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TOXIC S02E01 : Homo Exilus
SOMMAIRE
Épisode 1 : Homo Exilus
Épisode 2 : Péril humain
Épisode 3 : Astral Karma
Épisode 4 : Œuvre de chair
Épisode 5 : Fractures ouvertes
Épisode 6 : À l’abordage
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L’auteur
Crédits
TOXIC S02E01 : Homo Exilus
RÉSUMÉ
La bataille pour la Concession de la Terre a tourné court. Rien ne s’est déroulé comme l’avait espéré l’émissaire Jave : le Lynien e st prisonnier, le clan des Empoisonneurs compte bien poursuivre l’œuvre du Pri mark, Naakrit, qui est porté disparu, et son groupe de protégés humains vogue à travers l’espace à bord d’un cargo génosaran. À leur réveil, Elaine, Masters et la précieuse Joana se doutent bien qu’ils ne sont pas en sécurité dans ce vaisseau aux propor)ions gigantesques. Cependant, aucun n’imagine l’ampleur du cauchemar que les survivants s’apprêtent à vivre.
1- L’éleveur
Lune de Balyth – Collectif Commercial
Les onze millions de résidents de la lune de Balyth tournaient autour d’un monde de classe K-J d’après la terminologie standard ; les ê tres intelligents, de plusieurs races, y jouissaient d’un panorama aussi atypique que spectaculaire. Dès qu’il y posait son pied, sa patte ou tout autre appendice, n’importe quel vi siteur du Collec%if s’accordait un instant, ébahi par la majestueuse planète géante striée d’une fabuleuse diversité de tons du rouge au marron, suspendue au-dessus de leurs têtes. Le disque chamarré dominait une bonne par%ie du ciel limpide, invitant au respe ct ou bien, selon les croyances propres à chaque espèce, à la crainte. Les strates nuageuses colorées s’étalaient en une fresque vivante peinte par la nature dont les mo%ifs changeaient en fonc%ion du régime des vents supersoniques et des courants convec%ifs. Dans l’ombre protectrice de sa puissante parente, Balyth faisait figure d’enfant tranquille avec son atmosphère azurée, ses déserts, ses deux océans et sa ceinture équator iale parcourue d’immenses jungles
inextricables. Le premier pe%it jour de l’année thernale, désignée ainsi en raison de la lumière solaire que re+létait la géante gazeuse avant l’app ari%ion du véritable soleil, marquait l’ouverture du grand marché de Priyanka. Un événement que Twirl n’aurait raté sous aucun prétexte. D’un mouvement lent, il étendit son membre droit pu is le gauche, il secoua ses pennes avant de vérifier le harnais en %issu réac%if qui recouvrait son corps depuis le cou à la base de la queue, notamment que les poches soi ent correctement zippées afin d’éviter d’en perdre le contenu. Ensuite, il s’approcha du bord. La plateforme +lottait bien au-dessus de la brume couvant la canopée humide, no n loin de la périphérie urbaine marquée par les spires lumineuses. Avant de prendre son envol, Twirl s’accorda un instant pour observer les volutes blanches semblables à des vagues chargées de vapeur d’eau qui se déplaçaient en bancs, laissant poindre ici et là quelques cimes. Sa vue perçante, héritée de ses ancêtres qui chassaient depuis des al%itudes élevées, s’imprégna du moindre détail. Il était temps d’y aller, se dit-il, finalement. Twirl s’abandonna à la gravité. Après une brève chute, la portance aérodynamique fit son o6fice et il remonta lentement dans les airs. Il étendit ses phalanges de manière à planer sans effort et repéra sans di6ficulté un premier courant chaud, un véritab le ascenseur naturel dans lequel s’engageaient également d’autres aviens. Très vite, il entra à son tour dans la spirale et se
laissa porter. Dans le Collec%if Commercial, les Balythiens faisai ent figure de redoutables vendeurs. Aussi, le coup d’envoi du grand marché o6 frait aux meilleurs d’entre eux d’exercer leurs talents. Twirl bénéficiait de la posi%ion la plus avantageuse dans l’art du négoce : celle de l’acheteur qui, volant de stands en étals, +lairait les tendances à la recherche de la bonne a6faire. Priyanka, à sa connaissance, demeurait un lieu unique, le plus important bazar aérien du Collec%if. Mais nul ne pouvait se targuer de connaître tous les mondes. Une fois l’ascension terminée, Twirl vira sur l’aile et mit le cap vers le rassemblement d’engins +lottant au-dessus de la ville. Des millie rs de barges à lévita%ion, de péniches agrav et de véhicules en tout genre s’y croisaient dans un brouhaha constant de pépiements, de cris, de bruits de moteurs. Déjà, l’e6fervescence qui y régnait atteignait son paroxysme et l’excita%ion s’étendait jusqu’à l’extrémité de ses pennes à l’approche des premières plateformes chargées de victuailles et de marchandises en provenance de tout le Collec%if. Le marché se tenait directement à la ver%icale de la capitale, Priyanka, construite sur les bords d’un delta +luvial. Il arrivait que des produits tombent du ciel et pour éviter qu’ils ne blessent les rampants, la mun icipalité avait installé un dôme de force. Ainsi, pendant toute la durée de la foire et pour leur sécurité, les habitants vivaient sous une cloche transparente. Pour accéder au sommet du négoce, les visiteurs ou commerçants incapables de voler s’équipaient d’u n harnais agrav. Ils étaient déjà nombreux à arpenter les voies de circula%ion entre les barges. Twirl repéra des rep%iliens, un couple de créatures massives qu’il r econnut comme des Katharis à leur accoutrement coloré. Le mâle arborait une collerett e mauve assor%ie au jaune de son harnais tandis que la femelle lissait de pe%ites plumes qui dépassaient de ses manches. D’après les évolu%ionnistes, les aviens descendaient en ligne presque directe de l’une des prolifiques familles reptiliennes, l’une des races les plus répandues au sein du Collectif. Twirl doubla un Squil en combinaison-peau blanche qui traînait ses tentacules dans son sillage, se glissa à droite d’un groupe d’Arthrosiens dont les ailes atrophiées ne leur permettaient plus depuis longtemps de soulever leur s corps imposants. Elles leur o6fraient cependant un surcroît de manœuvrabilité. L’avien abaissa sa queue, inclina sa pique caudale, et in+léchit sa course en émettant u n léger pépiement de sa%isfac%ion. L’ambiance, les odeurs, les mouvements des barges, les cris des vendeurs et la foule colorée des clients, il se sen%it prêt à entrer à s on tour dans la mêlée. Son objec%if consistait à orienter son a6faire sur des courants plus porteurs. Son entreprise périclitait et s’il voulait maintenir ses couleurs dans le clan , il devait relancer sa ferme d’élevage. Pour cela, il avait une idée bien précise à l’esprit. Twirl bat%it des ailes, replia sa queue et, les pattes en avant, il se posa sur une longue
rambarde qu’occupaient déjà une bonne douzaine de n égociants, des aviens et des insectoïdes en gilet agrav passé au-dessus de leurs mises taillées dans un %issu synthé%ique certainement bardé de capteurs biométri ques. Une fois ses ailes repliées dans son dos, deux bras courts surgirent de l’intérieur de son harnais. Pourvus de pe%ites écailles souples, comme des protos plumes, ils cons%ituaient un héritage évolu%ionnaire,
avant que son espèce n’apprenne à voler pour chasser des proies de plus en plus véloces. Peu mobiles, elles participaient désormais à l’équilibre au sol de l’avien. — Twirl ! entendit-il siffler derrière lui. Il se retourna et chanta la joie de rencontrer un v ieil ami. Son nez retroussé, semblable à une corne, expulsa un air chaud. Son be c s’entrouvrit pour jouer son rôle d’amplificateur. — Caibee ! Je suis content de te voir, toujours fidèle au poste. — Tu sais bien que je ne raterai ça pour rien dans le Collectif. Twirl fit claquer son appendice buccal en guise de confirma%ion. Ils se retrouvaient tous ici dans le but de faire des affaires. — J’ai entendu dire que ta ferme battait de l’aile. Est-ce que c’est vrai ? Sur Balyth, les nouvelles circulaient à la vitesse d’un courant-jet et le marché faisait aussi o6fice de caisse de résonance. L’informa%ion é tait d’ailleurs la première des monnaies. Savoir, surtout avant ses concurrents, comptait davantage que posséder. — Je dois m’ouvrir à de nouveaux horizons. — Ah ! Tu as toujours gardé une at%itude posi%ive. C’est bien ! J’imagine que tu as déjà une idée de reconversion. — Oui. Les produits humains. — Oh ! réagit Caibee en gon+lant son cou, l’a6faire la plus rentable du moment, des promesses de gains rapides. Cependant… L’approvisionnement est très délicat, irrégulier. Les arrivages se sont taris ces derniers temps et j e n’ai plus rien en stock depuis plusieurs huijours. Twirl avait eu vent de la pénurie qui menaçait un m arché en plein essor, mais il ne désespérait pas de dénicher un fournisseur mieux achalandé, voire de sceller un contrat à l’arrière de l’une des péniches. — La situation possède au moins une vertu, répondit-il. — Celle de faire s’envoler les cours, c’est certain. Tu risques de payer très cher l’accès à ce type de produits, mais les cours ne monteront pas indéfiniment, la bulle spécula%ive humaine finira tôt ou tard par éclater. À ce moment-là, tu te retrouveras au même point. Tu devrais plutôt envisager une stratégie à long terme. Avec quelques octans de moins… Caibee s’y entendait en ma%ière de négoce, il avait traîné ses ailes sur bien des mondes du Collec%if à la recherche de bonnes a6faires. Sauf que son âge respectable ne lui permettait plus de se lancer dans une nouvelle aventure. Il avait fait son nid sur Balyth et il en vivait bien. Pourquoi risquer ses œufs dans une énième entreprise ? — Qu’est-ce que tu veux dire ? Le vieil avien, à l’accoutrement élimé dont les cou leurs ternes renvoyaient à son plumage +létri, sauta sur la rambarde afin de livrer son sen%iment sans que personne ne l’écoute. — L’avenir, c’est de produire local. J’ai des informa%ions sur un possible embargo sur l’importa%ion d’humains morts ou vifs qui serait dé jà à l’étude au niveau de la Commission de la Sécurité Sanitaire Commerciale. — Un embargo ?
— Apparemment, il se passe des choses compliquées s ur leur planète d’origine. J’ignore quoi, mon contact essaie d’en apprendre plus à ce sujet, mais il est catégorique : un moratoire va tomber, c’est une simple question de temps. — Ça veut dire que je ne pourrais pas vendre leur chair ? — Non, ça signifie que tu ne pourras plus en importe r. Nuance ! Par contre, rien n’empêche d’en produire localement. Twirl se gratta la peau de son bras à l’aide de son bec avant de redresser à nouveau la tête : — Comment produit-on de l’humain ? — J’en ai aucune idée, mais si j’étais toi, je comm encerais par compiler les données de la banque inter-espèce. Caibee s’excusa et, d’un bond, il retourna derrière son étal. Des clients accordaient un intérêt à ses vers luisants qu’il faisait venir des bords de l’océan sud. Twirl salua son vieil ami d’un bref pépiement et prit son envol. Ap rès avoir visité d’autres péniches, emprunté plusieurs voies, croisé quelques connaissances, Twirl trouva un seul vendeur de produits humains sur tout le marché. Et pas n’im porte lesquels. Des phalanges. Le must. Il a6fichait un prix tellement dissuasif qu’aucun acheteur, même s’ils s’y arrêtaient, ne désirait se porter acquéreur du lot. Les doigts avaient été disposés en pyramide élégante sous une cloche de verre réfrigérée qui re nfermait également un gaz inerte, signe indiscutable de la fraîcheur de la marchandise. Mais la somme folle… Twirl émit un couinement de surprise : — C’est plus cher que des œufs de Krondor ! Le vendeur insectoïde tourna ses yeux à facettes ve rs lui, il sor%it un polymère interactif de la poche de sa sur-veste. — Ce qui est rare est précieux, donc très cher. La ressource doit être préservée. — Bien sûr. Il ne faisait qu’énoncer l’une des bases fondatrice s du commerce. Tout le monde connaissait le classique, tragique, de la magholine , une plante aux vertus médicinales excep%ionnelles poussant sur une planète Hors Colle c%if. Les découvreurs, en mission d’explora%ion, pensaient avoir le temps. Lors du re tour à la tête d’un Combinat expressément créé pour en assurer l’exploita%ion, l e monde avait été frappé par une comète. Les projec%ions financières mirobolantes s’é taient envolées, la ressource définitivement perdue en raison d’un écosystème ravagé d’un pôle à l’autre. Cela pourrait-il arriver aux humains ? Qu’ils disparaissent purement et simplement demeurait une réalité. Les mondes Hors Collec%if étaient livrés à eux même et beaucoup de civilisa%ions ignoraient même qu’elles risquaien t de succomber en un battement d’ailes. — Vous êtes acheteur ? demanda l’insectoïde en activant son écran. — Non, juste curieux. C’est bien trop cher. — Quel dommage… Twirl s’envola à nouveau. Produire des humains… Cela lui apparaissait de plus en
plus comme un choix intelligent. Mais compliqué à mettre en œuvre.