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Thérapie de groupe pour un homme seul

De
208 pages
Christelle et Roland se sont aimés, ils ont eu deux enfants, mais aujourd'hui Christelle fait appel aux services sociaux parce qu'elle déclare craindre les violences de son mari. C'est la personnalité même de Roland qui est mise en cause par son épouse. L'assistante sociale en charge du dossier va tenter de repondre à cette crise de couple avec une thérapie de groupe. Elle ignore que le désastre est irrémédiable, un désastre dans lequel elle se verra elle-même entraînée...
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© L’Harmattan, 2010 5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-13778-3 EAN : 9782296137783
Thérapie de groupe pour un homme seul
Poésie
Du même auteur
Les Pantalons rouges, éditions Saint-Germain-des-Prés (épuisé), Paris, 1981.
Nouvelles
Fumées, éditions Edilivre, Paris, 2009. La Bicyclette de Rosalie, éditions Edilivre, Paris, 2010.
Pascal Abel
Thérapie de groupe pour un homme seul
roman L’Harmattan
PREMIÈRE PARTIE
’adresse du rendez-vous était fixée dans un L appartement situé au premier étage d’un immeuble parisien modeste et calme. L’éclairage était en panne ; sur le palier, seulement éclairé par un bloc de sécurité, on entendait des voix, une sourde cacophonie radiophonique qui semblait provenir d’un peu partout. Elle tâtonna puis finit par découvrir le bouton pressoir de la sonnerie qu’elle actionna d’un coup timide. Une petite femme brune ne tarda pas à ouvrir la porte.
– Je suis Françoise Deforge, l’assistante du service social… – Ah oui, entrez, fit la femme en s’écartant. Françoise fut un peu décontenancée lorsqu’elle s’aperçut que le mari était présent, parce qu’elle avait été appelée pour intervenir dans un contexte de violence conjugale, mais elle remarqua avec soulagement que, même si les surprises étaient toujours possibles, le couple semblait dans un état plutôt serein.
La jeune femme, qui possédait une réelle beauté, remarqua Françoise, voulait manifestement se montrer attentive et disponible, elle lui désigna une chaise, ne la
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quittant pas des yeux jusqu’à ce qu’elle soit assise, puis se présenta : – Caroline Baillon et c’est Roland, mon mari… – Bonjour… – Bonjour.
Le mari était assis devant un orgue électrique. Les bras ballants, tendu, il lui sembla embarrassé, comme s’il était surpris dans une activité qu’il ne souhaitait pas montrer et qu’il ne sache pas comment masquer son malaise.
– Cela ne vous gêne pas que je vienne à présent, vous préférez que je revienne ou bien venir à mon bureau ? fit Françoise en se disant qu’elle devait laisser Caroline libre de décider de l’opportunité de sa visite.
– Non, dit Caroline, non, non ; je voulais que mon mari soit présent pour discuter de ce qui me préoccupe ; il sait de quoi il s’agit et il est d’accord, hein Roland ?
Il se racla la gorge :
– Oui… je pense qu’il faut discuter…
– Vous voyez !
– Tant mieux. Je peux me débarrasser ? – Oh oui, excusez-moi… Vous voulez un café ? – Non, merci…
Elle retira son imperméable. L’homme regarda sa poitrine et elle le remarqua, leurs regards se croisèrent. Il
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était grand et costaud et une certaine passivité se dégageait de lui ; elle trouvait l’expression de son visage indéchiffrable, en tout cas, ce n’était pas celle d’une brute. Ses traits reflétaient même une certaine douceur et il y avait dans ses yeux quelque chose de rassurant, ou de naïf.
Elle soupira, posa un dossier devant elle pour se donner bonne contenance. S’apercevraient-ils de sa gêne ? Elle avait heureusement conservé un nombre suffisant d’automatismes protecteurs. Dehors, par la fenêtre entrebâillée, on entendait le pépiement criard d’un oiseau perché dans l’arbre de la cour de l’immeuble, qui paraissait s’être posé là uniquement pour perturber la réunion. Caroline s’approcha de la fenêtre et en referma énergiquement les battants, puis, un sourire de convenance sur les lèvres, elle revint s’asseoir tout près de l’assistante.
– Alors, madame, vous avez deux enfants en bas âge, n’est-ce pas ? – Oui, répondit-elle sans cesser de la fixer, qui s’appellent Cédric et Vince… – Vince… c’est original… – Oui, ça nous plaisait beaucoup. – Vous êtes musicien, monsieur ?
– Oui et non. (Il sourit et pianota nerveusement.) C’est vrai que j’aime jouer, mais ça, c’est un piano pour les petits, ils prennent des cours de piano, l’idée vient de Caroline, hein Caro !
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– Oui. J’ai toujours rêvé d’en faire, mais pour moi, c’est trop tard, donc je veux que les petits en profitent. – C’est bien…
– Oui… on le pense tous les deux, hein ? – Oui. Cette complicité du couple qu’ils affichaient un peu trop ostensiblement lui parut suspecte ; elle réfléchit en les observant, puis reprit :
– On peut parler de ce qui ne va pas ?…
La jeune femme se tut un instant, et Françoise eut le sentiment qu’elle cherchait en elle-même un rôle qu’elle s’était promis d’incarner pour la situation, mais elle se refusa à la juger aussi vite. Caroline Baillon, dans un geste théâtral, regarda vers la fenêtre puis son regard se tourna vers le sol, puis vers l’assistante et elle déclara :
– Voilà. J’ai peur de mon mari. J’ai peur qu’il ne tue nos enfants.
La main de l’assistante se crispa sur la page cartonnée du dossier qu’elle avait posé sur la table. Elle ne put s’empêcher de dévisager le mari, persuadée qu’il allait réagir vivement, mais il ne broncha pas, à peine ses lèvres se serrèrent-elles un peu.
– C’est… une accusation grave. Mais pourquoi ? – Parce qu’il hurle après eux, répondit Caroline posément. – Monsieur ?… qu’est-ce que vous en dites ?