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TOXIC
S02E03 : Astral Karma

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Stéphane Desienne

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Walrus — 2016 

SOMMAIRE

Résumé

1- Rotax Spaar

2- Sauve qui peut

3- La fillette et la bête

4- Entente tripartite

5- Sortie par le haut

6- Dommages collatéraux

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L’auteur

Crédits

RÉSUMÉ

Objet de toutes les convoitises, le cargo GénoSaran devient le théâtre des pires affrontements : aliens ou humains, tous luttent au même titre pour survivre. De leur côté, pris en étau entre m-v et extraterrestres, le groupe d’Elaine et de Masters a l’impression de revivre le cauchemar connu sur Terre. Qui sait comment leur situation peut encore empirer ?

Lancés à leurs trousses, Jave et Naakrit vont devoir s’entendre et déployer des trésors d’ingéniosité pour reprendre le contrôle de leur sort. Le Destin n’est pas décidé à les dorloter. Pendant ce temps, de l’autre côté de la galaxie, l’avien Twirl est en passe de peut-être réussir le coup du siècle. Se pourrait-il qu’enfin le vent tourne en sa faveur ?

1- Rotax Spaar

Ferme de Corrudeen – Collectif Commercial

 

 

De tout temps, les structures claniques apportaient la pérennité et la stabilité. La rigidité aussi, pensa Twirl, en accueillant un membre de sa propre « famille », une femelle avienne au bec orné de tatouages aux motifs évoluant au gré de son humeur, de ses interlocuteurs ou simplement de l’air du temps. Les couleurs de sa mise en tissu réactif s’animaient dès qu’elle esquissait un mouvement ; elle bougeait avec la grâce de l’une de ces expertes du chant polyphonique qu’il avait eu une fois la chance d’écouter au cours d’une représentation publique. Sa cape ample dissimulait ses pennes repliées dans son dos.

— Nik’aa Twirl, salua-t-elle.

Ses yeux perçants s’éclairaient d’un vert profond, soulignant autant sa vitalité que sa curiosité. Il lui rendit son salut dans une révérence consistant à plonger son appendice caudal vers le sol en signe de respect. Puis, il releva sa tête.

— Rotax Spaar, que me vaut l’honneur de votre visite ? s’exprima-t-il en Fsi, la langue avienne traditionnelle.

Spaar occupait une place au second degré dans la lignée du clan. Une position enviée, à un perchoir du palier suprême. D’après la compagne de Twirl, elle ne ménageait pas ses efforts pour y accéder. Un huijour, peut-être qu’elle piloterait les affaires du clan et sa présence ici ne tenait en rien du hasard.

— Je pense que tu le sais, siffla-t-elle depuis la rambarde face à son bureau.

D’emblée, la conversation s’annonçait délicate. Il félicita de savoir Yuuz éloigné d’ici, en plein travail d’aménagement du nouvel entrepôt.

Rotax avait eu vent de sa situation : avec les annulations de commandes des huijours précédents, il avait enterré l’espoir d’atteindre les quotas fixés dans son plan de production. Déjà l’octan passé, il avait rempli de justesse ses objectifs malgré la désaffection envers les dinkos dans un marché parvenu en fin de cycle. En théorie, il suffisait de réduire la voilure jusqu’à la reprise. Et de survivre durant le creux d’activité. Ce que Twirl savait très compliqué, sinon impossible. Spaar aussi.

Cela n’expliquait toutefois pas qu’une avienne aussi importante se déplace jusqu’ici.

— Nous sommes inquiets pour l’avenir de ta ferme. Il est probable que nous devions nous pencher sur son sort.

En clair : lui couper l’accès à des conditions de crédit avantageuses, ce qui plomberait davantage des résultats peu reluisants.

— Autoriser l’expansion d’un concurrent direct au sein du clan, n’a pas amélioré mes affaires, lui rappela Twirl.

— Joti zêll, je ne suis pas responsable de cette décision peut-être malencontreuse. Qu’importe, vous devez composer avec. L’objet de ma visite est de me faire une idée plus précise de la situation. À ce stade, il n’y a rien d’officiel, aucun audit n’a encore été ouvert. Je suis ici pour m’enquérir des solutions que vous comptez mettre en œuvre pour vous sortir le bec de la vase.

« Nous y voilà », songea Twirl.

Rotax Spaar venait à la pêche aux informations. Elle savait quelque chose et ce déplacement n’était pas officiel.

— J’espère que le marché des dinkos va se redresser et je recherche de nouveaux clients, sur l’Arc Extérieur.

Rotax émit une trille amusée. Le tissu recouvrant son corps se para d’une teinte orangée et il crut voir un éclair illuminer son regard.

— J’ai approuvé vos récentes commandes et d’après ce que j’ai pu voir de votre liste d’achat, ce matériel est plutôt inhabituel pour des dinkos.

Avec Yuuz, ils avaient passé des ordres pour de gros volumes de marchandises et des équipements tels que des synthétiseurs d’impression en trois dimensions dont les paiements étaient garantis par la banque du clan. Il disposait bien des autorisations d’engagement nécessaire, mais il avait presque atteint la limite maximale. Cela avait dû déclencher des signaux sur les hauts perchoirs. Twirl comprit qu’il ne s’en tirerait pas avec une formule évasive.

— J’envisage une reconversion partielle sinon totale, annonça-t-il alors.

Avec l’art consommé de qui cherche à dissimuler sa satisfaction, Rotax Spaar se décala vers la droite.

— Un abandon de l’élevage de dinkos ?

— Pas tout de suite. J’ai toujours besoin des revenus qu’ils m’apportent et ce marché reprendra un huijour. Mais à long terme, ça reste une éventualité.

La question suivante ne constitua pas une surprise.

— Par quel produit comptes-tu les compléter ?

— Par de l’humain.

Rotax Spaar fit claquer son bec :

— Des humains ?

— Une des espèces les plus profitables de ces derniers octans. Une promesse de gains importants pour le clan.

Ce qu’elle n’ignorait sans doute pas. L’avienne consacra quelques instants à la réflexion.

— Un choix audacieux, fit-elle finalement, mais aux retombées incertaines en raison de l’ordonnance de la Sécurité Commerciale. Le moratoire en interdit l’importation. Comment espères-tu contourner ce problème ?

Elle se montrait vraiment curieuse, réalisa Twirl. La mésaventure qu’il avait connue avec les dinkos risquait-elle de se répéter ? Il ne pouvait rien révéler des détails de l’opération, mais il le devina à son attitude, son regard qui épiait ses réactions : elle en attendait plus. Hors de question cependant d’évoquer le Polymath, le projet de reproduction et l’entrepôt. C’était trop risqué.

— J’ai eu la chance de mettre mes serres sur un stock. Son propriétaire était à la recherche d’un partenaire capable d’en assurer la transformation et la distribution.

— D’où votre visite sur les mondes de Kei-Lat, pépia Spaar pour lui montrer qu’elle savait.

Ainsi, le clan le suivait à la trace en enregistrant son utilisation de son bracelet d’accès multipoints qu’il avait reçu lors de son union avec sa compagne, en guise de cadeau de bienvenue. Un présent de valeur. Ou une manière de garder les serres sur lui.

— Un terrain neutre pour un rendez-vous, précisa Twirl. Mon contact est suspicieux. Cent mille unités certifiées par les autorités, ça donne forcément des idées, il est donc normal qu’il prenne des précautions.

Il avait annoncé le chiffre au hasard, comme on balance des graines pour attirer des dinkos.

Spaar changea à nouveau de position, se décalant cette fois-ci vers la gauche. Visiblement, le volume suffisait à susciter un intérêt, confirmant l’adage que plus l’œuf est gros… Selon le Polymath, personne au sein du Collectif détenait un tel stock d’humains. Encore moins avec l’aval de la Sécurité Sanitaire. Quelques centaines d’individus, cela restait du domaine du possible, tout au plus, lui avait-il affirmé.

— Voilà une perspective réjouissante, fit l’avienne. J’aimerai visiter la chaîne de production et que vous m’expliquiez quelles modifications vous comptez y apporter.

Soudain, la vérité le frappa : Rotax voulait que ce soit vrai, elle voulait y croire ! Il en perdit presque ses mots.

— Bien sûr, parvint-il à émettre.

Il lui ouvrit le chemin jusqu’au tube de descente qu’ils empruntèrent côte à côte. Comme des associés. L’étaient-ils vraiment ? Ou bien cherchait-elle à lui nuire ?

La visite terminée et Rotax Spaar une fois repartie avec une mine d’information à délivrer au clan, ce qui lui permettait au passage de prouver ses compétences et de justifier ses prétentions, Twirl vola jusqu’à l’entrepôt.

 

 

 

 

 

Le visage nimbé par l’afficheur incurvé autour de sa tête, Yuuz supervisait l’installation de cloisons imprimées par les synthétiseurs que des robots positionnaient ensuite avec précision. L’aménagement du dôme-grenier semblait bien avancé. Sur son fauteuil agrav, le Polymath inspectait une levi-palette transportant des caisses en provenance de Cato Kei-Lat. Twirl se posa avec délicatesse près du scientifique squil, puis il replia ses pennes et laissa sa queue traîner sur le sol. Un tentacule gainé d’une combinaison peau protectrice appuya sur un pressoir qui réagit aussitôt en reconnaissant l’identité de son propriétaire.

— J’ai pris la liberté de commencer à transférer des équipements de mon laboratoire.

Twirl devina le verre d’un cylindre ceint d’une mousse alvéolée, des boîtiers électroniques, des instruments de mesure, des afficheurs standards.

— Est-ce vraiment nécessaire ?

— Absolument. J’ai besoin de mon matériel calibré, de mes échantillons. La reproduction humaine n’a rien en commun avec celle des dinkos.

Le transfert n-cube depuis Cato Kei-Lat, monde lointain de l’Arc Extérieur, entraînerait de nouveaux frais. La spirale des dépenses menaçait de s’accentuer, minant une entreprise destinée à sauver sa ferme et… son avenir.

— Évidemment, lui répondit l’éleveur sur un ton sec.

— Rendez-vous compte, déclara Othan Ur, la gestation de produits humains par voie naturelle à l’intérieur du Collectif constitue une première qui demande une prise en charge spécifique. Je suis impatient de m’y atteler.

Signe indiscutable de son état, le Squil savant agitait ses tentacules. Sa combinaison laiteuse agissait à la manière d’un exosquelette, munie de micro actuateurs EM, d’un générateur agrav miniaturisé et d’un refroidissement intégré qui le préservait de la chaleur accablante pour son organisme.

— Il nous faut surtout les spécimens que vous avez promis, fit remarquer Twirl, des mâles et des femelles.

— Bien sûr. J’ai déjà arrangé la livraison et les paiements. Nous aurons bientôt un lot complet et sain.

— Je l’espère. J’ai misé mes plumes dans cette entreprise. Si j’échoue…

— Ne vous inquiétez pas. Mon contact est fiable. Nous sommes de la même lignée et notre expérience suscite chez lui une grande curiosité. Il pourrait y investir, lâcha le Polymath.

Faire entrer un ex-mercenaire en qualité de partenaire ? Pourquoi pas… Mais il devait d’abord le rencontrer.

— Dans un huijour, lui rappela Othan Ur.

Twirl termina son tour d’inspection, conversa avec son ingénieur qui l’informa de la bonne évolution des travaux. Sans coûts additionnels. Ils avaient calculé le budget au plus juste et pour le moment, ils tenaient dans l’enveloppe prévue.

Rassuré, il quitta la ferme pour Balyth où il retrouva sa progéniture et sa compagne. Les petits pépiaient et se défiaient sur la terrasse. Ils couraient le long de la rambarde en écartant leurs ailes encore fragiles, mais bientôt, réalisa-t-il, ils seraient prêts pour leur premier vol. L’événement le plus important dans la vie d’un jeune avien. Un rite de passage.

Sa compagne, vêtue d’un harnais fonctionnel recouvrant son tronc et ses pattes, atterrit à côté de lui.

— D’ici peu, ils abandonneront le nid, gazouilla-t-elle.

— Ils voleront plus haut que nous. J’ose l’espérer.

Leurs becs se croisèrent. Il frotta son appendice caudal contre celui, plus long et plus fin, de sa femelle. Son œil étincela.

— Et tes humains ? Tu en es où ?

— J’ai reçu la visite d’une de tes parentes. Rotax Spaar.

— Elle va atteindre le sommet du clan, à ce qu’il se raconte. Il est important qu’elle constate que tu travailles dur, que tes ailes sont fortes, assez pour nous porter. Notre avenir dépend de nous, mais aussi d’elle.

Twirl réagit aussitôt, surpris par ce discours.

— C’est toi qui l’as envoyée ?

— J’ai confiance en toi. Je sais que nous tiendrons notre rang, chanta-t-elle pour calmer son début d’énervement.

— J’aimerais que tu évites d’évoquer les affaires de la ferme. Le coup des dinkos risque de se répéter, ça pourrait nous coûter très cher.

— Bien sûr.

Il réfugia l’une de ses pattes dans un logement de son vêtement prévu à cet effet pour entrer en sommeil vigilant. L’espèce avienne bénéficiait d’une insertion particulière des tendons des muscles des doigts, de sorte que, posée sur une branche, la flexion des doigts était automatique ; ceci leur permettrait de dormir sur une jambe sans tomber. Cependant, c’était une autre chute qu’il risquait en ce moment. D’un genre plus mortel.

 

 

 

 

 

Le grand moment était enfin arrivé, Twirl allait enfin obtenir ce pour quoi il avait payé cher : des humains. Vivants. Un lot complet. Telle était la promesse d’Othan Ur qui l’accompagnait pour ce transfert vers un habitat orbital. L’avien s’avança sur la plateforme, le cube glissa jusqu’à lui et une fois à l’intérieur, les faces s’opacifièrent.

En un battement d’ailes, les deux associés se retrouvèrent face à la vue d’une planète où dominaient les tons ocre et beige. À l’exception de taches vertes, indiquant une activité végétale aux pôles, ce monde ne présentait guère d’attraits pour des aviens. Y compris pour des Squils, se dit-il, en constatant l’absence d’étendues bleues.

— Magnifique ! s’enthousiasma néanmoins le Polymath.

Ils s’avancèrent sur le perron de l’une des stations de l’Arc Extérieur. Comme partout ailleurs, les règles du Collectif s’appliquaient. Un contrat demeurait un contrat et il engageait chacune des parties. Leur contact se devait donc de respecter le marché. Le scientifique avait mené les négociations puisqu’il connaissait le dénommé Tyel et qu’ils appartenaient à la même lignée. Une question récurrente préoccupait l’éleveur en dépit des assurances de son nouvel ami : quel degré de confiance accorder à un mercenaire ayant passé des octans Hors Collectif ?

Ils se dirigèrent vers la station des mobiles en libre-service où ils grimpèrent à bord d’une nacelle de transport automatisée. Après avoir démarré, l’engin en forme de goutte d’eau décrivit un arc de cercle en direction des limites de l’habitat spatial matérialisé par des hexagones de polymère transparent aussi fin qu’une penne mais plus résistant que du métal. La station en elle-même formait une sphère, la géométrie la plus facile à pressuriser puisque la force d’expansion de l’atmosphère se répartissait de façon égale sur toute la surface. Avec ses trois kilomètres de diamètre, elle ne figurait pas dans la liste des plus impressionnantes. Ce genre d’architecture avait cependant été produite à des milliers d’exemplaires : simple, robuste, éprouvée par des siècles d’usage. La nacelle dépassa un fouillis de cubes de dimensions diverses accolés les uns aux autres ; des zones de stockage, des secteurs résidentiels, des ateliers, des spires commerciales composaient un ensemble à première vue pas très cohérent qu’ils contournèrent en suivant les rails invisibles de la voie express. De l’autre côté de la masse compacte, ils volèrent en direction de barges. Une bonne quarantaine de ces cylindres flottaient à proximité de la paroi sur laquelle des témoins lumineux indiquaient la présence de sas d’entrée ou de sortie. Au-delà, la lueur astrale révélait les ombres d’une procession de cargos, pareille à un troupeau de dinkos paressant autour de leur grange.

L’un des tentacules d’Othan désigna un engin anonyme au milieu de la flotte.

— Il est là. Comme prévu.

Le véhicule de liaison vers lequel ils se dirigeaient, flanqué de protubérances transparentes, évoquait la tête d’un vers annulaire des forêts de Balyth. Il approchait enfin du but, son excitation grandissait, en même temps que les questions demeuraient.

— Êtes-vous sûrs de la fiabilité de votre ami ?

— Autant que je ne doute pas de la vôtre. Tout ira bien, il n’y a pas de raison de s’inquiéter.

Le mobile se présenta devant le collier d’amarrage sur lequel il vint se fixer. Les portes coulissèrent et les deux occupants débarquèrent sur une passerelle menant à un sas. Le fauteuil agrav du Polymath stoppa devant un boîtier. Après avoir glissé l’un de ses membres dans un orifice prévu à cet effet, ils entendirent un cliquetis et le sas s’ouvrit dans un bref chuintement.

De l’autre côté, un Squil les attendait ; lui aussi juché sur un fauteuil agrav.

— Oohihee nukimeemu gïi thavaligyu Tyel, salua le Polymath.

Leur hôte, affublé d’une combinaison colorée, agita des tentacules gainés de mauve en guise de remerciement et leur souhaita la bienvenue. Twirl s’étonna de l’absence de gardes armés ou de mercenaires.

— Tyel est un technicien, lui rappela Othan. Pas un combattant.

— Cela n’empêche pas de prendre ses précautions, répondit le Squil. S’agissant d’humains, vivants de surcroît, il faut se montrer plus prudent. La rareté du produit est déjà source de tensions.

— J’imagine que le lot dont vous avez évoqué l’existence ne se trouve pas ici, avança l’éleveur.

Tyel le confirma :

— Nous quittons la station en ce moment même.

— Où allons-nous ?

— Dans un endroit moins exposé.

Tyel proposa un fauteuil agrav à ses invités. Le modèle, équipé d’un court perchoir attaché avec les moyens du bord à l’accoudoir, lévita jusqu’à l’avien.

— Je ne puis vous fournir l’espace suffisant pour vous permettre de voler ou vous déplacer par vos propres moyens.

— Cela conviendra, déclara Twirl après avoir bondi sur la barre.

La procession de sièges glissa en silence jusqu’à un puits. Ils s’élevèrent de deux niveaux pour accéder à une sorte de passerelle munie d’un poste de pilotage composé d’un pupitre surmonté d’un paysage immatériel projetant des données de navigation. La barge s’engageait dans le sas et, une fois à l’intérieur, les portes se refermèrent, l’atmosphère fut chassée. Les parois transparentes s’écartèrent alors comme une fleur en train d’éclore, libérant le vaisseau.

Le trajet jusqu’au cargo ne dura pas longtemps. Ils apercevaient toujours l’orbitale au moment de se connecter au collier d’arrimage d’un bâtiment qui aurait pu avaler des dizaines de barges du même genre.

Tyel les invita à le suivre sur la plateforme de réception où deux reptiliens et un Arthrosien à la tête bleutée, tous armés et porteurs d’armures de combat, les entourèrent. Les sauriens agitèrent leurs langues bifides comme s’ils humaient leurs intentions.

— Comme vous le voyez, j’ai engagé des spécialistes de la sécurité.

Les mercenaires pouvaient se retourner contre leur donneur d’ordre, songea toutefois Twirl. Il suffisait de leur proposer un contrat plus intéressant. De nombreux opportunistes, informés de la nature de la marchandise sur laquelle ils veillaient, seraient tentés de les approcher.

Le Polymath orienta son fauteuil de manière à lui parler :

— Je vous l’avais dit, tout est sous contrôle.

— Pouvons-nous voir les humains ? demanda alors Twirl pressé d’en venir au point essentiel.

— Bien sûr, c’est pour cela que vous êtes là. Vous êtes éleveur, n’est-ce pas ?

— De dinkos, oui, confirma l’avien.

Le Squil s’avança en direction d’une coursive puis fit demi-tour.

— Je dois vous avertir que les humains ne sont pas des créatures qu’on enferme dans un parc en attendant de les découper en tranches.

— Nous avons aménagé un espace dédié, répondit le Polymath. Étant donné le faible volume du lot, il ne saurait être question de les sacrifier.

De quoi parlait-il ? se demanda Twirl. La raison d’être de cette affaire était de nourrir les marchés avec des produits de qualité, élevés localement, non soumis à l’embargo d’importation. Il avait consenti des investissements importants qu’il devait rentabiliser le plus vite possible. Pour cela, il comptait bien diviser la cargaison en deux : ceux qui partiraient tout de suite et ceux qu’il réserverait à la reproduction.

— Combien en avez-vous ?

— Trente-sept, précisa Tyel.

Involontairement, Twirl écarta ses ailes dont les pennes s’agitèrent.

— Ce n’est pas assez !

— Cela suffira amplement, le contredit Othan Ur.

Le trafiquant lévita vers eux :

— Que les choses soient claires, nous travaillons pour nos avenirs. Vous avez une chaîne de traitement moderne et...