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Tombeau ouvert

De
478 pages

Harry Dresden a affronté son lot d'horreurs, des vampires surexcités aux garous psychotiques. Mais toutes ces années passées à combattre le surnaturel ne l'ont pas préparé à ça : le monde des esprits est devenu fou. Les fantômes harcèlent Chicago, des spectres torturés, violents et... sanguinaires. Quelqu'un - ou quelque chose les pousse à se réveiller de méchante humeur. Pourquoi ? Et pourquoi la plupart des victimes ont-elles un lien avec Harry ? S'il ne le découvre pas bientôt, il pourrait bien lui aussi passer de l'autre côté.


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couverture
pagetitre
Sommaire
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Chapitre 16
Chapitre 17
Chapitre 18
Chapitre 19
Chapitre 20
Chapitre 21
Chapitre 22
Chapitre 23
Chapitre 24
Chapitre 25
Chapitre 26
Chapitre 27
Chapitre 28
Chapitre 29
Chapitre 30
Chapitre 31
Chapitre 32
Chapitre 33
Chapitre 34
Chapitre 35
Chapitre 36
Chapitre 37
Chapitre 38
Chapitre 39
Biographie
Du même auteur
Le Club
Page de Copyright
Chapitre premier

Je déteste la vitesse, et ce pour plusieurs raisons. Primo, ma Coccinelle en ruine crache et gémit dès que je dépasse les cent kilomètres à l’heure.

Deuzio, la technologie et moi, nous ne nous entendons pas. Tout ce qui est postérieur à la Seconde Guerre mondiale se dérègle quand je suis dans les environs.

Bref, quand je conduis, je le fais très prudemment et très raisonnablement.

Ce soir-là constituait l’exception à la règle.

Mes pneus crissèrent leur réprobation en prenant le virage, au nez et à la barbe du panneau d’interdiction de tourner à gauche. La vieille bagnole grondait comme si elle comprenait l’enjeu de la course, et son moteur continuait à crachoter et à tousser tandis que les rues défilaient autour de moi.

— On ne peut pas aller plus vite ? demanda calmement Michael.

— Seulement si le vent nous pousse dans les pentes, répondis-je. L’hôpital est encore loin ?

Le grand chevalier haussa ses épaules musclées et fronça les sourcils. Il avait cette nuance argentée de cheveux poivre et sel dont certains hommes ont la chance d’hériter. Sa barbe, elle, restait très foncée, presque noire. Son visage buriné portait les rides de la joie et de l’inquiétude, et ses grandes mains reposaient sur ses genoux, remontés contre son torse à cause de la proximité du tableau de bord.

— Je ne sais pas, lâcha-t-il, peut-être trois kilomètres.

Je remarquai la lumière qui faiblissait.

— Le soleil est sur le point de se coucher. J’espère que nous arriverons à temps.

— Nous faisons le maximum, répliqua Michael. Si telle est la volonté du Seigneur, nous arriverons à temps. Es-tu sûr de ta… source ? demanda-t-il en grimaçant de dégoût.

— Bob est pénible… mais il se trompe rarement, répondis-je en écrasant le frein pour esquiver un camion-poubelle. S’il dit que le fantôme est là-bas, il y sera.

— Que Dieu nous vienne en aide, murmura Michael en se signant. (Je sentis une puissante manifestation l’entourer : une forme d’énergie tranquille – le pouvoir de la foi.) Harry, il y a une chose dont nous devons discuter.

— Ne me redemande pas d’aller à la messe, grommelai-je, mal à l’aise. Tu sais que je vais refuser.

Une Taurus rouge me grilla la priorité et j’eus à peine le temps de l’éviter. La Coccinelle se pencha sur deux roues. Je baissai ma vitre.

— Connard !

— Cela ne m’empêche pas de demander. Non, en fait je voulais savoir si tu allais te marier avec Mlle Rodriguez.

— Par les cloches de l’enfer, Michael ! m’exclamai-je. Ça fait deux semaines qu’on court après tous les spectres qui se sont mis à apparaître à travers la ville, et on ne sait même pas ce qui provoque cette perturbation dans le monde des esprits !

— Je sais, Harry, mais…

— Pour l’instant, l’interrompis-je, on s’occupe d’une saloperie dans l’hôpital de Cook County. Elle nous tuera si on la traite par-dessus la jambe et, toi, tu te renseignes sur ma vie sentimentale ?

— Tu couches avec elle, n’est-ce pas ? dit-il en plissant le front.

— Pas assez souvent à mon goût, répondis-je en changeant de file pour dépasser un bus.

— Est-ce que tu l’aimes ?

— Michael, soupirai-je, lâche-moi un peu. Qu’est-ce qui te prend de me poser des questions pareilles ?

— Est-ce que tu l’aimes ? répéta-t-il.

— Je conduis.

— Harry, insista-t-il en souriant, aimes-tu cette fille ? C’est une question simple, non ?

— Regardez qui parle, grognai-je.

Je grillai un feu rouge à soixante-dix kilomètres à l’heure et vis un flic recracher son café quand je dépassai sa voiture. Les gyrophares s’allumèrent.

— Eh merde, c’est le bouquet ! On a les flics au cul maintenant !

— Ne t’inquiète pas pour eux, dit calmement Michael, réponds plutôt à ma question.

Je jetai un coup d’œil sur son visage franc et honnête. Il avait la mâchoire volontaire et ses yeux gris scintillaient. Ses cheveux étaient coupés court, à la mode militaire, mais il portait une barbe de guerrier, bien taillée.

— Je pense, oui.

— Alors ça ne te dérange pas de le dire.

— De dire quoi ? tergiversai-je.

— Harry, répliqua Michael en s’accrochant pendant que je prenais un virage sur les chapeaux de roue, ne fais pas l’enfant. Si tu l’aimes, dis-le.

— Pourquoi ?

— Tu ne lui as pas dit, n’est-ce pas ? Tu ne lui as jamais dit.

— Et alors ? râlai-je. Elle le sait. On ne va pas en faire toute une histoire !

— Harry Dresden ! S’il y a bien quelqu’un qui connaît le pouvoir des mots, c’est pourtant toi !

— Écoute, elle est au courant. Je lui ai acheté une carte.

— Une carte ?

— Une carte illustrée pour la Saint-Valentin.

— Je veux t’entendre le dire, lâcha-t-il.

— Quoi ?

— Dis-le, insista-t-il. Si tu aimes cette femme, pourquoi ne pas le dire ?

— Je ne passe pas mon temps à dire ça à tout le monde, Michael. Par la baguette d’Houdini, c’est… Je ne peux pas, OK ?

— Je vois, murmura le chevalier, tu ne l’aimes pas.

— Bien sûr que si ! Tu…

— Dis-le, Harry !

— Soit, si tu me lâches après, concédai-je en appuyant sur l’accélérateur avant de lancer un sourire mauvais à Michael. (Les gyrophares se baladaient quelque part derrière moi.) Très bien : je l’aime ! T’es content, maintenant ?

— Tu vois ? jubila le chevalier. C’est la seule chose qui vous sépare. Tu ne sais pas exprimer ce que tu ressens. Tu es peut-être trop replié sur toi-même, Harry. Parfois, il suffit de regarder dans le miroir et de voir ce qu’il y a vraiment.

— Je n’aime pas les miroirs.

— Là n’est pas le problème. Il te suffisait de comprendre que tu aimes cette femme. Après l’histoire d’Elaine, je trouvais que tu t’isolais un peu trop et que…

— Je ne parle pas d’Elaine, Michael ! répliquai-je avec une grimace de colère. Jamais ! Si ça te pose un problème, casse-toi de ma bon Dieu de bagnole, et laisse-moi bosser tranquille !

Le chevalier fronça les sourcils. Sûrement à cause de mon blasphème plus qu’autre chose.

— Je parle de Susan, Harry. Si tu l’aimes, tu dois te marier avec elle.

— Je suis un magicien, je n’ai pas le temps de me marier.

— Je suis un chevalier, répondit Michael, et j’y suis pourtant arrivé. Tu passes trop de temps seul, et ça commence à se sentir.

— Qu’est-ce que ça veut dire ? grommelai-je.

— Tu es irritable, nerveux, et tu t’isoles de plus en plus. Tu dois garder des contacts avec les autres, Harry, ou tu risques de t’enfoncer sur un chemin des plus sombres.

— Michael, je n’ai besoin ni de tes leçons ni de ton opinion sur la conversion. Je n’ai certainement pas besoin d’un nouveau discours à la mode « abandonne les pouvoirs de la Main Gauche avant qu’ils te consument ». Ce qu’il me faut, c’est que tu m’appuies quand je vais affronter le spectre.

L’hôpital était en vue, et je pris un rond-point à contresens pour me faufiler dans la cour des urgences.

Michael avait détaché sa ceinture avant même que je m’arrête et il saisit le fourreau noir de son énorme épée, longue d’un bon mètre cinquante, posée sur la banquette arrière. Il sortit, passa l’arme à sa ceinture, et enfila une grande cape blanche ornée d’une croix rouge au niveau du cœur. Il l’attacha avec une autre croix, argentée celle-ci. Plutôt original, avec sa chemise de bûcheron, son jean et ses chaussures de sécurité.

— Tu pourrais au moins laisser la cape dans la voiture, râlai-je.

Je sortis de la Coccinelle en étirant mes longues jambes, avant de récupérer mon propre matériel. Mon nouveau bâton de combat, ma crosse toute neuve, tous les deux gravés de frais.

— Comme l’épée, la cape fait partie intégrante de ma fonction, répondit Michael, l’air blessé. En plus, elle n’est pas plus ridicule que le manteau que tu portes.

J’inspectai mon grand trench-coat en cuir noir aux larges rabats qui couvraient mes épaules et qui s’étalaient autour de moi avec une certaine élégance. Avec ma chemise de cow-boy noire et mon jean sombre, j’avais mille fois plus de classe que Michael.

— Je ne vois pas où est le problème, répliquai-je.

— Tu l’as volé sur le tournage de El Dorado ? (Je lui lançai un regard venimeux, et il me tendit l’autre joue en souriant.) T’es prêt ?

Nous avançâmes vers l’entrée, et j’entendis les sirènes de police se rapprocher.

— ça va être juste, remarquai-je.

— Alors, on ferait bien de se dépêcher, répondit-il en écartant la cape de son bras gauche avant de baisser la tête en se signant. Seigneur, guide-nous et protège-nous alors que nous montons à l’assaut des ténèbres.

Une fois de plus, je perçus cette onde d’énergie autour de lui, comme la vibration de la musique à travers un mur.

Je haussai les épaules en sortant une bourse en cuir d’une de mes poches. Je dus jongler un instant avec mon équipement, avant de finir avec la crosse dans la main gauche, le bâton dans la droite et le petit sac entre les dents.

— Le soleil s’est couché, remarquai-je. Allons-y.

Nous fîmes irruption dans le hall des urgences de l’hôpital de Cook County, le chevalier et le magicien côte à côte. Notre entrée ne passa pas inaperçue. Mon grand manteau noir qui battait autour de moi comme un nuage d’orage, et la cape blanche de Michael qui s’étalait comme les ailes de l’archange dont il portait le nom. Nous nous arrêtâmes brusquement à la première intersection des couloirs stériles, froids et encombrés.

J’attrapai le premier infirmier à ma portée. Il se figea avant d’ouvrir grande la bouche en me regardant des bottes au sommet de la tête. Il fixa nerveusement mon bâton et mon pentacle d’argent qui dansait au bout d’une chaînette sur ma poitrine.

Il avala sa salive.

Il jeta un coup d’œil à Michael, grand et large d’épaules. Son expression sereine contrastait avec sa cape et son épée. L’infirmier recula d’un pas.

— Puis-je… vous aider ?

Je le clouai sur place avec mon regard le plus féroce, avant de répondre, les dents serrées sur la bourse de cuir :

— Bonjour. Pourriez-vous m’indiquer la maternité ?

Chapitre 2

Nous passâmes par l’escalier de secours. Michael connaît mes rapports conflictuels avec la technologie, et ce n’était pas le moment d’être coincés dans un ascenseur pendant que des innocents se faisaient repasser. Le chevalier ouvrit le chemin à grandes enjambées, une main sur la rambarde, l’autre sur la garde de son épée.

Je le suivis en soufflant. Michael s’arrêta près de la porte et se retourna vers moi dans un frémissement de cape immaculée. Je le rejoignis au bout de quelques secondes, la langue pendante.

— Prêt ? demanda-t-il.

— Aardnv, répondis-je, avant de hocher la tête, le petit sac toujours entre les dents.

Je sortis une boîte d’allumettes de la poche de mon manteau, ainsi qu’une bougie blanche. Je dus poser mon bâton et ma crosse pour l’allumer.

Michael frémit des narines en reniflant la fumée et ouvrit la porte. Je le suivis, bougie dans une main, bâton et crosse dans l’autre, mes yeux passant de la flamme aux alentours, puis revenant à la bougie.

Il n’y avait rien de notable. Un hôpital, quoi. Des murs propres, des salles aseptisées, du carrelage et des néons. Les grands tubes lumineux clignotaient faiblement, comme s’ils avaient tous décidé de claquer en même temps. Ils éclairaient à peine le couloir. Une ombre sinistre s’étendait depuis une chaise roulante garée près d’une porte jusqu’à une rangée de fauteuils en plastique inconfortables à une intersection.

Le troisième étage était aussi animé qu’un cimetière. Le silence absolu. Pas le moindre bruit de radio, pas la moindre lumière de télévision. Pas d’appels au micro, pas de ronronnement de climatisation.

Rien.

Nos pas résonnaient clairement en dépit de nos efforts pour rester discrets. Il y avait une flèche avec un clown sur le mur : « maternité ».

Je dépassai Michael pour regarder dans la direction indiquée. Un couloir se terminant par un jeu de portes battantes.

Tout était beaucoup trop calme.

Le bureau des infirmières était vide.

Il n’y avait même plus de lumière ici. Nous étions plongés dans l’obscurité, et des formes mystérieuses apparaissaient un peu partout. J’avançai d’un pas, et la flamme de ma bougie se réduisit à une pointe bleutée.

Je lâchai la bourse et parvins à la ranger dans une poche.

— Michael, dis-je d’une voix étranglée par l’urgence de la situation, elle est ici.

Je me retournai pour lui montrer la bougie.

Ses yeux passèrent de la flamme vacillante aux ténèbres qui nous entouraient.

— Garde la foi, Harry.

À ces mots, il dégaina lentement son épée, Amoracchius. Je trouvai ça plus réconfortant que ses dernières paroles. La lame luisait faiblement, et le chevalier s’approcha. L’air vibra avec la puissance décuplée de sa foi.

— Où sont les infirmières ? chuchota-t-il.

— Peut-être qu’elles ont eu peur, ou qu’on leur a jeté un charme. Au moins, elles ne seront pas dans le passage.

J’examinai l’épée et le grand clou inséré dans la lame, près de la garde. J’avais peut-être trop d’imagination, mais j’aurais juré voir des reflets rougeâtres sur la pointe.

Sûrement de la rouille.

Oui, de la rouille.

Je posai la bougie sur le sol, où elle continua à briller faiblement, trahissant ainsi la présence d’un esprit. Et un costaud. Bob n’avait pas exagéré quand il m’avait confié que le fantôme d’Agatha Hagglethorn n’était pas un Casper à la manque.

— Reste derrière moi, Michael. Laisse-moi une minute.

— Si ton familier a dit vrai, cette créature est dangereuse. Je passe devant, c’est plus sûr.

— Crois-moi, répondis-je en montrant sa lame d’un hochement de tête, un esprit te sentirait arriver avant même que tu approches de la porte. Il vaut mieux voir ce que je peux faire en premier lieu. Si je peux poudrer ce spectre, la baston sera finie avant même d’avoir commencé.

Je ne laissai pas au chevalier le temps de répondre. Je préférais garder mon bâton et ma crosse dans la main gauche et ressortir ma bourse en cuir avec la droite. Je l’ouvris, puis m’avançai dans les ombres.

Je poussai l’une des portes, et elle s’ouvrit lentement. Je m’immobilisai, tous mes sens aux aguets.

J’entendais un chant.

Une voix de femme. Douce. Charmante.

Il ne veut pas dormir, mon petit,

Mon petit ne veut pas dormir,

Et rit…

Je jetai un coup d’œil à Michael avant de m’enfoncer dans l’obscurité. Impossible de voir quoi que ce soit, mais je ne suis pas magicien pour rien. Je pensai à l’amulette qui pendait sur ma poitrine, contre mon cœur, ce pentacle d’argent hérité de ma mère. C’était un bijou usé qui avait servi à tout et surtout à n’importe quoi, et il en gardait les cicatrices. Mais je le conservais. L’étoile à cinq branches symbolisait ma magie, mes convictions, les cinq forces de l’univers œuvrant en harmonie et sous l’égide du contrôle humain.

Je me concentrai sur le pentagramme, et lui insufflai un peu de volonté. L’amulette émit une douce lueur bleu argenté qui se répandit tout autour de moi en un nimbe subtil. Je découvris une chaise renversée et deux infirmières affalées derrière un comptoir. Elles respiraient profondément.

La berceuse continua pendant que j’examinais les femmes.

Sommeil magique. Pour l’instant, rien de surprenant. Elles dormaient, elles ne viendraient pas se fourrer dans mes pattes. Pas la peine de gaspiller du temps et de l’énergie à essayer de briser l’enchantement.

L’agréable chanson continuait et je me surpris à redresser la chaise pour m’y installer confortablement et me reposer un petit peu.

Je m’immobilisai et me sermonnai : pas vraiment une bonne idée de s’asseoir sous l’influence d’un chant surnaturel, même pour un instant. Une magie discrète et puissante. Je savais à quoi m’en tenir, et pourtant, j’avais à peine perçu son influence.

J’abandonnai la chaise pour gagner une pièce pleine de patères et de blouses pastel accrochées dessus. La chanson était plus forte, mais son origine était toujours mystérieuse et fantomatique. L’un des murs, remplacé par une plaque de Plexiglas, dévoilait une pièce que l’on tentait de garder chaude et stérile à la fois.

Des rangées de berceaux en plastique transparent montés sur des chariots occupaient la salle. Leurs minuscules occupants portaient de petits gants sur leurs mains toutes neuves et de petits bonnets sur leur tête chauve. Ils dormaient paisiblement, plongés dans leurs rêves d’enfants.

La lumière de mon amulette révéla ce qui marchait en chantant au milieu d’eux.

Agatha Hagglethorn était morte jeune. Elle portait un chemisier à haut col, comme il était de rigueur pour une femme de son rang dans le Chicago du XIXe siècle, et une longue robe sombre des plus austères. Je pouvais distinguer à travers elle un petit berceau. Cela mis à part, elle semblait bien là, réelle. Elle avait un joli visage émacié et enveloppait de sa main droite le moignon de son poignet gauche.

Ta mère, mon petit, qui te donne la vie,

Va clore les rideaux…

Sa voix était captivante. Au sens propre. Elle chantait doucement, tissait un réseau d’énergie dans l’air, et plongeait son public dans un sommeil de plus en plus profond. Si on la laissait continuer, elle emporterait les enfants et les infirmières dans des rêves dont ils ne se réveilleraient jamais, et les autorités attribueraient ça à du monoxyde de carbone ou je ne sais quoi de plus agréablement normal qu’une influence spectrale.

Je m’approchai un peu plus. J’avais assez de poudre pour coincer Agatha et une dizaine d’autres fantômes dans son genre. Il ne resterait plus à Michael qu’à la neutraliser rapidement et avec un minimum de casse – en admettant que je réussisse mon coup.

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