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Un mètre soixante-huit de chair rose

De
218 pages
Un père qui rêve d'éternité. Un accordeur boiteux qui pousse son piano dans une ville humide. Une rue comme un sourire. Une robe rouge qui s'est trompée de femme. Une maison-mère qui a besoin d'un lifting. Un dimanche plus vieux... Des nouvelles, tranches de vie aux personnages décalés, tendres, distraitement philosophes. Chemins de vie au bord desquels poussent des fleurs sauvages. Désarmant de réalisme magique avec les lieux, la flore et la faune presque vivants. Un peu Facteur Cheval de l'écriture, en plus belge.
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AnneSophie Vanderbeck Un mètre soixantehuit de chair rose
Nouvelles
Un mètre soixantehuit de chair rose
Livres libres
collection dirigée parMarc Bailly
Une collection où vivent plaisir, liberté, imaginaire et qualité. Le plaisir de la lecture.Trop souvent oublié dans un monde qui file à la vitesse du numérique, le plaisir de la lecture offre pourtant une fenêtre sans limites sur le monde qui nous entoure. Pour certains, synonyme d’apprentissage, d’élitisme, de difficulté, la lecture plaisir a trouvé sa collection. La liberté. De ton, de style, de genre, d’écriture. Une collection qui se veut sans barrière, sans limites, sans étiquette. Les auteurs seront libres de développer leur univers, d’exploiter leurs idées, de faire naître aux détours des pages, des galeries de personnages fascinants… Pour des lecteurs qui pourront, en toute liberté se plonger dans des récits riches, joyeux, tristes, dangereux, excitants, bondissants, drôles, terrifiants… L’Imaginaire au pouvoir! Qu’est-ce que l’Imaginaire? Mais finalement, qu’est-ce qui n’est PAS Imaginaire. Une collection qui se permet tout, ne se refuse rien et qui ouvre grandes les portes d’une véritable aventure littéraire aux parfums exquis! La qualité. Livres Libres se veut une collection de qualité et exigeante, qui ne publiera que le meilleur, au service d’une littérature de qualité (mais accessible), et d’un lectorat tout aussi exigeant… Livres Libres propose des ouvrages inédits d’auteurs belges qui partagent une volonté tant de qualité que de divertissement. Livres Libres, finalement n’est pas une collection! C’est une expérience littéraire.
Déjà parus :
• Hugo Poliart,Superflus, 2015. • Marc Bailly (sous la dir.),La Belgique imaginaire – Anthologie tome 1, 2016. • Marie-Paule Eskénazi,Walter ou Naïm, héros ou assassin, 2016. • Sophie et Jacques Mercier,Toute une vie d’amour, 2016. • Frédéric Livyns,L’obscur, 2016. • Pierre Mainguet,Le silence ne répond jamais, 2016. • Monique Bernier,La magie du frangipanier, 2016. • Marc Bailly (sous la dir.),La Belgique imaginaire – Anthologie tome 2, 2017. • Alain Dartevelle,TOY BOY et autres leurres, 2017.
ANNESOPHIE VANDERBECK
Un mètre soixantehuit de chair rose
N O U V E L L E S
La collectionvivent plaisir, liberté et imaginaire.
D/2017/4910/43
© AcademiaL’Harmattan s.a. Grand’Place, 29 B-1348 LOUVAINLANEUVE
ISBN : 978-2-8061-0359-8
Tôuŝ drôitŝ de reprôduçtiôn, d’adaptatiôn ôu de traduçtiôn, par quelque prôçédé que çe ŝôit, réŝervéŝ pôur tôuŝ payŝ ŝanŝ l’autôriŝatiôn de l’éditeur ôu de ŝeŝ ayantŝ drôit.
www.editions-academia.be
À ma mère...
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Cinquante-sept nuances de gris…
Jaçôtte ŝur ŝôn balçôn en fer fôrgé, dônt le regard ŝe perd danŝ la çôntemplatiôn du petit ŝquare qui lui fait façe. La Vénuŝ en bétôn qui piŝŝe un peu d eau trôuble danŝ la çôquille St Jaçqueŝ, le glôuglôu de l eau, le frémiŝ-ŝement du vent danŝ leŝ çinq arbreŝ dénudéŝ et le pigeôn l épaule de la ŝtatue. bôiteux pelôtônné ŝurPluŝ lôin, le léger çliquetiŝ deŝ vôitureŝ qui rôulent ŝur la rôute ŝôlaire, fierté çômmunale. Dimançhe d hiver. e danŝ l ure de Une gôutte de pluie dégringôléçhançr ŝôn pyjama et gliŝŝe danŝ ŝôn dôŝ. Friŝŝônŝ. Elle ŝôrt de ŝa tôrpeur et rentre danŝ ŝôn antre. Dimançhe d hiver plômbé. Il ŝuffirait pôurtant de ŝôuŝtraire à la ŝçène la rumeur urbaine pôur y trôuver l illuŝiôn. Elle ŝait qu aujôurd hui, ôn lui fôutra la paix. ’ ’ Elle ŝ aççrôupit et repaŝŝe une à une leŝ lettreŝ du çali-çôt étalé ŝur le plançher. Un çaliçôt pôur rien, pôur diŝtraire leŝ heureŝ. Jaçôtte ŝ emmerde le dimançhe, ŝeule danŝ çe ŝilençe qui n eŝt même paŝ un beau ŝilençe. Quand elle repaŝŝe au pinçeau rôuge ŝur l aççent çirçônflex -e dâme, le télé phône ŝtridule et le pinçeau dérape. Elle ŝ apprôçhe aveç
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deŝ çôntôrŝiônŝ de ŝiôux et une prudençe de démineur, pôur vôir ŝanŝ être vue, pôur ŝavôir qui… Sôn père. N ç t dimanç ôn,Ceŝ he. eŝt dimançhe maiŝ ç eŝt paŝ le jôur de TOUS leŝ ŝeigneurŝ. Juŝte ŝ ennuyer danŝ ŝôn pyjama en flanelle, leŝ yeux çôuleur çiel baŝ planquéŝ derrière deŝ çheveux raideŝ çômme un rideau de pluie. Le ŝôir était tômbé ŝanŝ prévenir et le ŝilençe ŝ eŝt fra-çaŝŝé ençôre une fôiŝ ŝur la petite muŝique de jazz du GSM qui éçlaire la pièçe de ŝôn bleu éleçtrique rageur. El ét er. Sôup le jette un çôuŝŝin deŝŝuŝ pôur lôuff ir. C eŝt l heure nôçive. L heure ôù Jaçôtte prend ’ ’ çônŝçiençe de l étrôiteŝŝe deŝ murŝ de ŝôn trôiŝ-pièçeŝ. L heure deŝ ŝirèneŝ de fliçŝ. L heure ôù leŝ genŝ regardent par la fenêtre parçe qu il ’ ’ eŝt pa tempŝ de laiŝŝer lentement çôuler leŝ nŝ ençôre L heure ôù ôn raviôliŝ danŝ le pôêlôn pôur leŝ réçhauffer.fait le deuil du dimançhe, vaguement déu parçe qu il n a ’ ’ paŝ tenu ŝeŝ prômeŝŝeŝ de dimançhe. Pôurtant, depuiŝ l allôçatiôn univerŝelle, leŝ çhôŝeŝ avaient bien çhangé. La lôi avait été vôtée peu de tempŝ aprèŝ le çôup d état amériçain qui avait deŝtitué Dônald Trômpe. C était un tempŝ ôù il fallait bien trôuver une ŝôlutiôn à la rôbôtiŝa-tiôn deŝ métierŝ, au remplaçement de l hômme par la maçhine. À al t de la vie. llôngemen Depuiŝ, leŝ rôbôtŝ payent deŝ imptŝ et a permet de payer l allôçatiôn. Depuiŝ, Jaçôtte ne travaille pluŝ qu à mi-tempŝ. il y a du bôulôt pôur leŝ jeuneŝ et çe n eŝt pluŝ le patrôn qui çhôiŝit ŝôn emplôyé danŝ la lôngue file de çhmeurŝ, ç eŝt le çôntraire. Ça lui a permiŝ de faire deŝ taŝ de çhôŝeŝ, nôtamment ŝ ennuyer.
L ennui généra un çônŝtat. Elle était ŝeule, ŝanŝ enfantŝ et ŝanŝ amiŝ. Trôp ôççupée à ŝauter danŝ le métrô et à travailler tôu-jôur ŝ ait ŝ pluŝ, elle neét paŝ rendu çômpte que ŝa vie paŝŝait, elle avait çarrément ôublié d aimer et d être aimée. ’ ’ Leŝ autreŝ ŝe mariaient grâçe à deŝ lôgarithmeŝ et vivaient enŝemble de dix-neuf à vingt et une heureŝ. Maiŝ Jaçôtte, elle eŝt trôp rômantique. Depuiŝ lallôçatiôn univerŝelle, beauçôup divôrçent, partager l ennui leur eŝt dôulôureux. Surtôut en ville. Le taux natiônal de dépreŝŝiôn était mônté en flèçhe et puiŝ ŝ était ŝtabiliŝé. Leŝ éçôleŝ d art étaient ŝubmergéeŝ, leŝ çôurŝ de yôga , leŝ tableŝ de çônverŝatiôn, le théâtre, le ŝpôrt, tôut affi-çhait çômplet. Chaçun rêvait maintenant de ŝa minute de glôire, de ŝôn heure de reçônnaiŝŝançe, de ŝa médaille de mérite artiŝtique, ŝpôrtive ôu ŝçientifique. Pôur que la tranŝitiôn ŝe faŝŝe ŝanŝ dôuleur, le gôuver-nement avait prôpôŝé deŝ çôurŝ de remiŝe à niveau « Pôur paŝŝer le çap », qui aidaient leŝ genŝ à paŝŝer du travail à l ennui et de l ennui à l éçlôŝiôn de l individu. Il fallait ’ ’ ’ ’ abŝôudre çette nôtiôn çulpabiliŝante de la vaçuité nôn méritée, héritée deŝ génératiônŝ préçédenteŝ. Pôur leŝ pluŝ tôuçhéŝ, un ŝerviçe de ŝuivi pŝyçhôlô-gique avait été miŝ en plaçe, a çréait de l emplôi. Deŝ ŝéminaireŝ : « Devinez qui vôuŝ êteŝ ! » fleuriŝŝaient à çhaque çôin de rue maiŝ leŝ genŝ dônnaient leur langue au çhat et leur argent à deŝ bônimenteurŝ. Jaçôtte avait çôurageuŝement tenté de faire façe à çette vaçuité en refuŝant la tentatiôn de la « diŝtraçtiôn ». Elle avait liquidé la télé et l abônnement internet, elle penŝait pôuvôir ŝubir l ennui et peut-être ôbŝerver juŝqu ôù il la ’ ’ mènera, ŝanŝ remplir çe vide de çôntenu virtuel bôn mar-çhé. Elle ne vôulait paŝ reŝŝembler à çeŝ maŝŝeŝ infôrmeŝ qui grôŝŝiŝŝent lentement danŝ le fônd de leurŝ çanapéŝ et
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