Un été corse NOUVELLES

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Chroniques intimes d'un séjour estival, ce receuil de nouvelles invite au plus près des riches sensations éprouvées par l'âme et le corps là où se rencontrent la chaleur de l'été, la Méditerranée, l'eau fraîche des torrents de montagne et les plages de galets vibrant sous le soleil. A travers ces textes courts à la prose ciselée sont aussi explorés, au-delà de la légèreté des instants, la profondeur des émotions, le sens de la vie et la fuite du temps.
Publié le : vendredi 1 juillet 2011
Lecture(s) : 59
EAN13 : 9782296465732
Nombre de pages : 137
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Un été corse
© LHarmattan, 2011 5-7, rue de lEcole polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.comdiffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-55241-8 EAN : 9782296552418
Jacques Seguin
Un été corse
nouvelles
LHarmattan
 
ujiàspàlluisddéeevdiengcte
Canari
naqsue
Dedpéxumsedtectnneotspereséretenleséciravtnjerfmési accolés, si ténus, si frêles, mais qui contiennent malgré eux une telle épaisseur de temps quils sont,de par leur carac-tère faussement dérisoire, presquinjustes etédesérsptsanje vais passer quelques semaines dété dans le village de Canari, sur la côte occidentale du cap Corse, à mi-chemin entre le promontoire de Nonza et les îles du port à la lan-gouste de Centuri.Chaque année jy change de rythme de vie,jy reprends mes habitudes,jen reconnais le charme et les travers, je men lasseau point dêtre parfois impatient de le quitter, puis jaspire à y retourner lannéesuivante pour savourer à nouveau dans une ambiance toujours ensoleillée son décor majestueux et presque hostile, ses refuges.Je nai paschoisi ce lieu, cest plutôt ce lieu qui ma choisi, à tra-vers mon mariage et mon arrivée dans une famille originaire du village, un peu comme si lon mavait tiré par la manche du veston que je portais à la noce pour me faire asseoir sur le banc de pierre qui longe le mur en appareillage pisan de léglise Santa MariaAssunta. Notre relation avec un lieu est complexe, construite à partir de rencontres, parfois de coups de cur,toujours de souvenirs,dhabitudes,souvent de raison, éléments qui façonnent à leur tour notre mode dappropriation dont les composantes et lintensité varient au fil des ans aveclévolution du lieu commecelle de notre parcours personnel. A moins de solides racines familiales, il
8UN ETE CORSEny a pas dancrage facilenidéfinitif et lattirance, senti-ment que je revendique pour Canari, na pas la sérénité dun attachement pérenne,etje meffraie parfois quelle ne se transforme en un nud coulissant avec dautres mains que les miennes aux extrémités, voire même en une chaîne prise dans le mortier dun mur en pierres sèches que lon aura voulu consolider.Un lieu est à lexclusion des autres lieuxet lexistence de racines, plus ou moins profondes et révélées tardivement à la conscience, facilite le regroupe-ment et la convergence des arguments en faveur de ce lieu. Cestune gestationlente, faite dhésitations et dabandon, mais qui conduira pourtant à des choix engageant sinon le reste de notre vie du moins une tranche significative. Je doute que lon puisse prendre racine au milieu de la qua-rantaine, car les petites radicelles qui développeront la ra-mification souterraine de notre tronc dêtre humain doivent avant tout apparaître hors de cette conscience du souvenir quontles adultes. Elles doivent pousser dans  développée lenfance insouciante puis, lorsque pour la première fois nous regarderons par-dessus notre épaule pour questionner notre vie à mi-chemin,porter en cachette leur sève jusquà lépanouissement de notre nostalgie, dune partie de notre identité.Si je nai pas de racines,alors je dois me contenter de mes attaches, mot sans âme,à lhistoireet à lavenir fra-giles, qui ne fait que décrire des liens certes forts et con-crets, maisà lintérieur desquels semanifeste sinon une forme demprisonnement, du moins de contrainte. Cest bien sûr prendre le mauvais côté des choses, et ces attaches
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que je peuxje nen ai peut être que lillusion encore défaire ne sont pas systématiquement des entraves à mes mouvements, à ma liberté, tant elles peuvent être consenties par une âme encore prédisposée. Il nen reste pas moins qu à linverse des racines qui elles sontbien trop profondes, elles peuvent être soit rompues par un lent processus dusure telle une attaque de rouille sur un anneau scellé, soit brisées net par un coup porté avec violence. Lanneau ne peut, comme repousse larbre rabattu qui peu à peu lance ses surgeons à la reconquête du ciel, reprendre sa place naturellement, à mon insu.Il est inerte et cest par mes décisions, mes projets, mes envies, mavolonté, quil lui sera donné de demeurer accroché au mur, et si par choix, ou à cause des circonstances, je suis amené à le négliger, les personnes qui sont attachées à moi, dans ce lieu, se feront un devoir de conserver le lien en bon état car elles savent que quitter un lieu, cest aussi, souvent, quitter quelquun.
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