Un taxi pour Miss Butterfly

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Je suis taximan. Y'a pas de sot métier et, job ou vrai travail, tout gagne-pain est noble qui nourrit son homme. Dont acte. Un soir, j'avais conduit au centre des Arts de Pointe à Pitre où ils jouaient des comédiens haïtiens vivant au Canada et que je devais plus tard ramener à l'hôtel Arawak. Et puis, j'avais décidé tout bonnement d'assister à leur spectacle Voici 14 nouvelles qui, de l'île à l'exil disent la mosaïque caraïbe..
Publié le : samedi 1 novembre 2003
Lecture(s) : 164
EAN13 : 9782296342330
Nombre de pages : 172
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Un taxi pour Miss Butterfly

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Max JEANNE

Un taxi pour Miss Butterfly
Nouvelles

L'Harmattan 5-7, nIe de l'École-Polyteclmique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALlE

(Ç)L'Harmattan, 2003 ISBN: 2-7475-4414-1

AVIS

Malgré lieux, noms et faits qui peuvent sembler familiers au lecteur, les situations et les personnages de ces nouvelles restent purement imaginaires. Toute ressemblance avec des personnes ou des évènements réels ne serait donc due qu'à une scandaleuse coïncidence.

L'auteur

Pour Denis Capou Et Viviane Bourriquis

Un taxi pour Miss Butterfly
Pour Syto Cavé et pour Magguy Arsène, ma fourmi rouge

Taximan. Je suis un taximan. Y'a pas de sot métier, et, job ou vrai travail, tout gagne-pain est noble qui nourrit son homme, m'avait-on appris à l'école. Dont acte. Un soir, j'avais conduit au Centre des Arts de Pointe à Pitre, où ils jouaient, des comédiens haïtiens vivant au Canada, et que je devais ramener plus tard à l'Hôtel-Arawak. Pour tromper mon attente, j'avais décidé tout bonnement d'assister à leur spectacle. C'était une comédie douce-amère intitulée Mémoires d'un balai et qui, selon moi, disait mieux qu'un livre savant le grand écart, de l'île à l'exil, des boat-people caribéens. Me croie qui peut, c'est de ce jour que date mon désir de tenir mon journal de bord. A ceci près, évidemment, que je n'ai pas le talent d'un homme de théâtre. Dommage! Car j'en ai vu, moi aussi, de ces vies de crabe insoupçonnées du soleil. Taximan. Je suis un simple taximan. Ni un grand Grec. Ni une petite cafetière. Mais d'une certaine

manière, les deux en même temps. En début de carrière, j'avais souhaité être rattaché à l'aéroport du Raizet. A cause, bien sûr des dollars à gogo des touristes à gros cigares et gros porte-monnaie. Mais, à mon grand dam, on m'avait rivé à La Place de La Victoire, en plein centre-ville où, plus souvent que rarement, j'avais affaire à une clientèle locale bon enfant. Mon compte en banque en a souffert, mais, en vérité, ma connaissance de l'île-pays s'en est singulièrement enrichie. Taximan. C'est dire que, comme tout débutant, j'ai aussi fait mes gammes: locations à crédit pour cortèges de mariages, forfaits pour baptêmes de poupées, demi-tarif pour écoliers et joueurs de pitt, ambulance d'occasion d'enfants malades pour un simple merci, courses gratis pour sans le sou, en cas de grève à rallonges des cars, dépannage des belles de nuit, surprises par le devant-jour et ramenées en catastrophe chez elles, avec pour tout paiement leur sourire généreux à la 'gardezla monnaiemon brave: Mais, à la longue, et soit dit sans vantardise, je crois que j'ai bien appris mon métier. Je me suis d'ailleurs souvent étonné que nos journalistes à la noix, si prolixes en banalités, n'écrivent jamais la moindre ligne sur ces vies et ces visages de l'ombre que je croisais comme ça, au hasard des jours. En effet, à maintes reprises, il m'arrivait d'observer les clients. Les jeunes cadres, gonflés d'importance, comme des poissons-pelpètes, se ruaient sur les grosses cylindrées rutilantes. Standing oblige. En revanche, les hommes et les femmes mûrs passaient 8

davantage en revue les chauffeurs que les BMW et les Mercedes. Et optaient souvent pour ma bobine qui, à n'en pas douter, leur inspirait confiance. C'est ainsi que, malgré ma Peugeot 504, toute démodée, j'avais fidélisé une clientèle de Vieux-corps. Et même quand je n'étais pas le premier de la tête de ligne, ces voyageurs du temps ouvraient la portière et s'affalaient sur le siège arrière, désireux moins d'aller vite que d'aller loin. D'ailleurs quand je leur demandais leur destination, ils avaient le même geste-horizon. A la longue, j'avais fini par comprendre que, peu soucieux du compteur qui tournait, ils cherchaient moins un taxi qu'un parloir, moins à rouler qu'à dérouler une fois de plus leur vie dans le rétroviseur de leur mémoire. Et, sans insister davantage, je démarrais, me fiant pour le trajet à mon inspiration du moment. Pointe à Pïtre. La vie. La ville. Tout avait changé, selon eux. La Darse. La Place de La Victoire. Et ru sine Darboussier même qui ne lâchait plus, dans le ciel aveuglé, son panache de fumée. Noms, lieux et adresses n'existaient plus que dans leurs souvenirs. Et j'éprouvais de la peine à voir poindre ce chagrin indicible dans leur regard soudain mouillé devant le cagibi d'un vieil ami cordonnier qui naguère avait réparé leurs pas de danseurs de quadrille. Ou face à la place du marché, à jamais balayée et récurée des rires et jurons d'Antilla, Zaboka, Babsal, Bababouk, CyrilBari et autres va-nu-pieds qu'ils avaient cru éternels. . .comme leur propre jeunesse. * * 'Il est des visages impossibles à oublier'. Telle avait été ma réflexion, la première fois que Mario s'était 9

assis dans mon taxi. Je ne savais pas encore qu'au fil des jours, il allait autant compter pour moi. -Quelle direction? lui avais-je demandé, en mettant machinalement le contact. -Où désires-tu aller, Tina? avait-il enchaîné, en s'adressant à l'invisible passagère à ses côtés, tout en étendant le bras, comme pour lui entourer les épaules. -Bien, très bien.. .c'est comme tu voudras. -Conduisez-nous donc à Moule, me répondit-il finalement, tout en redressant sa tête penchée vers sa compagne. Décidément, c'est bien ma veine, pensai-je sur le moment, de toujours tomber sur des calebasses fêlées. Mais le client est roi et je n'avais vraiment pas le choix pour renflouer mon compte en banque, piégé par la marée basse. -Comment dis-tu? Ah bon, tu trouves?.. .Eho ! Jeune homme, moins vite.. .pour Madame, s'il vous plaît. La route de la vie est déjà si courte! Pendant tout le trajet, Mario continua son rôle d'interprète entre elle et moi. A proximité de la Baie du Moule, il me fit bifurquer sur une route départementale. Et, quelques instants plus tard, nous étions arrivés. A peine avais-je éteint le moteur qu'il se précipitait pour ouvrir la portière et tendre un bras chevaleresque à... Tina. Nous étions à Zévalos, au cœur d'un véritable chantier. Telles des guêpes-maçonnes, des ouvriers s'affairaient, démantelant, pan par pan, le puzzle d'une bâtisse d'outre temps, pareille en bien des points, à cette habitation coloniale, non loin de là et que l'on prétendait hantée. Peut-être était-ce pour cela qu'elle 10

n'avait pas encore subi le même sort. Et puis aussi, sans doute, parce qu'elle figurait désormais dans tous les prospectus et dépliants de l'Office du Tourisme et de la Chambre de Commerce, veillée par les moulins de pierre centenaires qui avaient fait jadis la prospérité tant vantée de La Colonie. -Je savais que ce sacrilège te ferait mal. Mais c'est toi qui as tenu à dire adieu à la Grand-Case où, enfant, tu as joué à la poupée et sauté à la corde avec une liane de tamarin. ~uais ! Tu as bien raison, autrefois on ne démolissait pas comme ça sa maison. Mais que veuxtu? c'était un autre temps. Un tout autre soleil. Et notre île-pays avait encore son âme de papillon, comme tu le dis si souvent toi-même. Tandis qu'aujourd'hui, on ne recherche que l'argent facile et rapide et non point l'amour ni le travail de cette terre où nos grands-parents ont marché à quatre pattes. Mais allons-nous-en.. .allons-nous-en vite, Tina! Sa voix tremblotait et il se massait les tempes, comme pour amortir les coups de marteau qui résonnaient dans son crâne endolori. Chemin. . . Sur le chemin du retour, Mario ne desserra pas les dents. Intrigué par son silence, je jetai un coup d'œil dans le rétroviseur. -Chut! me fit-il, l'index sur la bouche. C'est alors que je compris que, sans doute épuisée par l'émotion, Tina s'était assoupie sur son épaule. * *

Le samedi suivant, à la même heure, j'ai revu Mario. Même chapeau-Panama sur la tête, même pantalonIl

parlementaire, même cravate lavallière et même élégance d'outre temps dans le maintien. Le seul changement notable, c'était cette guitare qu'il tenait à la main. Sur le moment, j'avoue que j'ai été surpris car je ne le savais pas musicien. Comme la première fois, il avait ouvert la portièrearrière droite, s'effaçant pour laisser passer Tina, avant de prendre place à ses côtés. -Bien bonjour, Monsieur Mario. Alors, vous allez où? Le même chuchotis, dans mon dos, avait suivi ma question, avant qu'il me réponde: -Pas très loin aujourd'hui, mon jeune ami. Nous aimerions tout juste faire un tour sur le port. -C'est comme vous voulez, fis-je, tout heureux d'être présent à cet énigmatique rendez-vous fixé par le hasard. J'imaginais, en effet, la rebuffade qu'eût infligée à ce gaga chenu, quelque chauffeur chenapan, guère emballé par la perspective d'une course de moins d'un kilomètre. C'était jour d'affluence et une agitation de fourmis folles régnait sur le port. Taille de guêpe dans leurs costumes madras, de ravissantes hôtesses proposaient aux touristes des poupées créoles, des bijoux en coco, des colliers de coquillages, des calebasses vernies et autres menus objets de l'artisanat local. A mon approche, mes collègues taximen, affectés sur place, écarquillèrent de gros yeux de mérou frit, me soupçonnant sans doute de concurrence déloyale. Hôtel & Résidence Saint-John Perse

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Je m'étais arrêté, un peu à l'écart. Manifestement, Mario ne reconnaissait pas les lieux et, perdu dans sa rêverie, regardait sans le voir, le luxueux paquebot de croisière, à quai. -Est-ce que tu te rappelles, Tina, la fameuse soirée, sur ce navire de guerre américain? Pour l'évènement, y'avait le Préfet, l'Evêque, le Maire de la ville. Et La Brisquante, le fameux groupe folklorique de La Veuve Chaude, animait la soirée. Le Capitaine, pour fêter dignement son passage dans nos eaux, avait, en effet, tenu à organiser un concours de beauté. Oh la la ! Que de belles filles, y'avait eu, ce soir-là! Mais évidemment aucune ne t'égalait en grâce ni en élégance. Et le jury, à l'unanimité t'avait élue Miss Butterfly. A l'évocation de sa grandeur passée, j'imaginais un sourire errant sur les lèvres de Tina. Mais, sans doute, du même hochement de tête familier que, plus tard, je devais la voir faire et qui semblait dire à quoi bon, avait-elle laissé filer le soleil fané qui, malgré elle, avait traversé son regard. Déjà, Mario insistait de plus belle, tentant vainement de rallumer le feu follet de la jeunesse des cendres tièdes du souvenir. -Je me rappelle. Comme si c'était hier. Jete dévorais des yeux. Mais toi, grisée par ton succès, tu ne voyais même pas le petit guitariste qui te faisait danser. . .
'Papfyon volé Sé volé nou ka volé' -Comment? tu souhaites rentrer déjà... D'accord .. .d'accord ! Non.. .Non.. .c'est comme tu voudras... En quittant le port, Mario avait esquissé quelques accords nostalgiques, sur sa guitare, tandis que, ceinte de son écharpe multicolore, dans le vertige de sa

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mémoire valsait et valsait Miss Butterfly, telle une toupie sous l'impitoyable fouet du Temps. Dans le rétroviseur, je regardais, consterné, les grosses larmes silencieuses qui coulaient sur son visage émacié. * *

Je suis resté deux ou trois semaines sans revoir mon fidèle client. Et puis, un dimanche matin, à la sortie de la messe de Grand'Eglise, il est revenu, la mise encore plus soignée que d'habitude, l' œil tout excité, avec au pomg, un superbe bouquet d' œillets et de roses rouges. T out de suite, je constatai le changement. En effet, il n'avait pas, comme à l'accoutumée, ouvert la portière à Tina mais s'était engouffré illico dans la voiture. Je n'eus pas le temps de m'étonner ni de m'enquérir de sa destination. -En avant toute, chauffeur, on y va! s'exclama-t-il gaiement. -Où donc? -Mais quelle question ?..la chercher...la chercher, voyons! Me fiant à ses indications, j'avais quitté le centre-ville pour gagner le Foyer des personnes âgées de Raizet, distant d'à peine trois kilomètres. Pfft! A peme descendu de voiture, Mario s'adressait déjà à l'accueil. Quelques instants plus tard, il s'en revenait rayonnant, avec à son bras.. .Miss Butterfly en personne. Sa vue me fit comme un choc. A force, j'avais fini par croire que la Tina que j'avais si souvent promenée dans mon taxi, à la recherche du temps perdu, n'existait plus que dans le souvenir de mon vieux toc14

toc. Malgré les cheveux blancs et la robe- madras surannée, elle avait gardé l'élégance intemporelle d'un beau bouquet-à-soupe, jour de fête des cuisinières. En un vérité, pied de bouc ou pas, impossible de résister à une telle guiablesse ! C'est dire si je comprenais la folie de nostre homme: il y a comme ça des amours-arcsen ciel qui traversent toute une vie. Des bas épais, retenus par un élastique, emprisonnaient ses jambes enflées. Malgré son sourire de commande au soleil dominical, elle marchait péniblement et eut plus de mal à monter en voiture que la fois où je les avais menés, tous les deux, au port. -Tu te rappelles, c'est notre chauffeur. Je crois bien que lui aussi te reconnaît. -Bien sûr, Madame, fis-je, gagné moi-même par le bagou contagieux de Mario. Chemin faisant, j'eus droit à un dialogue, connu lui aussi, mais pour la première fois, avec deux vrais visages. Et, dans ma tête, l'étrange sensation qu'on éprouve parfois de scènes de sa vie déjà vécues, sans qu'on s'explique comment. Je les ai conduits à un restaurant de La Pointe des Châteaux, surplombant une falaise au pied de laquelle le vol des ma!finis déroulait jusqu'à l'infini l'immense tapis bleu. Et puis, discrètement je me suis éclipsé, pour ne pas troubler le tête à tête de mes deux amoureux. * *

Notre mémoire joue parfois avec nous d'étranges parties de colin-maillard, un drôle de show cachéaurait dit Miss Butterfly, comme la pluie et le soleil dans un 15

ciel de carême, quand le Diable, tout à son rôle de père, marie sa fille derrière l'Eglise. Lors de nos balades, en taximan roué, prétendument absorbé par une route que je connaissais pourtant comme ma poche trouée, je m'obligeais, par politesse, à ne pas écouter mes tourtereaux. Et je crois bien que j'y parvenais le plus souvent. En tout cas, sauf lorsque l'un d'eux s'était adressé directement à moi, j'aurais été fort en peine, sur le chemin du retour, de dire exactement de quoi ils avaient parlé. Pourtant, aujourd'hui encore, bribe par bribe, résonne dans ma tête l'écho de leurs paroles, tout comme ressuscitent dans la mémoire aveugle d'un moribond, les moindres souvenirs de son enfance. Elle avait pris l'habitude d'emmener avec elle un album de photos d'époque qu'elle considérait un peu comme son press-book. Et, au souvenir de quelque anecdote amusante, ses éclats de rire se mêlaient aux notes de guitare de son vieux bailleur de sérénade, tandis que dans un tic irrépressible sa main droite faisait mine de défroisser sur son épaule l'invisible écharpe de Miss Butterfly. -Ah! Mario, ça c'était la vie ; c'était ça, la jeunesse! -Mais il n'est pas trop tard, Tina.. .et, si tu voulais, aujourd'hui encore... -Hélas! Mario, l'on peut toujours se mentir et, derrière de vieilles photos, jouer à cache-cache avec le temps, mais tu sais bien que, nous deux, ce n'est pas.. .que ce n'est plus possible. -Pourquoi, mais pourquoi, Tina, ne m'as-tu, je veux dire. . .ne nous-as-tu jamais donné. . .une chance. . .une seule chance? 16

Rites. Ô rites! Ces déjeuners-promenades ont duré plus de trois mois. Et me croie qui veut, j'ai souvent refusé des locations payées à prix d'or, uniquement pour ne pas rater mon rendez-vous dominical avec Miss Butterfly ni les cours de guitare de Monsieur Mario. Car, comme le prétendait ce dernier, à mon insu, j'avais bel et bien l'âme d'un gratteur de cordes. Et puis, un matin, patatras! Quand nous sommes allés la prendre au Foyer, elle était trop fatiguée. Les médecins mêmes ne voulaient pas qu'elle sorte. Je me suis donc retrouvé avec mon vieux bonhomme, bien trop désemparé pour se jouer sa petite comédie du début. Et j'ai dû le ramener chez lui. Evidemment, il tenait à me payer ma course, comme d'habitude. J'ai refusé. Et, inquiet de le laisser tout seul, je l'ai suivi, pour la première fois, dans sa maison si amoureusement aménagée. T out, en effet, y parlait d'elle: les affiches de ses spectacles, ses parfums préférés, les cigarettes Pall Mall et Chesterfield qu'on lui offrait par cartouches entières sur les bateaux au mouillage, dans le port de Pointe à Pitre. Des images de journaux, collées sur les murs, la montraient tantôt au bras d'un ministre de passage, tantôt en compagnie d'un chercheur d'or de retour de Guyane, ou encore sur un ring, gants aux poings avec le boxeur victorieux. Au milieu du salon, trônait sa photo, agrandie et encadrée, le soir de son sacre comme Reine de beauté sur le croiseur américain. Verre après verre, Mario m'a retracé sa vie papillonne, brûlée par les lumières traîtresses de la ville-mirage, avant que d'échouer avec l'âge, la maladie et la solitude au rivage déserté de son amour. Et, le 17

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