nuit comme pour sonner la reddition des noctambules. Dans une traînée à peine esquissée, il disparaît juste pour un lendemain.

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A l'aube, quand les naissances sont belles, embaumées de lumière indécise, enflammées par les passions à peine écloses, quand le rossignol rejoint la tourterelle pour un concert de toujours, quand leurs gorges tendues s'élancent dans une mélodie au goût d'éternité, que la nature se réveille, que les fleurs se prélassent, entrouvrent leurs pétales pour offrir leur suc, que les corps se mouillent, s'enlacent et se mélangent, que la nature frissonne à l'appel d'un nouveau jour, que les attentes se prolongent pour cueillir les espoirs inassouvis, dans cette aube fraîche qui m'escorte, m'ensorcelle et puis m'emporte, je garde au creux de mes yeux, all fond de mon souvenir, cette sa,Teur âcre du malaise. Alors, je partage mon ressentiment avec ma réclusion, me raconte mes doutes, scrute encore une existence que j'avais appris à dérouler. Tout auprès de moi, m'enserrant de toute part, m'empoignant de ses griffes, une pesante douleur. Inlassablement, je me retourne: un coin de vie brûlait.

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" je t'aime" Il se cramponnait à son reflet, escortait de son souffle les mouvements délicats qu'elle dessinait à chaque instant. Les mots d'amour coulaient d'une S01JrCe intarissable. Des mots s\Jsurrés dans la chaleur humide de corps enfiévrés, en attente de l'autre étreinte. Elle se prélassait paresseusement, se ployait, découvrant ses hanches arrondies. D'un geste éthéré, il posa sa mail1 StIr sa peau diaphane, parcourut son 'Tentre, ses jambes, ses reirls, ses mains. Les doigts se nouaient. "Je t'aime" murmura -t-elle tendrement. Elle empoigna son visage pour mieux le retenir, se chevilla à sa peau, s'incrusta dans ses sens, au plus profond de son âme.

Il

Sur tes pas

Souvent, elle sombrait dans une longue mélancolie de toujours insondable. Elle se réfugiait alors dans un silence pudique, à quelque distance. Elle demeurait blottie au creux de son épaule. Parfois, quelques larmes humectaient ses joues. Il se contentait d'attendre, se refusant à troubler une solitude qu'il souhaitait partager. " Je t'aime". Les corps brûlaient dans l'attente renouvelée à chaque brin de vie. Les ventres se léchaient dans un imperceptible balancement. Plus rien ne séparait les coeurs. Les regards enlacés se tordaient, accompagnant les courbures des sens emportés. Les doigts s'indiquaient: c'est toi. L'amour s'infiltrait, pour longtemps s'installait. Occupant le temps et l'espace alentour, la passion se faisait élixir et vertige. L'eau coulait, mouillant les peaux, les lèvres et les regards. C'est toi. Les voix muettes s'appelaient, se désignaient avant de se fondre dans les gorges. La chaleur des murmures emplissait les coeurs et les corps insatiables se nourrissaient de souffle, de tendresse et d'infini.

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