Cet ouvrage et des milliers d'autres font partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour les lire en ligne
On lit avec un ordinateur, une tablette ou son smartphone (streaming)
En savoir plus
ou
Achetez pour : 9,75 €

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Partagez cette publication

Un été corse
© LHarmattan, 2011 5-7, rue de lEcole polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.comdiffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-55241-8 EAN : 9782296552418
Jacques Seguin
Un été corse
nouvelles
LHarmattan
 
ujiàspàlluisddéeevdiengcte
Canari
naqsue
Dedpéxumsedtectnneotspereséretenleséciravtnjerfmési accolés, si ténus, si frêles, mais qui contiennent malgré eux une telle épaisseur de temps quils sont,de par leur carac-tère faussement dérisoire, presquinjustes etédesérsptsanje vais passer quelques semaines dété dans le village de Canari, sur la côte occidentale du cap Corse, à mi-chemin entre le promontoire de Nonza et les îles du port à la lan-gouste de Centuri.Chaque année jy change de rythme de vie,jy reprends mes habitudes,jen reconnais le charme et les travers, je men lasseau point dêtre parfois impatient de le quitter, puis jaspire à y retourner lannéesuivante pour savourer à nouveau dans une ambiance toujours ensoleillée son décor majestueux et presque hostile, ses refuges.Je nai paschoisi ce lieu, cest plutôt ce lieu qui ma choisi, à tra-vers mon mariage et mon arrivée dans une famille originaire du village, un peu comme si lon mavait tiré par la manche du veston que je portais à la noce pour me faire asseoir sur le banc de pierre qui longe le mur en appareillage pisan de léglise Santa MariaAssunta. Notre relation avec un lieu est complexe, construite à partir de rencontres, parfois de coups de cur,toujours de souvenirs,dhabitudes,souvent de raison, éléments qui façonnent à leur tour notre mode dappropriation dont les composantes et lintensité varient au fil des ans aveclévolution du lieu commecelle de notre parcours personnel. A moins de solides racines familiales, il
8UN ETE CORSEny a pas dancrage facilenidéfinitif et lattirance, senti-ment que je revendique pour Canari, na pas la sérénité dun attachement pérenne,etje meffraie parfois quelle ne se transforme en un nud coulissant avec dautres mains que les miennes aux extrémités, voire même en une chaîne prise dans le mortier dun mur en pierres sèches que lon aura voulu consolider.Un lieu est à lexclusion des autres lieuxet lexistence de racines, plus ou moins profondes et révélées tardivement à la conscience, facilite le regroupe-ment et la convergence des arguments en faveur de ce lieu. Cestune gestationlente, faite dhésitations et dabandon, mais qui conduira pourtant à des choix engageant sinon le reste de notre vie du moins une tranche significative. Je doute que lon puisse prendre racine au milieu de la qua-rantaine, car les petites radicelles qui développeront la ra-mification souterraine de notre tronc dêtre humain doivent avant tout apparaître hors de cette conscience du souvenir quontles adultes. Elles doivent pousser dans  développée lenfance insouciante puis, lorsque pour la première fois nous regarderons par-dessus notre épaule pour questionner notre vie à mi-chemin,porter en cachette leur sève jusquà lépanouissement de notre nostalgie, dune partie de notre identité.Si je nai pas de racines,alors je dois me contenter de mes attaches, mot sans âme,à lhistoireet à lavenir fra-giles, qui ne fait que décrire des liens certes forts et con-crets, maisà lintérieur desquels semanifeste sinon une forme demprisonnement, du moins de contrainte. Cest bien sûr prendre le mauvais côté des choses, et ces attaches
UNETECORS
E9
que je peuxje nen ai peut être que lillusion encore défaire ne sont pas systématiquement des entraves à mes mouvements, à ma liberté, tant elles peuvent être consenties par une âme encore prédisposée. Il nen reste pas moins qu à linverse des racines qui elles sontbien trop profondes, elles peuvent être soit rompues par un lent processus dusure telle une attaque de rouille sur un anneau scellé, soit brisées net par un coup porté avec violence. Lanneau ne peut, comme repousse larbre rabattu qui peu à peu lance ses surgeons à la reconquête du ciel, reprendre sa place naturellement, à mon insu.Il est inerte et cest par mes décisions, mes projets, mes envies, mavolonté, quil lui sera donné de demeurer accroché au mur, et si par choix, ou à cause des circonstances, je suis amené à le négliger, les personnes qui sont attachées à moi, dans ce lieu, se feront un devoir de conserver le lien en bon état car elles savent que quitter un lieu, cest aussi, souvent, quitter quelquun.