Un campus de province

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Après les vacances d'été, Claude retrouve le campus où elle a vécu tant de soirées insouciantes lors de sa première année d'IUT. Elle retrouve ses amis de la cité et s'engage à nouveau dans l'action syndicale et politique ; marche verte au Sahara, guerre au Cambodge et au Liban, élections cantonales, grèves étudiantes donnent un cadre à l'évolution de sa relation amoureuse orageuse avec un étudiant marocain. Pour elle, le temps est venu d'assumer des choix et de préparer l'avenir. Dominique Fleurat poursuit ici l'histoire de Claude, commencée avec Un campus de province. Les danseurs de la Baraque (2012)
Publié le : vendredi 1 novembre 2013
Lecture(s) : 10
EAN13 : 9782336328850
Nombre de pages : 256
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DominiqueFLEU
Un campus de province
Le Marocain (septembre 75  juin 76)
Un campus de province
Dominique Fleurat Un campus de province Partie II Le Marocain
L’HARMATTAN
© L'HARMATTAN, 2013 5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Parishttp://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-01389-3 EAN : 9782343013893
Prologue
– Allo! – Oui… – C'estNajib. Le téléphone collé à l’oreille, Claude reste muette quelques secondes, totalement ébahie par cet appel inattendu. L'intonation de la voix, à la fois si lointaine et si imprégnée dans sa mémoire, est reconnaissable entre toutes malgré un silence qui a duré plus de vingt ans. En ce dimanche de décembre, toute la famille s'apprête à déjeuner dans la salle à manger familiale et les conversations d’Alain et des enfants, déjà installés autour de la table où elle vient de poser la grande cocotte en fonte, lui parviennent en bruit de fond. Sa grande fille évoque avec enthousiasme son travail universitaire et explique à son père, les anecdotes qui émaillent ses entretiens. Quant à son garçon, il s'est déjà emparé d’une louche et remplit son assiette, prêt à engloutir le bœuf bourguignon qu'elle a préparé ce matin. – C'estClaude ? – Bien sûr... Mais quelle surprise… Je ne pensais pas que... Une vague d'émotion la submerge sans qu'elle ne puisse définir sa nature: étonnement, interrogation, vague inquiétude… Dans un flash, elle photographie la scène : autour d'elle, le tableau du présent avec les conversations qui se poursuivent et dans l'écouteur, la même voix, légèrement voilée avec l'accent un peu chantant des Arabes, qui la renvoie dans un passé déjà lointain. Elle accroche le regard d'Alain dont les yeux clairs traduisent une muette interrogation et, téléphone en main, elle s'éloigne dans la cuisine pour bavarder un peu plus tranquillement.
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– Je...Vraiment, entendre ta voix a été un choc. Ça fait si longtemps ! – Ma sœur a fait suivre la lettre que tu as envoyée. J'avais vraiment perdu tes coordonnées, tu sais, mais j'ai souvent voulu retrouver ta trace. AArnage, c'est ça ? – Mamère n'y habite plus mais tu aurais eu le téléphone de Béa… Si tu avais voulu, ne peut-elle s’empêcher d’ajouter. – Commenttu vas ? élude-t-il avec une intonation presque tendre. – Bien. Je vais bien, répond-elle incapable de trouver ses mots tant cet appel la bouleverse. Après le décès de son ami Tiamba, en octobre dernier, elle s'était juré de partir à la recherche de ses amis de fac, en particulier ses amis étrangers. Bien sûr, elle a gardé contact avec quelques Marocains, mais aucun ne faisait partie du cercle étroit de ceux qui avaient enchanté ses soirées. La seule et unique personne qui faisait le lien avec ces deux années extraordinaires vécues à la cité universitaire du Mans était justement Tonton, son vieux copain burkinabé. Plusieurs fois, elle avait cherché la trace de Najib, essayant de taper des mots clés sur le web mais sans succès jusqu'à aujourd'hui. Il y a trois semaines, elle avait tout de même repéré les coordonnées d’une femme médecin à Rabat, portant le même nom que lui. Elle avait écrit espérant sans trop y croire qu'elle pouvait être la grande sœur de Najib rencontrée lors de son dernier voyage. Elle n’y croyait pas vraiment et pourtant, elle peut à nouveau lui parler ! Après tant et tant d’années à espérer le retrouver, comment croire que c’est si simple ! – Tues mariée ? poursuit-il. – Pas officiellement mais je suis toujours avec Alain. Et j'ai deux grands enfants, réussit-elle à répondre en maîtrisant avec peine le tumulte qui l’agite. Et toi ?
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– Jesuis mariée et j'ai trois filles. C'est incroyable d'entendre ta voix ! Elle n'a pas changé. – Maistoi, où habites-tu ? – Noussommes installés à Safi depuis plusieurs années. Je suis médecin maintenant. Tu vois, je suis devenu un petit bourgeois finalement. J'ai une famille, une belle maison et assez d’argent pour payer de bonnes études à mes filles. Claude perçoit à distance l'ironie de ses paroles et imagine presque le sourire qui les accompagne. Elle lève la tête et voit que sa conversation commence à produire quelque impatience dans la pièce voisine. – Tuvas m'écrire maintenant, n'est-ce pas ? Et d'abord, tu me donnes ton adresse. – Ne t’inquiète pas, je t'ai retrouvée... Jene vais pas te lâcher comme ça, crois moi. Tu as un crayon ? Elle retourne vers sa table de travail et griffonne à la hâte les précieuses informations sur la première feuille qu’elle peut attraper. Pas question qu'il lui échappe cette fois ! Quand elle sera seule et plus tranquille, elle aura une longue conversation avec lui. Après tant d’années vécues sans se parler, il lui faudra sans doute des dizaines d’heures pour raconter sa vie, ses émotions et tous les événements qui méritent d'être détaillés. Déjà Claude sent l'impatience la gagner à la pensée de toutes ces questions qui sont restées sans réponse, de toutes ses lettres auxquelles il n'a pas répondu. – J'entendsdes voix derrière toi, s’informe-t-il encore. – Oui,il y a toute la famille qui m'attend. – Alors, je te rappellerai. Non, je vais d'abord t'écrire pour te raconter ce qui m'est arrivé. – Tues sûr de savoir encore le faire ? ne peut-elle s'empêcher de répliquer.
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– Eh ! Onvient de se retrouver, tu ne vas pas déjà m'engueuler... Allez, porte-toi bien. Hasta la vista, à bientôt ! Elle repose le combiné et se retourne vers les siens. – Quic'était ? interroge Gaëlle. – Unvieil ami que j'ai retrouvé. Alain, lui, a compris d’où venait l’appel et Claude devra sans doute expliquer pourquoi cet étranger, silencieux depuis si longtemps, refait aujourd’hui surface de façon inattendue. Mais les enfants, eux, ont d'autres préoccupations et ils poursuivent leurs bavardages avec leur gaieté coutumière. Claude s’immerge à nouveau dans la réalité quotidienne, heureuse d’être au milieu des siens pour le repas dominical qui lui permet de profiter de la présence de ses enfants, absents maintenant toute la semaine pour la poursuite de leurs études. Plus tard, quand elle sera plus disponible, elle pourra se plonger dans les souvenirs de cette année si particulière et revivre le printemps extraordinaire de 1976.
Chapitre 1 Jeune socialiste
Dès que le bus s'immobilise devant le terminus de l'hôpital, Claude saute avec souplesse sur le trottoir aussitôt rejointe par sa sœur Céline. La brise légère qui agite leur cheveux donne un peu de fraîcheur à cette chaude après-midi d'août et les deux jeunes filles, vêtues de simples robes de coton clair et chaussées de sandales d'été, bavardent gaiement de leurs vacances. Sans se presser, elles s’engagent sur le chemin qui mène à la cité universitaire et traversent la voie de chemin de fer – Ça me fait vraiment bizarre de revenir ici, constate Claude en refermant la barrière du passage à niveau. – Tun'es pas partie depuis si longtemps, lui fait remarquer Céline. Avec sa queue de cheval et son teint mat, ses longues jambes et ses yeux noirs, sa plus jeune sœur est vraiment jolie. Elle a perdu son allure de gamine dégingandée pour devenir une jeune fille superbe que le soleil d’été a encore embellie. Le regard fixé sur les bâtiments qui émergent devant elle sur la butte, Claude hâte imperceptiblement le pas. Même si elle s'efforce de ne pas le montrer, c'est un vrai tumulte qui agite son esprit à l'approche de la cité. Depuis cette soirée terrible du 3 juillet où Mohammed lui a annoncé le départ de Najib, elle n'y a pas mis les pieds et a pris des résolutions fermes pour cette deuxième année d'études. Impossible pourtant de maîtriser les battements désordonnés de son cœur, malgré tous les efforts faits au cours de l'été pour oublier ce qu'elle y a vécu, et c’est avec une impatience croissante qu’elle attend de retrouver ses amis. Certes les deux mois de séparation lui ont permis de se détacher de ces liens trop exclusifs avec les étrangers de 9
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