Tye Kele

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La présence des tirailleurs sénégalais parmi les combattants de la Première Guerre mondiale est largement connue. Mais personne ne sait vraiment comment ces jeunes soldats, dont la plupart venaient du Soudan, l'actuel Mali, se sont retrouvés sur le sol français où près de trente mille perdirent la vie. Ce roman historique met non seulement à jour une page héroïque de l'Afrique, mais montre également la proximité qui existe de fait entre des hommes que tout semblait séparer.
Publié le : mercredi 2 septembre 2015
Lecture(s) : 16
EAN13 : 9782336390499
Nombre de pages : 276
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Hubert BALIQUETYE KELE
La présence des tirailleurs sénégalais parmi les combattants de la
Première Guerre mondiale est largement connue. Mais personne ne
sait vraiment comment ces jeunes soldats, dont la plupart venaient
du Soudan, l’actuel Mali, se sont retrouvés sur le sol français où près
de trente mille perdirent la vie.
Ce roman historique commence par projeter le lecteur au cœur
ede l’Afrique de l’Ouest à la fn du XIX siècle pour suivre la pénétration
des troupes coloniales françaises, qui durent notamment faire face
à la résistance des Bambaras du Bélédougou. Il l’amène ensuite à TYE KELE
découvrir une révolte qui conduisit, en mars 1915, plus de deux
mille guerriers de cette même province à prendre les armes contre L a g u e r r e d e s h o m m e s
les forces d’occupation, pour s’opposer au recrutement de soldats
Romandestinés à la « Force Noire », préconisée par le Général Mangin. Il
accompagne enfn le parcours d’un de ces combattants, qui ayant
subi cette défaite, fut contraint de se rendre en France pour partager
le sort des poilus dans les tranchées de Verdun et du chemin des
Dames.
Ce récit met non seulement à jour une page héroïque de l’Histoire
de l’Afrique, mais montre également la proximité qui existe de fait
entre des hommes que tout semblait séparer. Il montre que les
circonstances dramatiques de la guerre peuvent amener deux
paysans venant l’un des Basses Alpes, l’autre de l’Afrique profonde,
à se connaitre et à se lier d’une véritable amitié.
Hubert BALIQUE a exercé pendant plus de 30 ans sa profession de
médecin de santé publique au Mali. Les nombreuses années, qu’il a
vécues dans le Bélédougou dans le cadre de ses activités universitaires,
lui ont non seulement permis de connaitre en profondeur la population
de cette province, mais aussi de découvrir la bataille du kodjalan, qu’il
a voulu rappeler à la mémoire collective. De nationalité franco-malienne, il œuvre
pour faire tomber le mur d’ignorance et de préjugés qui sépare les peuples, pour
qu’ils puissent vivre ensemble dans un monde de fraternité.
Couverture : Du guerrier bambara au
tirailleur sénégalais (DR).
ISBN : 978-2-343-06676-9
9 782343 066769
24 €
Hubert BALIQUE
TYE KELE







TYE KELE
LA GUERRE DES HOMMES



































































© L’HARMATTAN, 2015
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-06676-9
EAN : 9782343066769 Hubert BALIQUE








TYE KELE
LA GUERRE DES HOMMES



Roman









































































A Koyan, Niéné, Gouantina, Nianankoro et Samba











































PREAMBULE

Il avait fallu attendre que René Caillé rentre de sa traversée de
l’Afrique de l’Ouest et décrive devant la Société de Géographie son
séjour à Tombouctou en 1828 pour que les Français entendent parler de
cette région du monde.
Jusque-là, l’Afrique Noire était à leurs yeux un continent mythique au
climat hostile où vivaient des hommes primitifs, noirs de peau et
évoluant semi-nus au milieu d’animaux sauvages. De temps à autre, les
habitants de Paris et de grandes villes portuaires comme Marseille ou
Bordeaux en rencontraient quelques-uns, sans qu’ils aient à savoir qui ils
étaient, d’où ils venaient et ce qu’ils faisaient.
L’entreprise coloniale débutée en Algérie en 1830 et ouverte sur le
Sénégal en 1854 allait renforcer cette vision d’un monde multiracial où,
au-delà des questions politiques et économiques, les peuples blancs
apaisaient les angoisses de leur vie quotidienne en affirmant leur
supériorité identitaire vis-à-vis de peuples considérés comme inférieurs,
parce que colorés, païens et sans culture.
L’Exposition Universelle de Paris en 1889 fut l’occasion de montrer à ses
vingt-huit millions de visiteurs cette branche particulière de l’espèce
humaine en faisant vivre pendant six mois plusieurs centaines d’Africains
dans un « village nègre » reconstitué. On pouvait ainsi les découvrir sur
le Champ de Mars, tout comme on pouvait se rendre au Jardin des
Plantes pour y voir des animaux venus de tous les coins du monde !
Dans une société française portant les cicatrices de Waterloo, de Sedan et
de la perte de l’Alsace et de la Lorraine, il fallait justifier la création de
cet empire qui allait redonner à la France sa grandeur et sa place sur
l’échiquier mondial.
Bien qu’il fût porté par une bourgeoisie en pleine émergence, ce
sentiment de supériorité trouvait également une écoute favorable au sein
du monde paysan et même de la classe ouvrière naissante.
Comment dans un tel contexte la France pouvait-elle imaginer que cette
Afrique si peu civilisée avait une histoire !
Il suffit pourtant de se pencher sur elle et de chercher à la connaitre, pour
découvrir la réalité humaine de ce continent et apprendre son histoire, qui
est aujourd’hui bien établie.
**
9


Deux cent cinquante ans avant Jésus-Christ, alors que Rome était en
lutte avec Carthage, voyait le jour, au cœur du delta intérieur du fleuve
Niger, la ville de Djenné-Djenno, la plus vieille cité connue d’Afrique au
sud du Sahara, dont la population atteindra dix mille habitants en l’an
800, année du couronnement de Charlemagne.
**
Environ trois cents ans après Jésus-Christ, plus d’un siècle avant la
chute de l’empire romain, était créé par les animistes soninkés l’empire
du Ghana, qui englobera jusqu’au XIème siècle une partie des actuels
Sénégal, Mali et Mauritanie. Connue en Europe et en Arabie, la
puissance de cet état reposait dès le VIIIème siècle sur la production d’or
et de sel, qui était alors une denrée très recherchée pour la conservation
1des aliments. Affaibli par la poussée des musulmans almoravides venus
du Maroc, il finit par disparaitre sous les coups du royaume du Sosso
avant d’être absorbé en 1240 par l’empire du Mali.
**
Vers 1200, du temps de Saint-Louis, Soumaoro Kanté créait le
royaume malinké du Sosso dans la région de Koulikoro, en s’imposant
aux féodalités voisines et en dominant l’empire du Ghana.
**
Vers 1230, alors qu’Henri III d’Angleterre débarquait à Saint-Malo
pour reprendre au royaume de France les anciennes possessions anglaises
reconquises par Philippe Auguste, Soundiata Keita devenait roi et
réunissait les clans malinkés pour conquérir, à la tête d’une immense
armée constituée de dizaines de milliers de cavaliers et fantassins, tous
les royaumes de la région et les unifier, créant ainsi l’empire du Mali.
Il mit en place une organisation administrative et militaire, qui couvrait le
sud de la Mauritanie, le Sénégal et le Mali d’aujourd’hui.
**
Vers 1312, sous le règne de Philippe le Bel, Kankou Moussa succéda,
après huit autres souverains, à Soundiata, mort noyé en 1255. L’empire
du Mali atteignait alors son apogée : il s'étendait de l'océan Atlantique
jusqu’à la région de Niamey au Niger. Protégé par une puissante armée,
sa prospérité reposait sur le commerce transsaharien du cuivre, du sel, de
l'or, d’étoffes et d’esclaves. Tombouctou, Gao et Djenné étaient alors les
centres économiques et culturels de cet état prestigieux.

1 Les Almoravides sont des Berbères du Maroc, dont l’empire s’étendait aux XIème et XIIème
siècle de l’Espagne au Sénégal. Leur capitale était Marrakech.
10


En 1324, l’empereur effectua un pèlerinage à la Mecque dont la tradition
et les sources arabes ont gardé le souvenir des fastes : accompagné de
milliers de serviteurs et d’esclaves, il aurait emmené avec lui tellement
d’or que le cours de ce métal précieux aurait baissé pendant plusieurs
années dans tout le bassin méditerranéen.
L‘empereur se fera accompagner à son retour au Mali par plusieurs
hommes de science et de culture, dont Abou Ishaq es-Sahéli, originaire
de Grenade, qui sera l’architecte de la Mosquée Djingareyber construite
2en 1328 à Tombouctou. Seront par ailleurs créées des médersas attirant
des milliers d’élèves, dont la plus importante a été celle de Sankoré à
Tombouctou. Dotée d’une double vocation religieuse et scientifique,
cette université vit le jour peu après celles d’Oxford au XIIème siècle et
de la Sorbone au XIIIème.
L’une des conséquences de ce pèlerinage, qui a marqué l’histoire, a été
l’ouverture du Mali au monde méditerranéen.
Kankou Moussa mourra en 1337, laissant son puissant empire à une
succession de souverains, qui ne surent gérer que son affaiblissement.
**
A partir de 1464, alors que Louis XI régnait sur la France, trente-trois
ans après que Jeanne d’Arc ait été brulée vive pour hérésie, Sonni Ali
Ber faisait du royaume de Gao un nouvel empire, qui s'étendait sur plus
ou moins le Niger, le Mali et une partie du Nigeria actuels. Bien que
basée sur la puissance de son armée, la force de l’empire Songhaï était
liée à une administration efficace et déconcentrée.
Son successeur, le soninké Mohammed Touré, établit en 1493 la dynastie
musulmane des Askia sous laquelle l'empire Songhaï, largement islamisé,
connaitra son apogée. Il s’effondrera cependant en 1591 pour éclater en
une douzaine de principautés, après avoir été battu par les armées du
sultan marocain Ahmed al-Mansur Saadi.
**

2 Terme arabe désignant une école, qu'elle soit laïque ou religieuse, quelle que soit la confession.
Ce terme peut aussi désigner spécifiquement une université théologique musulmane, ou plus
rarement une université scientifique.
11


Vers 1712, alors que Louis XIV régnait sur la France, Frédéric II sur
erla Prusse et Elizabeth 1 sur la Russie, les seigneurs bambaras regroupés
en association créaient le royaume de Ségou.
Ce nouveau pouvoir féodal avait pu voir le jour grâce au rassemblement
progressif d’associations traditionnelles de jeunes, les ton, par Mamari
Coulibaly qui dirigeait la plus puissante d’entr’elles. Il fit de cette
organisation une véritable armée, qui lui permit de créer le royaume sur
lequel il régna pendant quarante-trois ans sous le nom de Biton
Coulibaly.
Véritable état guerrier, le royaume de Ségou privilégia les questions
militaires en laissant les affaires administratives aux chefs traditionnels.
Basé sur le fanga, c'est-à-dire la force, le roi appelé fama, régnait comme
un autocrate entouré par une cour de guerriers, les tondion, et de griots.
La société bambara était organisée en nobles, horon, qui, n’ayant jamais
été asservis, gardaient toute leur noblesse, en hommes de castes,
nyamakala, constitués de griots, de forgerons et de cordonniers, et en une
masse d’esclaves, issus de captures qui leur avaient fait perdre leur
noblesse. Au fil du temps, le royaume de Ségou prit de la puissance sous
l’autorité de son fama omnipotent.
Il s’enrichit progressivement par ses conquêtes et la domination des
populations qui l’entouraient. Après la mort de Biton en 1755, ses
successeurs étendirent les limites du royaume de part et d’autre du Niger,
de Bamako à Tombouctou.
**
En 1766, Ngolo Diarra, un enfant devenu captif pour compenser le
nonpaiement d’impôts par son père, mais ultérieurement affranchi, s’empara
du trône de Ségou et rétablit l’autorité du royaume sur les tondion, qui
avaient laissé régner une période d’anarchie pendant onze ans. Jusqu’au
terme de son règne en 1790, il organisa le royaume en plaçant ses fils aux
commandes des principales cités.
**
Au début du XIXème siècle vit le jour, à proximité de Mopti,
l’empire théocratique du Macina, créé par le Peul Cheikhou Ahmadou
qui lança une guerre sainte contre les animistes, et notamment les
Bambaras du royaume de Ségou.
12


L’empire disparaitra en 1862 avec la prise de Djenné et d’Hamdallaye, sa
3capitale, par le calife toucouleur El Hadj Oumar Tall.
**
Le fils de Ngolo, Monzon Diarra, qui lui succéda de 1790 à 1808,
étendit le royaume de Ségou en envahissant le Kaarta et en conquérant
notamment Tombouctou en 1800. Son fils, Da Diarra, prendra la suite en
poursuivant son expansion jusqu’en 1808, après une forte résistance
contre l’empire peul du Macina de Cheikhou Ahmadou. Les six frères de
Da, qui lui succédèrent de 1827 à 1861, ne firent qu’affaiblir le royaume.
**
Parti du Fouta Toro au Sénégal en 1827, Oumar Tall effectua un
périple de dix-huit ans. Après avoir résidé à Hamdallaye, ce noble
toucouleur descendant d’un des compagnons du prophète Mohamed prit
la direction du Caire, puis celle de la Mecque, où il acquit le titre de El
Hadj et de calife de la confrérie Soufi Tidjane pour le Soudan. Prêchant
l’islam sunnite, il se lança en 1848 dans un djihad pour étendre sa
religion en Afrique de l’Ouest.

















3 Les Toucouleurs sont des Peuls sédentarisés, qui ont notamment créé l’Etat du Fouta-Toro, situé
le long du fleuve Sénégal, au sud de l’actuelle Mauritanie.
13


Les grands Empires d’Afrique de l’Ouest





14


Après avoir lutté en vain contre l’armée coloniale française, sans pouvoir
prendre le fort de Médine malgré un siège de plusieurs mois en 1857, il
domina les royaumes du Kaarta, puis de Ségou, en 1861, qu’il confia à
son fils Ahmadou, mettant ainsi un terme à la suprématie bambara. Après
avoir également vaincu le royaume peul du Macina en 1862, il disparut
mystérieusement dans des grottes proches de Bandiagara en 1864.
**
Après les passages de l’écossais Mungo Park qui se rendit à Ségou en
1795, puis du français René Caillé qui, parti de Guinée, séjourna à
Tombouctou en 1828, Louis Faidherbe, gouverneur de la colonie du
Sénégal, allait poser en 1854 les fondations d’un siècle de domination
française sur ce qui allait prendre successivement les noms de
« Territoire du Haut Fleuve » en 1880, puis de « Soudan français » en
1890, dont Kayes deviendra la capitale, et qui sera intégré dans l’Afrique
Occidentale Française en 1895. En 1899, la colonie devint le « Haut
Sénégal-Moyen Niger » ayant Bamako pour capitale, puis le « Haut
Sénégal et Niger » en 1904 pour redevenir « Soudan français » en 1920.
Il le restera jusqu’au 20 juin 1960, date de la proclamation de la
Fédération du Mali, regroupant les territoires du Sénégal et du Soudan
français, dont l’éclatement conduira à la création des Républiques
du Sénégal le 20 août et du Mali le 22 septembre 1960.
Imprégné, comme la plupart de ses compatriotes, du rôle civilisateur de
la France et malgré le manque de soutien de l’Etat français, ce
polytechnicien lillois structura l’économie du Sénégal, en créant
notamment le port de Dakar, et protégea la colonie par la construction de
forts, dont celui de Médine en 1855 qui constitua le premier jalon de la
présence française au Soudan français.
- Vous voulez arriver au Soudan par l'Algérie, avait déclaré le
gouverneur Faidherbe ? Vous n'y réussirez pas. Vous vous perdrez dans
les sables du Sahara et ne pourrez pas les traverser. Mais si, profitant des
voies naturelles qui nous sont offertes, vous vous servez du fleuve
Sénégal pour gagner la route du Soudan et les rives du Niger, vous y
créerez une colonie française, qui comptera parmi les plus belles du
.monde.
En 1863, Faidherbe confia à Eugène Mage l’identification de la route
la plus courte pour relier les bassins du Sénégal et du Niger en lui
demandant par ailleurs de renouer des liens avec Ahmadou Cheikhou
Tall, roi de Ségou et fils d’El Hadj Oumar, pour sécuriser les échanges
commerciaux.
15


Ayant atteint Ségou le 18 février 1864 après avoir contourné la province
du Bélédougou par le nord pour rester dans les territoires contrôlés par
les Toucouleurs, avec lesquels la France avait signé un protocole quatre
ans auparavant, Mage fut maintenu en captivité jusqu’au 6 mai 1866 par
le roi. Il pourra cependant signer avant son départ un nouvel accord de
paix ouvrant son territoire au commerce pour les deux parties. Faidherbe
ayant quitté le Sénégal au retour de la mission à Saint-Louis, il faudra
attendre que Gallieni en 1880, puis surtout Borgnis-Desbordes en 1883
ouvrent l’accès des colonisateurs à Bamako. Ce ne sera cependant
4qu’avec la capture de Samory en 1898 que la France pourra asseoir sa
domination sur l’ensemble du Soudan.
**


4 Samory Touré créa l’empire du Wassoulou en 1878. A cheval sur les frontières du Mali et de la
Guinée actuels, sa capitale était Bissandougou.
16


CHAPITRE 1 :
L’ENTREE DANS LE BELEDOUGOU

5Accoudé sur le bastingage de l’aviso à vapeur « Dakar », qui venait
d’appareiller, le médecin major Jean Bayol voyait s’éloigner lentement
les bâtiments coloniaux de la ville de Saint-Louis, qui avaient été
récemment construits. Ce bateau sur lequel il avait embarqué avec les
lieutenants Piétri et Vallière remontait le Sénégal en tirant plusieurs
chalands attelés à ses flancs, pour acheminer l’important matériel qu’ils
devaient transporter pendant cette mission vers l’est.
Ils devaient être rejoints quelques jours plus tard à Podor par le
gouverneur Brière de l’Isle, le capitaine Gallieni et le jeune médecin
auxiliaire Tautain.
Brière de l’Isle avait confié à Gallieni la direction de cette grande
expédition dont le but était de poursuivre la pénétration française
jusqu’au Niger, ce mythique autre grand fleuve d’Afrique de l’Ouest.
Elle devait rejoindre Ségou, la capitale du royaume toucouleur, en
établissant des liens avec les différents seigneurs vivant sur les territoires
traversés.
Profitant pleinement de la fraicheur de cette soirée de janvier 1880,
Bayol ressentait de nouveau ce bonheur intense qu’il avait perçu lors de
son premier départ vers les côtes d’Afrique six ans auparavant. Tout juste
âgé de vingt-cinq ans, il venait alors de réaliser son rêve de devenir un
jour médecin de la marine. Depuis qu’il avait découvert la géographie au
lycée de Nîmes, ses rêves le conduisaient à travers les océans pour
parcourir le monde. C’est ce qui l’avait poussé à entrer à l’école de
médecine navale de Toulon et à participer, dès sa sortie, à une campagne
de la marine française sur la côte occidentale d'Afrique. A bord de la
frégate « La Vénus », il avait visité le Sénégal et les comptoirs de
Guinée, du Gabon et du Congo, remontant parfois les fleuves pour
rejoindre leur source. Ces années d’initiation lui avaient permis de
découvrir ce continent mystérieux, qui demandait encore à être exploré.
Et chaque fois qu’il passait au large de l’embouchure du Sénégal, lui
venait à l’esprit ce mot magique de « Tombouctou », qu’il avait appris à
connaitre en lisant le carnet de voyage de René Caillé.

5 L’aviso est un petit navire de guerre, léger et rapide, utilisé pour escorter les convois navals,
porter des avis, des ordres ou du courrier et reconnaître la position des vaisseaux ennemis.
17


Humaniste enthousiaste, ce provençal de petite taille, brun comme tout
bon méridional, était d’une grande douceur. L’œil vif, il exprimait à la
fois la bienveillance et l'énergie ; affable avec tous ceux qui
l'approchaient, il ne cherchait qu'à leur être utile. Il avait acquis dans son
entourage, dont les conceptions étaient généralement à l’opposé des
siennes, la réputation d’un utopiste et souffrait de l’incompréhension
dont il était l’objet, quant à son attitude positive vis-à-vis des populations
indigènes.
Ce départ en mission était d’autant plus important pour lui qu’une fois
arrivé à Bamako, il devait y résider en tant que représentant du
gouvernement français. Pétri par les idées de son époque, il considérait
qu’il allait enfin pouvoir devenir ce bâtisseur de la France généreuse et
civilisatrice, apportant aux populations ignorantes les bienfaits de la
culture et du progrès.
Dans la soirée du 31 janvier, le Dakar arriva à Podor où il fit escale
pour attendre l’arrivée du « Cygne », cet autre navire, où se trouvaient le
gouverneur, Gallieni et Tautain, qui le suivait de près. Le colonel Brière
de l’Isle avait tenu à faire ce trajet entouré par son état-major pour
montrer aux membres de l’expédition sa sollicitude et l’importance qu’il
accordait à cette mission considérée comme son œuvre. Le 3 février, ce
Martiniquais de cinquante-trois ans, qui passait pour autoritaire, voire
dictatorial, mais grand patriote, fit ses adieux, avant de repartir vers
Saint-Louis, aux officiers réunis en grande tenue devant la passerelle du
bateau :
Oubliez complètement les épreuves qui vous attendent pour ne penser
qu’à l’intérêt supérieur de la patrie, leur dit-il. Vous partez pour
accomplir une grande œuvre dont vous serez les premiers initiateurs, et je
ferai tous mes efforts pour que vous soyez suivis de près dans la voie que
vous allez ouvrir à la civilisation et à l’influence française.
Le lendemain matin, le Dakar reprit sa route en remontant le Sénégal
pour atteindre en fin de soirée les bancs de sable de Mafou. A ce moment
de la saison sèche, le fleuve n’était en effet plus navigable par les avisos
à vapeur dont la calaison était trop forte.
Après avoir passé une dernière nuit à bord, Gallieni fit ses adieux au
commandant du navire et ordonna à ses hommes de s’installer dans les
embarcations que l’aviso avait tractées jusque-là.
La poursuite du voyage fut, comme toujours sur cette partie du
fleuve, particulièrement difficile. La progression à la voile était lente.
Evitant les bancs de sable et les bas-fonds, il fallait souvent faire usage
18


des rames ou des perches pour avancer. Parfois, lorsque les rives le
6permettaient, les laptots , chargés de conduire les chalands, descendaient
à terre et procédaient à leur halage depuis les berges déboisées, en
utilisant une longue corde attachée au mât. Bayol et ses collègues
officiers de marine devaient s’affairer pour donner continuellement leurs
instructions à leurs hommes, surveillant sans cesse les rives pour déceler
toute éventuelle hostilité des populations maures ou toucouleurs qui
occupaient les territoires traversés. De temps à autre, les officiers
devaient user de leurs armes pour écarter les crocodiles qui dormaient sur
les rives ou tirer sur ceux qui, malgré leur apparence de troncs d’arbre
flottants, menaçaient les hommes, lorsqu’ils se déplaçaient dans l’eau
pour rejoindre les berges. Il leur fallait aussi écarter les hippopotames qui
pouvaient faire chavirer les embarcations. Rôniers, palmiers de
différentes espèces, tamariniers, kapokiers… marquaient les longs
espaces qui séparaient les chapelets de villages situés tout au long du
fleuve.
Le 10 février, en plein soleil de midi, des cris attirèrent l’attention de
Bayol, qui s’était assoupi sous les effets de la chaleur. Ouvrant les yeux,
il aperçut plusieurs hommes qui s’étaient regroupés sur l’arrière en
gesticulant. Il se dressa et vit un homme qui se débattait dans l’eau.
Sachant à peine nager, il s’efforçait de rejoindre le rivage relativement
proche, mais pas assez pour ne pas être rejoint par un crocodile qui venait
de plonger d’un banc de sable.



6 Terme employé par le colonisateur pour désigner les indigènes travaillant sur les bateaux
évoluant sur les fleuves d’Afrique. Il pouvait s’agir de matelots, de piroguiers, de porteurs…
19


Trajet suivi par la mission Gallieni de Saint-Louis à Ségou



Découvrant la scène et constatant qu’il n’aurait jamais le temps d’y
arriver seul, un militaire français se débarrassa en un instant de sa
chemise et de ses chaussures et plongea sans hésiter dans l’eau boueuse.
Il en ressortit à proximité du malheureux et réussit à le ramener sur la
berge, juste avant que n’arrive l’animal qui s’approchait de lui à vive
allure. Pendant toute la scène, un silence de mort s’était abattu sur le
chaland. Tout le monde retenait son souffle.
Dès qu’il fut remonté à bord, Bayol s’approcha du jeune héros,
encore tout mouillé, et lui dit, en posant fermement ses deux mains sur
ses épaules :
- Sergent, je tiens à vous féliciter à la fois pour votre courage et
votre esprit de décision. Sans vous, cet homme serait mort. Je vous
félicite aussi pour votre plongeon et votre technique de sauvetage qui
témoignent d’une grande expérience. Où les avez-vous appris ?
- Dans les canaux de Martigues, ma ville natale, mon capitaine,
répondit Tourel avec un accent à couper au couteau.
- Martigues ! s’écria Bayol. Mais nous sommes des « pays » ! Je
suis d’Eyguières, près de Salon.
Les deux Provençaux, qui s’étaient côtoyés sans se parler jusque-là,
se mirent alors à discuter sans fin de leur département des
Bouches-duRhône.
Réservé de caractère et voulant garder un minimum de distance vis-à-vis
d’un de ses subordonnés, Bayol écouta avec délice ce jeune homme qui
ne s’arrêtait plus de parler.
Le geste unique qui avait été le sien en sauvant cette personne,
spontanément et sans réfléchir, lui avait donné une image exceptionnelle
à ses yeux.
Au bout de quelques heures de discussion, il connaissait pratiquement
tout de sa vie.
Tourel, qui avait quitté la France depuis plus de deux ans, était fils et
petit-fils de pêcheur. A la mort de son père, il avait dû quitter l’école
pour continuer à nourrir sa famille, alors qu’il n’avait que treize ans. Sans
que personne ne se soucie vraiment de son âge, il avait pris en main la
barque à voile latine qu’il leur avait laissée et avait bravé les eaux du
Golfe du Lion pour rapporter le poisson que vendaient sa mère et sa sœur
ainée devant le porche de l’église Sainte-Madeleine de Martigues. En
1875, alors qu’il avait estimé que son frère cadet pouvait le remplacer, il
21


7avait cédé aux propositions de Guillaume Richaud , qui venait pêcher
avec lui pendant ses congés, et s’était engagé dans la marine pour suivre
ce grand administrateur en Cochinchine. Il en était revenu trois ans plus
tard avec le grade de sergent et, à peine de retour en France, était reparti
pour l’Algérie, avant d’être affecté au Sénégal. Ses qualités humaines et
son sens des responsabilités l’avaient amené à se voir confier une section
de tirailleurs dans l’expédition dirigée par Gallieni.
Lorsque Bayol lui avait demandé pourquoi il avait risqué sa vie pour
protéger celle d’un noir, que de plus il ne connaissait pas, il avait tout
simplement répondu que pour lui, tous les hommes se valaient.
Républicain convaincu, son père avait rejoint l’insurrection lors de la
8Commune de Marseille en 1871 et y avait été tué en affirmant ses
convictions humanistes. Outre son bateau, il avait laissé à ses enfants un
testament moral dans lequel il leur disait sa soif de liberté, de justice et
d’égalité entre tous les hommes. Pour lui, le mot « fraternité », qui
figurait dans la devise de son pays, n’était pas un vain mot et ses séjours
outre-mer l’avait amené à l’élargir à tous les hommes, où qu’ils soient et
quels qu’ils soient. Il ne lui avait pas été nécessaire de faire de longues
études pour comprendre que Jaunes, Arabes, Noirs et Blancs
appartenaient à la même humanité.
- J’étais loin de toute arme pour pouvoir tirer et je savais que la
distance du crocodile était suffisante pour me donner le temps de sauver
ce jeune homme. Si je n’avais rien fait, j’aurais gardé toute ma vie
l’image de sa mort, se contenta-t-il de dire modestement.
**
Après avoir dépassé Matam, ils pénétrèrent en territoire soninké et ce
n’est que dans l’après-midi du 25 février, après trois semaines de
cheminement, que Bayol vit apparaitre le fort de Bakel. Solidement
construit sur une hauteur qui dominait la cité et le fleuve, il manifestait la
présence française sur le Haut-Sénégal.

7 Né à Martigues en 1841, Guillaume Richaud sera nommé en 1875 secrétaire général à la
direction de l’intérieur en Cochinchine. Il deviendra gouverneur général de l’Indochine Française
en 1888, avant de mourir du choléra sur le paquebot « Calédonien » qui le ramenait en France en
1889.
8 La « Commune de Marseille » fut un mouvement insurrectionnel mené le 22 mars 1871 par
solidarité avec le soulèvement de la « Commune de Paris » du 18 mars 1871. Son but était de
soutenir la République alors naissante et de permettre à la ville de Marseille de gérer ses propres
intérêts. Réunissant notamment des républicains et des socialistes, elle fut réprimée dans le sang,
dans la nuit du 4 au 5 avril 1871, éteignant le dernier espoir de la Commune de Paris de gagner
des soutiens en Province.
22


Il fallut plusieurs jours pour mettre en ordre l’expédition qui allait devoir
quitter le fleuve. Le niveau des eaux était trop bas pour être pratiqué et il
fallait le longer à pied et à cheval pour remonter son cours sur sa rive
gauche.
Un soir, alors qu’ils déambulaient sur le rivage pour profiter de la
fraicheur de cette fin de journée, Bayol et Tourel entendirent des
vociférations dans un français fortement marqué par l’accent parigot de
son auteur.
- Espèce de nègre stupide, tu vas voir qui est le maître ! Ici, c’est
moi le patron et si je veux une fille, je la prends. Fous-moi le camp et va
9t’occuper des fesses de tes autres jigeen .
Nullement impressionné par ce sous-officier qui visiblement avait bu
plus que de raison, le tirailleur sénégalais auquel il s’adressait lui fit face
en disant sans perdre son calme, mais les poings serrés :
- Mon sergent, tu n’as pas le droit de toucher à ma femme.
La jeune fille, qui était l’objet de cette altercation, se terrait dans un
coin, effrayée par la tournure des évènements au centre desquels elle
s’était retrouvée bien malgré elle. Ousmane Thiam, qui faisait partie de la
garnison de Bakel, avait été séduit par cette jeune toucouleur qui ne
devait pas avoir plus de quinze ans et l’avait épousée moins d’un mois
auparavant.
Les deux Provençaux s’approchèrent de l’attroupement qui
commençait à se constituer autour des deux hommes et n’eurent pas de
mal à comprendre ce qui se passait.
- Tu n’as pas compris qui commande ici, espèce de macaque,
reprit le parisien qui vacillait de plus en plus sur ses jambes sous l’effet
de l’alcool.
- J’ai bien compris mon sergent, mais tu n’as pas le droit de
prendre la femme de quelqu’un !
- Mais c’est qu’il est têtu, cet imbécile. Je vais t’apprendre une
bonne fois pour toutes qui commande ici !
Le sous-officier, rouge de colère, défit son ceinturon de cuir et se mit
à en frapper le pauvre soldat qui cherchait à se protéger avec ses
avantbras.

9 Femmes en wolof.
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Révolté par ce qui se déroulait devant ses yeux, le sang de Tourel ne fit
qu’un tour. Il bondit instinctivement vers lui et lui arracha la ceinture des
mains.
- Cessez immédiatement ! Ce que vous faites est indigne !
La brute, qui le dominait d’au moins vingt centimètres, se retourna
vers lui pour lui donner un magistral coup de poing sur le visage, dont le
nez se mit à saigner abondamment.
- Tu n’as pas à te mêler de ce qui ne te regarde pas, espèce de
blanc-bec.
10Mais le « martégau » ne se laissa pas faire. Un corps à corps
s’engagea entre les deux hommes. Voyant Tourel en mauvaise posture,
Bayol se précipita pour les séparer :
- Sergent, je vous somme d’arrêter !
Le géant se détourna de son adversaire pour prendre le médecin par le
col et se mit à crier :
- Major, vous croyez que c’est comme ça que vous allez
conquérir l’Afrique. Si on risque notre peau pour la grandeur de la
France, ce n’est pas pour que des femmelettes de votre espèce laissent
croire à ces sauvages qu’ils peuvent nous faire face.
Sans se laisser impressionner, le jeune médecin se dégagea en un
instant de l’étau qui enserrait sa gorge et répondit, tout en gardant sa
sérénité :
- Sergent, je pourrai vous faire mettre aux arrêts pour votre
attitude, mais je préfère penser que c’est l’alcool qui vous a amené à
porter la main sur un supérieur.
Le tirailleur sénégalais alla prendre sa femme par la main et, sans
même jeter un regard sur les trois Français qui s’affrontaient, disparut en
un instant.
L’ordonnance de Bayol, qui les accompagnait et avait assisté à la scène,
n’avait pas bougé, considérant que c’était une affaire de Blancs dans
laquelle il n’avait pas sa place. Il en garda cependant une admiration
profonde à l’égard de ses chefs.
**
Le lendemain soir, veille du départ, le capitaine Soye, qui
commandait le fort de Bakel et y représentait le gouvernement pour le

10 Habitant de Martigues en provençal.
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Haut-Sénégal, réunit tous ses officiers en grand uniforme pour un dîner
en l’honneur de ceux qui allaient écrire une nouvelle page de l’histoire de
la France Coloniale. Le bruit de la rixe avait fait le tour de la garnison et
avait soulevé de multiples réactions de la part des officiers. La plus vive
fut celle d’un jeune lieutenant, tout fraichement affecté au fort de Bakel.
- Cette situation est intolérable. Comment peut-on admettre que
des représentants de la France puissent s’abaisser à défendre des nègres
incultes, fussent-ils couverts de notre uniforme. Je reconnais là la marque
de ces socialistes. Non seulement ils ne croient ni à Dieu ni au diable et
n’ont aucun sens de la Patrie, mais de plus ils ne cherchent qu’à détruire
les valeurs qui ont fait la grandeur de notre pays et sont même prêts à
altérer notre race. Et ça, je ne le tolère pas.
Si les quelques officiers qui évoluaient autour de lui ne partageaient
pas la totalité de ses propos, leur état d’esprit les amena à défendre la
hiérarchie qui plaçait implicitement les Blancs au-dessus des Noirs.
L’attitude de Bayol et de Tourel était donc inadmissible à leurs yeux.
Pour tous ceux qui étaient là, il était impensable qu’un de ces Noirs
puisse être mis un jour sur le même pied d’égalité qu’un Blanc. La
supériorité de leur race sur toutes les autres était pour eux une évidence,
qui ne se discutait même pas.
En apprenant ce qui s’était passé, Soye avait été fortement irrité et,
avant que le jeune médecin n’ait rejoint l’assistance, il s’adressa en
aparté à Gallieni, pour lui faire part de l’évènement :
- Je suis certain que, comme moi, vous ne supportez pas que
l’autorité d’un blanc, quel qu’il soit et quelles que soient les
circonstances, puisse être remise en cause par un Noir. Encore plus
lorsqu’il s’agit d’un de nos sous-officiers.
- Bien évidemment, je partage votre point de vue. Mais vous
savez, répondit Gallieni, le docteur Bayol est un utopiste. Il s’est déjà fait
remarquer au Congo en s’opposant à l’exécution d’une jeune fille qui
était accusée de sorcellerie. J’exècre viscéralement ce genre de
personnage, qui s’apitoie sur le sort des indigènes. Mais il a jusqu’à
présent montré l’esprit de camaraderie que nous attendons de lui et je ne
peux pas me passer de ses compétences pendant cette expédition. Quant
au sergent Tourel, c’est un homme courageux et j’ai absolument besoin
de ce type de sous-officier pour diriger mes soldats s’ils doivent, un jour,
aller au combat. Je vous présente mes excuses pour cette perturbation et
vous demande d’ignorer cet évènement pour permettre le succès de notre
mission.
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Malgré son désir de remettre à leur place ces perturbateurs, Soye fit
en sorte qu’il en soit ainsi, et ne fit aucun cas de ce qui n’était finalement
qu’un incident. Il savait les risques que prenait la colonne et ne voulait
surtout pas compromettre tant soit peu son bon déroulement.


**
La colonne

L’immense convoi quitta Bakel à l’aube du 6 mars, tandis que
s’éteignaient les dernières étoiles de la nuit. Il était constitué, en plus des
officiers et sous-officiers français, de sept spahis et vingt tirailleurs
sénégalais armés de fusils chassepot. Gallieni espérait que la prestance de
leurs uniformes allait élever la solennité de son entrée à Bamako puis à
Ségou. Travailleurs et disciplinés, ils devaient également être des soldats
exemplaires. Douze laptots armés de fusils à double canon,
quatre-vingtdeux âniers et cent trente-deux accompagnants complétaient l’effectif.
De plus, la colonne comptait deux interprètes et cinq fils ou parents de
chefs, dont Demba Diallo, le neveu du seigneur de Médine, roi du
Khasso, Ibrahima et Founé Keita, deux fils du seigneur de Kita et
Abderrahmane Touré, le neveu d’un des plus grands notables de
Bamako. Ils étaient pour la plupart d’anciens élèves de « l’école des
otages » fondée à Saint-Louis par le gouverneur Faidherbe pour amener
les fils de chefs aux idées des Français. Gallieni comptait sur eux, non
seulement pour servir d’interprète, mais aussi pour faciliter les échanges
tout au long du trajet.
Outre les armes, les cartouches et le nécessaire au combat, les
bagages étaient constitués de tout ce qui pouvait séduire les seigneurs et
autres chefs de village. Ils comprenaient des couvertures de couleur, des
variétés d’étoffes, des chéchias, des sabres dorés, des fusils ornés, des
couteaux, des miroirs, des boîtes à musique et tout un ensemble de
verroterie que Gallieni avait mis près d’un mois à acquérir sur les
marchés de la colonie. Ils étaient complétés par des sacs de sucre et de
sel, ainsi que des médicaments. Leur transport était assuré par
deux-centtrente-six ânes, tandis que douze mulets étaient chargés des bagages
personnels des officiers. De plus, français et spahis se partageaient
dixneuf chevaux.
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