Terra Nova

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Le cliquetis de l'hibernateur acheva de réveiller Paul. Il sentait une douce chaleur envahir lentement son corps, ses yeux s'ouvrirent et il commença à bouger tout doucement. Le couvercle translucide de l'hibernateur s'était ouvert et il se mit à discerner les détails autour de lui. Une lumière laiteuse exhalée des murs et du plafond, éclairait doucement une vaste salle. Et tout autour de lui il vit d'autres couches semblables à la sienne, comme des matelas blancs surmontés d'une voûte de cristal épaisse et sur un des côtés, un petit panneau carré de métal noir où clignotaient deux voyants verts. Ces «boîtes» s'alignaient sagement par rangées sur toute la longueur de la salle, toutes fermées encore dans un silence profond, baignées par une douce clarté. Chacune des boîtes contenait
Publié le : mardi 14 juin 2011
Lecture(s) : 182
EAN13 : 9782748180107
Nombre de pages : 151
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2 Titre

Terra Nova

3

Titre
Michel Joscht
Terra Nova

Roman
5Éditions Le Manuscrit























© Éditions Le Manuscrit, 2006
www.manuscrit.com

ISBN : 2-7481-8010-0 livre imprimé
ISBN 13 : 9782748180107 livre imprimé
ISBN : 2-7481-8011-9 livre numérique
ISBN 13 : 9782748180114 livre numérique

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L’Être de lumière flottait dans l’infini. Il avait
tout mis dans cette réalisation, son œuvre,
depuis des milliards d’années, mais cela ne
marchait pas, cela ne marchait plus. Tout s’était
détraqué. L’Equilibre ne pourrait jamais être
atteint en continuant ainsi. Alors, comme il
l’avait fait de nombreuses fois depuis qu’il
participait au Jeu, il décida de tout
recommencer…
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LE VOYAGE
Le cliquetis de l’hibernateur acheva de
réveiller Paul. Il sentait une douce chaleur
envahir lentement son corps, ses yeux
s’ouvrirent et il commença à bouger tout
doucement. Le couvercle translucide de
l’hibernateur s’était ouvert et il se mit à
discerner les détails autour de lui. Une lumière
laiteuse exhalée des murs et du plafond, éclairait
doucement une vaste salle. Et tout autour de lui
il vit d’autres couches semblables à la sienne,
comme des matelas blancs surmontés d’une
voûte de cristal épaisse et sur un des côtés, un
petit panneau carré de métal noir où
clignotaient deux voyants verts. Ces « boîtes »
s’alignaient sagement par rangées sur toute la
longueur de la salle, toutes fermées encore dans
un silence profond, baignées par une douce
clarté. Chacune des boîtes contenait un corps
nu, tantôt de femme, tantôt d’homme voire
d’enfant. Tous semblaient dormir du sommeil
paisible et immobile de la mort. L’hibernation
faisait toujours cet effet, tous les mécanismes
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vitaux étaient arrêtés, figés, pour l’éternité, ou
du moins tant que le matériel fonctionnait, les
accidents n’étaient pas rares, où encore jusqu’à
ce que l’on vous réveille et ça c’était la meilleure
solution, celle qui venait d’arriver précisément à
Paul . Les souvenirs lui revinrent d’un coup. Le
bruit profond et sourd autour de lui, c’était le
vaisseau qui continuait sa course infinie dans
l’espace. Ce vaisseau dont il était le
commandant.
Paul s’assit lentement sur sa couche, remonta
ses genoux ankylosés, porta ses mains à son
visage, sentit ses cheveux, ses oreilles et
parcourut ainsi tout son corps qui lui renvoyait
la sensation du toucher. Sa peau était ferme, ses
ongles faits, ses cheveux courts. Comme s’il
s’était endormi la veille au soir et se réveillait
tranquillement au petit matin. Pour un peu il
aurait senti l’odeur du café chaud, comme dans
son appartement de Washington. Son éveil était
achevé, il allait pouvoir sortir.
Il se hissa sans difficulté, athlétiquement,
hors de l’habitacle et posa son pied nu sur le
sol, sentant une chaleur diffuse qui rayonnait
dans tout le vaisseau. Il regarda le capitonnage
blanc de son « sarcophage » et se dit que les
hibernateurs étaient vraiment confortables… Le
silence n’était habité que par le bruit de fond du
vaisseau qui vivait autour de lui. Se tournant
vers le panneau lumineux fixé au mur en face
12 le voyage

de lui il vit que seul le numéro de son
hibernateur était inscrit en rouge, ce qui voulait
dire qu’il était ouvert ou ne fonctionnait plus.
Plus bas sur le panneau figurait en gros
caractères verts, une série de chiffres, qui
indiquaient la date. Paul s’immobilisa, stupéfait,
devant les chiffres : un, quatre, deux, un, trois !
Il était en l’an 14 213 ! Ce qui voulait dire qu’il
avait « dormi » plus de 12 000 ans ! Son esprit
submergé par le vertige de cette révélation,
tournait dans tous les sens, un peu comme s’il
avait été ivre.
Mais qu’avait fait le vaisseau pendant tout ce
temps ? Combien de parsecs avait-il parcourus
dans sa course folle ? Et surtout, où était-il ?
Les souvenirs lointains affluaient à sa mémoire.
En 2050, une guerre sauvage s’était déclenchée
sur la Terre, une guerre où tout le monde était
l’ennemi de tout le monde, riches contre
pauvres, musulmans contre chrétiens, nantis
contre délaissés, affamés contre repus… cette
guerre annonçant la destruction finale s’était
déclenchée brusquement sans avertissement, un
peu comme si quelqu’un avait décidé d’un coup
de tout raser. Un matin, l’aube naissante fut
aveuglante, l’onde nucléaire et sa tempête
infernale sonnèrent le glas d’une humanité
imbécile. La Terre s’embrasait à l’Orient. Les
villes explosaient l’une après l’autre, Paris,
Moscou, Riyad, Tel Aviv, Londres, Madrid,
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Bruxelles, Tokyo, Los Angeles, Pékin, Rabat,
Alger, Tripoli, Bagdad… Et même la Rome
antique et sacrée, fut rasée comme toutes les
autres. Seul le Nord Est de L’Amérique et
Washington en particulier, protégée par son
bouclier anti-missiles, construit des dizaines
d’années auparavant, malgré les oppositions
véhémentes des pacifistes, se réveillait sous un
feu d’artifice aveuglant, haut dans l’azur. La
NASA avait alors accéléré le programme
d’exploration vers les étoiles lointaines. Tous les
candidats à l’exode, sélectionnés depuis des
années pour certains, dans le plus grand secret,
avaient été rappelés et les survivants avaient été
immédiatement embarqués dans le vaisseau en
partance. Et quelques jours plus tard la nef,
nouvelle arche de Noé, telle une bouteille à la
mer, voguait dans l’espace infini. Seul vestige de
l’humanité, germe de la race future, en quête
d’une nouvelle étoile. Et c’était lui Paul, qui
était en charge de ce navire perdu dans
l’immensité stellaire. Le vaisseau avait été
baptisé Colombus I, en mémoire au découvreur
de l’Amérique, mais aussi aux premiers
astronautes morts au début de la conquête
spatiale dans leur navette.

*
**

14 le voyage

Il se mit à déambuler dans la salle
d’hibernation, titubant légèrement, se retenant
aux autres sarcophages translucides, tout en
reprenant ses esprits peu à peu. Son corps jeune
et entraîné retrouvait ses facultés. Son esprit
imaginait, plus qu’il ne voyait, cette terre
lointaine qu’il avait quittée, maintenant
meurtrie, détruite, anéantie peut être. Il revoyait
les grandes plaines fertiles du nord américain,
les grands lacs où il allait, enfant avec son père,
pécher. Les déserts ocres et immenses de
l’Arizona, le Colorado sauvage qu’il avait
survolé maintes fois à bord de son petit Cesna.
Les images de sa vie lui revenaient comme des
flashes. Las Vegas et son mariage avec Cathy
dans les lumières de l’exubérance enfantine
américaine, l’explosion des twin towers à New
York qui avait plongé l’Amérique dans la
stupeur et l’effroi et changé l’avenir du monde,
précipitant la catastrophe.
Il revit ses amis hilares, les soirées bières
entre potes, les filles émoustillées, ses études à
Harvard la prestigieuse, sa première Camaro qui
avait fini contre un arbre un soir de bringue un
peu trop arrosée, la Ford mustang dans laquelle
Cathy s’était offerte à lui pour la première fois,
tous ces instants qu’il avait vécus intensément,
parfois avec passion, avec délice, parfois aussi
avec peine et douleur. Pourquoi Cathy était elle
partie cinq ans plus tard, alors que jeune officier
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