The Mortal Instruments, Les chroniques de Bane - tome 6 : il faut sauver Raphaël Santiago

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Un épisode inédit du bestseller mondial The Mortal Instruments ! Exclusivement disponible en version numérique.


Dans les années 50 à New-York, Magnus Bane s'est improvisé détective privé pour se faire de l'argent de poche. Sa première cliente ? Une mère éperdue qui pense que son fils Raphaël a été kidnappé par un vampire. Magnus va devoir enquêter à l'hôtel Dumont. Et le QG des buveurs de sang est loin d'être sa pension favorite. Quant à Raphaël, même si Magnus le retrouve, sera-t-il encore en état d'être sauvé ?



Publié le : jeudi 26 juin 2014
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782823811353
Nombre de pages : 40
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Été 1953

Une terrible vague de chaleur déferla sur New York à la fin de l’été 1953. Un soleil féroce cognait le trottoir, plus écrasant encore qu’à l’accoutumée. Dans la rue Bowery, des gamins avaient ouvert une bouche à incendie au beau milieu de la voie afin de profiter, l’espace d’un instant, de ses bienfaits rafraîchissants.

C’était parce que la chaleur lui était montée à la tête, pensa plus tard Magnus, qu’il avait eu envie de devenir détective privé. La faute à la chaleur, mais aussi à ce roman de Raymond Chandler qu’il venait de finir.

Petit hic : dans les films, et sur les couvertures des romans noirs, les détectives étaient souvent sapés comme des provinciaux endimanchés. Magnus, bien décidé à redorer le blason de son nouveau métier, choisit de s’habiller d’une manière à la fois professionnelle, agréable à l’œil et à la pointe de la mode. Ainsi, il abandonna le traditionnel trench-coat et agrémenta sa veste grise de manchettes en velours vert qu’il compléta avec un chapeau melon au bord retroussé.

Malheureusement, la chaleur l’obligeait à quitter sa veste dès qu'il mettait un pied dehors. Tant pis, c’était l’intention qui comptait. De toute façon, il portait des bretelles vert émeraude.

Il n’avait cependant pas décidé de devenir détective pour le seul plaisir de bien s’habiller. Sorcier de son état, il recevait des gens (même si, d’après certaines mauvaises langues, il ne s’agissait pas de vraies gens) venus lui réclamer des solutions magiques à leurs problèmes, ce qu’il faisait volontiers en échange d’argent. Bientôt, grâce au bouche-à-oreille, Magnus se tailla la réputation d’être le sorcier idéal pour vous tirer d’affaire. Il n’avait aucun concurrent sérieux. Il existait bien, dans Brooklyn, un sanctuaire qui pouvait servir de refuge, mais la sorcière qui le tenait ne réglait jamais aucun problème. Alors, pourquoi Magnus n’aurait pas profité de cette opportunité pour grappiller un peu d’argent ?

Magnus ne s’était pas imaginé décrocher une affaire sitôt qu’il inscrirait « MAGNUS BANE, DÉTECTIVE PRIVÉ » en grosses lettres noires sur sa fenêtre. Mais comme si une bonne âme avait soufflé sa nouvelle vocation dans l’oreille du destin, une affaire lui tomba du ciel.

Magnus rentrait dans son immeuble après avoir dévoré une crème glacée, quand son regard se posa sur l’humaine qui l’attendait. Il se félicita d’avoir achevé sa glace : de toute évidence, cette femme connaissait le Monde Obscur et venait consulter Magnus en qualité de sorcier.

— Puis-je vous aider, madame ? demanda-t-il en la saluant avec son chapeau.

La femme n’était pas d’une beauté renversante. Petite, brune et ordinaire, elle dégageait cependant un charme vif et éclatant, suffisant pour convaincre Magnus de lui donner un coup de main dans le domaine de l’esthétique si elle l’avait voulu. Elle portait une robe en laine un peu défraîchie, mais encore très seyante, resserrée autour de sa fine taille par une ceinture. Elle devait avoir un peu moins de quarante ans, soit le même âge que la compagne actuelle de Magnus. Sous ses cheveux bouclés noirs, elle avait un petit visage en forme de cœur et des sourcils si fins qu’ils lui donnaient un air de défiance qui la rendait encore plus attrayante et intimidante.

Elle salua Magnus d’une poigne de fer malgré sa main frêle.

— Je m’appelle Guadalupe Santiago, dit-elle. Et vous êtes un… (Elle fit un geste de la main.) Je ne sais pas quel est le mot exact. Un magicien ? Un prestidigitateur ?

— Vous pouvez dire « magicien », répondit Magnus. Peu importe. Vous cherchez quelqu’un qui ait le pouvoir de vous aider.

— C’est cela, j’ai besoin de votre aide, répondit Guadalupe. Pour sauver mon fils.

Croyant avoir saisi la situation, Magnus la fit entrer. Des clients le sollicitaient parfois pour des problèmes de santé, même si le sorcier n’était pas aussi populaire en la matière que Catarina Loss. À choisir, il préférait encore soigner un jeune humain, plutôt que ces Chasseurs d’Ombres prétentieux qui venaient si souvent le consulter. Même si cela signifiait moins d’argent à la clé…

— Parlez-moi de votre fils.

— Il s’appelle Raphaël, précisa Guadalupe.

— D’accord, parlez-moi de Raphaël. Depuis quand est-il souffrant ?

— Il ne l’est pas. Je crains en revanche qu’il ne soit mort.

Elle s’exprimait d’une voix ferme, comme si elle n’abordait pas le pire sujet d’inquiétude pour un parent.

Magnus fronça les sourcils.

— J’ignore ce que les gens vous ont dit, mais je ne peux vous être d’aucune aide en ce qui concerne…

Guadalupe leva la main.

— Je ne vous parle pas d’une maladie ordinaire que mes semblables ne peuvent soigner, répondit-elle. Je vous parle de votre monde, et de la manière dont il a infiltré le mien. Je vous parle de monstres dont Dieu s’est détourné ; de monstres qui vous guettent dans les ténèbres et qui s’attaquent à des innocents.

Elle fit le tour du salon de Magnus, sa robe en laine caressant ses jambes brunes.

Los vampiros, chuchota-t-elle.

— Ah, vous avez une dent contre les vampires ? demanda Magnus. Sans vilain jeu de mots.

Une fois les paroles tant craintes prononcées, Guadalupe recouvra son courage et put poursuivre son récit :

— On avait tous entendu des rumeurs à leur sujet, dit-elle. Et puis, il y eut bientôt plus que des rumeurs. L’une de ces créatures s’est mise à rôder dans le voisinage pour enlever des enfants. Le petit frère d’un ami de mon Raphaël a été kidnappé, puis retrouvé exsangue sur le pas de sa porte. On a prié. Les mères du quartier ont prié. Toutes les familles ont prié pour que cesse ce fléau. Puis mon Raphaël a commencé à fréquenter une bande de garçons un peu plus âgés que lui. De bons garçons, vous comprenez. Des garçons de bonne famille. Mais un petit peu durs, à trop vouloir prouver qu’ils sont des hommes avant même d’avoir grandi.

Magnus n’avait plus le cœur à plaisanter. Un vampire qui chassait les enfants pour le plaisir – et un vampire qui ne comptait pas s’arrêter de surcroît –, n’avait rien d’amusant. Le sorcier croisa le regard de Guadalupe et le soutint avec fermeté pour lui signifier qu’il comprenait sa situation.

— Ils ont fini par former un gang, poursuivit-elle. Pas un gang des rues, non : eux, ils voulaient défendre notre quartier contre le monstre. Un jour, après l’avoir suivi jusque dans son antre, ils sont revenus en se vantant de savoir où il vivait et comment l’appréhender. J’aurais dû… Mais je ne prêtais pas attention à ce qu’ils racontaient. C’étaient surtout mes plus jeunes fils qui m’inquiétaient, et pour moi, le garçons du gang ne faisaient que s’amuser. Sauf qu’il y a quelques jours, Raphaël et ses copains ont disparu en pleine nuit. Ils ont déjà découché, mais cette fois-ci, leur absence a trop duré. Je sais que Raphaël ne me laisserait jamais m’inquiéter à ce point. Je veux donc que vous débusquiez ce vampire et que vous retrouviez mon fils. Et si Raphaël est encore en vie, je veux aussi que vous le sauviez.

Pour un vampire tueur d’enfants, une bande de gosses à ses trousses, c’était l’équivalent d’un paquet de bonbons déposé devant sa porte. Le fils de cette femme était mort, cela ne faisait aucun doute.

Magnus baissa la tête.

— Je vais essayer de voir ce qui lui est arrivé.

— Non, répondit la femme.

Interloqué par le ton de sa voix, Magnus releva les yeux.

— Vous ne connaissez pas mon Raphaël, poursuivit-elle. Mais moi, je le connais ! D’accord, il fréquente des garçons plus âgés que lui, mais ce n’est pas un suiveur. C’est lui leur meneur. À quinze ans, il est déjà aussi fort, aussi alerte et aussi intelligent qu’un adulte. Si l’un d’eux a survécu, ce sera lui. Alors, ne partez pas à la recherche de son cadavre ; partez sauver Raphaël.

— Vous avez ma parole, lui promit Magnus en pensant sincèrement chacun de ses mots.

Il avait hâte de se mettre à l’œuvre. Toutefois, avant de faire un saut à l’hôtel Dumont – lieu désaffecté, mais hanté par les vampires depuis les années 1920, et dernier endroit où s’étaient rendus Raphaël et ses amis –, Magnus souhaitait interroger quelques personnes. Si un vampire violait la Loi aussi impunément, sans doute d’autres Créatures Obscures étaient-elles au courant de ses faits et gestes ? Même si ces autres Créatures avaient visiblement préféré attendre que les vampires règlent cette affaire entre eux avant de se saisir des Chasseurs d’Ombres.

Avant qu’il ne parte, Guadalupe agrippa la main de Magnus, son air de défiance ayant cédé la place à un regard implorant. Elle était venue réclamer une aide pour son fils qu’elle ne se serait jamais abaissée à quémander pour elle-même, comprit Magnus.

— Je lui ai donné une croix à porter autour du cou, expliqua-t-elle. C’est le padre de l’église Sainte-Cécilia qui me l’a remise en main propre. C’est une petite croix en or ; grâce à elle, vous reconnaîtrez mon Raphaël.

— Avec cette croix, vous lui avez donné une chance de s’en sortir, la rassura Magnus.

 

Le credo de Magnus ? « Va interroger les fées sur les vampires, va interroger les loups-garous sur les fées, mais ne demande jamais rien à personne sur les loups-garous, au risque de te faire mâchouiller le visage. »

Le sorcier connaissait justement une fée qui travaillait au Latin Quarter, le cabaret de Lou Walters, du côté mal famé de Times Square. Deux ou trois fois, il avait vu Mae West se produire là-bas et il avait remarqué qu’une de ses choristes portait un charme dissimulant des ailes de fée et une peau améthyste. Depuis, Aeval et Magnus étaient devenus bons amis – comprenez par là qu’il échangeaient des informations.

Assise sur les marches, Aeval avait déjà enfilé son costume de scène qui laissait entrevoir une bonne quantité de chair nue couleur lilas…

— Je viens voir une petite fée pour lui parler d’un grand vampire, déclara Magnus d’une voix grave.

Aeval éclata de rire, mais le sorcier ne parvint pas à l’imiter. Il mettrait un certain temps à se défaire du souvenir de l’expression de Guadalupe et de sa main sur son bras.

— Je suis à la recherche d’un jeune humain. Tout porte à croire qu’il a été enlevé par un vampire du clan des Espagnols de Harlem…

La fée haussa les épaules d’un geste fluide et gracieux.

— Tu connais les vampires. Ça pourrait être n’importe lequel d’entre eux.

Magnus hésita avant de répondre.

— Oui, mais à ce qu’il paraît, ce vampire aime s’en prendre aux jeunes.

Un frisson parcourut les ailes d’Aeval. Même la plus endurcie des Créatures Obscures ne supportait pas qu’on touche aux enfants.

— Dans ce cas, j’ai peut-être entendu quelque chose à propos d’un certain Louis Karnstein…

Magnus lui fit signe de continuer. Il se pencha vers elle et souleva son chapeau afin qu’elle puisse lui parler à l’oreille.

— Il vient de Hongrie, où il vivait encore il n’y a pas si longtemps. Il est vieux et puissant, c’est pourquoi lady Camille a bien voulu l’accueillir. Il apprécie tout particulièrement les enfants, il raffole de leur sang, qu’il trouve aussi pur et savoureux que leur chair est fraîche et tendre. Les humains qui ont découvert l’antre où il cachait des enfants l’ont chassé de son pays.

« Partez sauver Raphaël », avait demandé Guadalupe. Une mission qui lui paraissait de plus en plus hasardeuse…

Aeval l’observa, ses grands yeux ovales trahissant une pointe d’inquiétude. Et quand les fées s’inquiétaient, il y avait de quoi céder à la panique…

— Allez, au travail, sorcier ! le pressa-t-elle. Tu sais ce que décideront les Chasseurs d’Ombres s’ils mettent la main avant toi sur un individu pareil. Si Karnstein a décidé de se remettre en chasse dans notre ville, ce sera un désastre pour nous tous. Les Néphilims massacreront tous les vampires qu’ils croiseront, et ils préféreront dégainer leur épée séraphique plutôt que de s’embarrasser à poser des questions.

Tant qu’il le pouvait, Magnus évitait les abords de l’hôtel Dumont. Le bâtiment, décrépit et inquiétant, faisait resurgir de mauvais souvenirs. Et pour couronner le tout, il arrivait que sa maléfique ex-compagne y prenne ses quartiers.

Mais ce jour-là, l’hôtel était une destination à laquelle Magnus ne pouvait échapper.

Le soleil brillait haut dans le ciel, mais cela ne durerait pas. Et si Magnus voulait affronter les vampires, il avait tout intérêt à le faire au moment où ils seraient le plus vulnérables…

 

L’hôtel Dumont était toujours aussi grandiose, quoique fort délabré, nota Magnus quand il y pénétra. L’édifice était comme figé dans le temps, avec ses épais rideaux de toiles d’araignée qui pendaient à chacune des arches. Les vampires, qui se l’étaient approprié dans les années 1920, occupaient désormais les lieux. Magnus n’avait jamais cherché à savoir quel rôle Camille et les vampires avaient tenu lors de la tragédie survenue à cette période-là, ni de quel droit ils avaient pris possession de l’hôtel. Peut-être avaient-ils tout simplement un faible pour cette bâtisse aux allures décadentes et désaffectées où personne n’osait jamais s’aventurer ? Il se murmurait en effet chez les humains que l’hôtel était hanté…

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