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Toxic - Saison 2 Épisode 2 - Péril humain

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62 pages

L’avenir de l’humanité s’écrit loin de la Terre : Jave l’a compris depuis longtemps. Sa solution pour préserver l’espèce s'éloigne sur un cargo spatial. Pour reprendre le contrôle de la situation, il devra recourir à son Talent, quitte à passer des marchés intenables et à sceller de dangereuses alliances.


Elaine, Masters et leurs compagnons ont une autre préoccupation : apprendre à vivre ensemble. La crise couve, les rapports se tendent. Le vaisseau est gigantesque, mais y a-t-il vraiment une place pour tout le monde ? Et si l’un des survivants disparaissait soudain, comment réussiraient-ils à maintenir cette fragile entente ?


Ailleurs, au sein du Collectif, d’autres tentent de profiter de la situation pour amasser des fortunes sur le marché des produits humains. Twirl, modeste éleveur, se frotte à une concurrence féroce. Peut-être trop, même, mais le jeu en vaut la chandelle.


Au bout du compte, pour tous, le vrai péril est humain.

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TOXIC
S02E02 : Péril Humain

skull

Stéphane Desienne

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Walrus — 2016 

SOMMAIRE

Résumé

1- Le polymath

2- Planifications

3- Destin cosmique

4- Disparition

5- Kadre'll

6- Duel

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L’auteur

Crédits

RÉSUMÉ

L’avenir de l’humanité s’écrit loin de la Terre : Jave l’a compris depuis longtemps. Sa solution pour préserver l’espèce s'éloigne sur un cargo spatial. Pour reprendre le contrôle de la situation, il devra recourir à son Talent, quitte à passer des marchés intenables et à sceller de dangereuses alliances.

Elaine, Masters et leurs compagnons ont une autre préoccupation : apprendre à vivre ensemble. La crise couve, les rapports se tendent. Le vaisseau est gigantesque, mais y a-t-il vraiment une place pour tout le monde ? Et si l’un des survivants disparaissait soudain, comment réussiraient-ils à maintenir cette fragile entente ?

Ailleurs, au sein du Collectif, d’autres tentent de profiter de la situation pour amasser des fortunes sur le marché des produits humains. Twirl, modeste éleveur, se frotte à une concurrence féroce. Peut-être trop, même, mais le jeu en vaut la chandelle. 

Au bout du compte, pour tous, le vrai péril est humain.

1- Le polymath

Banque Inter-espèce – Collectif Commercial

 

 

Sous un soleil de plomb, Twirl avait plané jusqu’à la plateforme de transfert. Sitôt les contrôles franchis, il se défaça sur l’orbitale la plus connue du Collectif, celle qui abritait la Banque Inter-Espèces. À l’intérieur d’un champ à gravité réduite, une énorme roue enserrait le célèbre octachore, sa destination finale. L’avien valida à nouveau son passe et, depuis le bord du cercle, il plongea en direction du centre en suivant un couloir réservé aux races aptes au vol libre. Il longea l’un des rayons, celui-ci permettant aux visiteurs aquatiques de nager jusqu’à la BIE. Les balises violettes matérialisaient la trajectoire qu’il devait observer sous peine de se voir rappeler à l’ordre. Avec une gravité réduite, il avait l’impression de flotter sans fournir d’effort. Une expérience agréable, sublimée par un panorama exceptionnel.

Les bras de la grande galaxie illuminaient un arrière-plan piqueté de milliers de têtes d’épingle et à sa droite, le système triple d’anneaux de glace d’une planète gazeuse géante scintillait, projetant des myriades d’éclats. Avec son atmosphère bleu méthane, elle ressemblait à un monde océan dépourvu de la moindre parcelle de terre. Point d’eau à sa surface pourtant, autre que sous forme de cristaux en suspension. Twirl vira sur la gauche en suivant les bulles colorées et se retrouva face à l’octachore, architecture à la fois simple et symbolisant la complexité mathématique de la géométrie scalaire à n dimensions. Pour lui, modeste éleveur sur une planète périphérique de l’Arc Intérieur, il ne s’agissait que d’un petit cube à l’intérieur d’un plus gros, le tout semblant reposer sur la pointe.

L’important se trouvait au centre.

Il visa un point à l’extrémité de l’une des nombreuses plateformes de réception et effectua une prise de contact tout en douceur. Une fois ses ailes repliées, il emprunta la rambarde reliée à l’un des accès. Le franchir équivalait à pénétrer dans une sorte de temple. À perte de vue, les rangées d’étagères aux compartiments bleus s’alignaient au garde-à-vous. Chacun renfermait des mémoires, le savoir des civilisations unies au sein du Collectif, leurs croyances, leurs erreurs. Des leçons ou des rappels pour les espèces développées. Twirl suivit l’allée principale jusqu’à l’accueil cylindrique transparent dont les idéogrammes signifiaient qu’il pouvait demander un renseignement. Son regard se fixa sur l’uniforme mauve que portait un GénoSaran dont le torse étroit arborait aussi un pendentif représentant un octachore qui dissimulait un projecteur holographique. Sur le plan matérialisé par l’agent d’accueil de la BIE qui vérifia son identité en scannant son bracelet, l’éleveur repéra l’alcôve de consultation où s’installer. Il remercia l’être au long cou d’un bref gazouillis et il se dirigea aussitôt vers le box qui venait de lui être assigné. Twirl sauta sur la rambarde ce qui activa un écran rectangulaire qui s’incurva autour de sa tête de manière à l’immerger dans le paysage de données, une projection holographique parfaite dans laquelle il suffisait de naviguer pour accéder aux informations désirées. Ses petits bras planaient au-dessus d’un tapis d’icônes et de symboles qu’il pouvait solliciter à loisir. Il exprima sa requête en Fsi standard et en un battement d’ailes, des listes de références apparurent couvrant des domaines aussi variés que l’anatomie et… la gastronomie ? Il avait ratissé trop large. La reformulation « environnement de la planète d’origine des humains et mode de reproduction » fit émerger une bulle avertissement du paysage.

« En raison d’une alerte sanitaire, les informations demandées sont actuellement indisponibles. »

— Une alerte sanitaire ? siffla Twirl.

La Terre faisant l’objet d’un conflit de concession, la BIE interdisait temporairement l’accès à de nombreuses informations. L’institution gardait cependant ouverte la consultation des renseignements basiques qu’il parcourut sans tarder. Le monde des humains, de type M-K, abritait un écosystème complet constitué de centaines de milliers de familles animales et végétales dont une seule dominait les autres. Une race bipède, dotée d’un tronc, de quatre membres, dont deux servant à la locomotion, d’un organe sensitif, la tête. Rien qu’il ne sut pas déjà. Il repéra néanmoins une information capitale : l’espèce était sexuellement différenciée. Voilà qui compliquait singulièrement sa tâche puisqu’il devait mettre les serres sur un mâle et une femelle pour commencer une activité d’élevage. Avec à la clef, de nombreuses questions : la logistique, notamment alimentaire, était-elle différente entre les deux sexes ?

À la réflexion, pensa-t-il, ça ne pouvait pas être plus tortueux que certaines races insectoïdes et leurs savants ménages à quatre, voire cinq si on comptait l’intervention d’un médiateur. Il y avait une autre mauvaise nouvelle : la durée de gestation, neuf mois, représentait un cycle long. Pour couronner le tout, plusieurs octans seraient nécessaires pour faire parvenir un individu à maturité commerciale.

Au fur et à mesure qu’il parcourait les données, son moral partit en vrille et il se retrouva, selon l’expression consacrée, les pennes dans la tourbe. L’affaire s’annonçait difficile, mais la promesse de gain, mirifique, constituait une puissante motivation ; sans parler de la pression exercée par le clan pour qu’il redresse sa situation. Il disposait toujours d’une petite réserve de fonds propres, un pécule constitué en des temps meilleurs qu’il pourrait avancer pour financer les aménagements.

Restait à découvrir de quelle manière se procurer la matière première.

Estimant en savoir suffisamment, Twirl pressa l’icône en forme de double cercle. L’écran se déroula puis il abandonna l’alcôve qui s’éteignit aussitôt. Sans tarder, l’éleveur quitta l’octachore et s’envola en direction de la plateforme de transfert.

 

 

 

 

 

Il se défaça sur Corrudeen et, après un court trajet dans un air surchauffé, il regagna sa ferme, et son ingénieur amphibien. Ainsi que les ennuis.

Le clan envoyait régulièrement des représentants chargés de la tournée des affaires en cours. Depuis la dernière visite du contrôleur commercial, la situation ne s’était pas améliorée. Pire même, l’avien au plumage verdâtre, rehaussé d’une mise en tissu réactif incorporant des enregistreurs, releva un fléchissement plus important qu’escompté du volume des ventes.

— Vos résultats sont inquiétants, affirma-t-il en écartant la projection holographique connectée à la comptabilité de la ferme.

— Nous affrontons des réductions de commandes de dinkos. Beaucoup de nos clients habituels recherchent désormais de l’humain ce qui a un impact sur notre activité.

— Peut-être devriez-vous songer à vous diversifier ?

— Nous y réfléchissons, répondit prudemment Twirl.

Les instances dirigeantes favorisaient la compétition entre les membres du clan. Les meilleurs accédaient aux échelons supérieurs en fonction de leurs performances, c’est-à-dire la richesse qu’ils faisaient entrer dans les caisses. Au départ, Twirl disposait d’une niche monopolistique avec les dinkos qu’il plaçait sur les marchés reptiliens et insectoïdes, mais un entrepreneur avec de bonnes relations dans la hiérarchie avait obtenu un droit d’exploitation pour la même marchandise à destination des mondes du Collectif. La forme de concurrence qu’il estimait déloyale expliquait en partie la baisse de sa rentabilité puisqu’il avait dû rogner sur ses marges. Cependant, le contrôleur ne tiendrait pas compte de ce genre d’excuse. Seul le bilan final importait.

— Je vous conseille de ne pas tarder. Le clan pourrait considérer l’arrêt de votre ferme et le transfert des actifs vers une autre filiale.

Ce serait la fin. Un désastre.

Twirl claqua son bec :

— Je ferai le nécessaire.

Le représentant inspecta le laboratoire ainsi que la chaîne de traitement où les carcasses de dinkos circulaient d’un poste à un autre avant de finir en rouleaux empaquetés dans des caisses réfrigérées ensuite expédiées sur une plateforme de transfert. L’animal, de la famille des sauriens, était intéressant : gestation courte, un seul sexe et alimentation à base de graines facile à se procurer. Il suffisait d’aménager des enclos dans un hangar pour lancer la production. La rentabilité dépendait du volume de l’exploitation et Twirl, en plus d’affronter un rival intra-clanique, se frottait à ses concurrents externes, des éleveurs comme lui. Le business des dinkos arrivait peut-être à saturation.

Il raccompagna le contrôleur jusqu’à la plateforme où il le regarda prendre son envol. Il était en effet temps de se secouer les plumes, décida-t-il. Twirl regagna son bureau. Il ouvrit des rapports, consulta des données commerciales issues de l’ensemble du Collectif, le faciès auréolé de son paysage d’information. Il devait à tout prix dénicher de l’humain. Quelque part, peut-être qu’un commerçant ou un scientifique en stockait à des fins de recherche ou bien dans le but de faire grimper les prix au maximum avant de procéder à une vente. Une pratique courante sur les marchés parallèles. Il occupa une partie de son temps à composer des messages dans lesquels il se présentait comme un investisseur privé ce qui n’était, somme toute, qu’une demi-vérité. L’idée n’était pas de proposer d’acheter pour un montant trop élevé un stock important, ce que tous cherchaient plus ou moins, mais d’acquérir un petit lot d’humains en vue d’une étude collaborative en indiquant qu’il s’appuyait sur un fonds d’investissement. Pour cela, il joua sur l’agrément accordé à sa ferme, classée également comme une structure d’expérimentation, bien qu’elle portât essentiellement sur les dinkos…

Le maquillage pouvait fonctionner et de toute manière, il ne voyait pas comment procéder autrement tout en gardant une certaine discrétion.

Yuuz, à qui il transmit les détails de son opération, approuva sa stratégie :

— Une combine astucieuse, confirma-t-il.

— Il est capital de conserver le secret. Le clan risque de nous accrocher du plomb aux serres.

L’amphibien garda un masque neutre devant l’expression avienne qui, s’il la connaissait, ne le concernait pas. Il ne possédait pas de serres et il ne volait pas. Pire, son espèce était sujette au vertige.

— Éviter qu’ils vous refassent le coup des dinkos, je comprends.

— Pour cela, tu vas effectuer les commandes de matériel en utilisant ce nom et ces coordonnées. Nous devons couvrir nos traces.

Twirl lui tendit un cube transparent que Yuuz plaça dans le champ de son paysage de données.

— La liste des fournisseurs est longue, remarqua-t-il.

— Il sera plus prudent de diversifier les sources d’approvisionnement.

— Évidemment.

L’amphibien pointa un détail :

— Tables, chaises, couches…

— À la BIE, j’ai lu que les humains attachaient de l’importance à leur habitat. C’est une espèce intelligente, pas comme les dinkos qui se contentent de peu et que l’on peut parquer dans des enclos.

— Cela demande de l’espace, ce qui impactera le rendement.

— Je me suis arrangé avec un entrepreneur, un hangar se libère dans le voisinage. Une excellente occasion.

Yuuz bougea sa tête sans cou de gauche à droite en guise d’acquiescement.

 

 

 

 

 

Twirl retourna sur Balyth peu après. La planète géante emplissait la moitié du ciel lorsqu’il se posa sur la rambarde de son foyer. Accueilli par les pépiements de sa progéniture, il se rendit au cœur de sa nichée pour picorer quelques victuailles dans la grande mangeoire sous le regard perçant de sa femelle. Elle portait une mise holographique qui projetait de petits éclats lumineux. Ce modèle de tissu réactif comportait des nano-cellules agissant comme des projecteurs. La couleur verte, légèrement irisée, indiquait la perplexité de sa compagne. Il évoqua ses recherches à la BIE, mais il évita de relater la visite du contrôleur de peur que le vert se transforme en un bleu électrique.

— Seras-tu en mesure de lancer rapidement la production ? s’enquit-elle tout en lissant quelques pennes à l’extrémité de ses ailes.

— Dès que je disposerai d’un stock d’humains.

— Il paraît qu’ils se font rares.

— C’est vrai que les humains sont sur le point de disparaître ? pépia l’un des petits.

— Je ne l’espère pas, fit Twirl.

— Tu crois que je pourrais en voir un ? Un vrai. Vivant.

— Avec de la chance.

Son bec plongea dans un récipient de verre qu’il vida à moitié avant de retourner sur le balcon. Son regard se tourna vers la planète géante. À sa surface, des tourbillons crème, marron et rouge s’entortillaient les uns autour des autres, le croissant de la géante gazeuse baignait Balyth de sa lumière spectrale. Froide. Twirl rehaussa la température de son harnais en se demandant à quoi ressemblait le monde des humains. Il remonta une patte qu’il blottit contre son duvet et resta immobile jusqu’au quart jour suivant.

 

 

 

 

 

Le dôme-grenier combinait plusieurs avantages : une situation proche de la ferme et une surface importante. Depuis la rambarde d’accès, Twirl déploya ses ailes et s’envola vers le plafond courbe qu’il longea pour vérifier l’état de la structure. Les enregistreurs de son harnais capturaient les détails versés à la base de données de la ferme.

Combien d’humains pouvait-il loger ici ? Ce n’était que l’une parmi les milliers de questions qui focalisaient son attention depuis plusieurs huijours. L’avien piqua. À proximité du sol, il redressa sa course et fila en rase-motte en direction d’un mur de composite au pied de laquelle attendait un reptilien. Twirl releva la tête, inclina son corps presque à la verticale pour se réceptionner en douceur. Il replia sa voilure et claqua sa satisfaction avec son bec, accompagnant son propos en langage tryne :

— Ce sera parfait.

Il connaissait déjà les conditions et si l’entrepôt coûtait son lot de plumes, la prestation demeurait correcte et il comptait rapidement rentrer dans ses frais. Le propriétaire produisit une sphère-contrat qui lévita jusqu’à lui. Une lueur mauve se refléta dans ses fentes oculaires. Twirl parcourut chacun des points, de la durée de la location aux motifs de rupture. Il engagea ensuite la serre munie de son bracelet dans le halo et pépia la formule rituelle. Le reptilien scella à son tour les termes du bail commercial puis il se retira.

L’éleveur inspecta à nouveau les lieux, volant en cercles concentriques tandis que son esprit se projetait dans la configuration du hangar après l’aménagement. En établissant leur nid dans des immeubles, les humains ne se différenciaient guère de la plupart des espèces intelligentes qui, dans un souci de cohésion, se réunissaient dans des endroits protégés afin de sécuriser la perpétuation de la lignée. Lui-même vivait dans une spire percée de milliers de niches. Que les box se répartissent au sol au lieu d’être empilés les uns sur les autres, ne changeait fondamentalement rien, tout dépendait de la quantité d’humains qui composeraient son élevage.

Les os creux des aviens conduisaient idéalement les infrasons et Twirl sentit le signal émis par son bracelet. Aussitôt le message entendu, il vola droit vers la sortie. En quelques battements, il rejoignit la ferme, fit irruption dans la salle où son ingénieur amphibien supervisait la prochaine réception de leurs premières commandes de matériel. Son corps courtaud pivota vers l’accès au tube ascenseur où son patron éleveur venait d’apparaître. D’une brève impulsion, ce dernier effectua un saut jusqu’à sa rambarde de travail, visiblement pressé ou excité.

— Du nouveau ? questionna Yuuz.

— Un message, se contenta de répondre Twirl sans plus de précision.

Le paysage de données se morpha autour de sa tête tandis que ses petits bras s’affairent à travers la projection. Après quelques instants, ses mouvements cessèrent et son bec s’ouvrit émettant une trille aiguë :

— Nous avons un contact !

En fait de contact, il s’agissait d’une invitation envoyée en crypto-commerciale de haute sécurité. L’expéditeur prenait ses précautions. Nulle part il n’était fait mention de produits humains, de lots, de quantités disponibles et encore moins de prix, ce que ne manqua pas de relever Yuuz. À travers le Collectif, beaucoup de négociants en recherchaient et les rares détenteurs attendaient que les cours continuent de s’envoler en écoulant les pièces à la penne, accentuant l’effet de pénurie.

— Les mondes de Kei-Lat ? demanda l’amphibien d’une expression nasillarde en prenant connaissance de la missive. C’est loin et ça peut conduire à des ennuis.

L’Arc Extérieur faisait l’interface entre la civilisation collectiviste et l’univers sauvage, le point de départ de la plupart des expéditions. Le secteur accueillait aussi les vaisseaux de retour, souvent chargés de produits exotiques qui étaient ensuite défacés vers l’intérieur à partir des nombreuses plateformes de transfert. Plus qu’ailleurs, se mêlaient là les espèces, les représentants de combinats majeurs et mineurs, des princes marchands, des consortiums et autres organisations dans un tourbillon d’affaires ; un foisonnement où le contrat jouait le rôle central de ciment. La Sécurité Commerciale y maintenait de nombreuses emprises, car il arrivait que les ruptures d’accords entraînent des complications.

À la réflexion, songea Twirl, il semblait tout à fait envisageable d’y trouver des humains.

— Nous avons une opportunité, décida-t-il en agitant ses protos-mains.

— Ou bien quelqu’un est en train de monter une arnaque.

Des petits entrepreneurs futés avaient remarqué que les pattes de Faucheux Kitanien ressemblaient aux phalanges humaines. Sans les qualités gustatives toutefois. Le Collectif n’en interdisait pas la vente, mais un simple changement d’étiquette suffisait à transformer une victuaille de basse extraction en mets de luxe. Ceux qui se faisaient prendre, risquaient gros. Cela expliquait-il le niveau de cryptage employé par l’expéditeur ?

— Possible. Le seul moyen de le vérifier, c’est de se rendre sur place.

 

 

 

 

 

Twirl se défaça peu après avoir laissé des instructions précises à son ingénieur concernant les livraisons à venir et l’aménagement du nouvel entrepôt. Quant aux dinkos, il ne comptait pas interrompre la chaîne de traitement avant la sortie des premiers lots conditionnés d’humains. Même en perte de vitesse, ces animaux alimentaient toujours les caisses de la ferme. Yuuz fit remarquer que le développement prochain de l’activité impacterait de manière significative son investissement personnel à son service. Derrière l’élégante formulation se cachait une demande de l’augmentation de ses émoluments. L’amphibien se montra très intéressé par une réévaluation de sa quote-part aux bénéfices futurs. Cela entraînait une simple modification à porter au contrat. Rien d’insurmontable, ni d’illégitime d’autant qu’il ne pouvait pas se passer de lui. Twirl lui avait donc accordé une révision des termes dont ils discuteraient dès son retour puisque sans produits humains, il n’y aurait pas matière à négociation.

« Les humains d’abord ! » se dit-il.

 

 

 

 

 

Les trois planètes du triplet de Kei-Lat tournaient en compagnie de neuf autres autour d’un astre stable dont les rayons peinaient à réchauffer l’air de la plateforme sur laquelle il venait de se matérialiser. Lorsqu’il leva la tête, il vit un azur rempli de véhicules aériens en tous genres. Par-delà l’atmosphère étincelaient des spatiodocks, des stations et autres habitats orbitaux. Une barge de transport...

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