Tu n'iras pas jouer, tu es puni

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Contemporain et acteur du baby-boom, Arti partage avec le lecteur les événements qui jalonnent son parcours et son éducation durant ces années que l'on appelle aujourd'hui les Trente Glorieuses. Péripéties amoureuses, bêtises d'adolescent, punitions décrites avec humour et lucidité émaillent ce roman d'une vie et le rendent attachant.
Publié le : lundi 8 février 2016
Lecture(s) : 1
EAN13 : 9782806108234
Nombre de pages : 200
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Richard Yves Storm
Tu n’iras pas jouer, tu es puni Roman
Tu n’iras pas jouer, tu es puni
Du même auteur :
Récit de Guerre, Dricot, 2007. Journal de campagne d’un professeur de français, Bénévent, 2011. Pierre Storm, Maréchal-ferrant de l’Empereur, L’Harmattan-Belgique, 2014.
Tu n’iras pas jouer, tu es puni Roman
Richard Yves Storm
D/2016/4910/12
© Academia – L’Harmattan Grand’Place 29 B-1348 Louvain-la-Neuve
 ISBN: 978-2-8061-0261-4
Tous droits de reproduction, d’adaptation ou de traduction, par quelque procédé que ce soit, réservés pour tous pays sans l’auto-risation de l’auteur ou de ses ayants droit.
www.editions-academia.be
1
Tu n’iras pas jouer cet après-midi ! Tu es puni !
Mes copains Christian et Jean-Louis sont à la barrière et m’atten-dent pour « aller faire un tour » dans le quartier.
Le frère Matthias m’a collé un zéro en maths cette semaine, l’interro portait sur les équations à deux inconnues et je me suis planté. Faut dire que les maths et moi, on fait deux !
Comme chaque fin de semaine, nous avons rejoint la « petite mai-son » où nous passons les week-ends et les vacances loin du bruit et des soucis de la vie quotidienne en ville. Nous habitons à un jet de pierre de la caserne Prince Baudouin, place Dailly à Bruxelles. Et le samedi midi, nous embarquons dans la BMW 600 de papa avec armes et bagages, ainsi que les devoirs à remettre le lundi.
Je connais Christian, Jean-Louis et ses frères depuis des années lorsque nous sommes venus nous installer au Chenois, dans une petite maison en ruine achetée par mes parents en 1957. Je nous vois encore, mon frère et moi, assis dans l’arrière-salle du café « Le mérou » près de la gare, où avait lieu la vente publique du bien.
Comme il n’y avait pas d’autre acheteur, mes parents avaient enlevé la vente sans enchères, au prix convenu, ce qui nous avait valu le visage fermé du propriétaire, M. Van Loye, qui attendait une meil-leure offre pour ses ruines et sa parcelle de quatre ares.
Dès ce moment, notre avenir avait basculé. Nous avions appris à manier la pioche, le pic, la pelle et d’autres outils pour aider nos parents à restaurer cette toute petite maison qui comportait deux pièces, un four à pain, une fosse d’aisance séparée de la construc-tion. Et, j’oubliais, un puits à sec.
Tout était à refaire ; il n’y avait pas d’électricité et un seul point d’eau situé derrière la porte d’entrée, directement sur le compteur. La masure avait été occupée par une vieille dame décédée deux ans plus tôt à l’âge respectable de nonante-huit ans.
Seuls témoins de l’occupation des lieux, quelques énormes poireaux poussaient vers le ciel leurs tiges vert-bleues hors d’un tapis de mauvaises herbes, vestiges d’un potager abandonné depuis long-temps. Ma grand-mère, experte en ce domaine, les avait qualifiés aussitôt de « montés » entendez montés en graine. Et nous les avait fait arracher et jeter sur le fumier encore visible au fond du jardin.
Notre premier travail avait été de retourner la terre, chacun s’aidant d’un outil à sa taille.
J’utilisais une pelle en fer, au manche d’une longueur respectable, qui me valait des écorchures, même si, comme me l’avait appris mon grand-père, je crachais dans les mains presque à chaque pelletée.
Au bout d’une journée, les « cloches » apparaissaient à la base du pouce et des durillons se formaient sur la paume, sous les doigts.
La pause, à midi, était bienvenue : nous avions droit aux tartines de jambon et de confiture préparées par maman, sûrement la veille 8
car elles étaient toujours sèches et dures, étalées sur une serviette blanche barrée de lignes rouges. Des caisses retournées servaient de chaise et de table. On y voyait la mentionOutspanen caractères orange. On les appelait d’ailleurs les caisses à oranges.
J’appris bien plus tard que ces oranges venaient d’Espagne.
Tout en retournant la terre, nous avions fait bien des découvertes : des balles de fusils, une baïonnette, deux boulets de canon. Tout cela semblait provenir des combats napoléoniens, la présence des Prussiens dans les prés alentour ayant été attestée par des docu-ments retrouvés plus tard par mon père. Mais aussi des quantités énormes de coquilles de moules. À croire que la mer avait recou-vert le Chenois à une époque peu éloignée.
Mon grand-père, chef de chantiers de profession, habitué à com-mander à des centaines d’ouvriers car il avait construit un barrage près d’Eupen, les cimenteries de Visé et le siège de la Banque du Congo Belge, nous faisait marcher à la baguette. Rendement, orga-nisation, économie : il nous abreuvait de tous les principes des grands chantiers tout en nous donnant des ordres impératifs sur les travaux à effectuer. Mais toujours sur un ton affectueux.
-
Arrête ! Maman, il m’a jeté une brique !
Oui, c’est vrai. Je travaille vite et je ne supporte pas de voir mon frère qui se pavane, fait semblant et gratte une brique quand j’en termine dix.
-
Il fait semblant ! Il triche !
Je l’ai déjà fait remarquer et j’en suis excédé, car il m’a tiré la langue à chaque fois. Donc, en jetant la brique sur le tas, je me suis arrangé pour qu’elle dévie vers mon frère. Mais comme il s’est baissé à ce moment, c’est la tête qui l’a reçue, et elle saigne un peu. 9
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