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© 2014 Nathalie DAU. Illustration © 2014 Mathieu COUDRAY. Édité par Lune-Écarlate 66 rue Gustave Flaubert 03100 Montluçon, France. Tous droits réservés dans tous pays. ISBN 978-2-36976-038-2 Le code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou représentation intégrale ou partielle faite par quelques procédés que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit, est illicite et constitue une contrefaçon au terme des articles L,122,-5 et L,335-2 et suivant du code la propriété intellectuelle.
Préface
J’ai rencontré Nathalie en 1991, précisément sur les chemins que parcourtBleu Puzzle, la première version du roman qui ouvre ce recueil. Elle était déjà très jeune et elle signait Nathalie Letailleur. Ce ne fut hélas qu’une rencont re littéraire, mais, vous l’allez voir : quelle rencontre ! La plume tremblait encore un peu par endroits, hésitait sur certaines notes, mais sa voix avait un timbre unique qui n’avait qu’à se clarifier et s’étendre dans les octaves pour chanter leBleu Puzzle deluxed’aujourd’hui. La rencontre, la vraie, celle qui permet d’échanger une poignée de phrases et de croiser les regards, ne s’est effectuée que bien plus tard, au détour d’un festival. C’était à Épinal en 2008, un an après qu’elle eut fondé les éditions Argemmios, quand elle a reçu le prix Imaginales pourContes Myalgiques 1 : les terres qui rêvent. Elle était sacrément émue, derrière ses lunettes, la petite Nathalie, mais son sourire… Le sourire et l’humour sont ses deux armes de prédilection. Elle ne peut pas toujours les arborer, parce que les circonstances nécessiten t parfois qu’elle use de colère ou qu’elle se ferme un peu, mais c’est avec eux qu’elle combat les turpitudes de l’existence. Tenez, vous savez d’où vient le titreContes Myalgiques? Il est justement né d’une de ces vacheries dont la vie a le secret et du jeu de mots qu’elle lui a asséné : quand on lui a annoncé qu’elle était fibromyalgique, elle a répliqué que, non, elle avait la fibre magique. Mais elle ne manie pas que l’humour, Dame Nathalie. Elle joue du contrepoint, elle asticote la douleur, elle tyrannise les peurs qui remontent de loin, elle tire l’angoisse de son chapeau pointu et lui fomente des cauchemars. E lle ne concède rien. Ce qui est inquiétant doit effrayer. Ce qui est souffrance doit faire mal. Elle n’écrit pas pour jouer. Elle joue de l’écriture pour raconter ce qui ne se dit pas, et tant pis si ce doit être beau, ou tant mieux, ou pourquoi pas. Elle attrape le lecteu r, elle l’entraîne sur un chemin qu’elle parsème de fleurs ou d’embûches et elle l’emmène ju squ’au bout, c’est-à-dire vers l’endroit où il devra poursuivre le chemin seul, pe ut-être même en emprunter un autre, avec son propre imaginaire. IRL, comme on écrit sur nos claviers, elle refuse a ussi la concession. Discuter, expliquer, écouter, elle raffole et elle prend le t emps qu’il faut. Négocier, même, si cela doit être. Par contre, abandonner, renoncer, plier pour être dans l’air du temps, ne comptez pas sur elle. Par la plume ou dans la vie, Nathalie ne tait pas, et c’est pour ça qu’on l’aime. Ayerdhal
Avertissement
Le tangram est une sorte de puzzle d’origine chinoise. Il compte sept pièces très simples : cinq triangles de tailles diverses, un carré et un parallélogramme. Ces sept pièces élémentaires proviennent de la décomposition d’un c arré plus grand, mais tout le jeu consiste à les combiner pour former quantité de figures et silhouettes évocatrices. Ainsi ai-je composé cet ouvrage, au moyen de sept t extes épars et cependant liés entre eux, que j’ai choisi de rassembler. Le titre de mon premier roman rendait déjà hommage aux puzzles. Le second ne s’en éloigne guère puisqu’il fait référence à un chaudron fracassé en mille débris. Le troisième évoque un personnage né de la somme de plusieurs autres. Alors oui, je crois qu’on peut conclure de tout cela que je me sens multiple au sein de mon unicité, ou que je regarde le monde dans sa globalité sans jamais perdre de vue les innombrables détails inclus en lui. Peut-être est-ce le propre de l’auteur qui donne vi e, dans son esprit, à tant de personnages, tout en conservant la vision d’ensemble de l’histoire qu’il écrit pour eux et avec eux. Et à chaque histoire, c’est une nouvelle obole qu’il faut verser, à la fois à la fragmentation et à la fusion. Ainsi va l’encre et ainsi va la vie. Atomes, cellul es, organes, vaisseaux, arbre des nerfs, charpente osseuse : voilà le tout, formé par l’addition de tant de fragments minuscules. Infiniment petit et infiniment grand. Souvent, confrontée à l’idée de l’espace, avec ses planètes, ses étoiles et ses galaxies, je me suis demandé si nous n’étions pas nous-mêmes les cellules d’un immense corps dont nou s serions incapables d’appréhender les limites… Petite goutte d’eau rejoignant aujourd’hui la Riviè re Blanche, je remercie Philippe Ward et Jean-Marc Lofficier de m’y accueillir, et M athieu Coudray d’avoir si parfaitement illustré ceTangram.
Paul Tacussel lançait une collection de romans cour ts :la petite librairie. Il savait que j’écrivais, il me proposa donc de mettre ma plume au service de sa maison d’édition et me laissa carte blanche. Une seule contrainte : le format. Je travaillais déjà, depuis juillet 1987, à mon cyc le de Fantasy, dont l’ampleur ne pouvait correspondre, mais j’eus l’idée d’imaginer une sorte de passerelle entre ces deux mondes : celui dans lequel vivait mon corps – avec lequel j’étais quelque peu en conflit – et celui dans lequel s’égaraient mes rêves. Bleu Puzzleest né ainsi, ancré pour moitié sur Terre mais trah issant tout cet Ailleurs qui me hantait déjà, de façon plus floue qu’aujourd’hui. Ce roman est aussi le reflet de son époque : il a été écrit en 1990, publié en 1991, et les personnages, très logiquement, utilisent des francs, fument où bon leur semble et n’ont ni internet, ni téléphone portable, ni baladeurs mp3, ni tunnel sous la Manche pour leur faciliter la vie. Les douaniers y sont plus répandus sur le terrain qu’aujourd’hui. Et les psychiatres y ont le niveau de connaissances qui était alors celui du Docteur Arrou-Vignod, mon conseiller en la matière. Pour écrire cette histoire, je me suis vraiment rendue à Londres. Le chapitre « train de nuit » a été composé à partir de mes impressions de voyage. Je notais tout, dans un cahier qui ne me quittait jamais. Comme la plupart des jeunes auteurs – je n’avais que vingt-quatre ans et connaissais peu le monde–, j’ai beaucoup puisé dans mon expérience personnelle pour les éléments du quotidien terrestre. Le tee-shirt estampillé Warner que porte Noëlle dans le chapitre 9 appartenait vraimen t à ma garde-robe. Et je peux bien avouer, à présent que le temps et la mort ont œuvré, que Lord Bewilder doit beaucoup au comédien Jacques Biagini (1933-2010), mon professeu r de théâtre dont j’étais folle amoureuse pendant ma dernière année de collège – il n’en a jamais rien su et n’en aurait pas tenu compte dans le cas contraire, lui qui, sa vie durant, resta fidèle à son compagnon. L’été 1990 fut caniculaire. J’étais à Londres, visitant et prenant des notes, m’étonnant de voir, en guise de gazon anglais pourtant réputé, d’affreuses pelouses jaunes, quand débuta la Guerre du Golfe. Je me souviens l’avoir appris par les gros titres des journaux que lisaient les gens dans le métro londonien. Mon premier mari, Pierre Letailleur (1964-1992), m’accompagnait – oui, j’ai signé Bleu Puzzleen tant que sonépouse. Je ne sais plus exactement pourquoi nous n’avons pas visité Stonehenge malgré le vif désir que j’en avais. Pour décrire ce site, par la suite, je dus me fier au témoignage d’un de nos proches d’alors, et à des photographies trouvées dans des l ivres. Aujourd’hui, en 2013, je n’ai toujours pas pu visiter Stonehenge, mais j’ai pu m’ en faire une idée plus juste grâce à Google map satellite. La présente version de ce roman n’est pas tout à fait identique à l’originale. J’ai tenu à en éliminer les coquilles, les répétitions, les mal adresses les plus pénalisantes, les erreurs de ponctuation – notamment un emploi excessif des points de suspension, dont l’adorable écrivain Louis Nucéra (1928-2000), qui faisait souvent du vélo avec l’un de mes grands-oncles, m’invita à me corriger. J’ai tenu au ssi, sans trahir l’ouvrage initial, à l’harmoniser avec la cosmogonie à laquelle il se ra ttache. En effet, si le conflit entre les âmes et les dieux m’est apparu très tôt, j’ai mis u n certain temps à comprendre quelle était la place occupée par les démons, et les géantes primordiales me sont venues plus tardivement. Quelques noms ont changé entre temps, aussi, ainsi que la répartition des forces entre Loi et Chaos. Mais les modifications a pportées dans le cadre de cette publication chez Rivière Blanche restent mineures et n’altèrent ni la trame, ni l’ensemble. Bleu Puzzle – et Bleu Puzzle deluxe –est une œuvre de jeunesse encore imprégnée d’influences extérieures. Elle fut écrite à une épo que où nul ne parlait de Fantasy. Je demeurais encore très marquée par Michael Moorcock et son Multivers, même si ma
vision de l’Ordre, du Chaos et de la Balance – la L oi, le Chaos et l’Équilibre, dans mes écrits – divergeait déjà de la sienne. Le Ceredawn deBleu Puzzleest différent à plus d’un titre de celui de mon cycleLivre de l’Énigme Le . Il est probablement plus amer, plus égoïste, davantage en souffrance – à l’image de cel le que j’étais alors. Je dois bien convenir que l’exiler sur Zish puis dépecer et épar piller son âme n’était pas très sympathique de ma part. Ce sont des péripéties qui ont d’ailleurs globalement disparu du cycle de Fantasy ayant commencé à paraître en 2012 aux éditions Asgard. Dans leBleu Puzzlede 1991, j’avais fait de Ceredawn un demi-elfe et, dans le dernier chapitre, je parlais aussi de nains et de gnomes. Ces créatures ont disparu elles aussi de mon cycle. Elles ne figurent plus, donc, dansPuzzle deluxe. Bleu Mais pour maintenir la réflexion de Lord Bewilder sur les légendes, j’ai introduit dans le roman court les fées et lesdragons, présents dès l’origine dans le cycle et conservés après maintes mutations et réflexions sur leur nature. Bleu Puzzleuvrages sélectionnésfigura, l’année de sa parution, dans la liste des o pour le Prix du Premier Roman de la ville de Sablet (Vaucluse). Sans surprise, le lauréat fut Bernard Werber, dont Les Fourmisvenait de paraître chez Albin Michel. Plus tard, Jacques Sadoul, auquel j’avais envoyé un exemplaire dédicacé de mon modeste ouvrage – avec toute mon admiration et toute ma gratitude pour son engagement au service de la SFFF –, eut la bonté de le lire et de me répondre, via Marion Mazauric, qu’il avait apprécié ce « conte fantastique ». D’autres ont moins apprécié. Dans les années qui su ivirent la publication de Bleu Puzzle,’avoir dévoilé des secretsje reçus d’étranges menaces. On vint me reprocher d réservés uniquement à quelques initiés. Je ne sais pas exactement de qui émanaient ces menaces, ni quels secrets si troublants j’ai bien pu révéler à mon insu. Je ne suis membre d’aucune secte et si ce que j’écris invite autant à se distraire qu’à réfléchir, je n’ai aucune prétention ni ambition prosélyte. Tout ceci étant précisé, j’espère que vous prendrez plaisir à découvrir cette histoire, et que vous ne jugerez pas trop sévèrement l’auteur débutant que j’étais alors.
BLEU PUZZLE deluxe
PREMIÈRE PARTIE : PIÈCES ÉPARSES
1 - Première Pièce : Le Reflet
Tout avait commencé par un jeu de miroirs. Ou plutô t par un désir farouche d’exister enfin, vraiment, d’être reconnue et, certainement, aimée. Un rêve d’adolescente de quinze ans. Or Noëlle venait d’atteindre cet âge où les ém otions s’exacerbent, où l’émotion s’ultra-sensibilise, où les enfants des fées déchue s se croient investis des pouvoirs les plus surnaturels parce qu’une étrange alchimie gonf le leurs forces et tourmente leurs corps. Les miroirs ne s’étaient jamais trouvés si nombreux, si clairement révélés. Ils brillaient en bleu, en vert, en gris, en noir ou en ambre prof ond, derrière de palpitants rideaux frangés. Ils décoraient indifféremment des chambres capiteuses et des taudis malsains. Ils s’imposaient ou s’éclipsaient, accrochaient à l eur surface un soleil éclatant ou des larmes de pluie, et surtout reflétaient, reflétaient, reflétaient… Ils reflétaient la vie ! Quelle vie ? Noëlle avait tenté de la découvrir dans tous ces regards qui l’entouraient – parents, élèves, professeurs, comme dans ces réun ions trimestrielles qui incitaient chacun à se pencher d’un peu plus près sur le carnet de notes. Mais rien de concret, rien de vraiment satisfaisant n’était apparu dans ces miroirs-là. On s’obstinait à la voir petite, terne, misérable, inexistante – ou sournoise chichiteuse à mépriser absolument. Pauvre errante, prise comme tant d’autres au piège du labyrinthe forain ! Ceux-là sont d’abord ivres de refus, ravagés de colère, en quête du marteau qui foudroie et recrée. Quand l’issue se dérobe elle aussi, alors survient le doute : et si le reflet… ? Si la réalité n’était montrée que par ces miroirs majoritaires ? Si le seul à mentir se trouvait vissé au bois de la porte du placard, dans la grande chambre rose qui aurait dû arborer du bleu ? Noëlle n’en pouvait plus. Ce mercredi de solitude, elle se planta devant sa glace et devant ses propres yeux. Elle espérait y rencontrer enfin un peu de chaleur, d’affection, de respect. Elle comptait se rassurer sur sa valeur , se toiser et se sourire, sevoir et s’aimer. Elle voulait obtenir la preuve de son état de vivante, arracher cette étiquette d’objet sans âme ou de marotte nuisible qui semblait adhérer à sa jeune existence. Un rectangle collant la brûlait au niveau du cœur ; il fallait frotter à l’éther pour le volatiliser. Rien ne bougeait dans la maison de crépi. Christian, l’aîné sombre comme un bois d’ébène, déb attait des méfaits des ascaris dans le bar favori des apprentis vétérinaires. Le s econd, Arnaud le Loup, traînait dans quelque ruelle en louchant sur les bêtes chromées e nchaînées aux panneaux de