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Tangram

De
212 pages

Préface d’Ayerdahl

Un roman court et six nouvelles se nichent entre ces pages. La hantise et l’étrange y côtoient la manipulation et la cruauté, mais aussi des amours transcendant la souffrance, la distance et le temps.

Revisitant parfois les classiques (mythes grecs, légende arthurienne, genèse, chants de Noël), ce recueil mi-ange mi-démon vous invite à reconstituer le puzzle de sept pièces qu’on appelle TANGRAM...

Table des Matières:
Préface — AYERDAHL

BLEU PUZZLE deluxe

TERRA AMATA

ENTRE CHIEN ET LOUP

UN ANGE EST VENU CE SOIR

À COUTEAU

« DANS TROIS JOURS NOUS NOUS RETROUVERONS »

OWEIN


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Nathalie DAU
TANGRAM
Semitam Tenebris / Fantastique
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Préface de
AYERDAHL
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© 2014 Nathalie DAU. Illustration © 2014 Mathieu CO UDRAY. Édité par Lune-Écarlate 66 rue Gustave Flaubert 03100 Montluçon, France. To us droits réservés dans tous pays. ISBN 978-2-36976-038-2 Le code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou représentation intégrale ou partielle faite par quelques procédés que ce soit, sans le co nsentement de l’auteur ou de ses ayants droit, est illicite et constitue une contref açon au terme des articles L,122,-5 et L,335-2 et suivant du code la propriété intellectue lle.
Préface
J’ai rencontré Nathalie en 1991, précisément sur le s chemins que parcourtBleu Puzzle, la première version du roman qui ouvre ce recueil . Elle était déjà très jeune et elle signait Nathalie Letailleur. Ce ne fut hélas q u’une rencontre littéraire, mais, vous l’allez voir : quelle rencontre ! La plume tremblai t encore un peu par endroits, hésitait sur certaines notes, mais sa voix avait un timbre u nique qui n’avait qu’à se clarifier et s’étendre dans les octaves pour chanter leBleu Puzzle deluxed’aujourd’hui. La rencontre, la vraie, celle qui permet d’échanger une poignée de phrases et de croiser les regards, ne s’est effectuée que bien pl us tard, au détour d’un festival. C’était à Épinal en 2008, un an après qu’elle eut fondé les éditions Argemmios, quand elle a reçu le prix Imaginales pourContes Myalgiques 1 : les terres qui rêvent. Elle était sacrément émue, derrière ses lunettes, la petite Na thalie, mais son sourire… Le sourire et l’humour sont ses deux armes de prédi lection. Elle ne peut pas toujours les arborer, parce que les circonstances n écessitent parfois qu’elle use de colère ou qu’elle se ferme un peu, mais c’est avec eux qu’elle combat les turpitudes de l’existence. Tenez, vous savez d’où vient le titreContes MyalgiquesIl est justement ? né d’une de ces vacheries dont la vie a le secret e t du jeu de mots qu’elle lui a asséné : quand on lui a annoncé qu’elle était fibromyalgiq ue, elle a répliqué que, non, elle avait la fibre magique. Mais elle ne manie pas que l’humour, Dame Nathalie. Elle joue du contrepoint, elle asticote la douleur, elle tyrannise les peurs qui remontent de loin, elle tire l’angoisse de son chapeau pointu et lui fomente des cauchemars. E lle ne concède rien. Ce qui est inquiétant doit effrayer. Ce qui est souffrance doi t faire mal. Elle n’écrit pas pour jouer. Elle joue de l’écriture pour raconter ce qui ne se dit pas, et tant pis si ce doit être beau, ou tant mieux, ou pourquoi pas. Elle attrape le lec teur, elle l’entraîne sur un chemin qu’elle parsème de fleurs ou d’embûches et elle l’e mmène jusqu’au bout, c’est-à-dire vers l’endroit où il devra poursuivre le chemin seu l, peut-être même en emprunter un autre, avec son propre imaginaire. IRL, comme on écrit sur nos claviers, elle refuse a ussi la concession. Discuter, expliquer, écouter, elle raffole et elle prend le t emps qu’il faut. Négocier, même, si cela doit être. Par contre, abandonner, renoncer, plier pour être dans l’air du temps, ne comptez pas sur elle. Par la plume ou dans la vie, Nathalie ne tait pas, et c’est pour ça qu’on l’aime. Ayerdhal
Avertissement
Le tangram est une sorte de puzzle d’origine chinoi se. Il compte sept pièces très simples : cinq triangles de tailles diverses, un ca rré et un parallélogramme. Ces sept pièces élémentaires proviennent de la décomposition d’un carré plus grand, mais tout le jeu consiste à les combiner pour former quantité de figures et silhouettes évocatrices. Ainsi ai-je composé cet ouvrage, au moyen de sept t extes épars et cependant liés entre eux, que j’ai choisi de rassembler. Le titre de mon premier roman rendait déjà hommage aux puzzles. Le second ne s’en éloigne guère puisqu’il fait référence à un ch audron fracassé en mille débris. Le troisième évoque un personnage né de la somme de pl usieurs autres. Alors oui, je crois qu’on peut conclure de tout cela que je me se ns multiple au sein de mon unicité, ou que je regarde le monde dans sa globalité sans j amais perdre de vue les innombrables détails inclus en lui. Peut-être est-c e le propre de l’auteur qui donne vie, dans son esprit, à tant de personnages, tout en con servant la vision d’ensemble de l’histoire qu’il écrit pour eux et avec eux. Et à c haque histoire, c’est une nouvelle obole qu’il faut verser, à la fois à la fragmentation et à la fusion. Ainsi va l’encre et ainsi va la vie. Atomes, cellul es, organes, vaisseaux, arbre des nerfs, charpente osseuse : voilà le tout, formé par l’addition de tant de fragments minuscules. Infiniment petit et infiniment grand. S ouvent, confrontée à l’idée de l’espace, avec ses planètes, ses étoiles et ses gal axies, je me suis demandé si nous n’étions pas nous-mêmes les cellules d’un immense c orps dont nous serions incapables d’appréhender les limites… Petite goutte d’eau rejoignant aujourd’hui la Riviè re Blanche, je remercie Philippe Ward et Jean-Marc Lofficier de m’y accueillir, et M athieu Coudray d’avoir si parfaitement illustré ceTangram.
Paul Tacussel lançait une collection de romans cour ts :la petite librairie. Il savait que j’écrivais, il me proposa donc de mettre ma plume a u service de sa maison d’édition et me laissa carte blanche. Une seule contrainte : le format. Je travaillais déjà, depuis juillet 1987, à mon cyc le de Fantasy, dont l’ampleur ne pouvait correspondre, mais j’eus l’idée d’imaginer une sorte de passerelle entre ces deux mondes : celui dans lequel vivait mon corps – avec lequel j’étais quelque peu en conflit – et celui dans lequel s’égaraient mes rêve s. Bleu Puzzleissant tout cetest né ainsi, ancré pour moitié sur Terre mais trah Ailleurs qui me hantait déjà, de façon plus floue q u’aujourd’hui. Ce roman est aussi le reflet de son époque : il a été écrit en 1990, publ ié en 1991, et les personnages, très logiquement, utilisent des francs, fument où bon le ur semble et n’ont ni internet, ni téléphone portable, ni baladeurs mp3, ni tunnel sou s la Manche pour leur faciliter la vie. Les douaniers y sont plus répandus sur le terr ain qu’aujourd’hui. Et les psychiatres y ont le niveau de connaissances qui était alors ce lui du Docteur Arrou-Vignod, mon conseiller en la matière. Pour écrire cette histoire, je me suis vraiment ren due à Londres. Le chapitre « train de nuit » a été composé à partir de mes impressions de voyage. Je notais tout, dans un cahier qui ne me quittait jamais. Comme la plupa rt des jeunes auteurs – je n’avais que vingt-quatre ans et connaissais peu le monde–, j’ai beaucoup puisé dans mon expérience personnelle pour les éléments du quotidi en terrestre. Le tee-shirt estampillé Warner que porte Noëlle dans le chapitre 9 apparten ait vraiment à ma garde-robe. Et je peux bien avouer, à présent que le temps et la mort ont œuvré, que Lord Bewilder doit beaucoup au comédien Jacques Biagini (1933-2010), m on professeur de théâtre dont j’étais folle amoureuse pendant ma dernière année d e collège – il n’en a jamais rien su et n’en aurait pas tenu compte dans le cas contrair e, lui qui, sa vie durant, resta fidèle à son compagnon. L’été 1990 fut caniculaire. J’étais à Londres, visi tant et prenant des notes, m’étonnant de voir, en guise de gazon anglais pourt ant réputé, d’affreuses pelouses jaunes, quand débuta la Guerre du Golfe. Je me souv iens l’avoir appris par les gros titres des journaux que lisaient les gens dans le m étro londonien. Mon premier mari, Pierre Letailleur (1964-1992), m’accompagnait – oui , j’ai signéBleu Puzzleen tant que sonépouse. Je ne sais plus exactement pourquoi nous n’ avons pas visité Stonehenge malgré le vif désir que j’en avais. Pour décrire ce site, par la suite, je dus me fier au témoignage d’un de nos proches d’alors, et à des ph otographies trouvées dans des livres. Aujourd’hui, en 2013, je n’ai toujours pas pu visiter Stonehenge, mais j’ai pu m’en faire une idée plus juste grâce à Google map s atellite. La présente version de ce roman n’est pas tout à fa it identique à l’originale. J’ai tenu à en éliminer les coquilles, les répétitions, les maladresses les plus pénalisantes, les erreurs de ponctuation – notamment un emploi ex cessif des points de suspension, dont l’adorable écrivain Louis Nucéra (1928-2000), qui faisait souvent du vélo avec l’un de mes grands-oncles, m’invita à me corriger. J’ai tenu aussi, sans trahir l’ouvrage initial, à l’harmoniser avec la cosmogonie à laquel le il se rattache. En effet, si le conflit entre les âmes et les dieux m’est apparu très tôt, j’ai mis un certain temps à comprendre quelle était la place occupée par les dé mons, et les géantes primordiales me sont venues plus tardivement. Quelques noms ont changé entre temps, aussi, ainsi que la répartition des forces entre Loi et Chaos. M ais les modifications apportées dans le cadre de cette publication chez Rivière Blanche restent mineures et n’altèrent ni la trame, ni l’ensemble.
Bleu Puzzle – et Bleu Puzzle deluxe –est une œuvre de jeunesse encore imprégnée d’influences extérieures. Elle fut écrite à une époque où nul ne parlait de Fantasy. Je demeurais encore très marquée par Micha el Moorcock et son Multivers, même si ma vision de l’Ordre, du Chaos et de la Bal ance – la Loi, le Chaos et l’Équilibre, dans mes écrits – divergeait déjà de l a sienne. Le Ceredawn deBleu Puzzle est différent à plus d’un titre de celui de mon cyc leLivre de l’Énigme Le . Il est probablement plus amer, plus égoïste, davantage en souffrance – à l’image de celle que j’étais alors. Je dois bien convenir que l’exil er sur Zish puis dépecer et éparpiller son âme n’était pas très sympathique de ma part. Ce sont des péripéties qui ont d’ailleurs globalement disparu du cycle de Fantasy ayant commencé à paraître en 2012 aux éditions Asgard. Dans le Bleu Puzzlede 1991, j’avais fait de Ceredawn un demi-elfe et, dans le dernier chapitre, je parlais aussi de nains et de g nomes. Ces créatures ont disparu elles aussi de mon cycle. Elles ne figurent plus, d onc, dansPuzzle deluxe. Bleu Mais pour maintenir la réflexion de Lord Bewilder sur le s légendes, j’ai introduit dans le roman court les fées et lesnservésdragons, présents dès l’origine dans le cycle et co après maintes mutations et réflexions sur leur natu re. Bleu Puzzlefigura, l’année de sa parution, dans la liste des o uvrages sélectionnés pour le Prix du Premier Roman de la ville de Sablet (Vaucluse). Sans surprise, le lauréat fut Bernard Werber, dontLes Fourmisvenait de paraître chez Albin Michel. Plus tard, Jacques Sadoul, auquel j’avais envoyé un exem plaire dédicacé de mon modeste ouvrage – avec toute mon admiration et toute ma gra titude pour son engagement au service de la SFFF –, eut la bonté de le lire et de me répondre, via Marion Mazauric, qu’il avait apprécié ce « conte fantastique ». D’autres ont moins apprécié. Dans les années qui su ivirent la publication de Bleu Puzzle,’avoir dévoilé des secretsje reçus d’étranges menaces. On vint me reprocher d réservés uniquement à quelques initiés. Je ne sais pas exactement de qui émanaient ces menaces, ni quels secrets si troublants j’ai bi en pu révéler à mon insu. Je ne suis membre d’aucune secte et si ce que j’écris invite a utant à se distraire qu’à réfléchir, je n’ai aucune prétention ni ambition prosélyte. Tout ceci étant précisé, j’espère que vous prendrez plaisir à découvrir cette histoire, et que vous ne jugerez pas trop sévèrement l’auteur débutant que j’étais alors.
BLEU PUZZLE deluxe
PREMIÈRE PARTIE : PIÈCES ÉPARSES
1 - Première Pièce : Le Reflet
Tout avait commencé par un jeu de miroirs. Ou plutô t par un désir farouche d’exister enfin, vraiment, d’être reconnue et, certainement, aimée. Un rêve d’adolescente de quinze ans. Or Noëlle venait d’atteindre cet âge où les émotions s’exacerbent, où l’émotion s’ultra-sensibilise, où les enfants des f ées déchues se croient investis des pouvoirs les plus surnaturels parce qu’une étrange alchimie gonfle leurs forces et tourmente leurs corps. Les miroirs ne s’étaient jamais trouvés si nombreux , si clairement révélés. Ils brillaient en bleu, en vert, en gris, en noir ou en ambre profond, derrière de palpitants rideaux frangés. Ils décoraient indifféremment des chambres capiteuses et des taudis malsains. Ils s’imposaient ou s’éclipsaient, accroc haient à leur surface un soleil éclatant ou des larmes de pluie, et surtout refléta ient, reflétaient, reflétaient… Ils reflétaient la vie ! Quelle vie ? Noëlle avait tenté de la découvrir dan s tous ces regards qui l’entouraient – parents, élèves, professeurs, comme dans ces réunions trimestrielles qui incitaient chacun à se pencher d’un peu plus pr ès sur le carnet de notes. Mais rien de concret, rien de vraiment satisfaisant n’était a pparu dans ces miroirs-là. On s’obstinait à la voir petite, terne, misérable, ine xistante – ou sournoise chichiteuse à mépriser absolument. Pauvre errante, prise comme tant d’autres au piège du labyrinthe forain ! Ceux-là sont d’abord ivres de refus, ravagés de colère, en quête du marteau qui foudroie et recrée. Quand l’issue se dérobe elle aussi, alors s urvient le doute : et si le reflet… ? Si la réalité n’était montrée que par ces miroirs majo ritaires ? Si le seul à mentir se trouvait vissé au bois de la porte du placard, dans la grande chambre rose qui aurait dû arborer du bleu ? Noëlle n’en pouvait plus. Ce mercredi de solitude, elle se planta devant sa glace et devant ses propres yeux. Elle espérait y rencontrer enfin un peu de chaleur, d’affection, de respect. Elle comptait se rassurer sur sa valeur , se toiser et se sourire, sevoir et s’aimer. Elle voulait obtenir la preuve de son état de vivante, arracher cette étiquette d’objet sans âme ou de marotte nuisible qui semblai t adhérer à sa jeune existence. Un rectangle collant la brûlait au niveau du cœur ; il fallait frotter à l’éther pour le volatiliser. Rien ne bougeait dans la maison de crépi.
Un pour Un
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