TITINGA FRÉDÉRIC PACERE

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L'œuvre poétique de Titinga Frédéric Pacere est un chemin de montagne : parcours de fleurs et de parfums exquis mais si rude à la montée. Un chemin initiatique ! C'est ce parcours-là qu'a décidé d'emprunter Léon Yepri dans une (con)quête lente et patiente de l'homme et de son œuvre poétique notamment. Ce livre montre comment le poète donne au philosophe à la barbe de poussière d'investir ses poèmes de sons et rythmes des Tambours de l'Antique Terre des Princes Mossé.
Publié le : mercredi 1 septembre 1999
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EAN13 : 9782296386273
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Titinga Frédéric PA CERE
,

LE TAMBOUR DE L'AFRIQUE POETIQUE

Du même auteur

Relire" l'Enfant noir" de Camara Editions Africaines, Abidjan, 1987.

Laye, paru aux Nouvelles

La Poésie au second cycle, en collaboration, préédition Direction de la Pédagogie, "Section Français", Abidjan, 1988. Lire jusqu'au seuil de l'irréel d'Amadou KONE, sous presses, Abidjan.

Léon YEPRI

Titinga Frédéric PA CERE LE TAMBOUR DE L'AFRIQUE POETIQUE

Préface de B. ZAD! Zaourou

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L 'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

(ô L'Harmattan, 1999 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris - France L'Harmattan, Inc. 55, rue Saint-Jacques, Montréal (Qc) Canada H2Y 1K9 L'Harmattan,ltalia s.r.l. Via Bava 37 10124 Torino ISBN: 2-7384-7770-4

A Agathe AGOUA,

Notre Mère bien-aimée, qui s'en est allée rejoindre, sept ans après, son époux, Sabrou Banga Victor, notre Père, non moins aimé, pour les noces éternelles, ce travail comme viatique et comme l'offrande des Etrennes nuptiales! Il est alors dans ses apprêts, à l'instar des sentiers, par vous, pratiqués quotidiennement et enseignés efficacement, Sagesse et Clairvoyance, Convivialité et Disponibilité, Amour et Charité, audessus de tout, partout et toujours! Rassembleurs d'hommes, bâtisseurs d'avenir, vous demeurez la culture célébrée par / dans cet ouvrage.

A

Yaaba WANGO, comme l'appellent dans son milieu ses petits-fils, et arrière-petits-fils, à Laa Wango pour ainsi dire, mère de Titinga Frédéric PACERE, qui s'est éteinte presque sous notre regard, sans pratiquement jamais parler de son fils, autrement que par la parole de l'amour, de l'éducation, de la fraternité universelle, cette contribution à ce qu'aurait pu être sa parole, pour la connaissance de son fils au moment où elle pénètre la tête haute, dans le Pilimpikou, dans la Belle Vallée, à la rencontre de ses Pères.

A Mathilde Irène, ma compagne de vie, pour sa patience bienveillante. A Toutes les promotions d'élèves et étudiants nourris à satiété à l'oeuvre de Titinga PACERE, et aux promotions qui suivront ....
Les enfants Banga et YEPRI Ghislain Calixte, Diane - Anto, Annie Rose, Mado, J. J. Tino Noël Consty... qui ont rivalisé de célérité et d'avidité pour savourer, à ma table, les morceaux de vers de Maître Titinga PACERE.

"... Que cet ouvrage contribue à galvaniser les énergies de cette jeunesse; et surtout des jeunes poètes... africains qui se cherchent... dans la voie de la restauration totale de notre pensée, de cette pensée qui, pour résister aux épreuves du temps, devra nécessairement puiser sa force dans les vérités historiques de nos civilisations, et dans les réalités africaines... Pour que la pensée ainsi réintégrée et totalement restaurée soit une force non agressive, mais féconde... Libérer cette extraordinaire puissance de sympathie qui est au plus profond de chacun de nous... pour que l'incommunicable soit communiqué, et l'ineffable entendu... "
Camara LA YE (Dramouss)

PRÉFACE

Cette oeuvre de Léon YEPRI vient à son heure, elle vient remblayer un fossé insolite, combler une attente, surtout pour des chercheurs jeunes encore et même pour ceux de leurs aînés devant lesquels s'est déployé déjà le long mais rocailleux boulevard du tapis de la connaissance. L'oeuvre poétique de Titinga Frédéric PACERE est un chemin de montagne: parcours de fleurs et de parfums exquis mais si rude à la montée. Un chemin initiatique! C'est ce parcours-là qu'a décidé d'emprunter Léon YEPRI dans une (con)quête lente et patiente de l'homme et de son oeuvre poétique notamment; nous disions "lente et patiente" à dessein, puisque, sauf plus ample informé, jamais critique de l'oeuvre de Maître PACERE n'avait jusqu'alors oeuvré de manière aussi assidue, aussi opiniâtre. En effet, c'est par sa thèse de Doctorat de troisième cycle en sémiotique textuelle, produite sous la direction du professeur Claude Abastado de regrettée mémoire, qu'a débuté à l'Université de Paris X-Nanterre, la prise de contact de Léon YEPRI avec l'oeuvre de Titinga Frédéric PACERE. Depuis, travaux personnels, communications et publications, encadre-ment de travaux d'étudiants, enseignements, se sont articulés autour du premier amour de ses recherches pour engendrer l'oeuvre que nous saluons en ce moment. Peut-être, est-ce pour cela que Léon YEPRI se révèle être, dans notre communauté en tout cas, comme le critique le plus crédible, le plus avisé de l'oeuvre du poète burkinabé.
Pour découvrir à présent les aspects principaux du présent travail, laissons l'auteur nous tenir par la main en guide familier des

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lieux. Ceux-ci s'organisent d'abord et pour l'essentiel autour des sillons de l'enfance de Maître PACERE - les états premiers de l'environnement sociofamilial qui ont fécondé et façonné la personnalité littéraire de l'écrivain. Ainsi Léon YEPRI peut-il ressusciter, comme par une symbiose osmotique relative au titre du présent ouvrage, une méthode critique qui remonte au XIXe siècle au moins, avec Hippolyte Taine, Gustave Lanson, après bien sûr, Sainte-Beuve, le maître incontesté de la critique sociologique qui effaroucha tant le ténébreux Marcel Proust. A chaque oeuvre son outil critique méthodologique, sa thérapeutique herméneutique, l'oeuvre programmant elle-même le cérémonial de son décodage efficace. Cela Léon YEPRI l'a compris et c'est peut-être de là que vient l'efficacité de son analyse. Il est ensuite, dans ce travail, l'émergence du texte pacéréen en dégénérescence hétérotextuelle et intertextuelle, pour emprunter au sémioticien son lexique. En effet, la poésie de Titinga Frédéric PACERE est fortement tributaire des traditions littéraires culturelles des Massé. La voix des griots, stylisée comme c'est le cas dans Quand s'envolent les grues couronnées et grâce à l'art du philosophe à la barbe de poussière, livre des messages qui s'enracinent dans un ordre de discours multiséculaire mais qui, pourtant jamais, ne perdent rien de leur surprenante actualité. Alors se déploie sous les yeux du lecteur, du critique, un microcosme peuplé de masques, de rites et de symboles... de rythmes: les appels des tambours de l'antique Terre des Princes. Léon YEPRI a pu donc expérimenter avec l'auteur le concept nouveau et fécond de Bendrologie qui nous renvoie certainement avec une sémantique différente, à la drummologie chère à notre collègue Niangoran Boua. Dans son parcours, l'étude de Léon YEPRI n'a pas négligé la fonction constructive - sens des formalistes russes de la notion - de la poésie de Maître PACERE; ce faisant, il a logé les poèmes de l'auteur dans une sorte de mémoire contextuelle, celle du vaste

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programme de la Négritude notamment~ Les frontières entre la première et la deuxième génération devenant alors plus que jamais perméables. Bien que le débat soit encore bien loin d'être clos sur la question très importante des générations d'écrivains négro-africains, nous nous limiterons ici et maintenant à marquer notre accord avec Léon YEPRI sur les points de vue suivants: - la périodisation en première et deuxième génération n'est nullement le fait d'une différence d'âge entre les écrivains considérés;

- la périodisation ne réfère pas davantage aux dates de publication des oeuvres d'auteurs, d'autant qu'il existe le plus souvent un abîme entre la période de l'écrit et celle de parution au grand jour;
- la thématique, elle, paraît novatrice et innovante, structurée non plus majoritairement autour de l'homme blanc comme à l'ère coloniale, mais autour du Nègre lui-même, et de l'homme et de sa souffrance et de sa misère multiforme...
Mais c'est dans la vision et le traitement du référent - Manéga pour le poète Titinga - que l'analyse de Léon YEPRI dévoile dans toute sa spécificité le contenu du contrat d'appartenance du poète à la Négritude; ce point de vue, nous le comprenons tout à fait, tant il est vrai que Titinga PACERE est comme mordu mortellement de sa Terre natale et il en est également, dans le même temps, glorieusement ressuscité et vivant. Saluons donc avant que ne meure le souffle, avec beaucoup d'amitié et de simplicité à la fois, l'homme de la Providence Titinga, "Terre du Fétiche", dont le nom ainsi traduit constitue tout un programme. Et une de ses devises manifeste en substance la nécessité et l'utilité du travail dans la chaîne de solidarité humaine:

Il

"Si la termitière vit Qu'elle ajoute De la terre à la terre. "

Puisse la jeunesse se nourrir de l'esprit du MANEGUISME, féconder la Terre et préserver la verdoyance des prés et bocages que soigne avec amour et passion cet inlassable jardinier du langage qu'est Maître PACERE. Voilà pourquoi, abordant cette préface, nous avons choisi d'adresser d'abord salutations et encouragements à notre jeune collègue Léon YEPRI, dans cette relation triadique dont le critique confirmé qu'il est maintenant occupe un pôle, le second étant réservé à l'oeuvre elle-même et le troisième à l'auteur: la pensée créatrice.
"Si la termitière vit Qu'elle ajoute De la terre à la terre. "

Voilà une philosophie que nous partageons, parce qu'elle est profonde, riche et diversifiée. Nous la partageons parce qu'elle est aussi la nôtre. Par le travail, l'homme traverse le temps, le domine et s'érige en rayon d'Etemité.
"Si la termitière vit Qu'elle ajoute De la terre à la terre. "

Merveilleux symbole que cette termitière dont le front voisine les rives du soleil et le sanctuaire royal, les berges du fleuve souterrain de la parole des ancêtres. Nous en avons du reste fait le titre d'une de nos oeuvres majeures et point par hasard.

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L'étude de Léon YEPRI n'organise aucune dérobade face à ce dessein. Tout au contraire! Et maintenant, lecteur/critique, Toi dont la sente passe par cette sente, Toi dont la boulimie de connaissance sur la nouvelle écriture poétique africaine, sur les valeurs de nos traditions culturelle et littéraire s'amplifie et s'intensifie sans cesse, pose ton regard sur Titinga Frédéric PACERE, le Tambour de l'Afrique poétique de Léon YEPRI, pour conférer à cette oeuvre puissance et souffle de vie, c'est-à-dire, la valeur pérenne du travail construit à force de patience, de courage et de foi dans le seul attribut qui vaille en ce monde: le savoir.

B. ZAD! Zaourou

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"Il y a deux choses qui attirent et fascinent au Burkina Faso: c'est le FESP ACO et Maître PACERE." Adage populaire cité Par N. ALPHA (au Congrès des Droits de l'Homme, Togo, 1993).

"Si la termitière vit, Qu'elle ajoute De la terre à la terre." "Si la branche veut fleurir, Qu'elle n'oublie pas ses racines."
"La femme a bu du prunier sauvage. Là où elle se dirige Est une saison pluvieuse." Zabyouya (Devises) de Maître Titinga Frédéric PACERE.

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INTRODUCTION

Ned saa n gâe ne kûum A tog n deng n kielm a me.

L'homme qui dort avec le cadavre Doit être le premier à crier. Proverbe mossé.

L'oeuvre de Maître PACERE, ou tout simplement de Maître, comme on l'appelle affectueusement et quotidiennement, s'est imposée à nous lors de nos recherches professionnelles et pédagogiques. C'est quelques années plus tard qu'intervint la connaissance de l'homme d'une très large audience. Maître PACERE jouit d'une très bonne presse tant par ses propres activités que par ses responsabilités sur le plan national, régional, et international. Les domaines en sont divers: littéraire, culturel, judiciaire, social... La dimension "politique" semble bien être le parent pauvre sinon la grande inconnue de cette confluence d'entreprises. Désintéressement, délaissement? Mépris? Refus? Choix (in) volontaire?.. On peut multiplier les interrogations à l'infini quand on sait l'attrait presque irrésistible qu'exerce cette autre activité sur la quasi-totalité des intellectuels; le tracé et l'occupation de la voie royale ne sont-ils pas, parfois même, à ce prix? En tout cas, Maître PACERE est insaisissable et presque mystérieux de ce point de vue, à l'instar de nombreux aspects de la citadelle de sa vie... personnelle ou privée! Le présent ouvrage nous permettra-t-il d'opérer des fissures pour lumières dans cette tour, tout au moins de l'approcher, la gravir davantage? L'homme

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est complexe; l'oeuvre ne l'est pas moins, malgré l'apparente simplicité, popularité. Revenons à la découverte de l'oeuvre, de la personnalité de son auteur, pour dire que celle-ci a constitué pour nous un réveil, ce tambour dont la voix a tonné et résonné en nous pour appeler à cet ouvrage. Nous disons bien "Tambour" et nous le personnifions! Ce mot force notre lexique, de par le poids du message qui interpelle, convoque, rassemble les peuples depuis le Sahel, les steppes, les savanes, les forêts... les rivages les plus reculés d'Afrique et du Monde. Tambour? L'homme et son oeuvre se sont présentés à nous comme tels, également par l'importance et la fonction de messager liées au rôle et à la place de cet instrument de musique dans les rites traditionnels sacrés. Titinga recouvrant pour ainsi dire, la plénitude de la définition et la conception, dans les traditions mossé, de "homme de lettres" - le Bend-Naba - qui se caractérise par trois devises et non des moindres: - Yik pinda n sing beoogo (Lève-toi le matin et commence le jour) pour signifier, pour faire bref, la fonction de guide; - Bas salbr n kolon tuko (Lâche la bride et agrippe-toi à la gourde) qui exprime la subordination de la vie de celui-ci à la défense de la culture; - Riim kon dude t m kiende tenga (Je ne saurais me déplacer à pied tandis que le Roi est à cheval) qui traduit l'égalité qu'établit le Bend-Naba entre lui et le Roi pour l'intérêt de la société, si sa mission ne constitue pas, au besoin, un contre-pouvoir. En outre, l'oeuvre de Maître PACERE est au programme de formation des étudiants, à nos soins, confiés: 'étudiants de maîtrise, et D.E.A des Universités d'Abidjan et de Bouaké en Côte d'Ivoire et étudiants de l'Ecole Normale Supérieure d'Abidjan (CAP I CEG et CAPES théoriques). Quelques sujets de composition lors des évaluations finales en donneront une certaine mesure, en fin d'ouvrage.

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Sur le terrain de l'approche de l'homme nous avons visité les lieux surtout ceux de sa naissance, de son enfance... La rigueur et l'exigence d'un travail ~omme celui-ci nous l'imposent; nous ne voudrions rien avancer que nous ne saurions justifier: nous avons confronté informations et témoignages par nous recueillis sur Maître Titinga PACERE à travers l'expérience riche mais surtout incomprise de la vie. Peut-être devrions-nous seulement nous abstenir de signaler que notre travail d'étudiant d'alors en thèse de doctorat de 3ème cycle (1978-1981) en sémiotique textuelle à l'Université de Paris X - Nanterre a porté sur la "Trilogie 1976" de Titinga PACERE. Le présent ouvrage en est un prolongement sinon une mise à jour. Et puis comment l'oublier, sur le terrain de l'approche de l'homme et de l'oeuvre, en professionnel des contacts et en homme doué d'un esprit de large ouverture, Maître PACERE se faisait fort de répondre, assez régulièrement, en dépit de ses sollicitations socioprofessionnelles multiples, à l'invitation du Département des Lettres Modernes de l'Ecole Normale Supérieure d'Abidjan (E.N.S) : c'était alors l'occasion de rencontres extrêmement fructueuses et surtout cordiales avec une jeunesse estudiantine assoiffée d'informations et de nourritures intellectuelles, s'agissant des aspects ethno-socio-culturels de l'oeuvre notamment; c'était aussi l'occasion, pour ces étudiants, dans leur quête permanente, de s'identifier à un Aîné, modèle de réussite, de compétences et de performances, tant est que Maître se révèle être, aux yeux de cette jeunesse, un immortel pour notre temps, et pour les siècles qui viennent! C'est donc un autre intérêt que revêt l'étude de l'oeuvre poétique de Maître PACERE dans la mesure où celle-ci constitue un levier et un levain pour servir l'histoire littéraire en construction permanente, pour conscientiser et galvaniser de jeunes équipes de recherches sur notre patrimoine socioculturel.
C'est pourquoi, abordant ce travail, nous avons rendu hommage aux différentes promotions d'élèves, d'étudiants et à bien d'autres, qui se sont désaltérés ou s'abreuveront à la source de la Parole intarissable de Maître PACERE! Cette Parole est magie du Verbe;

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elle est Tradition dont la poésie considérée émerge, en assure la lisibilité, la compréhension. C'est aimer insister sur les liens étroits, cette espèce d'équilibre osmotique entre le texte littéraire et l'histoire de la collectivité. Le texte exprime celle-ci; il en fixe, voire, en détermine les grands repères, les grands axes. A l'instar de la littérature négro-africaine, la poésie de Maître PACERE singulièrement, rythme fort bien ses pas avec ceux de l'histoire de son peuple, de la culture de celui-ci; elle en peint l'espace, l'époque, les aspirations et stéréotypes; l'oeuvre traduit des aspects de la vision des tendances de sa communauté, de son peuple; souvent tournée vers le passé, elle projette également le futur en prophétisant, à partir des différents contextes dont la connaissance apparaît nécessaire, indispensable: contexte ethno-sociologique, économique, politique, moral, spirituel, religieux, culturel, philosophique. .. enfin sociolinguistique. B. Zadi ZAOUROU, dans une vision similaire, ne croyait pas si bien dire, lorsqu'il affirmait dans son Fer de lance:
"Jamais mon peuple et moi n'avons été hors de l'histoire mais dans le ventre de l'histoire."

Mais, force est de reconnaître la part que le poète Titinga PACERE lui-même prend dans la perpétuation et la sauvegarde de cette histoire. C'est en cela que le travail de stylisation et surtout d'interprétation garde toute sa valeur et tout son sens: l'interprétation de l'histoire est certes individuelle; elle sert à dégager les intentions, la pensée, la vision du poète Titinga PACERE. Mais, avant tout, la pensée et la vision véhiculées s'intègrent bien dans celle de la collectivité globale; ce faisant, le traitement conféré par le poète à l'histoire, et principalement à l'ethnocentrisme, dégage sa profession de foi; celle-ci manifeste son acte d'adhésion à sa collectivité, comme une sorte d'acte d'allégeance aux Mossé et à leur Culture stricto sensu. Ce n'est ni un reproche, ni une tare. Tout au contraire!

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Faut-il le dire? La littérature négro-africaine elle-même s'est d'abord et avant tout, révélée comme une expression raciale; ce n'est que par la suite qu'elle a tenté de prendre son envol universel, humaniste; ce double aspect sera pris en compte par l'oeuvre de Maître également: l'ouverture sur le monde nègre dans un temps, puis dans l'autre, regard sur le monde contemporain avec la peinture des problèmes socio-économique, politique... D'une analyse complète et approfondie de l'oeuvre poétique de Titinga PACERE, on ne sait rien; ou à peu près rien. Quelques articles de presse et d'universitaires, l'oeuvre... poétique de Frédéric Titinga PACERE n'a jusqu'à ce jour, en l'état de nos investigations, fait l'objet d'aucune publication digne de ce nom, tout comme l'homme lui-même! L'écrivain et le poète méritent-ils tel sort, une forme de conspiration du silence, somme toute, non justifiée? Faudrait-il alors attendre jusqu'au seuil de son repos éternel pour entreprendre, comme c'est généralement le cas, quelques travaux sur l'homme et son oeuvre? Frédéric Titinga PACERE est pourtant un illustre et digne fils de son pays, le Burkina Faso, mais encore et surtout, de la Terre d'Afrique: l'Afrique des infirmités, l'Afrique des richesses et des trésors insoupçonnés, inespérés. Mais, Titinga PACERE n'appartient plus ni à sa terre natale, ni au continent africain; il est l'homme de tous les continents, de par la renommée de son oeuvre. Il appartient à la Culture, car il est la culture faite chair. Il suffit de prendre à témoin l'immensité et l'abondance de son champ de travail, de sa moisson. Avant donc d'y pénétrer de la manière la plus profonde, nous le souhaitons, notons simplement que Titinga PACERE est un homme multidimensionnel : conférencier, écrivain, poète, chercheur, ethnosociomusicologue, muséologue, avocat... l'homme est tout cela à la fois, et, certainement davantage. Chaque oeuvre, chaque aspect de celle-ci, portent les traces de cette diversité, de cette variété, nourrie de longues expériences, de sa passion et de son engagement pour l'Homme. Mal connue, inconnue, non connue, l'oeuvre de Titinga PACERE présente, de ces différents points de vue, un intérêt majeur; elle mérite regard et attention; c'est la raison pour laquelle

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aussi nous entreprenons ce travail. Mais, force est de souligner qu'il faut opérer, pour l'heure, un choix dans le répertoire de cette oeuvre florissante, vaste; aussi nous limiterons-nous ici essentiellement à l'homme et à son oeuvre poétique. Des travaux ultérieurs viendront, en appoint, aborder les autres domaines; gageure de taille! L'intérêt présent et l'objectif de l'étude, c'est de faire découvrir d'abord et surtout les recueils de poèmes, mais encore et surtout, de tenter de montrer une corrélation, voire, une certaine correspondance de l'homme de culture, peut-être même, de l'homme tout simplement, avec son oeuvre poétique. Il s'agira d'établir à travers les reflets, les origines de sa vie familiale, puis celle de son éducation, des liens qui génèrent et expliquent l'oeuvre. En effet si l'on parcourt les études de littérature générale, deux rapports d'élection suscitent attention, qui définissent l'oeuvre comme produit, voire, mise en procès de la personnalité de l'écrivain: - la projection de l'oeuvre sur son auteur, - la corrélation de celle-ci à elle-même; perçue dans ses structures poétiques internes - lato sensu - l'écriture n'est rien de moins qu'un facteur à valider ou à refléter J'image de celui qui l'actualise. S'offrant à l'analyse linguistico-poétique comme énonciation égocentrée, le discours de textes tenant d'une veine contemplative est depuis longtemps acquis, en littérature, comme pouvant éclairer davantage telle situation, la voix du je locuteur en celui-ci éparpillée, ou plus exactement orchestrée savamment, incite à accuser cette appartenance.
Or, c'est une vérité de l'évidence: la Poésie de Titinga PACERE est essentiellement celle d'un lyrisme, d'une mélancolie, d'une lassitude, d'une solitude... c'est dire qu'elle répond assez bien et même très bien, à une étude comme celle que nous entreprenons. Non point pour' faire catalogue, ni pour sacrifier à une mode, celle de la collection féconde baptisée "l'homme et l'oeuvre tt. Mais

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l'entreprise est juste et remarquable; l'actualité, ni à l'intérêt.

sans préjudice

aucun, ni à

L'oeuvre poétique considérée est toute tissée autour d'une toile ethno-socioculturelle : la civilisation des Mossé, qui a engendré l'un des Empires les plus stables et les plus solides de l'Afrique subsaharienne : l'Empire du Mogho-Naba célèbre, entre autres, par une littérature orale d'une très forte densité. On imagine donc aisément assez la facture si originale et sublime de la poésie et de l'écriture de Titinga PACERE. Certes, le poète n'écrit point en moré, sa langue maternelle, sauf ces derniers temps, pour se mettre au service de l'alphabétisation dans les langues nationales, et celle des populations rurales; mais, faut-il outre mesure l'avancer? Celui-ci, de toute façon, laisse abondamment pénétrer dans son oeuvre, son moi culturel. Dès lors, la langue française ne devient plus qu'un porte-voix. Ceci est d'autant plus évident que d'une part, entre ce qui est dit et les schèmes poétiques de l'écrit, il y a lieu de s'interroger. C'est là, un des objectifs du présent ouvrage. D'un autre côté, l'exercice du droit à se manifester sur la scène littéraire... africaine ne paraît point, chez lui, se dissocier de sa volonté farouche de sortir du ghetto socio-culturel façonné, pour sa communauté, par l'histoire. Titinga PACERE proclame ainsi sa profession de foi en un engagement qui convainc et convie à la tâche. * * * De toutes les remarques qui précèdent, trois axes principaux s'organisent pour articuler, tour à tour et en même temps, le présent ouvrage; tour à tour et en même temps, nous le répétons à souhait, pour traduire ainsi la complémentarité, l'imbrication, voire l'indivisible unité du travail, malgré la répartition théorique aux fins méthodologique et pédagogique, en chapitres, et parties. Ainsi: - Le premier jalon manifestera la littérature à la littérature; l'objet en sera d'interroger les textes et recueils qui constituent

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l'oeuvre poétique de Titinga PACERE, en proposer une présentation et une analyse aussi complète que possible. Les caractéristiques de chacun des recueils ou textes seront de ce fait exposées par rapport à lui-même d'abord et ensuite relativement aux autres, c'est-à-dire, dans le souci constant d'une collocation et d'une corrélation. Ces éléments littéraires ainsi perçus ne doivent pas faire perdre de vue le caractère éminemment ethno-sociologique des textes considérés, que nous soulignons plus haut. Ainsi nous organiserons des excursus vers l'homme Titinga PACERE. C'est pourquoi le chapitre Un talent précoce dans ce premier grand axe, s'ouvrira à l'adolescence... peut-être même, à l'enfance de Maître; du moins sur les aspects qu'il nous a été donné de connaître Titinga PACERE ne "se racontant" en général que très peu; - L'expression poétique de Titinga PACERE sous l'angle des figures de rhétorique majeures fera naturellement découvrir le visage intérieur de l'écrivain, dans un deuxième grand axe, avec en prime, un enracinement socioculturel;

- Le dernier aspect de l'étude sera consacré au gage de survie
de l'oeuvre poétique de Titinga PACERE ; ce faisant, une certaine ouverture sur la littérature générale et contemporaine sera observée. Auparavant, il n'aura pas été moins intéressant d'établir une mise en relation de la poésie de l'auteur avec les textes génésiaques (contes, épopées, sociogénèse) qui l'ont inspirée. C'est aimer pouvoir dire la part très importante des faits d'intertextualité qui gouvernent la poésie de Titinga PACERE. Sans ce parrainage, l'oeuvre étudiée court le risque d'un plongeon suicidaire dans le vide où elle serait construite.
Tout ceci implique un effort de renouvellement et d'élargissement de la lecture et de l'étude des oeuvres; ce, à l'opposé d'un repérage naïf et béat de la fonction documentaire: nous n'entreprenons point ici tâche d'ethnologue ou de sociologue, mais celle d'un homme de lettres, au confluent des autres disciplines des sciences de l'homme, dans la mesure aussi où ces faits apportent un éclairage à la lisibilité; l'approche de ces problèmes conduit, entre autres, à dégager les cadres de l'éclosion et

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de la production du sens; ce qui confère plus de crédibilité, de méthode et d'assises au discours sur les textes d'un côté; de l'autre, c'est un facteur puissat:lt de recherche et de construction d'une personnalité littéraire propre. Renouveler ainsi le regard sur l'oeuvre, c'est se développer, se libérer: Titinga PACERE se découvrira ainsi être un poète au message mixte, selon la terminologie de la communication. It en est un professionnel! Pour réaliser ce travail, nous nous sommes le plus souvent dépouillé des prétentions universitaires et académiques pour rendre la matière beaucoup plus digeste, sans que celle-ci soit le résultat d'un exposé banal d'un sujet qui lui, ne l'est pas du tout. Quand une certaine démarche et un vocabulaire adéquats s'imposaient, nous les avons judicieusement exploités, avec un dosage intelligent de ces termes ou de leurs effets si rebutants et rébarbatifs pour le novice, le non-initié. Nous n'avons pas oublié que l'étude doit épouser les contours de la popularité de Maître Titinga PACERE, que nous nous adressons à un public le plus large possible qui implique les élèves, les étudiants, les professionnels de la littérature (poésie) et de la recherche. Nous avons préféré un ouvrage lisible, qui ne fasse pas "fuir le public", en piochant avec doigté et une certaine précaution dans les analyses et méthodes modernes. L'essentiel n'est-il pas d'abord et surtout de communiquer, de faire comprendre l'oeuvre poétique et son auteur? Chacun y trouvera, pour sûr, son compte et son intérêt. La recherche est un de ces monuments nombreux à la construction desquels tout le monde s'attèle, excelle. C'est pourquoi nous n'hésiterions pas à sous-titrer ce travail "Titinga PACERE : une écriture de la poésie, où "une" importe moins par sa valeur de déterminant indéfini que par l'appel à une prise de conscience aiguë d'une personnalité d'écriture, nous le soulignons, à partir d'une orientation, d'une piste de travail; c'est dire que certains (chercheurs) pourront être amenés à prendre l'ascenseur où nous l'abandonnerons, non pas par une sorte d'aveu d'impuissance ni de manque de souffle, mais simplement en raison de l'idée première déjà exprimée plus haut: absence d'une étude non encore entreprise

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de manière globale sur l'oeuvre poétique de Maître. N'est-ce donc pas en termes de jalon et de repère à la fois nécessaires et utiles qu'il faut observer et saisir la portée de l'édifice présent?

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PREMIÈRE

PARTIE

UN TALENT PRÉCOCE

CHAPITRE 1

LE CONTEXTE SOCIOF AMILIAL ET LITTÉRAIRE

. Le contexte

sociofamilial

L'oeuvre poétique de Titinga PACERE est complexe; ô combien! C'est donc non sans appréhension que nous l'abordons; nous l'écrivions déjà plus haut, et avec raison; cette oeuvre se confond, du moins, se superpose, à la vie de son auteur; et il nous faut l'évoquer ici, d'autant que les conditions particulières de la naissance du poète sont révélées, dans son oeuvre, par ces aspects saisissants:
"Je suis triste, Je suis né dans la tristesse, Ne m'en demandez pas trop!

Cinq Dix Quinze Vingt ans N'ont pas suffi aux hommes Pour expier les fautes de leurs pères Ou pour bénéficier de leur miséricorde! Tout a passé, Pour que vînt la Terre du Fétiche! L'eau, Le Poulet, La Cendre, Le Boeuf, Pour que vînt la Terre du Fétiche! Père je succède à une main tendue vers les cieux !"(l)

1. Cf. Maître T. F. PACERE

"Refrains sous le Sahel", p. 16/17.

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A Manéga, village situé à 50 km au nord de Ouagadougou, capitale du Burkina Faso, ancienne Haute-Volta, régnait, depuis le début du siècle, Naba Guiegrndé, le Roi-Lion; à Manéga ce Roi, "vivant sa vie de mort, pleurait sur une descendance absente" (2) : en effet après près de vingt (20) ans de mariage avec une dizaine d'épouses, Naba Guiegmdé était préoccupé, tourmenté même par le désir d'une progéniture, surtout mâle. Il fallait au Roi un fils héritier du trône. Certes des prières ont déjà été exaucées! Cependant Tinga, Gouli étaient des femmes; la "Couronne des Mossé est le fruit d'un combat qui échappe aux femmes" (3) ! Le désespoir et la tristesse grandissaient; l'amertume aussi! Les sacrifices rituels d'expiation, de demande d'intercession et d'assistance... se succédèrent. Sans succès. Tout le monde attendait; Naba Guiegmdé encore davantage! Au moment où le sort semblait en être jeté, au moment où personne n'y croyait plus, un soir d'hivernage de l'année 1943 le miracle allait se produire: Laa Wango Sawadogo, fille du chef des Masques de Toèghin (25 km de Manéga) allait enfanter l'espoir de toute la famille, de toute une communauté; au passage notons que "masque" en moré se dit Wango et le nom de famille de la génitrice Sawadogo traduit "Nuage" : symbole des Younyonsé occupants du sol avant l'arrivée des Mossé au XIIe siècle. Comme on pouvait s'y attendre ou l'imaginer, la naissance de cet enfant fut un événement, salué par des tonnerres d'applaudissements; des roulements de tam-tams l'annoncèrent à Manéga et à ses environs. On raconte que le père du nouveau-né, Naba Guiegmdé, le Roi-Lion, sous l'effet cumulé de la peur, de l'inquiétude... de l'émotion avait, un peu à la manière de Zacharie, perdu connaissance, dès l'annonce de l'heureuse nouvelle. Son fils tant et tant attendu ne lui sera présenté que le lendemain aux premières lueurs du soleil. Se penchant alors sur cet enfant héritier du trône, Naba Guiegmdé eut pour seuls mots d'accueil:

2. Quand s'envolent les grues couronnées, 3. Ibidem, p. 12.

p. 12.

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"Enfant, sois le bienvenu! Je n'ai pas cru. Tu t'appelleras "le Fétiche de la Terre" (Ti-Tinga) autrement dit aussi "Terre Sacrée". Tu t'appelleras ainsi puisque Manéga sacré redeviendra sacré (4) !". Le nom Titinga composé de "Ti", contraction de "Tiga" : "arbre", "Fétiche" et "Tinga" : "Terre" exprime bien un aspect de la vision du monde ~es Mossé tout en évoquant les conditions particulières de la naissance de l'enfant et l'espoir porté en lui. En effet, les autels de sacrifices se font à partir de branches, de morceaux de bois. Conformément à la tradition, et au principe de la division du travail, aux femmes est réservée la conservation des services du culte divin, de la spiritualité: vestales de leur époque, de leur communauté, les femmes sont en effet les gardiennes des autels, symboles de la fécondité, de la continuité de la vie. On comprendra alors aussi pourquoi la "couronne des Mossé" (le pouvoir) est le fruit d'un combat qui échappe aux femmes" qui, elles, ont déjà une autre mission. Laa Wango en permettant à Naba Guiegmdé d'avoir un dauphin, donna l'occasion à la société coutumière d'écrire ainsi une page nouvelle à sa Constitution: la terre venait d'être ajoutée à la terre, une vie à la vie, l'équilibre et la stabilité au Trône. ... "parce que Manéga sacré redeviendra sacré !"Manéga en effet est la capitale de la Terre, au nord de Ouagadougou, fondée par l'Ancêtre mystique et mythique, mi-homme et mi-dieu, Zida, compagnon de Oubri (fondateur de Oubritinga). La terre de Zida ou Zide- Tinga (ou tout simplement Zitenga) était donc au départ une seule et même réalité, s'étendant sur près de 600 km du nord au sud; mais par la suite il en naquit deux (2) entités avec deux (2) capitales, s'étendant sur une distance de 100 km du Nord au Sud: Zitin-Manéga (Zitinga Sud) et Zitinga-Gassingo (Zitinga capitale Gassingo, au nord). Les deux royaumes sont restés frères bien que celui du Sud soit le plus connu. Titinga PACERE, descendant direct de Soundoufou, premier chef de Manéga et Maître des spiritualités de l'époque (12e siècle), ne manquera, par la suite, aucune occasion de célébrer dans ses écrits, avec une certaine fierté déificatrice,
4. Ces paroles ont été recueillies plus tard par KABORE Hortense à l'occasion de ses recherches. 33

Manéga ; ce qui manifeste ainsi l'unité, la solidarité fraternelle. Plus tard, également dans ses poèmes l'auteur en présentera les cadres naturels, climatiques et sociologiques: dans Refrains sous le Sahel on pourra lire avec délectation: "Je suis né dans un village, Perdu des savanes, Dans la chaleur du Sahel! Je suis né dans un monde Où la pluie inonde les rivières !" (p.9)
"La chaleur torride Des saisons asséchées, Lessoufflesaf&eux Du ciel parâtre, Ont réduit les fruits humains. Loin des cauris, Les bras des hommes ont construit des hommes !" (p. 10) "Je suis né dans un village Perdu des savanes, Dans la chaleur du Sahel, Où les crocodiles Et les hirondelles Naissent et meurent En même temps que les hommes !" (p. Il) "Il Y pousse Des roussettes et des termites, Des lions et des montagnes, Et les hommes comme les éphémères Dansent au clair des saisons, Les Soukous, Karinsé, Lui-li Wango, Et tous les rythmes qui revigorent la nature! Contrées obscures Hermétismes de Cités,

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Terre

de fétiches,

C'est là que j'ai vu le jour, Au milieu des morts, Qui partagent le destin des vivants !" (p. 12)

Laa-Wango, le Masque, qui enfanta Titinga PACERE à Manéga ne l'a pas élevé: d'abord conformément à la coutume, ce fut la femme la plus âgée des épouses de son père qui assura telle mission d'éducatrice, d'initiatrice. Son nom? "Pogdiri" (la femme au gros front) originaire de Kossodo ; cette femme n'a jamais enfanté. Titinga était désormais son fils. A son jeune âge, raconte Titinga PACERE, il éprouvait des difficultés à prononcer Pogdiri ; il trouva donc un diminutif abrégé plus simple "Timini" pour désigner cette femme, sa mère. Cette appellation forgée dans l'enfance restera pendant très longtemps et finira par entrer dans l'appellation des grandes personnes; ce nom marquera fortement plus tard ses écrits. Ensuite comme c'est généralement le cas en Afrique s'agissant de l'éducation traditionnelle, Titinga était l'enfant de tous; dans la cour royale de Manéga peu avant l'entrée de Titinga PACERE à l'école française, il a été confié, selon Kaboré L. Hortense, aux soins du vieux Ralêbi, guide spirituel, sur proposition du Conseil des Sages; ce, pour obéir à la volonté du Roi, son père, de voir son fils héritier être initié très tôt à la culture de son peuple et surtout à la philosophie du pouvoir. De ce fait, Titinga recevra une éducation plus solide et plus soignée que celle des autres enfants de son époque. Son esprit d'ouverture à l'extrême, son activité tentaculaire marquée à jamais du sceau de la connaissance de sa Culture, ne proviennent-ils pas des aspects de son enracinement dès l'origine? Déjà personnage public alors qu'il n'était qu'un enfant, Titinga PACERE manifestera beaucoup de curiosité et également beaucoup d'esprit critique; et, comme cela se constatera plus tard dans le temps, il recherchera l'information ou sera couvert par elle. En ce qui concerne sa fratrie, il faut noter que Titinga a eu des frères et soeurs. C'est la mère génitrice Laa- Wango qui aura une

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forte progéniture; observer:
.

deux

catégories

de

fratrie

sont

à

a) Les utérins et consanguins: Gouli, diminutif de WendGoule, "C'est écrit dans le ciel, chez le créateur", est une fille, l'aînée; puis ce fut au tour dé Titinga PACERE ; Laa-Wango donnera encore naissance à une autre fille, Soun-Toong-Nooma, "l'Endurance est une bonne chose", connue plus affectueusement sous le diminutif de "Toong-Nooma". Enfin naquit en 1950 le benjamin, Pouir- Kietta, "La part reste chez le créateur" , couramment appelé, "Kietta" . Par cette appellation le père Naba Guiegmdé traduit son espoir de voir sa propre progéniture accroître la lignée; effectivement, Kietta ne connaîtra pratiquement pas leur père qui s'éteindra trois années plus tard; Kietta considéreraTitinga PACERE comme son père. Pour le milieu coutumier également celui-ci est le premier fils de Titinga PACERE; b) Les consanguins uniquement: on compte Touba, "l'homme aux oreilles", décédé peu avant sa naissance, qu'il ne faudra pas confondre avec un autre Touba, compagnon de Titinga ; puis Windezabda, "Dieu gronde", ensuite une fille Tintiga, "Terre sacrée" ou aussi, Fétiche de la terre" qui, elle, a deux (2) ans de moins que Titinga ; une autre fille suivra Tinga "Terre" ou Touissida, "Suivez la vérité", qui sera la benjamine du groupe des filles. Une précision de taille s'impose ici pour la clarté et l'intelligence de notre propos, et partant, celles des écrits de Titinga PACERE. Pour avoir le pouvoir, l'homme doit relever d'une des familles qui accèdent au trône; de plus Touba (décédé d'ailleurs trop tôt) est né bien avant que Passawindé ne devienne le futur Naba Guiegmdé. Dans la coutume de tels enfants ne sont pas considérés comme les enfants du Chef (du moins considérés comme Princes), puisque leur père n'était pas encore "chef" ; c'est pour cela que dans la vie

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