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Un cadeau de Noël pour Le Refuge

 

 

Volume Felix d’Eon

 

 

 

L’idée de Un cadeau de Noël pour le Refuge est née de la conjonction de deux désirs.

Un premier, plus prosaïque : éditer la nouvelle Un cadeau de Noël* (voir le Volume Sven de Rennes) de H. V. Gavriel sous format papier comme ses deux autres ouvrages Journal d’une robe noire et Justin’ Love. Mais cette nouvelle était un peu courte pour cela et je souhaitais l’intégrer à d’autres textes.

Un second, plus activiste, celui d’aider Le Refuge à développer aussi modestement que ce soit leurs efforts dans l’accueil de jeunes homosexuels en rupture familiale.

En effet, l’ensemble des droits d’auteurs de cet ouvrage va au Refuge.

J’ai alors fait un appel à textes, à mes auteurs d’abord, et à qui voulait bien ensuite, pour créer un recueil d’histoires de qualité. C’était l’occasion pour certains d’être publié pour la première fois dans un livre. Des auteurs d’autres maisons d’éditions se sont volontiers joints à nous. Un petit paragraphe en en-tête de leur texte vous les présentera.

Cet appel à textes comportait une double thématique : Noël et Homosexualité, avec un interdit : la pornographie. Les passages fripons étaient bien sûr acceptés, mais cet ouvrage n’a pas vocation, on le comprend facilement, à émoustiller les sens.

J’avais peur de recevoir beaucoup de textes mettant en scène Le Refuge lui-même, au risque d’avoir un peu la même histoire racontée différemment  : un jeune maltraité par ses parents, recueilli et entouré par des bénévoles de cette association. Je dois avouer que ma propre nouvelle, qui se cache au milieu des autres, fait participer cette association. J’ai été étonné par la diversité des thématiques abordés. je ne dirai pas qu’il y en a pour tous les goûts, car j’espère bien que vous les trouverez toutes intéressantes. Mais si l’aventure, la science-fiction, la romance, la satire politique vous intéressent, vous serez comblés.

Je voudrais tout d’abord remercier Alex qui a accepté très volontiers de corriger les textes, ceux-ci et ceux des autres ouvrages Textes Gais. C’est un travail colossal compte tenu de la longueur de cet ouvrage, même si la quasi totalité des auteurs ont soigné leur écriture. Mais qui peut se targuer de connaître toute la grammaire, sachant que certains verraient une faute là où l’on a voulu être trop puriste. S’il reste quelques rares fautes, j’en serais le seul responsable, vous m’en excuserez par avance.

Je voudrais remercier également Felix d’Eon pour son geste concernant le dessin de la couverture de ce livre. Dès qu’il a su que cet ouvrage concernait Le Refuge, association un peu éloignée de lui, qui est Américain vivant au Mexique, il a voulu apporter son soutien au projet. Felix d’Eon est un personnage excentrique dont je vous laisse retrouver le lien vers son site en tapant son nom. Attention, il est déconseillé aux personnes que la vue du sexe masculin peut effaroucher. Personnellement j’adore son style début XXe siècle.

Je voudrais également remercier Sven de Rennes qui a fait l’exact même effort pour la seconde couverture. Sven a un style plus contemporain. Ce dernier a dessiné les plus belles couvertures des Éditions Textes Gais. Sven connaît bien les actions du Refuge et il est fier qu’on puisse trouver tant de générosité en France.

http://www.svenderennes.com

Un énorme merci à N qui a maquetté cette couverture comme toutes celles des Éditions Textes Gais.

 

* Un cadeau de Noël de H. V. Gavriel est le seul texte de ce recueil déjà paru en numérique aux Éditions Textes Gais.

 

 

 

 

 

 

Le santonnier d’Aubagne

 

 

Éric Jung

 

 

Éric Jung a bientôt 60 ans et enseigne l’histoire. Il est gay et fier de l’être. Il ne se considère pas comme un écrivain, mais comme un militant qui écrit pour combattre toutes les formes d’exclusion : homophobie bien sûr, mais aussi xénophobie, racisme, sexisme, tous les préjugés que la bêtise humaine peut engendrer. Il est auteur chez Textes Gais avec Un été 62 et Marins d’eau douce.

 

 

Bastien sculptait un berger. De temps en temps, il s’arrêtait, nettoyait ses mains et feuilletait le porte-vues dans lequel il avait rangé de nombreuses représentations de la nativité.

Il voulait renouveler le genre, mais hésitait à s’affranchir de la tradition. Il aurait aimé modeler un pâtre biblique. Ce n’était pas commun dans les crèches provençales, mais il en avait déjà vu dans les catalogues de ses collègues. Il l’imaginait jeune, les cheveux noirs et frisés, vêtu d’un chiton court et chaussé de sandales.

Il ne savait pas encore quels traits donner à son visage et il espérait que les tableaux de maîtres allaient l’inspirer. Absorbé par l’étude des œuvres, il n’avait pas remarqué qu’un client était entré dans la boutique. Noémie, la jeune vendeuse, lui parlait d’un ton peu aimable.

— Je suis désolé, monsieur ! Nous ne faisons pas ce genre d’article.

— Ne serait-il pas possible de les créer pour moi ?

— Non ! Ici nous ne produisons que des santons provençaux. Il faudra vous adresser ailleurs.

— Je comprends. Je vous prie de m’excuser. Bonne journée mademoiselle.

Bastien se demandait bien pourquoi Noémie l’avait éconduit de cette manière. Elle savait pourtant qu’on pouvait satisfaire une commande particulière. Il fallait seulement être patient et y mettre le prix. Une création originale pouvait coûter plusieurs centaines d’euros. Intrigué par l’attitude de sa collègue, il aurait aimé en connaître la raison. Il s’apprêtait à l’interroger quand elle s’approcha de lui furieuse :

— Il ne doute de rien cet arabe ! Il voulait des santons orientaux et quoi encore ! Ils ne fêtent pas Noël les musulmans !

— Qui te dit qu’il est musulman.

— C’est un Arabe donc c’est un musulman !

— Tous les Arabes ne sont pas musulmans. Certains sont chrétiens.

— Première nouvelle ! Moi, je n’en connais pas. Chrétiens ou pas, je ne leur fais pas confiance à ces Arabes ! Il n’a qu’à les faire fabriquer chez lui ses santons orientaux !

— Il avait l’air bien gentil ce jeune homme. Tu aurais dû m’appeler. J’aurai pu en discuter avec lui.

— Oh toi ! Pourvu qu’il soit joli garçon et qu’il ait la braguette bien remplie, tu lui donnerais le Bon Dieu sans confession.

Il ne préféra pas répondre et se remit à son travail. Elle n’était pas méchante Noémie. Elle avait simplement des préjugés aussi bien sur les Arabes que sur les pédés et ça l’agaçait.

Il ne l’avait même pas regardé ce client, mais sa voix était douce et rassurante et cela suffisait à le rendre agréable. Et puis, tous les pédés ne sont pas des bêtes de sexe qui ne pensent qu’à baiser. Ce sont des êtres humains avant tout. Ils peuvent aussi avoir des sentiments.

Du moins essayait-il de s’en convaincre. Les expériences qu’il avait faites lui prouvaient souvent le contraire. Il avait cessé de fréquenter les boites gays ou les saunas pour cela. Ses rencontres s’étaient généralement limitées à des rapports physiques.

Quand parfois se tissaient les prémices d’une relation amoureuse, ses partenaires fuyaient. Ils avaient peur de s’engager ou ils ne voulaient pas d’un santonnier. À leurs yeux, c’était un métier de vieux. Dès qu’il évoquait sa profession, il voyait les visages se fermer ou pire, on se moquait de lui et il avait l’impression de prendre cinquante ans d’un coup.

Il se sentait seul et la perspective de trouver un compagnon s’amenuisait. Il n’y croyait plus. Seul son travail lui permettait de ne pas sombrer dans la déprime. Il rêvait de s’installer à son compte, de créer en toute liberté sans être obligé de rendre des comptes à un patron trop conservateur à son goût.

Certes, il était l’héritier d’une tradition. Il se devait de la respecter, mais rien n’empêchait de l’interpréter. Il n’était pas toujours compris et avait dû, bien des fois, renoncer à ses projets. Il conservait néanmoins ses dessins, quelques ébauches en argile pour s’en resservir le jour où il serait enfin son propre maître.

La journée se terminait, mais il devait attendre encore deux heures avant de sortir les santons du four. Il proposa à Noémie de rentrer chez elle. Il garderait le magasin à sa place.

— Merci Bastien. Tu es sympa ! C’est mon Félix qui va être content. Excuse-moi pour tout à l’heure. J’étais en colère.

— Tu es pardonnée. Je te connais. Tu es une brave fille.

— Toi aussi ! Tu sais que je t’aime bien même si tu n’es pas un homme comme les autres.

— Oui ! Oui ! Rentre vite ! Va retrouver ton homme !

 

Elle ne mit pas longtemps à sortir. Il était enfin seul et put se consacrer à son berger. Comme il n’avait rien trouvé d’intéressant dans son recueil d’images, il improviserait. Sculpter un visage nécessitait une grande concentration. Il avait placé son sujet derrière une loupe et avec un modeleur de dentiste, il ciselait les yeux puis la bouche et enfin le nez. Dès que le faciès commençait à prendre forme, il affinait les traits pour donner une expression à son personnage. C’est là que se révélait toute sa créativité.

Il fulmina quand il entendit le carillon de la porte d’entrée. Ce n’était pas le moment d’être dérangé. Il regrettait presque d’avoir laissé partir Noémie, mais puisqu’il n’avait pas d’autre choix, il se résigna à abandonner son ouvrage. Il leva la tête et reconnut immédiatement le client que sa collègue avait congédié dans l’après-midi. Il avait l’opportunité de réparer sa maladresse. Il retrouva le sourire et l’interpella fort civilement.

 

— Bonjour Monsieur. Que désirez-vous ?

— Oh désolé ! Vous étiez en plein travail. Je ne voudrais pas vous importuner. Je peux attendre que vous ayez terminé.

— Ne vous inquiétez pas pour ça. Je vais humidifier l’argile et nous aurons tout le temps de discuter. Ma collègue, tout à l’heure, n’a pas compris ce que vous vouliez.

— En effet, elle ne m’a pas permis de m’expliquer et je vous remercie de vous rendre disponible. J’ai déjà contacté de nombreux santonniers. Ils ne sont pas convaincus par mes idées ou ils manquent de temps. On m’a dit qu’ici, il y avait un jeune créateur qui serait éventuellement intéressé. On m’a parlé de Monsieur Bastien Giraud. Vous le connaissez peut-être ?

— C’est moi. Vous auriez dû le dire à Noémie. Cela vous aurait évité de revenir.

— Vous avez raison, mais je voulais d’abord évoquer mon projet, mais elle a paru tellement outrée que je n’aie pas osé poursuivre.

— Il faut l’excuser. Elle a été surprise par votre demande. De quoi s’agit-il exactement ?

— Merci de votre compréhension. C’est une longue histoire, mais je vais tâcher d’être bref pour ne pas gaspiller votre temps.

— Faites, je vous en prie. Rien ne presse. Puis-je vous demander votre nom ?

— Je ne me suis pas présenté, désolé. Michel Arida, mais pour vous, Bastien, ce sera Michel, si vous le permettez.

— Bien évidemment Michel !

 

Décidément le jeune homme était sympathique. Bastien était charmé par son sourire enjôleur, par ses yeux clairs, subtil mélange de gris et de bleu, qui contrastaient avec sa peau cuivrée et ses cheveux noirs bouclés. Il ferait un modèle idéal pour son berger. Il l’encouragea à poursuivre et Michel s’expliqua.

Il était libanais, chrétien maronite. Sa famille possédait une chapelle privée qui avait été gravement endommagée durant la guerre. Tous les objets du culte avaient été pillés ou détruits. Parmi eux figuraient les santons de la crèche.

Ces santons avaient été offerts par un ami français et ils avaient été fabriqués à Aubagne. Son père lui avait confié la mission de les renouveler et pas nécessairement à l’identique. Il avait donc carte blanche.

Il aurait aimé transposer la nativité dans le monde actuel, dans le Liban d’aujourd’hui. Il y voyait un symbole de paix. Il souhaitait montrer à ses compatriotes déchirés par le communautarisme que les religions du Moyen-Orient avaient des racines communes. Il était conscient que son projet était bien loin des traditions provençales. Il comprenait donc que, jusqu’à présent, les santonniers aient refusé de le réaliser.

— Bastien, vous êtes ma dernière carte. Si vous refusez de m’aider, il ne me restera plus qu’à rentrer bredouille pour les fêtes de Noël. Ma famille sera déçue.

— C’est magnifique ! Je suis enthousiasmé par cette idée, mais je ne suis qu’un employé et dois en parler à mon patron. Hélas ! Je me doute de sa réponse qui risque d’être négative. Je vais tout de même réfléchir à votre projet, Michel. Pour commencer à dessiner, j’ai besoin de quelques précisions. Je suppose qu’il s’agit de grands santons habillés. En dehors de la Sainte Famille, quels autres personnages voulez-vous ajouter ?

— Comme dans les crèches provençales, des artisans, des bergers, des paysans, mais bien sûr des gens de mon pays. Ce sont les fameux santons orientaux que j’évoquais avec votre collègue. Il faut que ces santons ressemblent à des Arabes d’aujourd’hui. Est-ce possible ?

— Tout est possible ! Les santonniers ont beaucoup d’imagination. Je vais me documenter sur votre pays et nous discuterons, ensuite, à partir de ces premières esquisses. Je ne peux pas garantir qu’elles aboutiront. Ça ne dépend pas de moi.

— Je comprends Bastien. Quand aurez-vous une réponse de votre patron ?

— Sans doute demain. Comment pourrai-je vous joindre ?

— Je vous donne mon numéro de téléphone et, si ça ne vous dérange pas, donnez-moi le vôtre.

 

Ils échangèrent leurs coordonnées et Michel quitta la boutique après avoir chaleureusement remercié le jeune santonnier pour lequel il n’éprouvait pas que de l’estime.

Bastien poursuivit son travail. Il n’hésitait plus. Il savait exactement quelle physionomie donner à son pâtre. Il termina rapidement. Le santon pouvait sécher. Il ne lui restait plus qu’à s’occuper du four avant de rentrer chez lui et de se mettre à sa planche à dessins. Une multitude d’idées fusait dans son esprit. Il avait hâte de les concrétiser.

 

Il commença par le décor. À grands traits, il représenta un paysage de collines parsemées de bouquets d’arbres en partie calcinés. Au centre, il plaça une ferme dévastée par les bombes et, au premier plan, une étable dont la toiture à deux pans était intacte. Seules les ouvertures avaient été soufflées par le bombardement.

Il soigna ensuite quelques détails, les lézardes des murs noircies par l’incendie, un volet ne tenant plus que par un gond, des bottes de paille bien rangées dans une remise épargnée, un pont de pierre enjambant un ruisseau, des champs labourés, un tracteur reposant sur ses essieux. Il alternait ainsi les traces des combats et les signes du renouveau. Comme l’avait souhaité Michel, cette crèche devait être le symbole du retour de la paix.

Enfin, il esquissa quelques personnages. Il dessina deux Joseph. Le premier était vêtu d’une salopette à l’image des charpentiers actuels. Le second portait une djellaba et un cheich. Pour Marie, il ne chercha rien d’original. La représentation conventionnelle conviendrait.

Il imagina plusieurs types de bergers, des jeunes en jean et en T-shirt, des plus âgés habillés de longues tuniques resserrées d’une ceinture à la taille, d’autres encore portant un pantalon, une chemise et un gilet.

Il ébaucha plusieurs artisans, un boulanger, un garagiste, un forgeron. Il manquait de repères et avait l’impression de reproduire les stéréotypes provençaux. Il devait demander conseil à Michel.

Il prit son portable pour lui envoyer un message. Il était deux heures du matin. Il n’avait pas vu le temps passer. Il était temps d’aller se coucher.

 

Le lendemain, le patron refusa. C’était trop ambitieux. On devait assurer les commandes courantes. Il faudrait embaucher un autre ouvrier. Si le client se défaussait, s’il n’était pas solvable, on mettait l’entreprise en péril. Un Libanais en plus, on n’aurait aucun recours.

Sébastien s’en doutait, mais il avait gardé un peu d’espoir. Toute la journée, il se sentit triste n’ayant pas le cœur à l’ouvrage. Même son berger ne l’intéressait plus. Ce refus l’affectait au-delà du simple enjeu professionnel. Il voulait tellement faire plaisir à Michel. S’il n’avait rien promis, il s’en voulait de le décevoir. En fin de journée, il se décida à l’appeler. Il avait retardé ce moment fatidique, car il savait qu’après ils ne se reverraient plus.

À sa grande surprise, Michel ne se montra pas rancunier. Bien au contraire, il l’invita à dîner pour le remercier d’avoir tenté cette démarche dont il était presque certain qu’elle n’aboutirait pas. Il lui proposa de venir le chercher à sa sortie du travail, mais Bastien préféra lui donner rendez-vous chez lui. Il voulait malgré tout lui présenter ses dessins.

Il décida de rentrer plus tôt. Il voulait ranger le désordre coutumier de son appartement et se préparer avec soin. Tout devait être beau pour accueillir Michel à commencer par lui.

Il venait à peine de terminer quand la sonnette vibra. Il s’empressa d’ouvrir le cœur battant. Le jeune Libanais apparut dans l’entrée. Un sourire radieux illuminait son visage. Il portait un grand paquet qu’il déposa su la table du salon. « Je suis un peu en avance, mais j’ai retenu une table dans un restaurant sur la côte. Il ne faudra pas tarder à nous y rendre, mais voyons d’abord vos dessins », expliqua-t-il.

Dans un premier temps, il les regarda rapidement. Puis, très concentré, il les examina longuement, mais ne fit aucun commentaire. Il se tourna vers Bastien et très ému lui dit :

— Vous avez su exactement traduire ma pensée. Vous êtes un véritable artiste. Vous vous êtes donné tant de mal pour rien finalement. C’est tellement dommage !

— Je suis content que ça vous plaise. C’est déjà une récompense.

— Tenez ! Ceci est pour vous en témoignage de ma gratitude. C’est un livre de photos sur mon pays. J’espérais qu’il vous serait utile. Qu’il soit désormais le symbole de notre amitié si vous acceptez de devenir mon ami Bastien.

— Bien sûr que j’accepte et j’aimerais mieux vous connaître, mais vous allez sans doute bientôt rentrer au Liban.

— Je n’y vais que pour les vacances. Le reste du temps, je vis à Paris. Nous aurons l’occasion de nous revoir. Maintenant, allons dîner si vous le voulez bien.

 

Dans la voiture, ils se racontèrent leur jeune vie. Dès l’enfance, Bastien était passionné par les crèches. Pourtant ses parents n’étaient pas croyants. Il n’était même pas baptisé. À Noël, on se contentait de décorer le sapin et, très tôt, il avait appris que le Père Noël n’existait pas.

Cela ne l’avait pas empêché d’arpenter les rues de Marseille pour contempler, dans les églises, les reconstitutions de la nativité. Il connaissait par cœur le nom de tous les sujets de la pastorale provençale, l’ange boufarèu, le ravi, le tambourinaire. Avec la complicité de son grand-père, il avait réalisé sa première crèche.

Ce fut un drame familial. Son père, furieux, lui avait même interdit de retourner chez ses grands-parents. Sa mère, plus conciliante, finit par admettre que c’était une lubie bien innocente qui finirait par passer avec l’âge.

Bastien put enfin se dédier à sa passion. Tous les ans, dès le mois d’octobre, il récoltait des mousses, des brindilles, de jolies pierres pour parfaire le décor. Il fabriquait des ponts, des maisonnettes, un moulin et, avec son argent de poche, il complétait sa collection de santons.

À quinze ans, il modela son premier santon avec de la glaise ramassée près d’un ruisseau. Sa première tentative fut maladroite. L’objet était fragile, la peinture tenait mal et la terre séchée s’effritait. Il était néanmoins très fier de sa réalisation. Les heures passées à sa confection avaient été exaltantes. Il en avait éprouvé tant de bonheur qu’il avait décidé d’en faire son métier.

Évidemment ses parents s’y opposèrent. Ils exigèrent qu’il passe son Bac alors que lui aurait voulu commencer son apprentissage après la classe de troisième. Il dut se soumettre au verdict familial, mais à sa majorité, il abandonna ses études. Il trouva un santonnier qui lui apprit le métier.

Michel était né en France où ses parents s’étaient exilés pendant la guerre. Il y avait vécu jusqu’à l’âge de douze ans. En 2000, sa famille rentra au Liban.

Ce fut pour lui un déchirement. Il se sentait étranger dans son propre pays. Il en parlait mal la langue et ses camarades le considéraient comme un petit Français. Ce furent des années difficiles. Très solitaire, il se réfugia dans les études et devint un brillant élève.

Pour le récompenser, son père l’autorisa à s’inscrire en classe préparatoire dans un lycée parisien. C’est ainsi qu’il était devenu ingénieur. Il savait qu’un jour ou l’autre on lui demanderait de revenir définitivement. Il en retardait le moment prétextant qu’il devait compléter sa formation par une expérience professionnelle.

Dans ces récits croisés, aucun des deux n’évoqua l’épineux sujet de l’homosexualité. C’était trop intime et ils n’osaient pas se dévoiler ne sachant pas comment l’autre réagirait.

Bastien n’en faisait pas mystère. Tous ses proches le savaient et cela depuis bien longtemps. Il avait eu bien moins de mal à faire son coming-out qu’à imposer sa vocation de santonnier.

En revanche, Michel n’en avait jamais parlé et il craignait la réaction de son entourage. On attendait de lui qu’il se marie et fonde une famille. Il aurait pu faire semblant, donner le change, mais une telle hypocrisie l’écœurait. C’était aussi pour cette raison qu’il vivait en France.

 

Ils arrivèrent enfin. L’auberge paraissait modeste, mais l’intérieur était luxueux. Le patron les accueillit et les installa dans un petit salon dont la vue donnait sur la mer.

Bastien était impressionné. Il n’était pas coutumier de ce genre d’endroit. Michel tenta de dissiper le malaise qui semblait s’installer.

— Tout va bien Bastien ? Ça ne vous plaît pas ?

— Il faudrait être difficile pour ne pas apprécier. Tout est si parfait, si beau et sans doute très cher. Est-ce bien raisonnable ?

— Ne vous inquiétez pas de cela. Le propriétaire est un ami de mon père et c’est lui qui nous invite. Profitons-en sans arrière pensée. C’est lui qui a choisi le menu et j’espère qu’il vous conviendra.

— Votre famille est riche n’est-ce pas ?

— Riche, influente et légèrement oppressante.

— Vous en souffrez ?

— J’aimerais être plus libre. Ils se mêlent un peu trop de ma vie personnelle. Parlons d’autre chose. Je ne veux pas vous ennuyer avec ça.

— Vous ne m’ennuyez pas. À quoi servirait un ami si on ne peut pas lui confier ses soucis ?

— C’est gentil et je vous remercie. Mon principal souci est de ne pas pouvoir honorer mes engagements. Il faut que je trouve une solution de remplacement. Je tenais tellement à mon projet.

— Je comprends votre déception. Je m’en sens un peu responsable.

— Vous n’y êtes pour rien. Je m’y suis pris trop tard.

— Les délais sont suffisants à condition de ne faire que ça, mais les santonniers ont d’autres obligations.

— Il suffirait donc que je trouve une personne disponible ?

— Exactement ! Un artisan habile peut réaliser l’ensemble en trois mois, voire moins. C’est le temps dont vous disposez. Hélas, je n’en connais pas de libre sur Aubagne !

— Moi, j’en connais un et c’est vous Bastien !

— Qu’allez-vous imaginer ? Vous savez quelle est ma situation.

— Vous pouvez en changer, fonder votre entreprise par exemple.

— Je n’en ai pas les moyens. Ça coûte cher de s’installer à son compte. Et puis, je ne peux pas quitter mon patron qui m’a tout appris et lui faire concurrence. C’est déloyal. Vous rêvez Michel. N’y pensons plus.

— L’argent n’est pas un problème. Je suis prêt à vous avancer les fonds. Je comprends vos scrupules, mais vous pourriez quitter Aubagne.

— C’est très généreux de votre part, mais c’est risqué. Vous pouvez tout perdre si j’échoue.

— Vous avez beaucoup de talent. Vous saurez trouver votre voie.

— Je n’en suis pas si sûr que vous et puis quitter Aubagne pour aller où ? C’est utopique. Mieux vaut tout abandonner.

Un silence pesant s’installait. Les deux garçons fixaient leur assiette comme si leur vie en dépendait. Tout à coup, Michel, abandonnant le vouvoiement, s’écria :

— Bastien ! Pourquoi tu t’entêtes à refuser ? Moi, je crois en toi. Je t’en prie Bastien ! Accepte !

Il y avait tant de ferveur dans le regard du jeune Libanais que Bastien en fut bouleversé. Sans en mesurer les conséquences, il prit sa main et murmura, très ému :

— Jusqu’à quel point, tu crois en moi ?

— Je t’aime Bastien ! Je le sais depuis le jour où je t’ai rencontré. Je prends le risque de te le dire et tant pis pour moi si je te perds.

— Tu n’as rien perdu, mon amour.

Le repas s’éternisait. Ils avaient hâte de se retrouver seuls pour s’embrasser.

 

Dans l’avion qui les conduisait à Beyrouth, Michel somnolait, la tête appuyée sur l’épaule de son ami. Cet abandon attendrissait Bastien qui mesurait le chemin parcouru depuis leur premier baiser. Très vite, le jeune libanais lui avait prouvé qu’il l’aimait quoiqu’il décide.

Il pourrait, s’il le souhaitait rester à Aubagne. Le projet auquel il tenait tant devenait secondaire. La priorité c’était lui, Bastien, l’homme avec lequel il voulait partager sa vie.

Le jeune santonnier tenta de négocier un congé sans solde jusqu’en janvier. Il n’en fut pas question. Son patron le mit en demeure de choisir. S’il continuait à travailler pour lui son avenir était tout tracé. D’abord, il augmentait son salaire et l’intéressait aux bénéfices. Ensuite, il pourrait devenir son associé et racheter la boutique lorsqu’il partirait en retraite. S’il refusait cette généreuse proposition, qu’il aille tenter l’aventure ailleurs et ne remette plus jamais les pieds chez lui.

Face à cet ultimatum, Bastien rassembla ses affaires personnelles, récupéra ses croquis et claqua la porte. Michel essaya vainement de le dissuader. Il pouvait encore revenir sur sa décision, présenter des excuses. Cette offre exceptionnelle lui donnerait l’opportunité de faire valoir ses talents.

Bastien n’y croyait pas. Sa créativité serait bridée. Il lui faudrait attendre des années avant de voler de ses propres ailes. Il était temps qu’il prenne son destin en main, et cela malgré les embûches auxquelles il s’attendait.

Ils envisagèrent, dans un premier temps d’ouvrir un atelier à Paris. La lenteur des démarches et surtout les prix prohibitifs les découragèrent. Ils étaient à nouveau dans l’impasse. Bastien suggéra :

— Si on s’installait au Liban ?

— Je n’y tiens pas. En France nous pouvons vivre notre amour librement pas dans mon pays où l’homosexualité est punie par la loi. Il faudra nous cacher. Je ne veux pas t’imposer cette vie. Et puis mes parents ne savent pas que je suis gay.

— Un jour, il te faudra rentrer définitivement chez toi. Que deviendrons-nous ?

— Je suis aussi chez moi en France. J’y suis né. Je suis Français, tout comme toi. Jamais je ne t’abonnerai tant que tu voudras de moi.

— Tu es prêt à renier ta famille, à renoncer au confort que procure la richesse ?

— Je t’aime Bastien ! Tu es ma famille et tu es bien plus précieux que tout l’or du monde !

— C’est aussi parce que je t’aime Michel que je ne veux pas te couper de tes racines. Essayons, au moins le temps de réaliser ton projet. Ensuite nous reviendrons en France.

 

À contrecœur, Michel accepta. Il sentait que Bastien s’était lancé un défi, qu’il devait fabriquer cette crèche. Elle serait le chef d’œuvre qui l’introniserait dans la confrérie des maîtres.

Il voulait l’aider à s’accomplir et il espérait que ce ne serait pas au prix de leur amour. Il faudrait renoncer à tant de choses, ne plus l’embrasser, ne plus le prendre dans ses bras, ne plus dormir dans le même lit. Même un sourire, même un regard tendre pouvait trahir leur relation amoureuse. Comment feindre alors qu’il aurait aimé crier à la face du monde : « Bastien ! Je t’aime ! »

 

Matériellement tout s’organisa parfaitement. Son père le félicita pour son initiative. Trouver un santonnier disponible qui veuille bien venir sur place était une excellente idée. Il pourrait ainsi s’inspirer des lieux pour créer les santons de la crèche. Bien sûr, il en serait largement récompensé et on mettrait à sa disposition tout ce dont il aurait besoin. Toute la famille se réjouissait de sa venue et il serait accueilli comme un ami.

Michel fut soulagé. Il ne doutait pas de la légendaire hospitalité de ses parents, mais il craignait qu’on lui pose des questions indiscrètes : « Qui était ce Bastien ? Comment l’avait-il connu ? Comment l’avait-il persuadé de se déplacer ? »

Son stratagème avait parfaitement fonctionné. Il avait présenté son ami comme un jeune créateur enthousiasmé par ses idées. Finalement, ce n’était qu’un demi-mensonge.

 

Dans le hall de l’aérogare, Nadia, la plus jeune sœur de Michel les attendait. Dès qu’ils furent à sa portée, elle s’écria à l’adresse de son frère :

— Tu connais papa. Il voulait vous envoyer son chauffeur. J’ai dû batailler ferme pour venir vous chercher. Je voulais être la première à vous serrer dans mes bras. Tu m’as tellement manqué.

Elle s’avança vers lui, l’embrassa et tout naturellement elle fit de même pour Bastien. Puis, le prenant par les mains, elle dit :

— Sois le bienvenu ! Permets que je te tutoie. Les amis de Michel sont mes amis. Allons chercher vos bagages. Ne tardons pas. Ils sont si impatients là-bas !

Sur le trajet, elle demanda des nouvelles de leurs amis communs, exprima son regret de ne pas se rendre plus souvent en France. Elle aimait le Liban, surtout Beyrouth qui avait bien changé depuis la fin de la guerre, mais ça ne valait pas Paris.

Tout en conduisant, elle jetait de rapides coups d’œil au passager assis à côté d’elle. Elle le trouvait séduisant. Elle n’ignorait rien des penchants de son frère. Décidément, Michel avait de la chance de l’avoir rencontré. Elle pensa qu’il était dommage que ces deux-là ne puissent vivre leur amour au grand jour. Il en avait fallu du courage pour venir se jeter dans la gueule du loup. Qui en avait pris la décision, certainement pas son grand frère. Ce ne pouvait être que Bastien qu’elle appréciait de plus en plus.

Elle gara la voiture dans le parking souterrain d’un grand immeuble construit face à la mer. L’ascenseur les emporta jusqu’au dernier étage entièrement occupé par l’appartement des Arida.

Sur le palier, toute la famille les attendait. Dire que l’accueil fut chaleureux est une piètre expression pour traduire la fête qui leur fut faite. Ce ne furent qu’embrassades, accolades, rires et larmes. Tous parlaient en même temps et, dans ce joyeux brouhaha personne ne se comprenait.

Il fallut toute l’autorité du père de Michel pour calmer le jeu. De sa voix de stentor, il intima à chacun de se taire, puis, se frayant un passage au milieu des siens il entraîna les deux convives vers le salon. Là, il s’adressa à Bastien :

— Mon cher ami, je vous prie d’excuser l’exubérance de ma famille. N’y voyez que la manifestation enthousiaste du plaisir que vous nous faites en venant chez nous.

— Ne vous inquiétez pas, Monsieur Arida. C’est à peine différent de la jovialité méridionale à laquelle je suis habitué. Je suis très touché par cet accueil et je vous en remercie du fond du cœur.

— Pas de monsieur entre nous. Appelez-moi Paul. J’en profite pour vous présenter le reste de la tribu, mon épouse Rebecca, Sophie, l’aînée de mes filles, Nadia, la cadette que vous connaissez déjà et Jérémy le petit dernier. Avec Michel, mon grand garçon, nous sommes presque au complet. Il ne manque que ma mère, mais vous la verrez dès demain. Elle habite la ferme où se trouve la chapelle.

— Je suis enchanté de faire votre connaissance et très honoré de participer à la restauration de cette chapelle. Il faudra que je vous montre mes premières ébauches. J’aimerais avoir votre accord avant de commencer.

— Si Michel les a approuvées, ça ira très bien pour moi. Pour tout vous dire, il nous a envoyé ces dessins via internet. C’est très audacieux et nous sommes conquis par votre talent. Laissez libre cours à votre créativité.

— Merci pour votre confiance.

— Ah, j’allais oublier. À la ferme, vous devrez partager la même chambre que Michel. J’espère que ça ne vous gêne pas. Les travaux ne sont pas terminés. Seul le petit pavillon où réside ma mère est habitable et il n’y a que deux chambres.

— Ce sera très bien, n’ayez crainte, répondit Bastien en essayant de dissimuler l’immense bonheur que lui procurait cette nouvelle.

 

Ils partirent tôt le lendemain. Ils n’étaient pas seuls. Outre le chauffeur, un garde du corps veillait sur leur sécurité. Michel se serait bien passé de leur compagnie, mais son père s’y était opposé farouchement. On leur volait ainsi un des rares moments d’intimité qui leur seraient comptés tout au long du séjour.

La ferme se situait à proximité de Zahlé, dans la plaine de la Bekaa. Ce n’était pas très loin de Beyrouth, mais ils devaient traverser les monts Liban puis emprunter des routes sinueuses avant d’arriver à destination.

Quand ils franchirent le portail du domaine en fin de matinée, la grand-mère les attendait. Elle les salua sobrement puis ordonna au chauffeur de décharger les bagages et de regagner Beyrouth au plus vite. On n’avait pas besoin d’eux ici.

Ce n’est qu’après leur départ qu’elle arbora un grand sourire, embrassa son petit-fils puis Bastien par la même occasion. Elle expliqua ensuite sa conduite :

— Ton père, il faut toujours qu’il se mêle de tout. Vous auriez pu venir tous les deux sans chaperons. Michel, il ne faut pas te laisser faire.

— J’ai bien essayé, mais il n’a pas voulu. Il paraît que la route est dangereuse.

— Tout est calme en ce moment et il n’y a pas plus de danger ici qu’à Beyrouth. Il voulait impressionner ton ami. Il a la folie des grandeurs. Regardez tous ces travaux !

— Il fallait bien réparer les dégâts.

— Certainement, mais là, il se fait bâtir un petit château. Enfin, il a restauré la chapelle. C’est une bonne initiative. Venez, je vais vous y conduire.

C’était un bâtiment rectangulaire surmonté d’une tourelle coiffée d’une coupole. Une arcade ogivale en marquait l’entrée. Les murs épais, en pierres blanches, étaient percés de fenêtres étroites laissant à peine pénétrer la lumière.

À l’intérieur, la nef étroite et sombre débouchait sur un chœur lumineux dont l’éclairage provenait des ouvertures de la tourelle. Elle les guida vers l’abside où, habituellement, on plaçait la crèche. « Tout reste à faire » dit-elle à Bastien. « Je vous remercie d’avoir accepté cette lourde tâche. Vous pouvez compter sur mon aide. Allons déjeuner maintenant. »

 

En effet, elle ne ménagea pas sa peine. Elle veilla à ce que tout le matériel dont avait besoin Bastien fût installé dans une dépendance près de la chapelle. L’atelier, comme on l’appela par la suite, devint le quartier général des équipes affectées à la construction de la crèche.

Elle débaucha quelques ouvriers qui travaillaient à la réfection des bâtiments de la ferme. « Le palais de Monsieur mon fils peut attendre », ironisait-elle. Ainsi, un charpentier, un électricien, un plâtrier furent chargés du décor. Michel en prit la direction.

Elle employa une couturière qui seconda Bastien pour la confection des vêtements. Elle dénicha sur les marchés les étoffes les plus appropriées et mobilisa les enfants du village pour collecter des pierres, des branchages, de la mousse, des herbes sèches.

Elle adhérait totalement aux idées de son petit-fils et se montrait même plus téméraire que lui. Elle voulait que des soldats repentis figurent parmi les santons. « Il ne faut pas oublier la guerre surtout quand la paix est si fragile », disait-elle pour se justifier.

 

Les travaux avancèrent rapidement. Le décor fut terminé en un mois. La fabrication des santons prit plus de temps, mais dix jours avant Noël tout fut prêt. Il ne restait plus qu’à installer les sujets dans la crèche. On pourrait le faire le vingt-quatre décembre.

Bastien et Michel en profitèrent pour visiter la région. Enfin, ils se retrouvaient seuls et pouvaient s’aimer librement. L’œuvre qu’ils avaient accomplis avait soudé leur union. Plus que jamais, ils se sentaient faits l’un pour l’autre.

Durant, ces escapades, Michel apprécia de plus en plus son pays. Il comprit que ses racines...

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