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Tombe interdite

De
188 pages
L'histoire que l'auteur raconte dans ce roman est le reflet de cette Afrique où la vie est synonyme de mythes, de tabous et de réalités. Son héros, Démba, est un jeune prodige né après douze mois de grossesse de sa mère. Il devient orphelin à l'âge de 7 ans. Détesté par la coépouse de sa mère, il eut une enfance pénible. Ni sa bonne éducation, ni sa soumission envers sa marâtre n'y changèrent rien. Les multiples tentatives de le tuer le poussèrent à l'exil...
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Bakonko Maramany Cissé
Tombe interdite
Histoire de l’enfant prodige
Ecrire l’Afrique Ecrire l’Afrique
14/03/14 15:53
Tombe interdite Histoire de l’enfant prodige
Écrire l’Afrique Collection dirigée par Denis Pryen  Romans,récits, témoignages littéraires et sociologiques, cette collection reflète les multiples aspects du quotidien des Africains.Dernières parutions Abdoulaye MAMANI, Lepuits sans fond,2014. Pino CRIVELLARO,Burundi mon amour,2014. EL HADJI DIAGOLA,Un président fou, 2014. J.D PENEL,Idriss Alaoma,Le Caïman noir du Tchad, 2014. Koffi Célestin YAO,Le bateau est plein, je débarque, 2013. Kapashika DIKUYI,Une étrange famille congolaise et son odyssée, 2013. Patrick-Serge BOUTSINDI,Jour des funérailles à Poto-Poto, 2013. El hadji DIAGOLA,Ma femme m’a sauvé la vie,2013. Gilbert TSHIBANGU KANKENZA,À la rencontre du destin,2013. Abderrahmane NGAÏDÉ,Une nuit à Madina do Boé, 2013. Henri PEMOT,Kimpa Vita, Une résistante Kongo, 2013. Richard GUERIN,Le médecin errant de l’Afrique, les aventures de Jonas, 2013. Patrice ITOUA,La banque mondiale et la CEMAC, Un partenariat pour l’aide au développement de la sous-région, 2013. Baudouin Mwamba MPUTU,L’Afrique face au défi de la technoscience. Histoire et Enjeux, 2013. Vicky Mujinga KALAMBAY,Bilonda. Une écolière face à son destin, 2013. Obambé GAKOSSO,Les malades précieux, 2013. Ano NIANZOU,Sous les bombes de Char-kozy, 2013. Francine NGOIBOUM,Fleur brisée, 2013. Lang Fafa DAMPHA,African Aliens, 2013. Claude-Ernest NDALLA,Le Gourou. Une imposture congolaise, 2013. Salvator NAHIMANA, Angélique Gisèle Nshimirimana. Mon homme m’aurait mangée toute crue. Edition bilingue kirundi-français, 2013.Aboubacar LANKOANDE,La palabre des Calaos, 2013. Christian ROCHE,Amaï. Amour et rébellion en Casamance, 2013. Giovanni MELEDJE,Scandales d’amour, 2013.Maxime OUARO,Boro, 2013. Martin KAPTOUOM,Promesse africaine. Parole d’immigré, 2013.Sidi ZAKARI,Un élu du peuple, 2013. Géraldine Ida BAKIMAPOUNDZA,Le retour en France des expatriés. De Conakry à Paris, 2013.
Bakonko Maramany Cissé Tombe interdite
Histoire de l’enfant prodige
Du même auteur, aux éditions L’HarmattanSôliba. Histoire d’initiation,2014 Émigrer à tout prix. L’Amérique, l’Europe ou la mort,2014 © L’Harmattan, 2014 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-03147-7 EAN : 9782343031477
I
Bonjour grand-père, as-tu passé une bonne nuit ? - Merci Moussa ! Et toi comment ça va ? - Très bien ! Tiens, comme le vieux a l’air détendu ce matin ! - Qu’est-ce que tu veux, moi aussi j’ai besoin d’être en forme quand même. - D’ailleurs, tu es toujours de bonne humeur. Je me demande, quel est ton secret ? - Je n’ai pas de secret particulier Moussa. Comme disait mon père, tout est une question de conception de la vie. Même dans une maison mortuaire il y a des gens qui créent l’ambiance pour consoler la famille endeuillée. - Le soutien psychologique, c’est vrai est un remède contre la détresse. - Mais au fait, que me vaut ta visite de ce matin? Je sais que tu as toujours des questions. Tu as raison, pendant que je suis encore là autant en profiter. - Oui grand-père, j’aimerais que tu m’expliques pourquoi les hommes se livrent tant de guerres? Est-ce une fatalité ou bien y a-t-il une alternative pour qu’ils vivent en paix et en harmonie ? - Oh ! Que tu me surprends chaque jour ! Malgré ton jeune âge, tu as soif de connaissances. Passe-moi d’abord mon morceau de cola, au pied du lit. - Tiens, je l’ai trouvé, mais c’est de la cola rouge, ça va ?
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- Donne-moi je n’ai pas de préférence, seulement que ma bouche ne reste pas vide. Maintenant je suis à toi. En fait, la question que tu poses fait partie des grands sujets philosophiques de notre époque. On a coutume de dire que les hommes naissent libres et égaux. Cette égalité supposerait une harmonie sociale. Mais en réalité, les concepts de liberté et d’égalité sont sujets à diverses interprétations. Chaque individu les perçoit selon sa position sociale, selon ses droits et ses intérêts. Chez nous, en Afrique noire, lorsque tu interroges les Anciens sur la question de liberté et d’égalité entre les hommes, ils te diront de comparer tes doigts. Bien sûr qu’ils ne sont pas égaux. De la même façon, les hommes sont différents. L’égalité entre eux n’est qu’une déclaration de principe. C’est dire que l’histoire des hommes est une pyramide de conflits qui se déroulent sur fond de conquêtes, de revendications d’identités, de statuts juridiques, d’espaces géographiques entre les dominants et les dominés, dans un monde qui bouge, où chacun est à la recherche d’une identité historique ou culturelle. Et puisque la passion prime souvent sur la raison, la force sur le droit, l’idée de coexistence pacifique et de partenariat est en conséquence toujours compromise. Ça c’est au niveau le plus élevé de la société. Au niveau le plus bas, il n’y a rien de plus fluctuant que les rapports humains dans la vie quotidienne. Ces disparités sont la preuve de ce que dans la vie, tout ne relève pas que de la logique et de la raison, l’arbitraire tient dans beaucoup de situations une place importante. Tu comprends alors qu’il est préférable de prendre les choses avec relativité. Ceci dit, si la vie avait un brouillon et qu’il était donné à chacun, la chance de repartir à zéro, certainement beaucoup de choses se seraient passées autrement. Mais hélas! La nature a tout prévu sauf ça. Chaque personne fait son temps. Chaque chose a son temps. Chaque époque a son histoire et ses réalités. Peut-on parler, par exemple, de liberté pour un enfant né de parents esclaves ? - On ne peut pas du tout imaginer cela grand-père. - Bien entendu que non Moussa! Existerait-il alors l’égalité sur la terre des hommes ? Rien n’est moins sûr. En tout état de cause, on peut affirmer sans risque de se tromper qu’il n’y a pas de société idéale. Chaque société et ses modes de vie naissent avec leurs contradictions 6
internes. Tout cela vient confirmer le fait que l’histoire accouche toujours d’un énorme malentendu qui prend des formes et des dimensions selon le contexte dans sa survenue. - Grand-père tu es un vrai philosophe. Quand tu parles, on a du plaisir à t’écouter. - Si je suis philosophe, c’est grâce à mon père qui avait la patience de m’expliquer toutes les questions que je lui posais. Dis-moi Moussa, il y avait assez de bruits dans votre cour hier, qu’est-ce qui s’y passait ? - Hier, à quelle heure exactement ? - C’était environ entre 17 et 18 heures. - Je n’étais pas à la maison durant cette période. Mais quand je suis rentré, j’ai appris qu’il y avait eu une bagarre entre Bintou et Niama, les épouses de l’oncle Sédiba. 1 - Encore ces deux femmes! Que la polygamie et le sinayasont synonymes de conflits ! - Penses-tu que leur désaccord est dû à la polygamie ? - Sans nul doute! Tu sais la polygamie est source permanente de conflits, une situation de cohabitation qui peut dégénérer à tout instant. - Voulez-vous dire que les coépouses ne peuvent jamais s’entendre ? - Ce n’est pas évident. Et quand c’est le cas, dis-toi que c’est exceptionnel et circonstanciel. Imagine-toi quand plusieurs femmes doivent aimer, servir et obéir à un mari qui leur est commun. Tu penses qu’un mari polygame peut être impartial dans ses rapports avec ses épouses ?C’est là où résident les méfaits de la polygamie. L’homme polygame joue le rôle d’arbitre entre ses femmes tantôt d’une manière partiale, tantôt d’une manière impartiale. Il arrive souvent que les coépouses, dans leur cohabitation, adoptent des positions irréconciliables. En conséquence, elles rentrent dans une logique de rejet mutuel et de (1) Sinaya: Rivalité entre les coépouses. Dans le contexte de la polygamie, le terme sinaya désigne le statut des coépouses. Une vie synonyme de conflits permanents souvent irrémédiables. 7
concurrence déloyale. Chacune cherche à prendre le dessus sur l’autre, à mieux paraître aux yeux du mari, à s’imposer comme la femme préférée 2 Badamosso, à faire ombrage à celle qui apparaît comme la femme paria 3 Gbalomosso malaimée de son mari. Une position de domination qu’elles se disputent durant toute leur vie conjugale. Les coépouses se livrent une guerre de cœur qui se poursuit souvent même après la mort de l’une d’entre elles. - Effectivement, il y a de nombreux faits qui confirment ce que tu dis. Mais ce que je ne comprends pas, c’est le fait que les enfants deviennent les victimes innocentes de ces jeux de cache-cache entre leurs mères, qui ne les concernent pas. - Comme tu dis, les enfants ne sont pour rien dans ces conflits antérieurs à leur naissance. Mais dans la réalité, ils se retrouvent au cœur de conflits dont ils ignorent même l’origine. Je vais te raconter l’histoire 4 d’un jeune qui s’appelait Démba, un prodige,Nankamaqui illustre bien la réalité de la polygamie et ses méfaits dans la société en général et sur les enfants en particulier. Traversant la nuit des temps, son histoire est parvenue jusqu’aux générations actuelles. - Qui fut donc ce Démba, un nom bien rare dans notre région ? - Démba dont il est question était doté d’un esprit de suite et de prévision. Il se caractérisait par une ténacité inaccessible au découragement. Il fut confronté dans sa tendre enfance aux conséquences de la lutte fratricide qui opposait sa mère Malôn à sa marâtre Koumba. Sa mère n’avait eu que lui comme enfant et elle mourut quand il n’avait que 7 ans. La mort de sa mère ne changea rien dans sa situation, car Koumba tourna sa hache de guerre contre lui comme s’il était parti à cette lutte. Ayant pressenti que Démba était peut-être destiné à un bel avenir, sa marâtre mit sa tête à prix et tenta par tous les moyens de se débarrasser (2) Bada mosso: Femme préférée de l'homme polygame. (3) Gbalo mosso: Femme de second plan de l'homme polygame (4) Nankama: Prodige, quelqu'un qui réussit dans sa vie nonobstant les obstacles qu’il rencontre. 8
de lui. Pour se sauver, Démba n’aura d’autre choix que de prendre un jour le chemin de l’exil. Un chemin qui le mena loin de sa terre natale. Son exemple n’est pas unique dans l’histoire. Nombreux sont comme lui, ceux qui dans des conditions similaires, ont dû emprunter un jour le chemin de l’aventure. Une aventure qui réussit à certains et est fatale à d’autres. En effet, il y a autant d’incertitudes que de chances sur la route de l’exil. L’histoire de Démba est longue et passionnante. Si tu as le temps, nous pouvons continuer pendant que je n’ai pas encore de visiteur. - J’aimerais bien que tu me la racontes, c’est intéressant et surtout instructif. - Entendu ! Je vois que tu as de la passion pour l’histoire, ça c’est une bonne chose. Il est certain que tu seras quelqu’un d’important un jour. Apporte-moi un verre d’eau pour me rafraîchir. En cette saison de l’harmattan, j’ai souvent soif. - Tiens, j’ai rempli le gobelet pour que tu gardes le reste à côté. - Merci Moussa, je suis maintenant à l’aise. En fait, Démba naquit dans une famille où la polygamie était une pratique ancestrale. Son père, Sanfan, avait moins de 20 ans, lorsqu’il épousa sa première femme Koumba, issue d’une famille riche. À son mariage, elle reçut de ses parents un cheptel de plusieurs dizaines de têtes et 2kg d’or. À la suite de leur union, Sanfan un paysan sans grands moyens, vit ses conditions de vie s’améliorer. Disposant désormais de bœufs de labour, il cessa de cultiver à la main. Quant à Koumba, elle se lança dans le commerce dont elle détiendra très tôt le monopole dans le village et dans la région. Comme tout jeune couple, Sanfan et Koumba espéraient avoir un enfant dès la première année de leur mariage. Mais l’attente fut plus longue qu’ils ne le souhaitaient. Jusqu’à sept ans, leur désir d’enfants ne s’était pas réalisé. Inquiète de cette situation, Koumba se rendit à plusieurs reprises chez ses parents, à Linsan, dans le but de rechercher les causes probables de ce problème et d’y apporter des remèdes. Dans cette impasse, une grand-mère lui révéla lors de l’une de ses visites une
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