TON HUO

De
Publié par

Ton Huo, c'est le surnom que se donne un petit enfant de Fima, petit village au fin fond de la brousse, dans la région de Sikasso au Mali, Soudan Français quand l'enfant naît. Ton Huo signifie en samogo " l'étranger de bon augure ". L'enfance de Ton Huo, son recrutement à l'école, l'éducation à la fin de la période coloniale dans l'école française : école primaire puis lycée. Ensuite les diverses activités de Ton Huo, étudiant en France, aussi bien à l'université qu'ailleurs, la fin de la formation et le retour au village natal, Ton Huo, pour fixer cette période charnière passée.
Publié le : lundi 1 janvier 2001
Lecture(s) : 52
Tags :
EAN13 : 9782296240124
Nombre de pages : 145
Prix de location à la page : 0,0060€ (en savoir plus)
Voir plus Voir moins
7 jours d'essai offerts
Ce livre et des milliers d'autres sont disponibles en abonnement pour 8,99€/mois

Ton Huo L'étranger de bon augure

Collection Encres Noires dirigée par Maguy Albet

Dernières parutions

N°177 Léopold Rosenmayr, Le Baobab. N° 178 Boubakar Diallo, La nuit des chiens. N°179 C.-M. Istasse-Moussinga, Aïna ou la force de l'espérance. N°180 Yacouba Diarra, Du Kouttab à la Sorbonne (Itinéraire Talibé) N° 181 Angèle Kingué, Pour que ton ombre murmure encore... N°182 Denis Oussou-Essui, Vers de nouveaux horizons N°183 Nicolas Ouwehand, Le monument sur la colline N°184 N.N. Ndjekery, Sang de kola N° 185 Barnabé Laye, L'adieu au père N° 186 Mamadou Mahmoud N'Dongo, L'errance de Sidiki Bâ N° 187 Alexis Allah, La nuit des cauris N° 188 Ludovic Obiang, L'enfant des masques. N°189 Daniel Etounga-Manguelle, Maïgida ou le chasseur d'illusions N°190 Daouda Ndiaye, L'ombre du baobab N°191 Dominique M'Fouilou, Ondongo N°192 Fadel Dia, Mon village au temps des blancs N° 193 Daouda Ndiaye, L'ombre du baobab. N°194 Adélaïde Fassinou, Modukpè, le rêve brisé. N°195 Coumba Diouf, La chaumière des Bugari N°196 Marcel Kemadjou Njanke, Le mendiant bleu. N° 197 Amba Bongo, Une femme en exil. N° 198 Bakary Christophe Traoré, L'avaleur de cadavres. N° 199 Maxime Z. Somé, La métamorphose de Zita. N°200 Abdoulaye Ndiaye, Le mannequin de bois. N°201 Charles Djungu-Simbas, Lafin des haricots. N°202 Richard Keuko, Le chant de So. N°203 Assitou Ndinga, Les scorpions du Congo. N°204 Dipita Mbengué, Le sel de lafamille. N°205 Seydi Gassama, Le phalanstère de Wou la. N°206 Éric Joël Bekale, Au pays de Mbandong.

d'un

Doulaye Danioko

Ton Huo L'étranger de bon augure

L'Harmattan 5-7, nIe de l'École-Polyteclmique 75005 Paris France

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALlE

(Ç)L'Harmattan,

2001

ISBN: 2-7475-1025-5

- Tu fais le fanfaron ici, chez nous, alors que les perdrix s'ébrouent tous les jours dans les ruines du village de tes ancêtres. Partir peut se comprendre, mais ne pas revenir chez soi, alors il ne faut pas oublier son statut d'étranger. Nous sommes à la fin du XIXe siècle à Bananso, considéré depuis longtemps comme la capitale du monde samogo. Les Samogos constituent alors une race minoritaire, quelques milliers d'individus dans ce HautSénégal-Niger que le colonisateur français s'occupe à organiser. Les Samogos passent pour être les cultivateurs types, vivants uniquement par la culture de la terre et pour cette culture pour laquelle leur courage, leur ténacité, leur savoir-faire paraissent difficilement égalables. Ce jour-là donc, une dispute éclate entre deux Samogos d'âge mûr. Le premier, Tafahan, vient d'asséner à son interlocuteur:

- Tu sais, les hommes se connaissent, ils se connaissent dans les champs, mais pas devant les femmes. Les champs, il s'agit du champ de bataille; j'y étais lorsque Samori a assiégé Sikasso, sous le règne de Tiéba. J'y étais au combat lorsque le fils de Samori Touré, Massé Mamadi, a été tué; j'étais là lorsque les frères de Samori, Manidié Mori et Fabou, ont été tués; j'étais présent lorsque le légendaire Kémé Bréma a succombé et lorsque le plus grand chef de guerre de Samori, Langama Fali, fut tué; tous tués, coup sur coup dans le même combat. Les Samogos n'y sont pas étrangers, cela se sait, mais toi, où étais-tu? Toi qui te pavanes aujourd'hui devant les femmes? - Tafahan, tu fais le fanfaron ici chez nous alors que les perdrix s'ébrouent, chantent tous les jours dans les ruines des quartiers de tes ancêtres à Fima. Linterlocuteur de Tafahan a repris ses propos, appuyés d'un sourire cruel. Tafahan arrête la dispute, rejoint sa case, fait appeler son jeune frère Famaha.

- Famaha, occupe-toi des préparatifs, nous rentrons chez nous demain. Demain, nous retournons à Fima. Fima, village samogo à une vingtaine de kilomètres au sud-est de Bananso, passe pour être le plus vieux site habité de la région, donc un vieux village, un très vieux village. À présent, presque un hameau, les guerres successives en ont éparpillé les habitants. Ce village, fondé par les Dioulas du nom de Koné,
8

ne comporte plus qu'un seul quartier. À son apogée, au XVIe siècle semble-t-il, l'agglomération comportait soixante et trois quartiers, la grandeur d'une grosse ville. Les ancêtres de Tafahan, les Danioko, y vivaient en maîtres des lieux de culte. La multiplicité des familles et des quartiers, donc la diversité des intérêts, crée progressivement une multiplication des conflits internes. La vie, progressivement difficile à Fima, s'avère finalement impossible pour certains. Les razzias à la recherche d'esclaves, autour des foyers populeux, conduisent à une insécurité permanente. Les Danioko partent donc, ils partent vers le centre samogo le plus puissant et encore homogène, Bananso. Les Danioko, immigrés de très longue date, ont alors comme chef de clan Tafahan. Ce guerrier intrépide, ce cultivateur valeureux, Tafahan, refuse l'humiliation, car la fuite définitive couvre d'humiliation. Létranger à qui on rappelle son statut redevient étranger. Étranger et humilié, il faut partir. Tafahan et les siens réinvestissent Fima, dans ce Haut-Sénégal-Niger dont la conquête française s'achève, malgré quelques soubresauts des Bobos. Leur quartier, Tafahanha, le quartier de Tafahan, ensuite le quartier des Dioulas, au sud de l'autre côté du marigot et le grand quartier, voilà Fima à l'époque. Les Danioko, des Boulas, un des clans chefs de guerre depuis les premiers empires du Mali, ont 9

essaimé à travers le territoire avec la chute de fEmpire du Mali. Les Danioko, guerriers farouches, devenus samogos parce que installés chez les Samogos, prennent progressivement les caractéristiques de leurs hôtes: cultivateurs, conservateurs dans l'âme, fortement animistes. Tous les rituels se perpétuent, immuables. Le pater familias détient des pouvoirs absolus dans certains domaines. Cependant, le conseil de famille existe et fonctionne. Des fonctions appartiennent à des lignées au sein du clan, notamment celle de chasseur. Mouossoin a pris le flambeau de son père, celui de son grand-père, le flambeau de leur ancêtre dans cette grande famille. Célèbre par ses flèches et son fusil, il fournit en permanence les siens en gibier. Mouossoin, «l'homme en or», ne se marie qu'une fois - exceptionnel ici - De son épouse Nehin, quatre filles et un

garçon, Mouossi. Mouossi signifie: « Celui qui est à la
tête d'une population importante, le possesseur d'un grand nombre de personnes». Tous les prénoms parlent. Mouossi a trois ans quand meurt son père dans la trentaine. Il grandit et ne connaît de son père que son carquois, ses flèches et son fusil dont il hérite parce que appartenant à la lignée des chasseurs depuis des temps . , . ImmemorIaux. À Fima, tout baigne dans le religieux. À f exception des Dioulas, seuls musulmans, les fétiches règnent, les 10

fétiches et les diables. Trois fétiches protègent Fima parce que leurs fonctions principales les y obligent: sévir contre les sorciers, prévoir les désastres et en donner la parade. Trois sortes de fétiches: deux ne peuvent être vus que des seuls hommes introduits. Tous les garçons à partir de sept ans passent par le rituel de l'introduction, rituel variable selon le fétiche. Cette introduction permet d'accéder au cercle des réjouissances nocturnes de ces fétiches, autorise à consommer toute viande issue d'un sacrifice à ce fétiche ou tout mets préparé pour une de ses cérémonies. Tout garçon qui naît possède un fétiche tutélaire. Dès la naissance de l'enfant, il reçoit une protection permanente de la part de son «tuteur», à charge pour les parents de fournir annuellement des sacrifices déterminés. Les deux fétiches nocturnes, le komo, encore appelé nama, et le kono moins répandu. Matérialisés par des masques que portent seuls les initiés. Accompagnés d'instruments de musique qui leur sont propres, notamment des cors, leurs sorties opérées selon les circonstances ne passent jamais inaperçues. Le troisième fétiche, le wara, diurne ou nocturne peut être vu de tous, y compris les femmes. Pour se manifester, il saisit un jeune initié qui entre en transe, se précipite dans la petite case du wara, y saisit un ou deux sacs - sa matérialisation - et court à travers le village à la poursuite des sorciers qu'il voit. Les initiés en transe peuvent pénétrer dans des braIl

siers sans risque aucun, dit-on. La force des croyances conduit les personnes âgées - les hommes - à souhaiter que tous les jeunes garçons deviennent rapidement des initiés pratiquants. Les récalcitrants, soumis à des interventions occultes ou à visage découvert, généralement rentrent dans le rang. En la matière, Mouossi s'avère un cas. Très tôt, dès ses premières sorties du village dans un pays voisin, il s'est converti à la religion musulmane. Son oncle Cheva, que tous les jeunes appellent Naha par déférence, dirige la famille, la grande famille. Il aime son neveu et ne peut accepter de le voir perdre son âme, être musulman. Les procédés occultes utilisés sans effet, la dernière recette, paraît-il infaillible, consiste à prendre l'intéressé manu militari et à l'introduire dans la case du wara. Trois garçons du même âge que Mouossi reçoivent cette mission. Bien qu'étant le plus jeune des quatre, individuellement chacun le sait plus fort que lui, et plus astucieux, et en plus, le chasseur de la famille, malgré son âge. Un complot: le stratagème, se ruer à trois dans sa case et le transporter de force dans la case du wara toute proche. Mais la porte de la case ne permet pas des entrées de front. Mouossi nettoie son fusil lorsque le comploteur de tête bondit dans la case, un peu aveuglé par la pénombre. Le second se précipite lorsque le premier, voyant plus clair, aperçoit le fusil que Mouossi tient à la main. Il bat en retraite en criant, 12

bouscule le second et renverse le troisième à la porte. Le second ne cherche pas à comprendre et trébuche sur le troisième au sol, il tombe à son tour et tous deux se relèvent à la vitesse de l'éclair. Mouossi reste définitivement musulman; la famille, le village en prennent leur parti. Dans le monde samogo, cela se sait et se répète à satiété: la culture de la terre, l'activité reine, fait l'objet d'une organisation forte, de pratiques immuables. Deux sortes d'associations de culture: les associations générales appelées «Tons» existent entre ressortissants du même quartier ou appartenant à une confrérie telle que celle des chasseurs et comportent toutes les personnes en âge de cultiver, garçons et filles, entre sept et trente ans. Ces associations n'interviennent que sur sollicitation. Sollicitation, rémunération, sanctions, tout est déterminé, connu. Deux personnalités capitales dans cette association: le chef donc le président et le porteur de «Kalama », un bâton d'un bois léger et dur, muni d'un fer pointu à un bout qui permet de le planter facilement, portant des grelots en clochettes à l'autre bout, ceint à intervalles réguliers de lamelles de peau couverte de poils blancs, d'une longueur d'environ deux mètres. Le plus fort des cultivateurs, le plus fort sans conteste, porte en permanence le Kalama à l'aller et au retour du champ, pendant toute la journée, et le plante devant chacune de ses parts. Un morceau de musique appartient uniquement à ce détenteur. Mais pendant la journée, 13

celui qui finit avant le détenteur, lorsqu'un orchestre le suit, peut arracher le Kalama de terre et danser avec, vexant ainsi le détenteur habituel qui se préoccupe donc d'éviter toute la journée durant, cette perte de face. Lautre association de culture possède deux caractéristiques spécifiques: elle existe uniquement entre les filles et les garçons du même âge, donc deux frères ou deux frères et sœurs de la même maman ne peuvent appartenir à cette association à moins d'être des jumeaux. La seconde caractéristique: il s'agit ici d'une association qui cultive à roulement: elle va selon un ordre qu'elle se fixe, successivement dans le champ de chacun des membres, filles ou garçons. Les personnes de même âge deviennent des cousins à plaisanterie pendant toute leur vie et les enfants réciproques possèdent les mêmes droits. Entre personnes de même âge, la plaisanterie ne débouche jamais sur des querelles, quels que soient les propos tenus, quelles que soient les insultes. Les associations générales, les Tons, utilisent surtout les dabas, la pelle pour les cultures. Les associations d'âge commencent par des houes et ce ri est que lorsque leurs membres atteignent l'âge de la grande culture qu'interviennent les dabas. Mouossi et son association entrent chez les grands et de nouvelles hiérarchies s'imposeront. L une des premières sorties de r année, l'année d'utilisation des dabas. En route pour le champ, les plaisanteries fusent, les défis aussi: 14

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.