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Ternes Eclats

De
283 pages
Le gaspillage de ressources, la démotivation du personnel, l'américanophobie primaire, le parti pris contre Israël, la manipulation des débats sur les droits de l'homme par des régimes despotiques et corrompus, sans oublier un tiers-mondisme et un écologisme dépourvus d'esprit critique, autant de phénomènes observables dans la Genève internationale qui sont mis à nu dans ce roman à la lisière de l'essai politique.
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APPRENTISSAGES

I

Une pluie fine, pas rare au printemps dans la région du lac
Léman, n’avait cessé de tomber, aidant à créer l’ambiance
morose qui convenait pour l’occasion. De nombreux
fonctionnaires internationaux, quelques chefs de mission et
autres membres d’ambassades, ainsi que deux ou trois
représentants du canton de Genève, s’étaient donné
rendezvous au cimetière du Petit-Lancy,toutproche ducentre-ville.

Deslimousinesauxcouleurs sobres, impeccablement
entretenues, arrivaienten ordre dispersé devantle portail
d’entrée ducimetière. De chacunesortait un chauffeur qui
s’empressaitd’aller ouvrir la porte arrièresanspour autant
recevoirun «Merci », pasmêmeun regard bienveillant, de la
partdeson patron oudesesaccompagnants. Untelservice
allantdesoi dansleshautes sphèresde la diplomatie,
exprimerune parole ou un geste de gratitude envers un
subordonné auraitpuprêter à croire que l’on n’yétaitpas
habitué.

Quantà ceux, plusnombreux, qui
conduisaienteuxmêmesleur automobile,trouverune place destationnement
dansce quartier qui en comptaitpourtantde moinsen moins
ne posaitpas un problème majeur;ilsne doutaientpas un
seul instantque, avec leursplaquesaffichantleurstatut
diplomatique, ilspourraient se garer n’importe où sansavoir à
s’acquitter d’une quelconque amende naïvementcolléesur le
pare-brise parun agentmunicipal outrecuidant.

A défautd’être émouvantes, lesfunéraillesobéirentàun
protocole bien réglé, quoiquesansapparat. Celui qu’on
enterraitn’ayantété que le numéro deuxd’une organisation
11

internationale, il n’y avaitpasà déroulerun quelconquetapis
rouge pour accueillirsa dépouille. Le protocole, eh oui, ases
loisincontournables, plus strictes sûrementque cellesdu
jugementdivin.

Danslesouci de ne pasabuser du tempsprécieuxdes
grandsde ce monde quis’étaientinclinésdevantla dépouille
duhautfonctionnaire, la cérémoniese limita àtrois
allocutions,trèsbrèves, prononcées successivementpar le
chef exécutif de l’institution,un collègue ayant connu le défunt
depuis leurs années d’université, etfinalement une assistante
de longue date dupersonnage disparu.

Comme ilse doitdansce genre desituation, aucun des
troisintervenantsnetaritd’élogesà l’égard de celui quivenait
de lesquitter. Le premiervanta lesensdesresponsabilitéset
lescompétencesde feu son adjoint,soulignantquesontravail
quotidien,sesqualitésde gestionnaire,sontactdansles
relationsavec autrui, resteraientgravés, bien que de manière
anonyme, dans l’histoire de l’organisation. Le deuxième
évoqua le caractère jovial etlesensde lasolidarité d’un
camarade inoubliable. Latroisième, enfin, miten relief la fibre
humaine, la capacité d’écoute d’un chef qui, ajouta-t-elle
aussitôt,savaitfaire preuve d’autorité quand lescirconstances
l’exigeaient.

Avantde quitter leslieux, le public futinvité àse recueillir
età méditerune dizaine de minutesen écoutantl’une des
piècesmusicalespréféréesdudéfunt, choisie par laveuve
pour l’occasion. Ils’agissaitde l’enregistrementd’un air du
débutde l’opéraLe crépuscule des dieux, de Richard Wagner,
air connuparsespremiersmotsen allemand:Zu neuen
Taten(« Versde nouveauxexploits»).

L’air en question ne faisaitpas seulementpartie des
morceauxfavorisdudisparu, mélomane invétéré etgrand
amateur de Wagner. Quoique n’ayant rien de mystique ou de
religieux, les deux premiersvers(« Saurais-jet’aimer, cher
vaillant,si je nete laissaispaspartirversde nouveaux

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exploits?») rappelaient, souligna laveuve, la conviction de
son mari qu’une nouvellevies’ouvre aprèsla mort.

Unetroisième raison, n’ayant d’ailleurs rien àvoir avec
lesgoûtsoulescroyances du défunt, renforçait la pertinence
de cette pièce d’opéra : elle correspondait à l’état d’esprit dans
lequel se trouvaientbien desfonctionnairesprésentsce jour-là
aucimetière du Petit-Lancy. En effet,touten regrettantla
disparition d’un collègue, ils yvoyaientl’occasion de relever de
nouveaux défis, d’accomplir de nouveaux exploits. Voyons-en
lesraisons.

Jamaisencore dansl’histoire de cette organisation vieille
d’un demi-siècle, quelqu’un d’unsi hautniveau, le chef
exécutif adjoint, n’étaitdécédé dansle plein exercice deses
fonctions. Une maladie, dontons’abstenaitde divulguer la
nature, l’avaitfrappé inopinément, lui laissantà peinetrois
moisdevie depuisle momentoù elle avait été diagnostiquée.

La décision concernant le successeur avait, paraît-il, été
arrêtée, etl’annonce enseraitfaite le lendemain. Maispour le
moment, seuls le chef de l’institution, son directeur des
ressources humaines et l’heureux élu savaientsur qui le choix
s’était porté pour remplacer le défunt.

Des bruits couraient, toutefois, aussi bien à l’intérieur de
l’organisation que dans les missions diplomatiques, sur le nom
du futur adjoint. Les supputations allaient bon train, mais
chacun devait se contenter d’exprimersespropres
conjectures, invoquant tantôt la logique, tantôt l’existence d’un
« tuyauen haut lieu» qui lui aurait révélé la précieuse
information, pour justifier un avisqui n’était en définitive que le
fruit de son imagination, ou d’un désir personnel, quand ce
n’était, chezlesplus avisés, l’envie d’avancer une simple
hypothèse pour pouvoir ensuite, aucasoùcelle-cise
vérifierait,sevanter desa perspicacité. Quoi qu’il en fût, les
personnes qui n’avaientaucune influence sur la chaîne des
décisions étaient précisément celles qui s’adonnaient à ce
petit jeu avec le plus d’allant et de conviction.

13

La question de la désignation du nouvel adjointfinitpar
monopoliser lescauseriesdansle cimetière duPetit-Lancy
cette après-midi pluvieuse de printemps. Il y avaitde quoi. Si
des fois (comme le disaient certains) la personne choisie était
quelqu’un de la maison et non pas un parachuté, nombreux
seraient alors les employés pouvantavancer dansl’échelle
professionnelle :celui ou celle qui remplacerait l’adjoint
laisseraitvacanteson ancienne place, ce qui permettrait d’y
promouvoir quelqu’un d’autre, etainsi desuite.On calculait
qu’une nomination de l’intérieur pouvaitenclencher jusqu’à
septpromotions. Dupain bénitpour le personnel; tousles
espoirsétaientpermis.

Parmitouscesgens, plusieursavaientmobilisé ciel et
terre, etavant toutleursgouvernements, dansl’intention de
faire pressionsur lesinstancesdirigeantesde l’institution en
faveur de leurscandidaturesrespectives. Car, dansce monde
à partqui estcelui desorganisationsinternationales, chaque
événement, chaque nouvelle, chaque bouleversement
politique, chaque décès,sontjaugés,scrutés, décortiqués, à
l’aune de leursrépercussions, possiblesou supposées,sur le
tableaud’avancement.

Aulieudonc d’apparaître comme le pointculminantd’une
carrière, ce décèsmarquaiten fait un nouveaudépart, ouvrait
lesportesà de nouveauxexploits. Voilà pourquoi l’air du
Crépuscule des dieuxcorrespondaità ce que ressentaientles
fonctionnairesrassemblésaucimetière duPetit-Lancypour
direunultime adieuaucollègue disparu.

*****

Le caractère hermétique,secret, de la décision prise pour
remplacer le défuntétaitdirectementproportionnel à
l’amertume que cette décision ne manqueraitpasd’engendrer.
Car pour les septchanceuxqui verraient leur carrière
progresser, ilyauraità coupsûrseptfoisplusde déçus:tous
ceuxqui pensaient yavoir autant droit sinon plus.

14

Phénomène curieuxetpourtantfréquent: à chaque
fournée de promotions, le nombre desmécontentsdépassait
de loin celui desheureux. Il n’étaitmême pas sûr que le
système d’avancement professionnel servait à soutenir le
moral des employés: lesfrustrationsengendréesconduisaient
à desgrèves sur le tas de la part de ceuxquisesentaient
lésés. Desgrèves qui, dans une entreprise privée,
déclencheraient automatiquement des licenciements, mais en
tout cas pas dans une institution comme celle qui nous
occupe.

A cela il fallait ajouter le mécontentement créé dans les
missions diplomatiques qui auraient soutenu sans succès les
aspirations d’un de leurs ressortissants. Car les chefs de ces
missions, chargés par leurs capitales de défendre telle ou telle
candidature, devraient rapporter leur échec à leurs ministères
respectifs et, de ce fait, pourraient voir écornée la confiance
qu’on avait placée en eux.

Rien d’étonnantdonc qu’on eûtpris tantdesoin à
occulter le nom du successeur duchef adjoint.

II

Lesoir, chez lui, Rodolfo Velle, un des fonctionnaires ayant
assisté auxobsèques, ne put se dérober à ce réflexe humain,
trop humain, qui consiste à penser à la mortquand on l’a
devant soi. Le décès de son collègue lui rappela subitement
que la vie n’est pas éternelle, qu’il convient, à certains
moments, de dresser un bilan de ce que nous avons fait du
temps qui nous a été imparti.

Ces jours-là, il était en train de lire leVoyage au bout de
la nuit. Il en était à plus de la moitié. La lecture de ce roman
était pour lui un moyen dese dépayser,unesorte deséjour
touristique dansdescontréeslointaines: celleshabitéespar
despetitesgens, avec les soucis et les déboires qui leur sont

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propres et que Célineydépeint. Il estvrai que, de par son
travail, Velle était amené à côtoyer lesgrandescalamitésde
notretemps: la guerre, la misère, lesmaladies, lesviolations
des droits de l’homme, j’en passe, et des pires.Maisil le
faisaitdepuis satour d’ivoire de fonctionnaire international.Or
leVoyagele plongeait plus directement dans les difficultés et
les souffrances de ceux« d’enbas», de ceshommesetde
cesfemmesqui doivent patauger jour après jour dans la
mouscaille de l’humiliation hiérarchique, du travail à la chaîne,
de la précarité. Dans ce genre de boue, il n’avait jamais eu à
s’engluer.

En lisant ce roman, il remerciait la Providence de l’avoir
placé dans un univers oùrien ne manque, où tout est huilé, à
savoir celui des organisations internationales. Il se plaisait
même à remarquer combien son français, qui n’était pourtant
pas sa langue maternelle, était « supérieur, car plus raffiné »,
à celui parlé par les troufions, les prolos et autres héros du
monde célinien. LeVoyage, en un mot, le faisait se sentir bien
dans sa peau.

Après avoir soupé, il ouvrit le bouquin oùil l’avaitlaissé la
veille,s’yplongea quelquesminutes, en parcourutquelques
pages, essayantde chasser lesidéesfunèbresqui le
hantaient. Peine perdue. Il n’arrivait pas à se concentrer. En
ces moments, malgré lui, il touchait la mort ;ou plutôt, la mort
le touchait. Normal, se dit-il;ce n’estpas tous les jours que
nous quitte un collègue si haut placé. Ce décès l’interpellait,
l’obligeait à admettre que devant l’inexorable, il n’estpointde
tour d’ivoire, que nous sommes tous égaux, que chacun de
nousestacculétôtou tard àse poser desquestions sur la vie,
et à faire un détour sur le passé.

*****

N’étant pas rompu auxaffresde laspéculation
métaphysique, ilse penchasurun phénomène on ne peut
plus terre-à-tilerre :se mità penser combien Genève avait
changé par comparaison avec la ville qui l’avait accueilli dans

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les années70,voilà déjàtroisdécennies. Biensûr, ilyavait
habité depuis lors sans interruption, traversait tous les jours le
centre-ville pour se rendre à son travail. Il ne pouvait donc
ignorer les mutations que Genève avait subies.Mais,
justement, à force de les voirse produire, il n’avaitprêté guère
d’attention à ceschangements.Or, l’enterrement de son
collègue l’ayantamené à prendre la mesure du tempsqui fuit,
Rodolfose mitàsonger à la Genève d’hier avec force
nostalgie. Comme s’il s’était attendu à la voir suspendue dans
le temps, figée dans l’espace, réfractaire à toute évolution.

Ce désir de voir immuable l’endroit oùnous avons vécu à
la fleur de l’âge n’était pas propre à Rodolfo;loin de là. Il fait
partie de nous tous. Et toujours, contrariant nos attentes, le
cadre de vie que fut celui de notre jeunesse s’en va
nonchalamment avec elle.Maisplutôtque de nousrendre à
l’évidence etde nousrésigner, nousenvoulonsaudestin, lui
reprochantde n’avoir pas supréserver le cher endroitque
nousavonscristallisé dansla mémoire etmagnifié dans
l’imagination.

La mélancolie que nousressentonsà ne pasretrouver le
décor de nosplusbellesannées s’avèreun moyen détourné
de ne pas nous avouer à nous-même le caractère éphémère
de celles-ci. Nousnousétonnonsde ce que ce décor aitbel et
bien disparu, car nousaurions souhaité, en le croyant
inaltérable, sauver àtraverslui notre période dorée.
Subterfugesinutiles, puérils, ridicules, dontlesubconscient se
sertpour masquer la réalité, pour repousser la nécessaire,
incontournable, effarante constatation de l’échéance fatidique
de la mort, laseule qui nousimporte envérité : la nôtre. Eten
toutcela, Rodolfo ne faisaitnullementexception.

*****

Bien deschosesavaienten effetchangé dansGenève.

Depuis toujours, ouentoutcasdepuislongtemps, laville
avait servi de foyer à des organisations internationales aux

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objectifs on ne peut plus nobles, à leurs armées de
fonctionnaires bien payés, de même qu’à desdiplomates
huppés,sansoublier lesgensfortunésvenus de toutes parts,
au patrimoine pas toujours bien acquis, échoués ici pour
mettre leurs richesses à l’abri desyeuxinquisiteursetde la
gourmandise fiscale de leurspaysd’origine. Genève a été le
réceptacle des privilégiés de ce monde;etpour mieuxles
accueillir, elles’est toujoursefforcée dese montrer indolente,
hautaine, aseptisée.

Petità petit, cependant, Genève s’est métamorphosée en
une ville hétérogène, d’un cosmopolitisme nouveau, différent à
bien des égards de celui dont naguère elle se targuait. Dans
ses rues et ses tramways, on n’aperçoitplus seulementla
richesse, la propreté etle confort. La promenade dansles
quartierscommerçantsa perdul’allure bourgeoise d’antan,
celle de femmesetd’hommesexhibantde beauxhabitset
prenant une collation dansdes salonsdethé huppés
aujourd’hui disparus.Maintenant, c’est en jeans délavés, eten
tee-shirtouen anorakselon lasaison, que l’on fréquente les
boutiquesetlesgrandsmagasinsducentre-ville avant
d’ingurgiter à lava-viteun milk-shake et un hamburger ou un
kebab dans un desfast-food qui ontinvesti l’endroit.

La drogues’y fait présente par le biais de petits dealers
qui écoulent de moins en moins discrètement leurs
marchandises dans la gare centrale et aux alentours du lac.
Inutile de dire que cambriolages et autres actes délictueux ont
considérablement augmenté. Même les caissettes à journaux,
oùl’on pouvait seservir aprèsy avoir glisséune pièce de
monnaie,sontpeuà peuretiréesdes trottoirs,tellementles
resquilleursontrendufinancièrementintenable cette belle
coutume ancestrale. De plus, comble du scandale enterre
d’Helvétie, les toilettespubliquesontperduleur netteté
d’autrefois. A desdoses sansdoute homéopathiques, mais
non moins significativespour autant, la misère etautresfléaux
sociaux se sont invitésdanscetteville faite initialementpar
desgensgâtéspour desgensgâtés.

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Genève demeure nonobstant sous l’emprise de
l’austérité. Comme si elle voulait continuer à faire honneur à
son étiquette de «cité de Calvin». N’importe quelle
agglomération de taille comparable, et dotée de la même
mosaïque d’immigrés, jouirait d’une animation permanente;à
Genève, en revanche, hormislesdix semainesque dure la
saison estivale, les rues se vident le soir, et cela, d’autant plus
radicalement que la délinquance se répand. Lausanne,
pourtant plus petite, située elle aussi sur les rives du Léman,
fait montre d’une animation à longueur d’année – notamment
au bord du lac, à Ouchy– qu’on ne rencontre pasici. Genève
s’étend, les embouteillages s’yfontomniprésents, la
population croîtet se diversifie;etmalgrétout, la vie s’étiole
dès la nuit tombée.

Genève est un piège. Un piège, je dis bien, et pas un
leurre. Car elle ne trompe pas. Elle donne effectivement ce
que, vue de l’extérieur, elle fait miroiter: une ambiance
paisible, des emplois bien payéset une incomparable qualité
de vie. Ici, pas de déception possible: chacunyobtientce
qu’il estvenu chercher. Et c’est précisément là oùle piègese
referme;c’estprécisémentparce qu’elle correspond à l’image
qu’elle projette, à l’idée que l’on se fait d’elle avant de la
connaître, que Genève s’avère un guet-apens.Quiconque,
attiré parsesappâts, échoue danscette cité etparvientàs’y
frayer un chemin – ce qui, d’ailleurs, n’est pas une entreprise
titanesque – aura bien du mal à trouver desraisons valables,
et suffisammentpuissantes, pour en repartirun jour.

La proportion d’étrangersestparvoie de conséquence
en constante augmentation. Ilsaccourentde partout. D’Europe
de l’Est, du tiersmonde aussi. Ils viennentdeFrancevoisine,
pour échapper, les unsà desimpôtsastronomiques, les
autresà des salairesà faire pleurer.

Pouryrester, la plupart sontprêtsà accepter n’importe
quel emploi,ycomprisdesmétiersdontla pénibilitésomme
toute relative rebute lesHelvètes. L’étranger à la recherche
d’un boulotestprêt,surtout, às’ennuyersolennellement, à

19

tuertoutevelléité de fête. Après tout, pourquoi pas? On n’est
plusen mai 68, quand il étaitde bonton, partouten Europe,
de honnir l’ennui. Par les tempsqui courent, rien nevaut un
bon pouvoir d’achat, plein de gadgetschez soi, et un risque
plusfaible qu’ailleursdese faire arnaquer. Voilà ce qui compte
dansle monde d’aujourd’hui. Etentoutcela, à Genève on est
servi.

Etpour mieux s’yintégrer, onsacrifie volontiers toute
fantaisie.Car celui qui choisit Genève, ou que Genève choisit,
c’est quelqu’un qui demande du confort, du calme, de la
sécurité. C’est, en d’autres termes, quelqu’un qui, par
réalisme, par fatigue ou par dépit, s’interdit de rêver. Genève
est, en définitive, un fidèle échantillon de notre temps.

III

La nature est tout de même fort bien faite. Car pour rétablir
l’équilibre, pour rompre l’ennui, pour créer le suspens et
insuffler l’esprit d’aventure, il existe aumilieude cette ville un
endroit oùlesgens viventaffairés, épanouis, heureux.
Heureuxde consacrer leurtempsauxcauseslesplusdignes,
lesplus utilesque l’on puisse imaginer. Heureuxd’avoir la
chance et le privilège de travailler dans une organisation
internationale pleine de ferveur humaniste, rayonnante
d’énergie, etdontle nom est tout un programme ensleoi :
Directoire pour l’Unité du Monde et leProgrès, connue parses
initiales, le Dump.

S’agissantdunom, on auraitpufaire mieux.Mais que
voulez-vous, le choixde ce nom futle résultathybride de
tractations interminables (signe avant-coureur desblocagesà
venir dansles travauxde l’institution). Chaque grande
puissance avait sespropresexigencesà fairevaloir à ce
sujet ;etil fallaitlesconciliertoutes. A commencer par celles
de laFrance qui,toujourspointilleusesur la préservation de
l’influence de la langue deMolière, posaune condition non
négociable :lesinitialesde cette nouvelle organisation ne

20

devaientpascorrespondreseulementàson nom anglais
(comme laFrance l’avait toléré dansle casde l’Unesco etde
la Fao, dontles siglesreflètentexclusivementleur appellation
en anglais), maisaussi àson nom en français.

Poursortir de l’impasse, l’on choisitfinalementle nom de
Directoire pour l’Unité duMonde etleProgrès, qui devienten
anglais« Directoryforthe UnityofMankind andProgress»,
donnant« Ducommemp »sigle danslesdeuxlangues.
Eurêka !

Ilyavaitnéanmoins un petitcouac dansla manœuvre :
« dump »en anglais veutdire «dépotce qoir »,ui ne plaisait
pasauxpuissancesanglophones. Or, celles-ci, de guerre
lasse, ne voyantrien de mieuxà proposer qui fûtcompatible
avec l’exigence française, acceptèrentletitre en question.
Toujoursest-il que, connaissantlasignification dumot
«dump» en anglais, le milieufrancophone donna à la chère
institution, avecunzeste d’affection et un autre de moquerie,
lesurnom de « Dépotoir ».

Quoi qu’il ensoit, il convient: à lui seul, etd’y insister
malgré ses imperfections, le titre de l’organisation suffit pour
passionner n’importe qui. Nul besoin de connaître ses
principes et ses objectifs concrets. Qui pourrait s’opposer à un
monde uni et à un progrès répandu aux quatre coins de la
planète ? Qui pourrait rester insensible à une entreprise de ce
genre ?Qui pourrait refuser, si l’occasion se présentait, de
consacrer sa force, ses talents, savie même, àunesi louable
institution ?

*****

C’estici donc, aumilieude la Genève cosmopolite, que
setrouve lesiège de cette organisation exceptionnelle fondée
quelquesannéesaprèsla Seconde Guerre mondiale à l’instar
desasœur aînée, lesNations unies, dontelleseveutla
concurrente, quitte à en devenir la jumelle. Mêmesobjectifsen
effet: la paix, la prospérité pourtous, l’équilibre écologique,

21

les droitsde l’homme, lasécurité internationale, j’en passe, et
desmeilleurs. Au surplus, même critère d’opération :un Etat,
unevoix. Enfin, même goûtde la recherche du consensus, du
compromis entre Etatsauxintérêtsetauxprincipes
divergents,voire antagoniques. Aupointque certains
pourraientêtretentésdese demandersi, plutôtque d’une
sœur jumelle, il nes’agitpas tout simplementd’unsosie de
l’Onu.

Croire cela, cependant, aller si loin dans la
ressemblance, équivaudrait à oublier trop vite, et injustement,
les différences majeures qui existententre lesdeux
organisations. Car, ne nousen déplaise, il faut lucidité garder.
Le Dump ne fait pas, et ne peut pas faire, le poids face à une
organisation aussi parfaite, aussi efficace, aussi dévouée à
son mandat que l’Onu. Tout de même, sans pour autant se
hisser au niveau de sa sœur incomparable, le Dump se donne
avec zèle à l’ouvrage, et tout compte fait, ne s’en acquitte pas
trop mal.

Les différences entre l’une et l’autre ne se limitent pas au
niveau de l’excellence. Il faut également tenir compte de
l’emplacement géographique. Le siège du Dump se trouve
côté sud du lac Léman, tandis que l’Onu se dresse en
souveraine sur la rive opposée. Difficile dans ces conditions
de savoir laquelle des deuxorganisationspossède la plus
bellevue de ce lac majestueux,serein, qui invite en
permanence à la méditation.

La fantaisie n’est d’ailleurs pas en reste pour attiser cette
salutaire émulation.Que l’immeuble de l’Onuaitpour nom
PalaisdesNations?Qu’à cela netcelienne :ui duDump
prendra l’appellation, aux résonances oniriques, de Château
de l’Harmonie.

Par contre, la fantaisie n’yrègne malheureusementpas
sur le plan architectural : leChâteaude l’Harmonie ne faitpas
partie des septmerveillesdumonde. L’édifice est grand, mais

22

simple, c’estle moinsqu’on puisse dire. Onyva pourtravailler
etnon pour le plaisir desyeux, rétorquera-t-on.

LeChâteaude l’Harmonie nese distingue pasnon plus
parson caractère fonctionnel. Prenonsle casdesascenseurs.
D’une quinzaine au total, la plupart sont situés dans l’aile du
bâtiment la plus distante de l’arrêt de bus;ils’ensuit que les
nombreuxfonctionnairesquiutilisentce moyen detransport
doivent souvent traverser un couloir d’à peu près un kilomètre
de long à la recherche d’un ascenseur disponible.Qui plus
est, il y en a toujours deux en panne au minimum, jamais les
mêmes. Les mauvaiseslanguesdisentà ce proposque, au
lieude procéder aux réparations nécessaires, les techniciens
reçoiventl’ordre d’assurer le roulementdesmoteursafin de
donner l’impression qu’ils’agitde pannesnouvellesà chaque
fois. Ce petitjeucoûte moinscher, paraît-il, que de remplacer
lesmoteursdéfectueux.

Personne nese plaint trop de cespannesà répétition,
car cela donneune excuse pour arriver encore quelques
minutesplus tard auposte detravail oupour passer
davantage detempsdanslesomptueuxBar de l’Amitié, à
l’atmosphère feutrée, auxfauteuilsrelaxantsentourésde
plantes tropicales,sisaudernier étage dubâtiment. D’autant
que la vue imprenable sur le lac, avec le fameuxjetd’eau
symboletouristique de la ville de Genève, pousse chacun à
s’yprélasser indéfiniment. Rien d’étonnantqu’à plusieurs
momentsde la journée on voie se former devantle comptoir
une file d’attente interminable de fonctionnairesetde
diplomatesqui désertent, les unslesbureaux, lesautresles
sallesde réunions, pour commanderune boisson que chacun
siroterasans se presser, engourdi dans un desmagnifiques
fauteuilsqui abondentdansle bar.

Vul’envergure dutravail à accomplir, il n’ya rien de
surprenantnon plusà ce que lesfonctionnairesduDump
figurentparmi lesmieuxpayésde la planète.Même ceux de
l’Onude NewYork fontpitié. Alorsque, par exemple, une
secrétaire à l’Onude NewYork peutdifficilement se payer

23

pour elle seule un appartementen location àManhattan,
devantpasser chaque jourun bon momentdansle métro,sa
collègue duDump à Genève réussitparfois–tel étaitdu
moinsle casavantla récente flambée desprixde l’immobilier
dansla région – às’acheterun appartement,voireune petite
villa enFrancevoisine, à quelquesminutesà peine envoiture
deson lieudetravail. Etne parlonspasdes salaires
mirobolantsdeshautsfonctionnairesde cette auguste
institution.

Inutile de chercher la logique dansce différentiel entre
Genève etNewYork : c’estàyperdreson latin. Vous-même,
cher lecteur, avez intérêtà reconnaître humblement vos
limitesintellectuellesdevant un exercice de mathématiques
aussi complexe, età fairesemblantd’avoirtoutcompris.

Lesconditions sontainsi réuniespour que, auDump, l’on
puissesesentir au-dessusde la mêlée dansle monde
imparfaitoùnous vivons. Aucune activité, aucune charge,
aucunevocation ne peuventfaire pendant, entermesde
grandeur etd’impact sur lesquestionsinternationales, à celles
exercéespar le personnel etlesresponsablesdu Directoire
pour l’Unité duMonde etleProgrès.

Qui pourrait s’y comparer ? Ceux qui travaillentdansle
privEné ?toutcaspas. Danslesaffaires, il n’y a que la
recherche du profit qui compte, peu importent les injustices
sociales et les déséquilibres internationaux, ou encore la
détérioration écologique, que cela peut engendrer. Ici, au
Dump, on s’attelle précisément, entre autres choses, à en
corriger les excès et les distorsions par le biais de
recommandations, de conventionsetdetraités.

Alors, lesgouvernementsdesEtatsmembres, avec le
pouvoir qu’ilsdétiennent, ne réalisent-ilspasdesactivités
supérieuresà cellesduDump ?Eh bien, non, eux non plus.
Pour preuve : c’estle Dump qui,sansen faire ostentation bien
sûr, maisnéanmoinsconvaincude la pertinence deses
analyses, conseille à cesgouvernements, nonseulementce

24

qu’il leur fautcorriger dansleurspolitiquesnationalespour
rendre celles-ci plusefficaces, maisaussi lesmesuresqu’ils
doiventprendre ensemble aprèsconcertation.

Etles universités, avec leurscoursetleurs travauxde
recherche ?Eh non, ellesnon plus ne fontpasle poidsface
auDump. Pour réputéesqu’elles soient, les universitésont
l’air d’eunuquesintellectuelscomparéesà notre institution, car
ellesn’ontpaslesmoyensd’agir, de mettre en pratique leurs
idées, alorsque le Dump peutaisément yparvenir à l’aide des
innombrables conférences intergouvernementalesqu’il
organise chaque année.

Rien donc dansce monde,sauf biensûrsasœur
incomparable, n’estauniveaude lasplendeur du travail etdes
possibilitésd’action duDump.

Reste encore, j’allaisoublier, l’hyperpuissance
américaine,toujoursprompte,selonsesintérêts,tantôtà agir
unilatéralement,tantôtà jouer le gendarme dumonde,tantôt,
enfin, àse dérober àsesresponsabilitésde grande
démocratie. Encore heureuxque le Dumpsoitlà pourservir de
contrepoids, pourservir detribune auxpuissancesmoyennes
etauxpetitspays, permettantaux unesetauxautresde faire
entendre leur voixetd’œuvrer pour la digne cause d’un
monde multipolaire.Car s’il existeune tribune oùl’ons’essaie
à entraver lesdesseinsimpériauxde l’hyperpuissance, c’est
bien là qu’untel défi estrelevé.

Comment le Dump s’acquitte-t-il de cette tâche ? Eh bien,
par le biais du sacro-saint principe d’opération dont nous
avons déjà fait mention, le même qui guide les Nations unies :
« un Etat, une voix». Peuimporte la taille démographique ou
le poids économique d’une nation;elleyvaudra, ni plusni
moins,unevoix.

Peuimporte, surtout, le régime politique de chaque pays:
qu’ils soientrégisparune dictature ouparune démocratie, au
Dump ils sont touségaux. Desgouvernements qui dénient le

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droitdevote à leurspeuplesexercentici ce droit sans
entravesensans vergogne. A leur profitbien entendu.C’est
ainsi que des gouvernements qui ne tolèrent pas des élections
libres chez eux, qui fontdisparaître ouqui mettenten prison
leursopposants, qui interdisentla liberté de la presse, peuvent
siéger à la commission du Dump chargée de veiller au respect
des droits de l’homme au niveau mondial, et ne se privent pas
de donner des leçons de morale auxautrespays. Ainsi, plus
lesrégimesdictatoriauxetcorrompus sontnombreux sur cette
planète, plusde poidsilsaurontdansla prise de décisions.
Car le Dump est une démocratie.

Après tout, qu’ya-t-il de répréhensible dans unetelle
pratique ?Qui a le droit de décider si un régime est une
dictature ou une démocratie? Alors, dans le doute, il faut
s’abstenir de juger. Il faut aussi prendre en compte, n’est-ce
pas, le degré de développementpolitique d’un pays. Il faut
laisser chaque dictature décider d’elle-même à partir de quel
moment ellevoudra cesser d’emprisonner etdetorturerses
citoyens pour délit d’opinion;il faut, en d’autresmots, la
laisser prendre l’initiative dese muer en démocratie, etce, au
nom duprincipe de l’autodétermination despeuples,
c’est-àdire de la non-ingérence, gravé à jamaisen lettresd’or dansla
charte fondatrice duDump, de même, d’ailleurs, que dans
celle de l’Onu.Car, doit-on encore le marteler, le Dump est
une démocratie.

IV

Rodolfo Velle avait soumis sa candidature au Dump au début
des années70, quelquesmoisavant d’achever ses études
auxEtats-Unis. Dans un premiertemps, il eutpour réponseun
simple accusé de réception ne laissantentrevoir aucune
possibilité d’emploi. Or, de même qu’avec ces lettres d’amour
qui nous parviennent quand on ne les attend plus, Rodolfo
avait perdu tout espoir lorsque, à Paris, oùil poursuivait ses
études avec une bourse de laFrance généreuse, il reçut une
invitation duDump àse rendre à Genève pourune entrevue

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dans le cadre d’un programme de recrutementde jeunes
professionnels.

« Pourquoi maintenant? pourquoi moi ?se demanda-t-il.
Par queltour de passe-passe dudestin ma candidature
a-telle finalementété retenue ?Qu’est-ce qui a puréveiller
soudain, après tantdetemps, l’intérêtduDump ? » Certes, il
s’agissaitd’unesimple invitation pourune entrevue;mais tout
de même, c’étaitdéjà quelque chose,un pasdansla direction
tant souhaitée. L’espoir renaissaiten lui.

Sa bonne étoile nes’arrêta paslà. Lesentretiensqu’il eut
à Genève, lesquestionsqu’on lui posa, les testsqu’il dut
passer envue de mesurersesconnaissancesdansdes
domainesaussi diversque l’économie, lesrelations
internationalesetleslangues, lui parurentd’une intrigante
simplicité. Rienque desquestions superficielles.

Constatantlesbanalitésauxquelles ses interlocuteurs le
soumettaient, il arriva à la conclusion qu’il avaitdû, audébut
de l’entrevue, faireune gaffe, direune bêtise qui avait
découragé lesreprésentantsduDump d’aller plusloin dans
l’évaluation desescompétences. Aprèscette gaffe
hypothétique, pensa-t-il, l’entrevuese poursuivaitparsimple
politesse, comme pour ne paslui diretoutdesuite qu’il n’avait
aucune chance dese faire embaucher. La mauvaise nouvelle
luiseraitcommuniquée à la fin desentretiens, ou, quisait, par
courrier quelquesjoursplus tard. Aussise fit-il à l’idée, pour
ne pas tomber desnues, d’entendre dansle meilleur descas,
au terme de lavisite,un poli «Nouscontinueronsà étudier
votre candidature avec le plusgrand intérêtet vousferons
part, entemps voulu, de la décision prise par lesautorités
concernées».

Or, aumomentde prendre congé,une offre, oui,une
offre d’emploi lui futformuUn emploi d’économilée !ste au
plusbasde l’échelle professionnelle, puisqu’ilvenaitde
terminersesétudesetn’avaitaucune expérience à fairevaloir.
Offre biensûr informelle à cestade, n’engageantpasencore

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le Dump, mais qui devaitêtresuivie rapidement, lui
précisa-ton, d’une lettre officielle de confirmation. Vintensuite,
inattendue, bouleversante, fabuleuse, la question magique,
celle qui emplitde joietoutaspirantàun poste detravail :
«Quand pourriez-vouscommencer ? ».

« Mevoilà,se dit-il, propulsé aucentre névralgique des
débatsdespuissantsde ce monde, dansla Genève
internationale, avecunsalaire au-delà desattentesde
l’étudiantque jesuis, aprèsavoir dûgalérer àParisavecune
bourse dérisoire, n’ayantpasreçud’aide de mon père, qui
voulaitme pousser à retourner aupayspour m’engager dans
le négoce familial. Et toutcela à vingt-sixans! »

Il lui resta néanmoins un petitgoûtamer à lasortie des
entretiens. Oh, rien detrop méchant.Maisquand même. Il ne
pouvaiten effet sevanter d’avoir accompliune quelconque
prouesse intellectuelle. A aucun momentne fut-il misen
difficulté parune questionscabreuse, à aucun momentn’eut-il
besoin des’élever dans une réponse au-dessusdes
platitudes, à aucun momentl’occasion ne lui fut-elle offerte de
donnerun pointdevue,sinon brillant,toutaumoinsoriginal.
Toutlui parutétrangementfacile, curieusement trivial.On eût
ditque le Dump n’avaitguère d’intérêtàtesterses
compétences, qu’on l’attendait, ouce qui revientaumême,
queson recrutementavaitété décidé avantmême l’entretien.

Il n’empêche que lesentimentqui effleurason espriten
premier lieufutbien la gratitude. Une gratitude immense
enversle Dump pour avoir retenu sa candidature, pour avoir
donnéune raison d’être àsesétudes. Gratitude qui devaitagir
en moteur deson futurtravail. Le jour même de l’entrevue, en
quittantleChâteau de l’Harmonie, il se lança le défi de
prouver auxresponsablesduDump qu’ilsavaient bien fait de
le choisir, qu’il méritait la confiance placée en lui, qu’il serait à
la hauteur des tâches qu’on lui assignerait.

La motivation lui manquait d’autant moins que les
objectifs de cette institution, notamment le développement du

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