Tentation dangereuse

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Alors qu’une meute de loups-garous affamés tente de l’acculer dans une ruelle sombre, Lark voit soudain surgir de l’ombre une silhouette qui met en fuite ses poursuivants. S’approchant pour remercier l’inconnu, Lark est d’abord troublée par son regard de braise. Mais soudain, dans son sourire, elle aperçoit l’éclair de deux canines scintillantes. Retenant un cri d’horreur, elle comprend alors que l’homme au charme ténébreux qui vient de lui sauver la vie n’est autre qu’un vampire. Un des monstres assoiffés de sang qui ont tué son mari et qu’elle pourchasse sans relâche depuis ce jour…
Publié le : jeudi 1 janvier 2015
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EAN13 : 9782280331715
Nombre de pages : 288
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Prologue

La fumée envahissait les locaux de la meute de Levallois. Les loups-garous, sous forme humaine ou animale, abandonnaient ce qui avait été leur sanctuaire.

Malgré l’alarme qui lui déchirait les tympans, Remy Caufield, le chef de la meute, sortait calmement d’importants documents financiers du coffre pour les ranger dans une mallette. Ceux-ci ne risquaient rien à l’intérieur du coffre, mais il ne pouvait pas être sûr d’être le premier sur les lieux après l’incendie.

Quand la porte s’ouvrit, il crut que les flammes avaient déjà atteint son bureau et leva la mallette devant son visage dans un réflexe d’autoprotection.

Mais ce n’étaient pas les flammes, ni même l’un des membres de sa meute, qui avaient ouvert la porte.

La créature aux longs cheveux noirs qui entra en boitant était le toutou de la meute.

Ils détenaient ce vampire depuis des mois et s’en étaient beaucoup servis. Il refusait de mourir — au point que sa longévité était devenue un objet de paris entre les membres de la meute. Il avait vaincu tous les adversaires qu’on lui avait présentés et les UV, tout en le rendant fou, semblaient accroître sa force.

Remy avait commis une erreur la nuit précédente : il lui avait fait affronter une nouvelle créature en ignorant qu’il s’agissait d’un phénix. Les phénix étaient des vampires qui avaient bu du sang de sorcière et y avaient survécu. Cela les rendait presque invulnérables. En mordant son adversaire, leur vampire avait dû s’approprier ses pouvoirs.

Il s’appelait — peut-être — Domingos. Remy n’en était plus très sûr et s’en moquait éperdument.

— Tu t’es échappé ? lui demanda-t-il stupidement.

Le vampire posa ses deux mains sales sur son bureau et lui montra ses canines. Le sang qui s’en égouttait ne pouvait appartenir qu’à ses hommes.

— Tu me le paieras ! hurla la créature. Je reviendrai !

Remy ricana, mais les yeux noirs du vampire étaient vraiment inquiétants.

— Attaque-moi si tu l’oses ! le provoqua-t-il. De toute manière, l’incendie aura ta peau.

Le vampire répondit par un rire de dément. Un instant, Remy crut qu’il allait lui sauter à la gorge, mais il se contenta de soulever un fauteuil pour le projeter contre la vitre, qui vola en éclats.

Il bondit sur le rebord de la fenêtre — qui se trouvait deux étages au-dessus de la cour bétonnée — puis le salua avec un sourire cruel.

— Je tuerai tous les membres de la meute de Levallois, annonça-t-il avant de sauter.

Remy serra sa mallette contre son torse en ayant bien conscience qu’il ne devait pas sous-estimer cette menace.

1

Un mois plus tard

Les locaux de la meute n’avaient pas été reconstruits après l’incendie. Remy Caufield, le chef du clan, avait préféré s’installer dans un hôtel particulier du XVIe arrondissement, près du bois de Boulogne.

Il regarda l’humaine qui se tenait debout devant lui. Elle faisait partie de l’Ordre du Pieu, qui entretenait des relations délicates avec les loups-garous. Les chevaliers de l’Ordre avaient pour mission principale de tuer des vampires, mais ils pouvaient aussi traquer un loup-garou s’il représentait une menace pour les mortels. L’Ordre, dont tous les membres étaient mortels, ne s’était allié à aucune espèce paranormale.

— Je ne m’attendais pas à voir une femme…, s’étonna-t-il en fronçant les sourcils. Je croyais que l’Ordre ne recrutait que des hommes.

— Vous aviez tort, répondit-elle sèchement. Vous avez une mission à me confier ?

— Si nous commencions par nous présenter… Je suis Remy Caufield.

Lark refusa la main qu’il lui tendait et le salua d’un signe de tête. Elle n’aimait pas les créatures paranormales, mais l’Ordre lui avait enseigné la diplomatie.

— Vous pouvez m’appeler Lark.

— Lark… Joli nom.

Il l’observa des pieds à la tête. Elle portait l’uniforme des chevaliers de l’Ordre : une chemise et un pantalon noir renforcé aux cuisses, une longue veste noire et des bottes montantes. Sous le col de sa chemise brillaient les lames qui la protégeaient des morsures.

— Vous semblez faire l’affaire… Avez-vous été adoubée ?

— Comme tous les membres de l’Ordre. Vous pouvez appeler Rook, si vous voulez vous assurer que je suis qualifiée pour cette mission… Mais je suis sûre que vous l’avez déjà fait. Cessons de perdre du temps. Vous avez perdu un tiers de vos membres, c’est bien ça ?

Il acquiesça en soupirant.

— Oui. Huit membres de ma meute se sont fait tuer en un mois par un vampire nommé Domingos LaRoque. C’est un dément.

— Vraiment ? demanda-t-elle d’un ton ironique. N’est-il pas plutôt en train de se venger de quelque chose que vous lui avez fait ?

Le chef de meute prit un air méfiant.

— Vous avez pitié de lui ?

— Non. C’est juste que les mensonges compliquent les choses. Donnez-moi tous les éléments.

— Très bien. Nous organisons des combats — ce n’est pas un secret.

De fait, c’était de notoriété publique : les loups-garous capturaient des vampires, qu’ils affamaient et rendaient fous en les exposant à des UV, pour les forcer à se battre à mort les uns contre les autres. Lark y voyait une bonne raison de se méfier des loups-garous. Ils n’avaient aucun respect pour les autres espèces.

— Domingos est un curieux spécimen, poursuivit Caufield. La plupart de nos vampires ne survivent qu’à un ou deux combats. Domingos, lui, a survécu six mois. Il tient étrangement à la vie… Même les UV ne l’ont pas affaibli, mais je pense qu’ils lui ont fait perdre la raison. C’est un adversaire très dangereux. Pensez-vous pouvoir le neutraliser avant qu’il n’extermine ma meute ?

Lark acquiesça.

— Bien sûr. Domingos LaRoque ne m’échappera pas.

* * *

Il avait tenu la promesse qu’il s’était faite en détruisant ces locaux de malheur, mais il n’avait pas eu le temps de fêter cela. Il avait bien éclairci les rangs de la meute de Levallois et ce n’était pas fini. Il avait un loup-garou à traquer. Si seulement la musique qui résonnait dans sa tête pouvait cesser de le distraire… Ce n’était même pas vraiment de la musique. Cela ressemblait plutôt aux sons discordants d’un violon qui aurait accompagné les cris d’un chat. Et il y avait les chuchotements… Il ne les comprenait pas — mais y avait-il réellement quelque chose à comprendre ? C’était à devenir fou.

— C’est déjà fait, marmonna-t-il.

Il se cogna la tête contre le mur de briques de l’allée obscure dans laquelle il se cachait. Cela l’aida un peu à se concentrer… jusqu’à ce que la cacophonie revienne.

Il serra les dents et se donna un coup de poing dans la tempe. Le silence se fit.

— Enfin ! soupira-t-il avant de reprendre sa poursuite.

L’obscurité l’aidait à se calmer — un peu. Il était toujours tendu, physiquement et mentalement.

Tant pis. Il était fou, et alors ? Il le gérait du mieux qu’il pouvait, et c’était un avantage quand il se jetait sur sa proie pour lui arracher le cœur. Mais ce n’était pas Domingos LaRoque qui tenait le cœur palpitant dans sa main : c’était le phénix qui survivait en lui.

Il repéra sa victime au bruit de ses pas. Les loups-garous n’étaient pas connus pour leur grâce ni pour leur discrétion.

Il s’approcha en silence. Dans quelques minutes, il allait se venger — une fois de plus.

Le loup-garou parlait avec quelqu’un… C’était une mortelle dont le sang avait un parfum délicieux. Heureusement qu’il s’était nourri une heure plus tôt…

Il porta la main aux lunettes qui pendaient à son cou. Elles ne le quittaient jamais. Ses yeux ne supportaient plus le moindre UV. Même la plus faible des expositions lui faisait perdre la vue pour plusieurs heures.

Qu’est-ce que c’est que ça ? se demanda-t-il en percevant une ombre derrière lui.

Etait-il passé devant quelqu’un sans s’en rendre compte ? Le suivait-on ?

Ne baisse pas ta garde ! Ressaisis-toi ! Ils sont partout…

Abandonnant le loup-garou qu’il traquait — et dont il ne savait pas encore s’il appartenait à la meute de Levallois — Domingos fit demi-tour. La cacophonie et les chuchotements le forcèrent à secouer la tête… sans le moindre effet. Il parvint néanmoins à percevoir les battements calmes et réguliers d’un cœur.

Il leva les yeux. Le bâtiment qu’il longeait n’avait que deux étages… Il prit son élan et sauta. Comme il allait toujours pieds nus, il ne risquait pas de glisser sur les tuiles. Il s’accroupit au bord du toit, telle une gargouille, et scruta l’obscurité à la recherche de l’ombre qu’il avait aperçue.

De l’autre côté du bâtiment, le rire du loup-garou fit écho au cliquetis des talons de la femme. Sa proie avait mordu à l’hameçon. Veinard…

Tu n’as pas besoin d’une femme, tu veux juste te venger.

Il n’était pas sûr que ce loup-garou appartenait à la meute de Levallois et ne voulait pas tuer quelqu’un qui ne le méritait pas.

Le violon se remit à grincer. Alors qu’il s’apprêtait à se frapper le crâne, l’ombre réapparut. Il suspendit son geste et se pencha.

Tant pis pour la musique ! Elle pouvait l’accompagner encore un peu…

Il bondit avec une grâce qui le fit éclater de rire. Il lui arrivait d’oublier que sa folie s’entendait… Son rire alerta l’ombre, qui disparut entre deux bâtiments alors qu’il atterrissait sur les pavés.

Il pouffa encore, au grand désespoir de la part de lui-même qui n’avait pas perdu la raison.

Il s’était trahi…

Il s’empressa de se fondre dans l’obscurité et tendit l’oreille. L’odeur du loup-garou se mêlait encore à celle des gaz d’échappement, mais l’oiseau s’était envolé. La pauvre femme ne devait pas se douter qu’elle avait invité un animal dans son lit… La lune n’était qu’à la moitié de son cycle : le loup-garou n’était pas obligé de se transformer. Il ne le ferait que s’il en avait envie…

Oublie le loup ! J’ai envie de jouer avec l’ombre…

Il venait de repérer son odeur. C’était une femme… et elle n’était pas loin. Le traquait-elle ?

Intéressant…

Il n’était pas allé au Club Noir, ce soir. Les groupes de hard rock qui y passaient lui faisaient oublier sa cacophonie intérieure. Chaque fois qu’il y mettait les pieds, les femmes essayaient d’attirer son attention — mais elles ne l’intéressaient pas.

Elles méritent toutes de mourir.

Que faisait-il, au fait ?

Tu joues avec l’ombre !

Ah oui…

Il suivit son odeur dans l’allée et la repéra, adossée à un réverbère. Elle était grande, mince et attentive.

Il fila comme le vent. A l’instant où elle perçut sa présence, il enroulait déjà son bras autour de sa gorge et saisissait son poignet. Ses doigts avaient effleuré un cylindre métallique, qu’il identifia parce qu’il en avait vu un semblable des années plus tôt.

Merde !

Elle était armée d’un… C’était impossible !

Elle s’appuya au réverbère de sa main libre et donna un coup de pied en arrière. Quelque chose de tranchant déchira son pantalon et s’enfonça dans sa cuisse. Il cria sans la lâcher.

Il voulait continuer à jouer avec cette proie…

Une odeur de sang lui chatouilla les narines quand il lui serra la gorge. Des lames ? Il ne desserra pas son étreinte pour autant.

Comme elle tenait le cylindre moins fermement, il parvint à le lui arracher et le plaqua contre son épaule.

— As-tu envie de mourir, chasseuse ?

— Après toi !

Cette fois, il parvint à esquiver son coup de pied, mais cela le força à la lâcher. Il se jeta sur elle en riant, la plaqua au sol et plaça son pieu en titane contre sa nuque. Il n’avait jamais tué de mortel, mais il y avait une première à tout…

— Pourquoi me suis-tu ? lui demanda-t-il.

C’était une question stupide. Si elle était une chasseuse, la réponse était évidente.

— Où as-tu eu ce joli pieu ? reprit-il. On ne trouve pas ce genre de jouet dans une pochette-surprise…

— Il est à moi ! grogna-t-elle en repliant le bras pour le frapper à l’aveuglette.

Sa nouvelle arme — un poing américain aux arêtes tranchantes — lui entailla profondément l’avant-bras. Il s’écarta par réflexe, ce qui permit à la chasseuse de se retourner. Elle essaya de le frapper encore, mais il lui saisit le poignet avant de recevoir une nouvelle blessure.

Cette mortelle était forte et déterminée. Ses mèches noires lui couvraient partiellement les yeux — des yeux dont il ne pouvait pas discerner la couleur dans l’obscurité. Elle avait un parfum de lumière et de courage. Les lames qui lui protégeaient le cou brillaient au clair de lune.

Le phénix dansait une gigue dans sa tête pour célébrer son instinct de survie.

— Tu appartiens à l’Ordre du Pieu, reprit-il. C’est bien, petite fille… Je ne savais pas que l’Ordre recrutait des femmes. Quel dommage que tu doives mourir ce soir.

— Si je meurs, je t’emmène avec moi !

Les violons se turent subitement. Il entendit battre le cœur de la chasseuse… et son propre cœur, dont il n’avait pas perçu les battements depuis des semaines. Que se passait-il ? Alors il eut l’impression que le regard de la femme le transperçait — et ce fut plus douloureux que les blessures qu’elle lui avait infligées.

Il écrasa son poignet et lui secoua la main pour lui faire lâcher son arme. Elle résista tant qu’elle put, ce qui lui procura une grande satisfaction. La plupart des femmes auraient crié et l’auraient supplié de les épargner… Il avait envie de l’entendre le supplier.

— Supplie-moi de te laisser la vie sauve !

— Va te faire voir, suceur de sang !

— Tu es bien téméraire… Pourquoi me pourchasses-tu ? Je croyais que l’Ordre ne s’en prenait qu’aux vampires qui menaçaient les humains. Je n’ai fait de mal à personne…

— Cette conversation est terminée.

Il ressentit une douleur fulgurante entre les omoplates. Elle venait encore de le frapper avec ses fichues bottes… et de lui reprendre son pieu. Il la lâcha pour bondir hors de sa portée.

Elle se releva aussitôt. Ses cheveux noirs et les lames de son col brillaient au clair de lune. Ses traits étaient tendus, mais ses lèvres rouges étaient si sensuelles…

Domingos regardait sa mort droit dans les yeux — sauf qu’il n’avait pas le temps de mourir.

— Adieu, ma petite chasseuse !

Il s’inclina, fit quelques pas de danse et bondit sur le toit le plus proche. Accroupi au bord du toit, il lui lança un baiser.

— A la prochaine ! ajouta-t-il avant de s’enfuir dans la nuit.

Les cris stridents des violons eurent tôt fait de couvrir les battements de leurs deux cœurs.

2

Lark partit vers le nord. Le vampire avait gagné. Comment avait-il fait ? Elle le tenait… puis il lui avait échappé.

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