Cet ouvrage et des milliers d'autres font partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour les lire en ligne
On lit avec un ordinateur, une tablette ou son smartphone (streaming)
En savoir plus
ou
Achetez pour : 8,25 €

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Partagez cette publication

Du même publieur

Terrains vagues
Corinne CALANDRA SENOUSSI
Terrains vagues Nouvelles
© L’Harmattan, 2010 5-7, rue de l’Ecole polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-133350-1 EAN : 9782296133501
À Dan Vimard. À Toufik. À Louise.
1 Chitlin’ Circuit— Regarde-moi ça. — Quoi ça ? — Ce truc poussiéreux, là-bas sur le chemin de la ferme Harper. — Attends, passe-moi mes lunettes. — Seigneur ! Le type n’a pas changé de voiture depuis les années 30. — Les Harper vont avoir de la belle visite, j’crois bien. — Moi, je crois que c’est nous qui allons avoir de la visite. — Tu rêves, ça fait vingt ans que l’on n’a vu personne. — Si c’est une ancienne fiancée, t’as intérêt à aller passer une chemise par-dessus ce vieux maillot de corps et à poser cette bouteille. — Et toi, vieux crétin, arrête de te balancer sur ce fauteuil, ça m’empêche de me concentrer. — De te concentrer sur quoi ? Depuis quand tu te concentres ? — Depuis que tu habites ici, vieille carne. La voiture fit une embardée juste devant le porche. La véranda fut envahie par la poussière de la cour, le soleil rasant empêchait de voir qui était à l’intérieur. Le claquement de la portière lent et sourd fut accueilli par deux violentes quintes de toux. — Non mais c’est quoi ce vieux poulet déplumé ? — C’est Joe. — Pince-moi, je rêve. — Putain ! Joe ? — Joe, Joe… Mais, c’est Joe ! — JOE ! JOEEEE ! Les deux jaillirent de leurs fauteuils. — Qu’est-ce que tu fais là ? Comment tu nous as trouvés ?
7
— Ce n’est pas bien difficile, t’es né dans le coin, non ? — Laisse-moi te regarder vieux compère. Tu portes beau, frère, ça te fait combien maintenant, dans les soixante-quinze ? — Mo’, arrête de le bisouiller et de lui taper dans le dos comme ça, tu vas le démolir, laisse-m’en un peu, c’est pas ta poupée. — Alors vieux brigand ? — Mo’, pousse-toi un peu bon sang ! Puis quand on a une visite, on l’invite à s’asseoir et on lui offre un rafraîchissement. — Eh bien, mon Joe, puisque Môssieur Dudee a le sens des convenances, il va te passer son fauteuil et moi je vais aller en chercher un dans la maison. Joe prit place. Dudee lui passa la bouteille, ils échangèrent un regard. De l’intérieur du salon, dans l’ombre, on entendait les raclements du vieux fauteuil défoncé et le grand rire de Mo’. — Il n’a pas changé. — Non, il n’a pas changé. Mo’ colla son fauteuil auprès de celui de Joe et lui posa la main sur la cuisse. — Je vois que t’as fait fortune dans les voitures. — Et toi, tu as hérité de la ferme de ton père. On devrait peut-être passer un coup de peinture sur les deux. — Ouais, ça ferait tenir le tout. — T’es passé par où ? — Je suis descendu de Chicago. Mo’ siffla. — Avec ce tas de ferraille ? — Ce tas de ferraille m’a permis de faire toute la route 61 jusqu’à ce trou du cul du monde qu’on appelle chez toi, Mo’ ! — Alors ? — Je suis passé dans Beale street, tu n’reconnaîtrais pas Mo’ et pas seulement à cause de tes lunettes, toi non plus Dudee.
8
Un pour Un
Permettre à tous d'accéder à la lecture
Pour chaque accès à la bibliothèque, YouScribe donne un accès à une personne dans le besoin