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Jennifer Borrego
Terra Inferna Aux portes du Paradis et de l'Enfer
Roman
5 Éditions Le Manuscrit
© Éditions Le Manuscrit, 2007 www.manuscrit.com ISBN : 2-7481-9926-X (livre imprimé) ISBN 13 : 9782748199260 (livre imprimé) ISBN : 2-7481-9927-8 (livre numérique) ISBN 13 : 9782748199277 (livre numérique)
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À mon sang, à ma chair Ma famille Mon mari Ma fille…
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Les fossoyeurs s’activaient sous un soleil de plomb. La terre qui s’envolait sous leurs coups de pioche collait à leur front et à leurs bras déjà moites. L’odeur de la sueur réveilla leur narines et chassa le goût du café qu’ils venaient de consommer. – Quatre encore à creuser, seulement pour aujourd’hui ! À ce rythme, on n’aura pas fini avant le plein midi. – C’est cette satanée canicule. Elle fauche tout le monde. – Ouais. Ben si ça continue à chauffer comme ça, c’est pas quatre mais cinq trous qu’on va avoir à creuser, parce que moi, je tiendrai pas. – Je t’avais dit de venir à la fraîche, mais tu m’as pas écouté. Et si t’avais pas eu cette panne de réveil… – Tu vas pas me le reprocher toute la journée ? ! – T’as qu’as pas te plaindre. Creuse en silence. Entreprise Pradano. Pompes funèbres. L’enseigne était neuve. Derrière les vitres de son bureau climatisé, le dernier fils de la famille Pradano se dit que
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Terra Inferna
finalement, il avait eu une bonne idée de prendre la succession de son père. Ses frères n’en avaient pas voulu. Trop morbide, avaient-ils dit ; Mais aujourd’hui, ils le regrettaient amèrement. « Parce que le petit dernier gagnait bien sa vie, maintenant, et plus que nous tous réunis ». La mort était un marché florissant et lucratif. Les temps modernes amenaient les vivants à penser très tôt à leur propre fin. Ils prévoyaient tout dans les moindres détails, du choix du marbre jusqu’à la musique funèbre qui les accompagnerait à leur dernière demeure. – J’ignore si ma femme ne me quittera pas demain, je ne peux prévoir les maladies de mes enfants, je ne sais si mon patron ne décidera de me renvoyer dans une semaine ou si ma mère ne va pas imposer de venir vivre chez nous parce qu’elle se sent seule depuis que mon père est mort, mais s’il y a une chose dont je suis sûr dans la vie, lui avait dit un quarantenaire, bon vivant et en bonne santé, c’est de mourir un jour. – Il ne faut pourtant pas voir la vie en noir. – Il faut simplement être prévoyant, avait-il conclut. Oui, prévoyant. C’était sa tombe qu’ils creusaient ce matin. La vie est une longue route, et pas un seul de nos pas ne nous déroute de notre but ultime, la seule réalisation à laquelle nous n’échouerons jamais : mourir.
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