Terre d'abscisse

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Au milieu du XXIe siècle. Dax Ammudi mène une existence vide et morne, réduit à l’état d’automate par le travail à la chaîne de l’usine. Sa non-vie va pourtant basculer du jour au lendemain. Anti-héros des temps modernes, le jeune homme se trouve soudain aspiré pendant son sommeil au cœur d’un no man's land entre imaginaire et réalité. Plongé dans un coma profond, son esprit erre dans cette mystérieuse contrée. Au fil de ses rencontres, il va se voir accusé du vol d’un avogadron, une pierre importante aux yeux de l’étrange professeur qui règne en maître incontesté sur le monde pourpre, avant de découvrir qu’un vieil homme d’affaires peu scrupuleux a usurpé son identité pour goûter à une nouvelle jeunesse. Alors que Dax cherche un moyen de retourner dans sa propre dimension, il va devenir l’un des rouages qui vont sceller le destin de ces univers parallèles… Un récit déroutant qui nous emmène de la France au Québec, d’ici à un ailleurs halluciné, prenant constamment le lecteur à contre-pied. Sous ses airs d’aventure fantastique, une satire sous acide de la société moderne menée à un rythme d’enfer. Drôle, lucide et fou, un voyage hors du commun à tenter absolument!
Publié le : jeudi 1 mars 2012
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Source : http://www.monpetitediteur.com/librairie/livre.php?isbn=9782748354171
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782748354171
Nombre de pages : 228
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Patrick Ciullo
TERRE D’ABSCISSE
Mon Petit Éditeur
 
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IDDN.FR.010.0115116.000.R.P.2010.030.31500
Cet ouvrage a fait lobjet dune première publication par Mon Petit Éditeur en 2010
À mes femmes.
Aquarelle sur fond gris Il est bientôt sept heures du soir. Un soir banal de mars, un soir comme tous les autres, où la nuit pointe son nez de fouine. Le soleil part en voyage pour la nuit de lautre côté, en Améri-que latine. Pourquoi en Amérique latine, Dax ne sait pas très bien, mais cest là que Dax imagine la destination du soleil. Ou alors peut-être ailleurs, peu importe. Peu à peu, le soleil quitte les murs gris des villes dEurope pour aller éclairer les temples précolombiens. Sur la place dune petite ville de France, depuis deux heures, deux siècles, Dax Ammudi na pas bougé, il regarde au loin cette merveilleuse tache rouge et jaune qui décline et le spectacle si commun est merveilleux. En voyant le soleil en partance, Dax pense à Ma-chu Picchu, aux flûtes de Pan, à la chaude musique et au jour qui va se lever sur lHémisphère Sud. Libre dans sa solitude, il observe le spectacle urbain ; les minces bandes de pelouses aux arbres parfaitement alignés, les parterres de fleurs enfermés dans leurs bacs de bitume, quelques bancs clairsemés, le sable gris et fin où quelques enfants jouaient il y a une heure, la route et la voie de chemin de fer, puis enfin, la petite église qui trône et veille sur la place. Cette église qui offre un aspect hétéroclite par rapport à la grande tour préfabriquée dominant la place, forme ainsi un tableau du vingtième et unième siècle. Cest à lui, puisquil vit à cette époque. Il était parti en début daprès-midi de son petit appartement après avoir profité copieusement dune matinée "grasse". Après sa toilette, il était resté en tête-à-tête avec sa tasse de thé, puis,
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profitant dun moment dinattention de Dax, ses yeux sétaient jetés par la fenêtre. La lumière de mars faisait briller les minces plaques de neige et illuminait la tour en démolition qui offrait ainsi un paysage nouveau en dévoilant quelques rangées de sapins. Après sêtre battu avec un sandwich récalcitrant, Dax avait décidé de sortir pour toucher la neige et dire bonjour aux arbres. Puis la tiédeur de ce début de printemps lavait invité à poursuivre sa route et cest ainsi quil était arrivé sur la petite place de son enfance. Il sétait assis sur un banc et se repassait le film de son adoles-cence lorsquil jouait au football sur cette même place avec les copains de son quartier. De son banc, il domine presque tout lunivers. Toutes les joies, toutes les haines, toutes les peines et tous les arbres, enfin toute la place de sa petite ville. Les bus se croisent et se recroi-sent, les nuages voguent sous le ciel rouge et la fraîcheur insiste un peu trop maintenant. Dans la tour de cent cinquante étages, des lumières bleutées donnent vie aux vitres et la rue se fait déserte pour accueillir la nuit qui arrive. Puis la fraîcheur de-vient incommodante et, tout au bout de la place, une femme qui se presse, ouvre son parapluie. Dax de lève, met les poings dans ses poches trouées et décide de rentrer chez lui. La pluie com-mence à tomber et il se surprend à penser que, dans leurs énormes voitures, tous ceux qui parlent des enfants de Rimbaud devraient se décoincer la cravate, mais y songent-ils seulement ? Le chemin du retour est long, désertique et glacé. Quelques voitures poursuivent leur course anonyme et les murs gris se lavent un peu. Dax, lui, presse le pas pour arriver enfin au pied de son immeuble. Après avoir gravi les escaliers, Dax se re-trouve chez lui, seul mais au sec. Depuis un an, il vit seul et il sen accommode ; entre les tâches ménagères, les diverses cour-ses et les factures à payer, il na pas le temps de trop sennuyer. Parfois, lorsque la rudesse de sa vie se fait trop coutumière, il se sent inutile. Pas de tristesse, pas de haine, simplement cette
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solitude qui lécrase et, bien quil nait aucune servitude, cet iso-lement lui donne limpression dêtre anéanti. Après sêtre séché de cette pluie collante, Il sétend sur son lit, le corps encore moite, la tête vide et lesprit brouillon. Son cerveau, dans ces moments-là, lui semble être un puzzle dont les morceaux sont clairsemés dans une pièce immense tout dabord, puis les pièces du jeu en parfait désaccord flottent dans le vide, se rapprochent les unes des autres puis séloignent inexorablement jusquà re-faire corps avec le néant. Depuis quelques minutes, il fixe les minces lézardes de son plafond blanc. Dans son désuvrement momentané, il n a vraiment envie de rien, ni de musique, ni de lecture, ni de man-ger, ni de boire et si peu de vivre. Demain, il sera devant sa machine car depuis un mois, une société dintérimaires lui a proposé un emploi dans une entreprise de sous-traitance. Dans une forte odeur dhuile de coupe et au milieu de bruits toni-truants, pendant huit heures, il positionne des parallélépipèdes de métal sur lesquels il soude des écrous dacier. Lorsque les quatre écrous sont soudés, il doit ranger la pièce correctement dans un immense bac, et lorsque celui-ci est rempli, il doit le pousser jusquau service qui soccupe de lopération suivante. À chaque fin de journée, il a toujours cette impression dêtre une machine arrêtée. La plupart du temps, de retour chez lui, il est incapable de lire ou même déchafauder une théorie sur un quelconque sujet. Quand il se revoit étudiant et plein despoirs davenir, ces montagnes décrous lui donnent envie de vomir. Mais, comme dit le vieil adage : « Il ny a pas de sot métier, il ny a que de sottes gens ». Il doit résister car il a besoin dargent pour conserver son indépendance. Aussi, après un peu de nour-riture avalée rapidement, il se force souvent à lire pour faire fonctionner son esprit. Ensuite, une nuit de sommeil permet la parfaite remise en état du travailleur. Pourtant, tous les soirs, Dax se tient le même discours : « Pourquoi dormir tout de suite ? Un jour, je voyagerai partout dans le monde, je verrai
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toutes les cultures et aussi toutes sortes de gens, japprendrai. Je vivrai des instants magiques, des instants de vie en partageant chaque seconde avec les autres. » Alors, il part en rêve à la recherche de lEldorado ou dans une station météo du Pôle, ou dans nimporte quel lieu exoti-que. Afin de prolonger un peu ses heures de loisir, ces heures où lon est soi-même, où lon fait ce que lon veut. Ces heures immenses et courtes à la fois, où les autres vous admirent, oh non ! Pas de manière narcissique, mais comme un ami que lon est content de voir. Après quelques heures de lecture et de méditation, Dax sen-dort dun sommeil de lassitude. Ce matin-là, le réveil se fait entendre de son bruit grinçant. Aussitôt, Dax soctroie cinq minutes de sommeil supplémentai-res. Puis, quand il ne peut plus dormir sous peine dêtre en retard, il se lève, se lave, shabille, et comme il lui reste un peu de temps, il avale rapidement un café. Et tous les matins, il se dit : « Ce soir, je me couche plus tôt. » Et tous les soirs, il se couche très tard. Puis il se retrouve, les yeux pleins de rêves au volant de sa petite voiture quil sur-nomme amicalement la Passoire. Le chemin de laller noffre généralement aucun intérêt. Celui du retour est généralement plus affriolant. Vers huit heures moins le quart, il gare son véhi-cule sur le parking de lentreprise, va enfiler son costume de travail, puis il se dirige vers le compteur de temps. Il y glisse sa fiche individuelle et se dirige vers la machine et dans quelques minutes, ce sera la tombée du rideau. Pendant huit heures, on ne lui demande rien, on ne lui dit rien, on lui apporte simplement avec un petit engin motorisé un petit container décrous et de pièces à souder. Alors, machina-lement, Dax se saisit dun cube dacier creux, le positionne sur la machine, y place un écrou et appuie sur un bouton ; un or-gane de la machine descend et soude lécrou au cube. En regardant le soleil par la vitre opaque, il imagine des montagnes
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