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Tribulations matrimoniales

De
144 pages
"Le mariage ! Que de solutions ont été envisagées, au Maroc, pour contracter un mariage et que de manières différentes pour célébrer les noces ! Qu'on n'aille pas croire que l'idée m'est venue de mettre cela noir sur blanc. Je ne suis pas assez naïf pour croire que mes histoires puissent instruire qui que ce soit, alors je me contenterai ici d'amuser mes lecteurs en leur contant quelques tribulations matrimoniales au Maroc."
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Mohamed Diouri
TRIBULATIONS MATRIMONIALES
Le mariage !
Que de solutons ont été envisagées, au Maroc, pour contracter
un mariage et que de manières diférentes pour célébrer les
noces ! Et que d’histoires tout cela n’a-t-il pas engendrées ! J’en TRIBULATIONS MATRIMONIALES
ai connu un grand nombre et à chaque fois, c’est presque une
histoire extraordinaire.
Qu’on n’aille pas croire que l’idée m’est venue de metre cela
noir sur blanc, c’était dans le but d’instruire les génératons
futures pour qu’elles trouvent d’autres méthodes, d’autres
chemins. Je ne suis pas assez naïf pour croire que mes histoires
puissent instruire qui que ce soit, alors je me contenterai ici
d’amuser mes lecteurs en leur contant quelques tribulatons
matrimoniales au Maroc.


Mohamed Diouri est l’auteur de la trilogie : « Chroniques de
Fès » consttuée  des romans, « Chroniques de quarter »,  « Khiyi,
El Moro et les autres » et « Chroniques de souk ». Il est aussi
l’auteur de « Galerie marocaine » qui regroupe une trentaine de
eportraits croustllant  et  « Le monde de Badia », son 5  roman ; 
tous ces romans sont édités chez l’Harmatan.
ISBN : 978-2-343-07861-8
13 €
TRIBULATIONS MATRIMONIALES Mohamed Diouri TRIBULATIONS MATRIMONIALES Mohamed DIOURI
TRIBULATIONS MATRIMONIALES Du même auteur


Déjà paru chez l'Harmattan,

Chroniques de quartier, éd 2011.
Khiyi, El Moro et les autres, éd 2011.
Chroniques de souk, éd 2012.
Galerie marocaine, éd 2013
Le monde de Badia éd 2015.

























© L'HARMATTAN, 2015
5-7, rue de l'École-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-07861-8
EAN : 9782343078618

Arithmétique matrimoniale

Lorsque deux êtres s’unissent
dans le mariage, l’un devient la
moitié de l’autre.

Lorsque l’un est la moitié de sa
moitié, il en devient le quart soit le
quart de son quart, c’est-à-dire le
seizième, puis le trente-deuxième,
etc.

Il finit, avec le temps, par
devenir une infime partie pour
l’autre.

Que d’unions conjugales ont
confirmé une telle arithmétique !



Réflexions matrimoniales

La familiarité entraîne
parfois le mépris !

La fréquentation assidue
de l’autre entraîne la
familiarité !

Avec le temps, il s’installe
parfois dans le couple une
détestation partagée que l’on
vit allègrement.









SOCIOLOGIE MATRIMONIALE MAROCAINE
Le mariage !

Que de solutions ont été envisagées au Maroc pour contracter
un mariage !

Les couples de ma génération, celle de la deuxième moitié du
eXX siècle, concluaient leur mariage selon des règles modernes,
qu'on qualifiait d'occidentales ou plus exactement de françaises, car
nous ne connaissions de l'Occident que la France qui avait colonisé
le Maroc de 1912 à la fin de 1955. Il s'agissait de faire d'abord la
connaissance de l'autre, de le fréquenter quelque temps avant de
passer à l'acte. Justement ma sœur aînée était institutrice dans une
école primaire de filles et son futur époux était instituteur dans une maire de garçons et comme les deux écoles étaient
mitoyennes, ce dernier finit par connaître ma sœur et par lui
proposer de sortir ensemble. C'est ce qu'ils firent pendant quelque
temps avant de déclarer à leurs parents respectifs leur intention de
se marier.

C'étaient là manifestement des mariages d'amour qui devenaient
avec le temps des unions de raison. Et ma sœur et son mari sont
restés ensemble pendant trente-six ans jusqu’à ce que ce dernier
décède.

Il ne faut surtout pas croire que les mariages des années 1960 se
concrétisaient facilement, car les jeunes filles étaient très
surveillées ; une jeune fille ne pouvait pas sortir et rentrer à des
heures tardives sans une raison valable. Elle devait s'ingénier à
imaginer des prétextes, comme aller voir une amie pour travailler
ensemble leurs cours, ou aller assister à un spectacle au lycée, ou
aller au cinéma avec des copines. Ma sœur aînée aime justement
raconter tous les prétextes qu'elle a dû inventer chaque fois qu'elle
voulait voir son futur époux. Les jeunes pratiquaient la modernité
alors que les parents restaient accrochés aux traditions.

9 Mais si l'on remonte à la génération de mes parents et à celle de
mes grands-parents, dans les années comprises entre 1900 et 1930,
on constatera que l’on pratiquait pour se marier la méthode
ancienne qu'on qualifiait d'orientale. Mon père et mon grand-père
paternel n'ont jamais connu respectivement ma mère et ma
grandmère avant le jour de la célébration de leur mariage. La mise en
relation des futurs époux se faisait de multiples façons.

On essayait d’abord de puiser dans la famille. Lorsqu’un jeune
homme ou une jeune fille était en âge de se marier, on cherchait
respectivement un cousin ou une cousine plus ou moins éloigné(e)
et les parents tentaient de s’accorder sur les modalités de l’union de
leurs progénitures qui se connaissaient très bien du fait qu’elles se
rencontraient dans les fêtes familiales, baptêmes, circoncisions et
mariages.

Lorsque les possibilités familiales étaient épuisées, on se
rabattait sur les voisins plus ou moins éloignés géographiquement
dans le quartier, cela avait l’avantage qu’en ces temps-là, tout le
monde connaissait tout le monde au quartier comme s’il s’agissait
d’une famille élargie.

Lorsque les possibilités du quartier étaient épuisées, on se
hasardait dans les quartiers limitrophes. Cela se pratiquait de la
façon suivante : trois ou quatre femmes de la famille du jeune
homme visitaient les maisons l’une après l’autre et demandaient
s’il y avait une jeune fille en âge de se marier ; si tel était le cas et
si la famille demandeuse convenait à la famille de la jeune fille, on
présentait cette dernière à la famille visiteuse et le mariage pouvait
alors se conclure entre les deux familles.

C'étaient là des mariages de raison que rien n'empêchait de
devenir des mariages d'amour et mes parents et mes grands-parents
sont restés mariés pendant plus de soixante-dix ans jusqu’à ce que
la mort ne les sépare.
Mais cette dernière façon de faire débouchait parfois sur des
situations burlesques pour le mari qui n’avait jamais vu sa femme
avant la nuit de noces. On raconte ainsi le cas d’un mari qui s’est
10 trouvé, le jour de son mariage, en face d'une femme qui ne lui
plaisait pas ou peut-être une femme sourde, muette, voire les deux.
Ma mère aimait raconter que mon père avait tout fait pour la voir
avant leur mariage. Il s'était arrangé avec l'une de ses sœurs afin
qu'elle lui montre sa future femme passer dans la rue pour aller au
bain.

Cela pouvait aussi réserver de mauvaises surprises aux jeunes
épouses qui n'avaient jamais vu leur époux auparavant.

Aujourd'hui les jeunes filles et les jeunes hommes adoptent pour
leur mariage une méthode qui associe la méthode ancienne à la
méthode moderne. La famille du jeune homme cherche une jeune
fille et une fois cette dernière trouvée, les présentations sont faites
dans le domicile de la jeune fille, en présence des parents de cette
dernière ; les deux jeunes passent un bon moment au salon à
discuter, puis se mettent à se fréquenter, au vu et au su de tout le
monde, pendant quelque temps, avant de passer à l'acte en cas
d’affinité.

Ce sont là des mariages de raison et d'amour en même temps et
malheureusement cela ne leur assure aucune pérennité, car en
général, le jeune homme ne peut pas fréquenter assez longtemps sa
future femme pour bien la connaître ; les parents de cette dernière
font pression sur le couple pour que le mariage soit annoncé et
célébré le plus vite possible. Cette période de fréquentation
n'excède pas en général quelques mois.

Il faut savoir que cette manière de faire n'est pas due au hasard.
Le Marocain ne veut absolument pas renoncer à ses traditions et en
même temps il est friand de modernité. N’est-on pas allé dans ce
pays de traditions et de modernité, jusqu'à créer un parti politique
qui a pour nom : « le Parti de l'Authenticité et de la Modernité
(PAM) », authenticité pour l’attachement aux traditions et
modernité pour la promesse de changements ? Mais si ce parti
obtint quelques succès lors des premières élections auxquelles il
participa, cela est dû beaucoup plus à nos traditions électorales –
caractérisées par une importante transhumance des élus à travers
11 les partis – qu’à une adhésion massive des Marocains à son
programme.

Mais revenons aux mariages.

Après avoir relaté les différentes façons que pratiquaient au
Maroc les futurs époux afin de se connaître, il serait intéressant de
savoir comment était organisée la fête d'un mariage et comment
cette organisation a évolué avec le temps. Sans trop rentrer dès
maintenant dans tous les détails, car cela sera précisé à l'occasion
de la relation de différents mariages à différentes époques, nous
pouvons relever au moins des changements très importants, avec le
temps, dans la durée de la fête d'un mariage le luxe et la
magnificence avec laquelle on le fêtait.

En effet, au début du siècle dernier, la fête d'un mariage durait
toute une semaine, pendant laquelle les parents des deux époux
assuraient le gîte et la restauration des membres de leur famille et
ne lésinaient point sur les moyens qu'elles mettaient en œuvre.
Dans ces conditions, les cadeaux que se faisaient les familles
consistaient en des sacs de farine, des sacs de pains de sucre, des
moutons et toutes autres victuailles. On recevait parfois tellement
de victuailles qu’il arrivait aux parents d’un(e) jeune marié(e) de se
retrouver avec nombre de sacs de farine et de pains de sucre, de les
stocker chez eux et d’en faire cadeau à leur tour à d’autres
membres de la famille qui mariaient un de leurs enfants, quelques
mois après.

Au cours du dernier quart du siècle passé, la fête d'un mariage
ne durait plus qu'un jour ou deux et était organisée très sobrement,
car en ce temps-là, les jeunes, dont la grande majorité avait fait des
études plus ou moins longues, essayaient de ne pas trop suivre la
tradition et évitaient tout étalage de richesse, surtout lorsque leur
famille n'était pas des plus aisées. Dans ce cas, les cadeaux
consistaient, modernité oblige, en des appareils électroménagers ou
simplement des enveloppes d’argent pour aider les nouveaux
mariés à démarrer dans leur vie de couple.

12 Mais à partir du début du présent siècle, la durée de la fête d'un
mariage gagna quelques jours ; quant au luxe et à la magnificence
d'une telle fête, elle dépassa toutes les bornes. C'est aux familles
aisées qui étaleront le plus de richesses qu'on reconnaîtra
l'organisation des plus beaux mariages ; elles seront fières de
savoir qu'on parlera longtemps des fêtes de leurs mariages. On se
plaît ainsi à toujours parler de ce mariage qu'un riche promoteur
immobilier organisa pour sa fille et pendant lequel on servit plus de
quatre cents tables et fit jouer plusieurs orchestres. En peu de mots,
toute famille qui organise une somptueuse fête de mariage n'attend
qu'une seule chose, qu'on qualifie sa fête de fête des mille et une
nuits. Pour ce qui est des cadeaux, on commence, avec le début de
ce siècle, à adopter le principe de la liste de mariage qui consiste à
ce que les époux choisissent un grand magasin où peuvent aller
tous ceux qui désirent leur offrir quelque chose et payer un article
parmi la liste dressée par les époux.

Les autres familles, moyennement aisées et même modestes,
n'auront de cesse – le phénomène demeure actuel – d'essayer
d'imiter les familles riches et se saigneront pour assurer à leur
progéniture des mariages d’une durée suffisante et pendant lesquels
on fera tout pour étaler un semblant de richesse, même si cela
exigera d'elles de contracter des emprunts pour longtemps. Un seul
argument qui semble imparable et que se lancent les futurs
conjoints ainsi que leur famille pour justifier toute cette gabegie
revient comme un leitmotiv :

- Comme on ne se marie qu'une seule fois dans la vie, on ne va
pas lésiner dans la célébration d'une telle fête !

Et tout cela n'empêche pas les mariages marocains de connaitre
leur lot de divorces comme partout ailleurs, car ce n'est nullement
le montant dépensé pendant la fête d'un mariage qui puisse sceller
à jamais une union.
Le mariage !

Que de solutions ont été envisagées au Maroc pour contracter
un mariage ! Que de manières ont été pratiquées pour célébrer les
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