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Toxic - Saison 2 Épisode 5 - Fractures ouvertes

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63 pages

La révélation les a tous ébranlés : Joana porte l’antidote ! Le genre humain pourrait donc renaître de ses cendres en soignant les m-v. Malheureusement, Elaine et son groupe se voient à cette fin confier un nouvel objectif : s’allier avec les aliens qui paraissent être le plus de leur côté, quitte à de nouveau marcher au bord du gouffre...


L’éleveur Twirl croit lui aussi s’être mis sur les bons courants, même si son intuition lui conseille de se méfier, qu’il s’agisse de ses proches ou de ses produits. Ce Larson, le chef des humains, est loin d’être le docile spécimen qu’il s’efforce d’incarner. Il manigance...

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TOXIC
S02E05 : Fractures Ouvertes

skull

Stéphane Desienne

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Walrus — 2016 

SOMMAIRE

Résumé

1- Fécondations

2- Dangereuses vérités

3- Infiltrations

4- Échappées

5- Flottements

6- Points de non-retour

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L’auteur

Crédits

RÉSUMÉ

La révélation les a tous ébranlés : Joana porte l’antidote ! Le genre humain pourrait donc renaître de ses cendres en soignant les m-v. Malheureusement, Elaine et son groupe se voient à cette fin confier un nouvel objectif : s’allier avec les aliens qui paraissent être le plus de leur côté, quitte à de nouveau marcher au bord du gouffre…

L’éleveur Twirl croit lui aussi s’être mis sur les bons courants, même si son intuition lui conseille de se méfier, qu’il s’agisse de ses proches ou de ses produits. Ce Larson, le chef des humains, est loin d’être le docile spécimen qu’il s’efforce d’incarner. Il manigance…

1- Fécondations

Balyth – Collectif Commercial

 

 

Dans quelques instants, l’oisillon n’en serait plus un.

Twirl, sur son perchoir, observait les préparatifs de l’un de ses rejetons. Il avait beau avoir vu cette scène des dizaines de fois, cela lui procurait toujours autant de vibrations jusqu’à la pointe de ses pennes. Un premier vol constituait un rite de passage, celui où les petits se révélaient capables de quitter le nid, pas définitivement, mais ce huijour viendrait. Chaque lignée souhaitait marquer l’occasion et sa femelle avait invité des connaissances, des membres des nichées voisines. Les mangeoires étaient pleines de graines, de vers en train de se tortiller, et les baies juteuses débordaient des récipients. Des aviens aux plumages soignés et colorés picoraient, piaillaient, stridulaient alors que plusieurs jeunes se pressaient autour du héros du huijour.

Au bout de deux thernes suivant l’éclosion, son duvet avait laissé la place à une première production de pennes primaires, encore fragiles et trop petites pour assurer une portance suffisante. Après une seconde, puis une troisième génération, elles avaient pris de l’épaisseur, de la longueur et elles s’étaient renforcées. Tout avien ressentait alors un frisson, le message émis par son instinct, l’envie irrépressible de répondre à l’appel du ciel.

— Tu te souviens de ton premier vol, pépia sa femelle.

La prise d’envol maladroite et pas assez rapide, la peur du décrochage, la formidable résistance de l’air lors du piqué et la sensation d’écoulement du fluide entre ses pennes, l’éleveur se rappelait de chaque sensation.

— Oui.

— Tu crois qu’il sera rouleur ou tombeur ?

Twirl entrouvrit son bec.

Un vieil adage affirmait que les tombeurs, ceux qui plongeaient pour acquérir de la vitesse, étaient des risques-tout promis à de belles et grandes réalisations. Ou de terribles déconvenues. Les rouleurs, quant à eux, s’élevaient lentement, les pennes à l’élongation maximale, cherchant à gagner au plus vite la sécurité d’un courant ascendant. Ces aviens-là feraient de bons gestionnaires, des stratèges…

— Aucune idée.

Sa femelle se rapprocha et serre à serre, elle vint frotter son bec contre le sien.

— Et les humains ?

— Ils ne volent pas.

— Ça, je le sais.

Devaient-ils vraiment discuter des humains maintenant ? Il percevait presque le bruissement des ailes de Rotax Spaar derrière sa compagne.

— La reproduction est lancée, lâcha-t-il. Nous avons franchi une nouvelle étape ces derniers huijours.

— Bien. J’espère que tu obtiendras rapidement des résultats.

Rapidement… L’accouplement chez cette espèce présentait des écueils. Ils les surmontaient les uns après les autres, mais dans le fond, il se demandait comment elle avait réussi à se perpétuer durant des milliers d’octans. La fécondation à date fixe ou une descendance limitée à un seul individu ne plaidaient pas pour la survie à long terme ; au contraire de l’exemple avien où une couvée multipliait les chances de pérennisation et favorisait sa stabilité.

— Tu n’as pas à t’inquiéter, nous avons développé notre programme en nous basant sur une approche transversale coopérative.

Il avait repris les propos du Polymath en espérant couper court.

— Twirl, la science ne m’intéresse pas. Tu peux traduire ?

— Je parle avec leur chef.

— Les humains ont des chefs ?

— Comme dans toutes les sociétés organisées. Il existe une hiérarchie, des clans, y compris chez les pré-techs.

— Si tu le dis.

— Bientôt, je commercialiserai des produits humains d’une qualité irréprochable ce qui va propulser mes affaires et notre lignée vers les sommets.

Dans le sillage de Rotax Spaar. Évidemment. La femelle frotta la pointe de son bec.

— Voilà, c’est ce vent-ci que je veux sentir souffler à travers les branches de notre clan, Twirl.

Des trilles s’élevèrent, interrompant leur discussion. L’oisillon venait de se positionner sur la rampe, une simple barre dont l’extrémité débouchait au-dessus du vide. Son œil rapace étincelait, évaluant la distance qui le séparait du précipice. Le jeune avien s’ébroua, d’un coup de bec il lissa ses pennes. Un geste qui trahissait sa nervosité, songea Twirl fier de sa progéniture. Sa femelle à ses côtés se glissa contre lui.

— Nekk va y arriver, sans problème, assura-t-elle.

Ils lui avaient donné ce nom en raison des plumes blanches qui ornaient la base de son cou en lui dessinant une sorte de collier.

— Je n’en doute pas un instant. Il aura bien mérité que je l’emmène à la ferme.

— À la ferme ?

— Oui, il veut voir des humains. En vrai.

Nekk déploya ses ailes et les pépiements s’arrêtèrent. L’avien s’élança. Le cou tendu dans le prolongement de la colonne vertébrale, les serres parfaitement coordonnées et la caudale dans l’alignement, son décollage était parfait. Dans quelque temps, il le ferait sans même y penser, instinctivement. Arrivé au bout de la rampe, il disparut. Twirl voulut se précipiter à son tour en constatant qu’il ne remontait pas immédiatement.

— Un tombeur, siffla sa compagne.

Nekk réapparut plus loin, après avoir rejoint un courant d’air chaud à l’intérieur duquel il spiralait avec assurance. Il effectua un virage sur l’aile quelque peu approximatif et se présenta pour la réception. Un moment délicat. Victime d’une rafale que son inexpérience ne lui permettait pas de compenser, il rata la rambarde et atterrit au milieu de la plateforme sous les stridulations des convives qui bondirent de côté. Ses griffes marquèrent le sol, mais il ne provoqua aucun accident et ne blessa personne.

— Il est temps d’aller saluer notre adulte, déclara Twirl, plutôt fier de cette première.

Il se passerait encore un therne ou deux avant qu’il ne quitte véritablement la nichée, mais Nekk venait d’accomplir le saut décisif vers sa nouvelle vie.

 

 

 

 

 

Alors qu’il se dirigeait vers le héros en train de partager les sensations de son premier vol, Twirl sentit une présence qu’il reconnut immédiatement. Le plumage aux pointes rouges et le tatouage sur le bec doré confirmèrent son intuition.

— Rotax Spaar, j’ignorais que vous étiez ici, dit-il en ouvrant ses membres supérieurs après s’être retourné.

— Votre partenaire m’a conviée.

De manière générale, les mâles ne contrariaient pas les initiatives des femelles quand bien même celles-ci se montreraient suspicieuses. Twirl comprit qu’elle lui mettait la pression. De plus en plus. Il avait lié sa lignée avec une avienne ambitieuse qui comptait profiter de l’ascension de Rotax Spaar, il le savait.

— Nekk a accompli un premier vol remarquable. Un tombeur ? reprit-elle.

— On dirait bien.

— Comme vous, n’est-ce pas ?

— Un lointain souvenir.

— Tout le monde se rappelle son premier vol, pépia-t-elle d’une mélodie enjouée.

Twirl ressentit de la gêne et de l’agacement.

— Vous désirez quelque chose en particulier ?

— En effet, je suis aussi ici pour vous avertir.

Les pupilles de Twirl se dilatèrent, comme s’il venait de localiser une proie au sol ou un danger. Il avait espéré un peu de répit suite à leur dernière entrevue. Peut-être que la dirigeante voulait accentuer la pression, d’une façon plus directe que sa compagne.

— Je vous l’ai dit, nous obtiendrons des résultats avec le programme de reproduction conçu par le Polymath.

— Ce n’était pas mon intention de remettre vos choix en cause. Après tout, vous avez un expert pour vous conseiller. Il est vital d’être correctement renseigné avant de se décider. Je pense que la reconversion de votre activité montre toute sa pertinence à l’heure où l’embargo frappe les importations de produits humains.

L’éleveur s’inclina légèrement en signe de respect et de compréhension.

— Ma position m’oblige évidemment à rendre des comptes en ce qui concerne nos futures orientations commerciales, pépia Rotax.

Bien malgré lui, emporté par une crainte soudaine, il lui coupa le sifflet :

— C’est l’affaire des dinkos qui se répète ? C’est ça que vous êtes venue m’annoncer ? Ce serait une catastrophe.

Autour d’eux, plusieurs aviens se retournèrent.

Rotax l’entraîna à l’écart.

— Nous n’en sommes pas là. Mais vous devez prendre conscience que votre projet va éveiller de l’intérêt. Peut-être des convoitises. C’est ainsi que les choses fonctionnent, je ne vous apprends rien, n’est-ce pas ?

L’affaire des dinkos avait agi comme un rappel douloureux. L’histoire ne se répéterait pas avec les humains, sinon il serait fini. Fini.

Rotax Spaar avait elle-même des adversaires prêts à souffler de puissants vents contraires pour l’empêcher d’accéder à la dernière marche du plus haut des perchoirs.

— Je ne survivrai pas à l’émergence d’un concurrent, surtout au démarrage de l’activité.

Un rival qui plus est déloyal, s’abstint-il pour éviter d’en rajouter.

— Ma position m’autorise à bloquer ce genre de… désagrément. De protéger un commerce prometteur et lucratif.

Un vent frais glissa sur son plumage. L’intervention d’une avienne influente en sa faveur impliquait un retour sur investissement, en quelque sorte.

— Que désirez-vous ? gazouilla Twirl.

— Une part sur les bénéfices, mais nous aurons le temps d’y réfléchir. Plus tard. Concentrez-vous sur l’obtention des résultats.

La pointe de son aile vint caresser la base du cou de l’éleveur. Une marque de confiance. L’administratrice s’éloigna pour rejoindre un autre groupe de convives.

 

 

 

 

 

Nekk sautilla vers lui. En pépiant. En chantant. Le premier vol déclenchait une sorte d’ivresse ; les jeunes sentaient qu’ils pouvaient conquérir le monde, s’élever jusqu’aux portes de l’espace avec le sentiment que rien ni personne ne pourrait les arrêter.

— À présent, je suis un membre à part entière du clan, je peux tenir mon rang dans la formation.

Avant de savoir voler et incapable de quitter son nid, un avien n’était rien. Avec cette première venaient l’autonomie et la liberté. Lesquels sous-entendaient aussi la responsabilité. Ce dernier point étant souvent passé sous l’aile en un tel instant.

— Bien sûr, fit Twirl, tu peux maintenant intégrer la formation. Nous en sommes très fiers. Demain, je t’emmènerai à la ferme. Voir des humains. Comme promis.

L’oisillon, devenu adulte, exprima sa joie d’une brève modulation de remerciement en Fsi.

En vérité, ses aptitudes restaient à acquérir, mais ce n’était pas un discours que Nekk désirait entendre. Pas en ce huijour. Twirl le regarda sautiller vers des invités en train de déguster des vers blancs proposés par des robots porteurs de mangeoires pleines à ras bord.

— Szi fizzz, perçut-il.

Sa compagne claqua son bec.

— Le huijour d’une vie, lui répondit-il. Il volera haut pour montrer ses couleurs.

— Je n’en doute pas. Je t’ai observé, avec Rotax. Tu as sa confiance.

Elle vint se frotter contre lui. Leurs plumes se mêlèrent.

— Je t’avais dit que tout se passerait bien, gazouilla-t-il en glissant son bec vers la zone sensible, sous le duvet.

 

 

 

 

 

Alors que le crépuscule teintait l’atmosphère de Balyth, Larson se tenait debout au milieu de la cour extérieure de sa prison. Il leva la tête. Ce ciel azur aurait pu être celui d’un paradis terrestre. Il avait toujours rêvé de visiter les îles. Au lieu de cela, son karma persistait à l’envoyer dans des endroits clos. Hermétiquement clos. Et ceints des quatre côtés. Il reprit son inspection du mur dans l’espoir, vain se rendait-il compte, d’en déceler la faille. Toutes les prisons possédaient leur point faible. Il suffisait de le découvrir et d’imaginer ensuite un moyen de l’exploiter pour s’évader. Ce n’était jamais, de son point de vue, qu’une question de temps avant qu’une opportunité se présente. Certains détenus ne voyaient jamais cet instant. Lui semblait doué de cette qualité, de cette faculté à estimer le bon moment. Celui où il convenait d’agir et de saisir sa chance. Il savait aussi qu’il ne parviendrait pas à sauver tout le groupe. Beaucoup d’évasions échouaient car il y avait trop de personnes impliquées.

 Jefe ! entendit-il.

Quelques amis, peut-être, mais tous… Non. Ce n’était pas envisageable. L’Espagnol accourut vers lui.

— Michelle veut te parler.

Seule personne à posséder une formation médicale, elle s’occupait des prises de sang. L’accord passé avec le piaf stipulait qu’elle fasse ses prélèvements tous les matins, avant le petit déjeuner, et qu’elle dépose le rack de vingt-et-une fioles dans un casier où une sorte de créature aux tentacules encapuchonnés venait les récupérer. En plusieurs occasions, il l’avait aperçue à travers l’épaisse vitre crasseuse qu’il avait étudiée pour estimer sa résistance. Cette chose lui donnait la chair de poule, rien que d’y penser.

Larson rentra sous le dôme, quittant la chaleur sèche pour l’environnement climatisé où les aliens attendaient d’eux qu’ils se reproduisent comme des lapins. Il traversa le couloir menant aux dortoirs où chacun s’était plus ou moins aménagé son petit coin, un espace privatif qu’ils avaient pris l’habitude de respecter. Il avait toutefois insisté pour qu’ils se réunissent tous régulièrement autour de la grande table pour faire le point. Tous les trois ou quatre jours. Il était difficile de tenir un compte précis du temps qui s’écoulait, mais il conservait jalousement une montre mécanique qui indiquait l’heure de la Terre. Et la date du jour. Ils étaient le 12 décembre.

Dans moins de deux semaines donc, c’était Noël. Enfin, se dit-il, en théorie.

Larson se glissa à côté de Michelle, attablée, le regard rivé sur un gobelet fabriqué dans une matière plastique sorti de la machine à nourriture.

— Tu voulais me voir ?

Elle ne lui rendit pas son sourire et écarta la mèche blonde qui barrait son front.

— Si j’en crois les analyses de l’alien que je viens de recevoir, Marlène aussi est enceinte. Ça fait sept. Cette folie doit cesser, Larson.

Ils en avaient discuté. Longuement. Tous ensemble, autour de cette même table et ils s’étaient mis d’accord : ils se trouvaient dans une situation démente. Dérangeante, mais avaient-ils le choix ?

— Ça ne m’enchante pas non plus, mais nous le faisons pour survivre. Elles le font pour survivre, précisa-t-il dans la foulée.

— Quand les bébés naîtront, ils les prendront. J’espère que tu es bien conscient de ce que ça implique et des conséquences.

Il le comprit en lisant au fond de ses yeux. Elle le tenait pour responsable. Il en fallait toujours un de toute manière et il valait peut-être mieux qu’il soit cette personne.

— Nous n’en sommes pas encore là.

— Moins de neuf mois, Larson. Dans moins de neuf mois, ces femmes se verront arracher le fruit de leurs entrailles. T’as pas l’air de saisir…

Il glissa une main vers son avant-bras.

— Qu’est-ce que tu veux ? Parlementer à nouveau avec le piaf ?

L’alien répondait favorablement à leurs demandes à partir du moment où ils remplissaient leur part du marché.

— Si je le pouvais, je le déplumerais et je le passerais à la rôtissoire. Comme ça, il saurait exactement ce que je ressens.

Pour qu’une évasion réussisse, il fallait réunir aussi plusieurs conditions. La première d’entre elles : s’entourer de personnes fiables et aux nerfs d’acier. Michelle se montrait intelligente, douée d’une compétence essentielle devenue rare. Sauf que l’émotion guidait son intellect brillant et qu’elle pouvait le faire dérailler.

Larson esquissa un sourire puis il se leva :

— Il faut s’en tenir à ce qu’ils demandent. On n’a pas le choix.

Sept femmes enceintes sur vingt-et-une, songea-t-il en quittant la salle. Michelle n’avait pas tort : il n’attendrait pas neuf mois pour se tirer d’ici. La question restait de déterminer qui il emmènerait dans une fuite à travers un monde extra-terrestre dont il ignorait tout. En un sens, cette idée paraissait pire que l’attitude consistant à coopérer pour rester en vie. La liberté requerrait cependant de payer le prix. Il ne pourrait pas sortir tout le groupe de ce maudit dôme. Il le savait.

 

 

 

 

 

Nekk sautilla sur la rambarde et fonça en direction de l’amphibien. Yuuz quitta son paysage de données, surpris par l’irruption soudaine du jeune avien dont le babillage excité le força à suspendre son travail. L’ingénieur se plia toutefois à l’exercice consistant à résumer son rôle au sein de la ferme, sous le bec bienveillant de l’éleveur. C’était la première fois qu’il apportait l’un de ses rejetons. D’habitude, les aviens ayant réalisé leur premier vol intégraient très vite l’un des centres de formation du clan d’où ils ressortiraient avec une qualification utile à la communauté.

— Je veux voir des humains, pépia-t-il.

Yuuz glissa un regard métallique en direction de Twirl. La présence de spécimens vivants ici même relevait du secret commercial. Y compris en ce qui concernait l’administration. Classée expérimentale, la ferme disposait du droit de protéger ses recherches scientifiques. Cela ne lui valait pas l’autorisation de se soustraire à la sécurité sanitaire, mais que les informations sensibles, forcément détaillées et révélatrices, demeurent inaccessibles. Si Nekk se mettait à piailler partout sur ce qu’il avait vu…

Twirl lui assura que tout irait bien.

— Combien vous en avez ? demanda le jeune avien.

— Trente-sept humains. Vingt-et-une femelles, seize mâles.

 Szzi, ils sont donc sexués ? Pas comme vous autres amphibiens.

Les yeux de l’ingénieur se durcirent à nouveau. Sa courte tête se tourna vers son patron qui s’excusa de la remarque déplacée de Nekk à qui il donna un coup de penne.

— Il y a des choses sur lesquelles tu n’es pas autorisé à t’exprimer, lui rappela-t-il sur un pépiement sec ayant valeur de réprimande.

— En effet, reprit Yuuz en réalité plus amusé par l’effronterie, ils ne peuvent pas changer de nature. La versatilité est un privilège évolutionnaire rare, au demeurant. Tu l’apprendras un huijour.

— J’aurais aimé être une femelle. Elles ont tous les pouvoirs au sein du clan.

Twirl clôt la discussion d’une trille agacée :

— Tu es venu pour voir des humains, pas pour critiquer le système de reproduction d’une autre espèce.

Sur l’écran, Yuuz afficha un panorama centré sur la pièce principale du dôme. Nekk se pencha, visiblement intrigué. Ses yeux grands ouverts fouillaient l’image comme s’il survolait une zone à la recherche d’une proie.

— Alors, ils valent des fortunes ?

— Oui, répondit Yuuz. Leur chair est très demandée, notamment chez les races insectoïdes.

— Ce doit être délicieux. Nous ne sommes pas assez riches pour en goûter. Est-ce que je peux les rencontrer en vrai ? Les toucher ?

Twirl inclina sa tête de côté à l’attention de son employé.

— Les règles sanitaires sont très strictes. Il est impossible d’entrer en contact avec du matériel biologique vivant sans respecter une procédure très contraignante, affirma ce dernier. De plus, cette race fait l’objet d’un embargo.

— C’est vrai ! réagit Nekk. J’en ai entendu parler. Il parait que leur planète entière est contaminée à cause d’un conflit de concession.

Yuuz ne démentit pas.

— Exact, nous devons donc respecter les procédures. Je peux néanmoins te présenter quelques installations que nous avons récemment acquises.

L’ingénieur gérait habilement la situation et il semblait même y prendre une forme de plaisir. Twirl se demanda s’il avait lui-même déjà mis bas, s’il existait, quelque part au sein des mondes du Collectif, des petits Yuuz qu’il aurait confiés à la collectivité. Une pratique courante au sein de nombreuses sociétés. Avant d’emmener Nekk visiter la chaîne de traitement, l’amphibien l’informa de la toute dernière nouvelle. Une excellente nouvelle. En un bond, l’éleveur se retrouva derrière ses afficheurs.

Enfin, pensa-t-il, excité à son tour, des femelles humaines étaient fécondées. Quelle expression employaient-ils pour marquer le début...

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