Cet ouvrage et des milliers d'autres font partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour les lire en ligne
On lit avec un ordinateur, une tablette ou son smartphone (streaming)
En savoir plus
ou
Achetez pour : 2,99 €

Téléchargement

Format(s) : EPUB - MOBI

sans DRM

Partagez cette publication

Du même publieur

cover

TOXIC
S02E04 : Œuvre de chair

skull

Stéphane Desienne

logo

Walrus — 2016 

SOMMAIRE

Résumé

1- Le Suédois

2- Descente aux enfers

3- Point de jonction

4- Le jardin

5- Révélations

En savoir plus

L’auteur

Crédits

RÉSUMÉ

Des hordes de morts-vivants se déversent depuis les entrailles du cargo, forçant le groupe d’humains à l’explorer et s’y cacher. Un lourd tribut a déjà été payé sans que les survivants le sachent encore. La descente aux enfers se poursuit sur un rythme effréné, sans qu’aucune lueur d’espoir ne vienne éclairer leur progression. Ils ont pourtant un ange gardien, prêt à prendre beaucoup de risques pour les garder en vie. Pour honorer un contrat, et pour redonner de la valeur à la marchandise.

Jave ne se doute toujours pas de la gravité de la situation à bord. Il n’a d’ailleurs que peu de temps pour réfléchir. Il a ses propres problèmes : Khrow se fait de plus en plus menaçant.

Et si d’aventure l’Humanité disposait d’une ultime chance de ne pas être rayée de la galaxie, il se pourrait que tout se joue du côté de la ferme de Twirl. L’avien dispose enfin de son cheptel, à la tête duquel un homme particulièrement coriace se démène pour retrouver sa liberté.

1- Le Suédois

Ferme de l’éleveur – Collectif Commercial

 

 

Sous le dôme grenier, Twirl couvait son trésor : trente-sept êtres humains. Vingt-et-une femelles et seize mâles, vivants et en bonne santé. Enfin, se dit-il pour ne pas céder à l’excitation, il s’agissait d’un trésor en devenir. Un potentiel. Le convertir en bénéfices puis en influence et en pouvoir demanderait encore un sacré coup d’aile.

Les bras du Polymath dansaient au milieu des interfaces et le paysage de données paraissait enroulé autour de son corps, comme un rouleau chatoyant. Occupé à paramétrer le logiciel de traduction selon les directives de Tyel, le scientifique paraissait confiant quant à leur chance de succès. L’ex-mercenaire avait laissé des instructions précises tirées de son expérience de terrain, sur la planète des humains. En l’espèce, impossible de faire plus proche en matière de source de données. Ils travaillaient sur du matériel de premier ordre. À côté, Yuuz supervisait les prochaines livraisons, notamment les denrées qui alimenteront la machine à nourriture. Durant leur voyage, Tyel avait appris aux captifs à s’en servir et dans le fond, c’était toujours du temps d’économisé.

— Nous devons tester le traducteur, annonça Othan qui venait de replier son afficheur.

— Vous ne pouvez pas simplement traduire ce qu’ils se disent ? fit l’éleveur un indiquant la vue plongeante sur la pièce principale où se réunissaient les humains.

— Non. La création d’un point de référence est nécessaire. Question directive, choix, réponse appropriée.

— Je croyais que le système avait déjà été calibré par Tyel ?

— En effet, il est toutefois impératif de procéder à une vérification générale dès lors que les sujets changent de situation. Il y a eu le voyage, le stress, la découverte d’un nouveau lieu… Ces éléments introduisent des variations. Leur langage est très nuancé, chaque terme prenant des significations multiples en fonction du contexte. Un peu comme vos pépiements Fsi.

— Bien, si vous le dites, se contenta Twirl.

— Vous allez leur parler.

Il ouvrit ses pennes et laissa échapper un court sifflement :

— Moi ?

— Vous êtes le responsable. Si vous leur accordez de l’attention en vous impliquant, ce sera plus facile d’obtenir leur coopération. Tyel a été clair sur ce point : si on les force, si on les affronte, ils auront des réactions imprévisibles.

— Quel genre ?

— Violente. On risque de tout perdre.

Twirl hésita.

— Je n’y connais rien en êtres humains. Je n’en sais pas assez sur leur mode de vie ou de pensée, encore moins comment ils réfléchissent.

— Nous en sommes tous là. C’est le moment de vous jeter pour votre premier vol libre, s’amusa Othan dont l’un des tentacules effleura le visage de l’un des captifs à l’écran. Voici leur chef. C’est le plus vieux du groupe, ce qui corrobore l’existence d’un lien entre l’expérience et la fonction de commandement dans leur propre structure clanique qu’ils appellent une famille.

— Une famille ? pépia l’éleveur. Qu’est-ce que c’est ?

— Un dominant, des dominés… C’est une manière d’établir des relations, des rapports, assez semblables à notre propre vision de la gouvernance. Vous avez peut-être plus en commun avec cette race que vous le pensez.

Twirl releva sa queue et s’approcha de la vue agrandie du coin de table où était assis l’individu. Un épais duvet gris tirant sur le blanc recouvrait les bords de son crâne dont le sommet reflétait la lumière artificielle.

— Ainsi donc, c’est leur chef. Quel âge a-t-il ?

— Difficile à estimer sans une analyse approfondie. Je dirais entre quarante et cinquante octans.

La plupart des aviens en bonne santé atteignaient les quatre-vingts octans. Beaucoup dépassaient même les cent.

— Très bien, alors on le convoque dans la salle d’examen ?

— Non, vous allez à leur rencontre.

— Pas question ! s’écria Twirl dont la queue se raidit soudain.

Il maîtrisa son envie de battre des ailes.

— Vous devez établir un lien de confiance. Se rendre sur leur terrain est un acte significatif.

— Et s’ils m’attaquent ? Vous avez dit qu’ils pouvaient utiliser la violence.

Tout d’un coup, l’éleveur se rendit compte qu’ils n’avaient pas abordé ces éventualités assez sérieusement. Devait-il engager des gardes ? Les entretenir, les armer… Des frais supplémentaires qu’il n’avait pas prévus.

— Ça n’arrivera pas. Ils sont fatigués. Trop pour combattre.

— Ils n’ont surtout rien à perdre !

— Vous allez leur promettre que personne ne sera tué ou blessé, qu’ici, ils seront en sécurité. Offrez-leur de l’espoir.

— Mais… C’est nécessaire de les… transformer en produits commercialisables.

— Vous ne pourrez pas les faire se reproduire si vous menacez de les tuer. Réfléchissez.

Bien sûr, songea Twirl. Accoupler des humains ne constituait qu’une première étape.

 

 

 

 

 

L’avien décrivit une large boucle autour du dôme avant de se décider à franchir la trappe au sommet du toit. Le temps de mettre au point une sorte de discours. Yuuz avait téléchargé le logiciel du Squil dans son implant de traduction universel. L’appareil de la taille d’une petite baie sauvage était installé peu après la naissance, au cours d’une opération bénigne. Avec les octans, il finissait par s’intégrer à la structure même du cerveau alors en pleine croissance.

Avant de se poser, Twirl survola le cantonnement composé d’une zone centrale entourée d’une quarantaine d’alcôves, d’un coin consacré aux expédients sanitaires. Ils disposaient de deux espaces supplémentaires aménagés avec des tables et des bancs. La surface semblait suffisante pour qu’ils se sentent à l’aise. L’éleveur ne se berçait cependant pas d’illusions : cela restait de la captivité.

Sa présence dans les hauteurs fut très vite remarquée et, tels des dinkos affolés par l’ombre menaçante d’un prédateur, les humains se pressèrent vers la salle commune. Twirl piqua vers le sol. Certains individus poussèrent des cris stridents. L’avien déploya ses ailes à l’élongation maximale juste avant que ses serres n’agrippent le bord de la table. Il les replia aussitôt dans un léger bruissement tandis que sa queue fouettait l’air.

Les cris cessèrent. Et durant plus d’une octaine de seconde, il ne se passa rien.

Twirl détailla chaque mâle et chaque femelle pour finir par celui que le Polymath avait désigné comme étant le chef. Dans le fond, un interlocuteur unique faciliterait les rapports. Il avait déjà négocié avec des clans insectoïdes avec l’impression de s’adresser à une ruche invisible dont le représentant ne possédait pas l’ombre d’un pouvoir de décision. Ce qui pouvait s’avérer frustrant et déroutant.

D’aussi près, le visage de l’humain lui apparut différent, étonnant, tout en plasticité, avec une peau souple, fade, légèrement rosée et laissée à l’air libre sans aucune protection. Seuls les côtés du crâne étaient recouverts par une sorte de duvet qui, selon les individus, pouvait s’étendre vers la partie inférieure ne laissant alors apparaître que la bouche. À cette courte distance, sa vue perçante lui offrit de détailler les nuances claires et foncées de sa pilosité. Les deux yeux azurés lui parurent expressifs, mais probablement pas adaptés à la chasse. Les deux narines se dilataient légèrement ce qui correspondait à la respiration, avait-il appris. En dessous, l’orifice buccal dessiné par l’ourlet d’un épiderme plus rose dissimulait une dentition discrète. Comme ses congénères, l’homme portait des vêtements micro facturés par des machines à imprimer, un tissu grossièrement coupé et d’un gris terne. Les imprimantes avaient aussi servi à produire le mobilier, les cloisons, les conduites d’évacuation des déchets, des pièces pour les climatiseurs et le synthétiseur de nourriture.

Le chef attendait sans doute qu’il s’exprime en premier. Twirl posa un boîtier noir sur la table. Quand il se mit à pépier en Fsi, l’appareil traduisit son propos :

— Je me prénomme Twirl Knyss Ika Toxe Wysh Qal de Balyth. Je vous souhaite la bienvenue. Je suis l’éleveur à la tête de cette exploitation.

La diatribe n’eut pas l’air de les émouvoir. Ils conservaient une attitude impassible, leurs oculaires rivés sur lui. Le chef du groupe gardait les mains dépourvues de griffes à plat sur la table. Qu’est-ce que cela signifiait ?

« Envoyez-leur des signaux positifs », lui avait conseillé le Polymath.

— Vous êtes en sécurité ici, vous êtes sous mon aile. Il n’arrivera rien de fâcheux à aucun d’entre vous. Je vous offre ma protection.

La bouche du vieux mâle se gauchit légèrement, entraînant un haussement de ses joues. Il avait l’impression que son œil s’était étiré dans le même temps. Cela ressemblait à une mimique, mais quel sens lui attribuer ?

— Cet endroit est à vous, reprit Twirl. Nous l’avons construit spécialement pour vous accueillir. S’il vous faut quoi que ce soit… Dans la limite du raisonnable, bien entendu.

Et des fonds alloués, s’abstint-il d’ajouter.

L’homme leva la main et se mit enfin à parler. Les modulations sonores étaient indiscutablement organisées en unités dont l’enchaînement était porteur de sens. Comme chez beaucoup d’espèces sentientes.

— Qu’est-ce qu’on fait ici ? chanta alors la boite en Fsi.

— Nous étudions votre espèce, vos capacités cognitives, comment vous vivez. Voyez-nous comme des scientifiques. Des chercheurs.

— Vous allez faire des expériences sur nous ?

L’expérimentation était la raison même de leur présence en ce lieu. Sans connaissance du produit, pas de commercialisation, c’était aussi simple que cela. Twirl ne s’attendait pas à ce qu’ils le comprennent, encore moins qu’ils l’acceptent. Il convenait de maintenir les apparences, d’envoyer des signaux positifs.

— Nous allons surtout vous observer, siffla-t-il à la machine. Vous ne nous verrez pas souvent. Plus limitées seront les interactions, meilleurs seront nos résultats.

— Qu’est-ce que vous attendez de nous en fait ?

L’homme pencha son buste en avant, comme pour donner plus de poids à sa question. Une attitude qu’employaient aussi les reptiliens pour appuyer leur propos. Cependant, la corpulence de ces derniers leur conférait un net avantage par rapport aux humains, si frêles, si fragiles.

— La reproduction, lâcha l’avien.

— La reproduction ?

Son œil droit semblait s’être agrandi et soulevé. Ou alors, il s’agissait d’un mouvement naturel de la peau qui couvrait son visage.

— Votre espèce est sur le point de s’éteindre. Enfin, c’est la rumeur qui se répand à travers le Collectif. Une catastrophe commerciale, à mon sens. Un gâchis de potentiel, mais je ne suis pas un spécialiste sur tout ce qui se passe hors-Collectif. Des civilisations naissent et meurent sans que nous en entendions jamais parler.

La réponse de son interlocuteur ne tarda pas. Le ton avait changé et il s’exprimait en gardant ses mâchoires serrées. Twirl regarda la boite qui pépia sa traduction avec un temps de retard.

« L’humanité n’est pas encore déplumée des Trois Galaxies. »

Déplumée ? Sûrement une erreur, se dit-il.

— Évidemment. Bien que j’ignore tout de la situation sur votre planète, il me paraît peu probable que vous y retourniez un jour. Alors, c’est peut-être le moment de songer à un redémarrage ?

— Un redémarrage ?

— Oui, la reproduction, reprit l’avien qui commençait à douter de l’intelligence de son interlocuteur. Vous devez assurer la perpétuation de votre espèce. Survivre !

Le chef ferma les yeux. Puis, il inspira profondément.

— Seigneur Dieu, murmura-t-il.

La machine indiqua qu’elle ne savait pas tirer de traduction fiable avec si peu de contexte, mais que l’expression était selon toute probabilité liée à un aspect spirituel. Ensuite, l’humain se tourna vers ses semblables.

— Ils ont construit ces cages pour qu’on baise comme des lapins, leur annonça-t-il.

Intérieurement, Twirl exulta : il avait enfin compris !

— Des lapins, répéta une femelle.

Son voisin se mit à glousser d’une voix aiguë, la bouche largement ouverte :

— Des lapins ?!

Le mâle à sa droite avança la partie supérieure de sa mâchoire et toucha la lèvre inférieure avec ses dents.

— Des lapins ?! Nous sommes des lapins ! s’esclaffa-t-il en tournant sur lui-même les bras serrés contre son corps et les doigts étrangement pointés vers le sol. Des putains de lapins !

Ce faisant, il déclencha l’hilarité générale. L’avien se pencha pour entendre l’avis du traducteur : « une situation comique ». Parfait, se dit-il, l’affaire lui parut bien engagée. Mieux qu’il l’aurait pensé. Les rires s’estompèrent et le calme revint aussitôt. Le chef arborait un visage très différent : bouche étirée, yeux plissés, joues gonflées.

— Bien, fit-il, maintenant que nous savons ce que vous voulez. Êtes-vous d’accord pour entendre ce que nous désirons ?

Twirl s’inclina légèrement :

— Je ne peux pas vous renvoyer chez vous, j’espère que vous en êtes conscients.

— Nous le savons. Pour… la reproduction, il faut que des conditions de confort particulières soient réunies.

Twirl enfouit son sentiment de joie. Il n’avait pas essuyé de refus et s’il s’y prenait de la bonne manière, il obtiendrait leur coopération. Il deviendrait riche. Othan Ur avait raison, c’était un génie.

 

 

 

 

 

Dans son lointain souvenir, Larson avait été un citoyen suédois, certes pas très respectable, mais avec des droits. Aujourd’hui, il n’était qu’un humain perdu que l’on ballottait d’un endroit à un autre. Loin, très loin de chez lui. D’ailleurs, peut-être qu’il ne reviendrait jamais sur la Terre qui l’avait vu naître s’il en croyait cet éleveur extra-terrestre.

L’archipel de Stockholm formait un ensemble d’environ trente mille îles et récifs qui s’étendait dans la Baltique jusqu’à quatre-vingts kilomètres à l’est de la capitale. On y trouvait des rivages inhabités connus pour leur animation estivale, mais aussi de simples rochers visités tantôt par un phoque solitaire, tantôt par un kayakiste. Bien avant l’invasion et l’épidémie qui avait ravagé la planète, Larson avait possédé une propriété sur l’une de ces terres émergées. Une résidence avec une vue imprenable sur la mer, sur un espace sauvage, immense et encore préservé. Il avait travaillé dur pour jouir de ce privilège.

À présent, il avait un pied-à-terre sur une autre planète. Le passage de la Suède à… cet endroit lugubre lui apparaissait comme dans un cauchemar sans fin. Il se rappelait les drones, son repas avec des inconnus sous un dôme aux murs blancs, son réveil dans une cellule jusqu’à ce qu’il comprenne qu’il se trouvait sur un vaisseau spatial. Sauf que ça ne collait avec aucune de ces histoires du Troisième Type qu’il avait entendues, lues ou bien regardées à la télévision. Pas le moindre lien. Et les aliens n’étaient même pas gris avec de grands yeux noirs.

Maintenant, il y avait ceci : un clapier amélioré pour humains, sans fenêtres, ni vue sur l’extérieur. Larson ouvrit les yeux. Ses compagnons d’infortune le fixaient, suspendus à ses paroles suite à la visite de l’extra-terrestre volant. Il avait demandé à rester seul un moment avant de revenir vers la table devenue le théâtre d’une discussion animée sur ce qu’il convenait de faire.

— Ça va aller, patron ? fit Pedro.

Ils l’appelaient tous comme ça parce qu’avec sa barbe et ses cheveux épars il ressemblait à une sorte de sage ou de patriarche. Cela le faisait sourire. Sur le vaisseau, il avait pris la tête de la révolte destinée à arracher des conditions de survie plus dignes que des cachots minuscules. Il y avait gagné son titre et la reconnaissance des survivants.

— Qu’est-ce qu’on va faire alors ? interrogea l’une des femmes. Ils veulent vraiment qu’on… se donne en spectacle ?

Elle se nommait Marlène et avait été capturée près de Paris. Une épaisse chevelure désordonnée encadrait son visage fin. Ses petits yeux perdus, comme ceux d’un animal au fond de son terrier, exprimaient une angoisse compréhensible. Larson se demanda à quoi elle ressemblait avant. Puis, il se rappela sa visite dans la capitale française en charmante compagnie. La vision d’une autre femme en tailleur entrant dans une boutique des Champs Élysées lui arracha un demi-sourire aussitôt accompagné d’un sentiment amer.

Il soupira.

— Personne ne fera quoi que ce soit contre son gré.

Il lut le soulagement sur le visage de la vingtaine de femmes. Mais pas seulement. L’un des chanceux en couple avec l’une d’elles afficha un air placide.

— Si on refuse de se plier à leurs exigences, ils se débarrasseront de nous, avança-t-il fort justement.

Il n’avait pas tort.

Le Suédois posa ses mains calleuses sur la table. Durant un temps, elles avaient servi à travailler le bois, à le façonner pour fabriquer du mobilier, des chaises, des armoires et même un bateau ; un petit voilier auquel il avait consacré d’innombrables heures.

— Nous devrons négocier avec eux si on veut améliorer notre situation et nos conditions de vie. On n’a pas le choix.

Un confort qui s’approchait davantage de celle du bétail que d’êtres humains.

— Négocier ? sourcilla Pedro posté à ses côtés.

L’espagnol se considérait comme le numéro deux du groupe. Si Larson venait à partir un jour, il prendrait sans doute sa place. Le gamin avait de la volonté et son allure d’armoire à glace inspirait le respect.

— Le piaf doit être une espèce de chef. Je crois que je peux lui parler, obtenir davantage.

Ils avaient décidé de le nommer ainsi bien que son allure générale, surtout son faciès et sa queue, le rapprochait davantage de celle d’un dragon, un peu plus petit qu’un humain de taille normale. Cependant, personne n’avait voulu l’appeler de cette manière. Puis, quelqu’un avait suggéré ce sobriquet… Une manière d’inférioriser un adversaire pourtant plus intelligent qu’eux. Le volatile portait même une sorte de vêtement aux couleurs vives, ne laissant dépasser que son cou, ses pattes et, fort logiquement, ses ailes dotées de longues plumes semi-rigides. Comment ne pas voir dans cet habillement un signe distinctif d’une culture civilisée bien plus avancée que la leur ?

— Qu’est-ce qu’on pourrait leur demander ? De la nourriture ? demanda Michelle, la médecin du groupe.

Une chance de l’avoir, estimait Larson. Elle s’était montrée utile, précieuse lors de la révolte.

— Un accès à l’extérieur ? Ce serait un début, proposa-t-il.

Marlène s’appuya contre la table :

— Une vue contre du sexe ?

— C’est ce que le piaf désire. Qu’on se reproduise.

— Hors de question ! s’exclama sa voisine. Je refuse de… donner naissance dans cette merde.

Larson lâcha un nouveau soupir :

— Il faut leur donner quelque chose. Sinon, nous n’aurons rien à leur offrir. Jamais on ne quittera ce trou.

— Parce que vous comptez vraiment sortir de là un jour ? s’étonna Pedro.

Le Suédois se leva :

— Si on abandonne, si on se laisse gagner par le désespoir, alors autant en finir maintenant et tout de suite.

Son regard se durcit au moment de balayer l’assistance.

— Montrons-leur qu’on peut collaborer, sur la base du volontariat. Je n’oblige personne, répéta-t-il.

 

 

 

 

 

Après son entretien, Twirl éprouva le besoin de se détendre, d’évacuer une partie de la pression que supportaient ses ailes. Le disque zébré de la planète géante autour de laquelle orbitait Balyth emplissait presque la moitié du ciel et, à cette heure avancée, il ressemblait à un immense...

Un pour Un
Permettre à tous d'accéder à la lecture
Pour chaque accès à la bibliothèque, YouScribe donne un accès à une personne dans le besoin