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Un écho du tamtam

De
202 pages
Des rues de la Havane à celles de la Seine-Saint-Denis, Maria la Cubaine et Paul le Français vont confronter leurs destins pour vaincre la conjuration babélienne de l'humanité qui sépare les êtres et transforme un perro en chien. Mêlant leurs âmes et leurs langues, les deux amants nous promènent dans cette Caraïbe luxuriante, au gré de leurs amours contrariées et de leurs passions échevelées, des sentes préhistoriques aux parkings des supermarchés.
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Juan del Punto y Coma
Un écho du tamtam
De l’interculturalité de la banane plantain et du camembert
Lettres des Caraïbes
Récit
Un écho du tamtam
Lettres des Caraïbes Fondée par Maguy Albet, cette collection regroupe des œuvres littéraires issues des îles des Caraïbes (Grandes Antilles et Petites Antilles essentiellement).La collection accueille des œuvres directement rédigées en langue française ou des traductions. Derniers titres parus : Yollen LOSSEN,Le Fruit de la passion, 2013.José ROBELOT,L’autre bord,2013. Joël ROY,Petit-Noyau dans le courant du fleuve, 2013. Roger EDMOND,Amer café,2013. Gérard CHRISTON,Le carnaval des Mamblos, 2013 Georges LENO,Chronique des lilas, 2012. Raphaël CADDY,Les trois tanbou du vieux coolie, Tomes 2 et 3, 2012. Germain SENSBRAS,« Mangé cochon » à Karukera, 2012. Beaudelaine PIERRE,L’enfant qui voulait devenir président, 2012. Jacqueline Q. LOUISON,L’ère du serpent,2012. Ces dix derniers titres de la collection sont classés par ordre chronologique en commençant par le plus récent. La liste complète des parutions, avec une courte présentation du contenu des ouvrages, peut être consultée sur le sitewww.harmattan.fr
Juan del Punto y Coma Un écho du tamtam De l’interculturalité de la banane plantain et du camembert
© L’HARMATTAN, 20145-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-02209-3 EAN : 9782343022093
PRÉAMBULE On pourrait s'étonner qu'en ces hautes heures de sciences et de savoirs certains persistent obstinément à croire que le taux de mélanine de notre épiderme suffise à justifier qu'en ce bas monde il vaut mieux être riche, blanc et bien portant que pauvre, noir et malade. Les Noirs ou les Bronzés, issus d'un rameau étiolé de l'humanité seraient désespérément appelés à se sous-développer, et les Blancs, issus d'une branche maîtresse, les domineraient. Or, pour naître blanc ou noir, il faut bien naître de quelqu'un. Ou plus exactement, d'un quelqu'un et d'une quelqu'une. L'assertion, si banale soit-elle, méritait qu'on la rappelle. N'oublions pas non plus que ces quelques-uns et quelques-unes naissent aussi nécessairement quelque part. Or, les paléontologues, géologues et autres scientifiques s'accordent pour ne reconnaître aujourd'hui à ce bel arbre de l'humanité qu'un seul tronc originel, un unique rameau de base dont nous proviendrions tous. Pour comble, il semblerait bien que ce tronc ait enfoncé ses premières racines, prémices de l'humanité, sur les légendaires terres de l'Afrique. Ainsi, toute personne pourvue d'un sens analytique moyen conviendra avec moi que nous sommes donc tous à l'origine noirs, nègres, bronzés et africains. La disparition de la mélanine dans la pigmentation de la peau chez certains d'entre nous, les rendant irrémédiablement pâles et fragiles aux coups de soleil tendance rose crevette,
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ne serait en somme qu'une dégénérescence dont il faut bien s'accommoder. Ceci dit, je vous l'accorde, nous ne naissons plus tous en Afrique et nous recueillons inévitablement de notre contrée natale, outre une nuance de peau, un lourd héritage qui tend à nous séparer des autres. Héritage des langues, qui depuis les erreurs architecturales de Babel ont tendance à ne jamais appeler un chien un chien, héritages nutritionnels, où l'on pourfend par ici veaux, vaches et taureaux pour les idolâtrer par là, où l'on abhorre le porc au Levant pour le décliner en cent mets succulents au Ponant, où l'on ne mange, selon les latitudes, que du riz, du manioc, de la pomme de terre, ou même rien, et même héritages sexuels, qui varient sensiblement de l'igloo inuit au cocotier des Caraïbes. Ainsi, fils de quelques-uns nés quelque part, nous héritons d'un patrimoine et nous le transmettons, à notre insu, disais-je, pour constituer un groupe solide et uni qui s'arroge souvent le droit d’ennuyer ses petits voisins. Nous sommes cependant bien tous issus du même rameau, et ni la couleur de la peau ni le nom du chien n'y changeront rien. Peut-on conjurer ce maléfice humain? Peut-on aller au-delà des langues ? Un homme blanc peut-il vivre avec une femme noire ? Ces questions m'intéressent, moi qui ai procréé, car j'ai fabriqué des êtres irrémédiablement noircis alors que je suis plutôt pâle. Mes enfants sont couleur chocolat au lait, trente-cinq pour cent cacao. Il m'a donc semblé nécessaire d'expliquer par quel miracle nous étions parvenus à ce curieux, mais au demeurant fort sympathique résultat, et j'ai
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entrepris la rédaction du présent ouvrage à l'intention de tous ceux qui seraient convaincus que les Noirs sont des pousses de la branche perdue et les Blancs du rameau florissant. Par ailleurs, pour tous ceux qui, comme moi, rencontrent souvent d'autres êtres hybrides, je voudrais aussi expliquer comment unperropeut devenir un chien si l'on se donne un peu de mal. Dieu n'était peut-être pas français, et le camembert n'entrait pas sans doute pas dans la composition de l'ambroisie. Enfin, soucieux de satisfaire aux exigences littéraires de notre siècle, je m'adresse aussi à toutes celles et tous ceux qui, versés dans la modernité, souhaiteraient découvrir de nouvelles techniques télévisuelles, car j'ai l'ambition de leur proposer un ouvrage scientifique et interactif. Que les fidèles des préceptes hollywoodiens se rassurent, ce court ouvrage contient aussi sa dose de sexe et de perversité, et, dois-je le dire également, il s'adresse bien sûr aussi à mes enfants, produits et objets de cette histoire, afin qu'ils découvrent et qu'ils transmettent qu'ils sont bien nés quelque part d’un quelqu'un et d’une quelqu’une.
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