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Un voyage à New York

De
170 pages
Opuscule de huit nouvelles, Un voyage à New York est un procès et la quête d'un ailleurs. Du Cadeau empoisonné à Trop c'est trop, le récit tisse la thématique d'un voyage vers un inconnu, cristallisé par New York, ville où la mort et la survie s'inscrivent en sphinx énigmatique du destin humain. L'ouvrage fonde sa singularité sur le réalisme socioculturel congolais. Il laisse voir et entendre une construction imagée et polyphonique dans un télescopage des styles à la lisière du dictionnel et du normatif langagier.
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Prince Arnie M
Un voyage à New York Nouvelles
Préface d’OmerMassouMou
Un voyage à New York
Prince Arnie MATOKOUn voyage à New York
Nouvelles Préface d’Omer Massoumou
Du même auteur Mélodie des larmes,Chapitre.com, ʹͲͳ͸ Sous les ailes de l’aurore, Les Éditions du Net, ʹͲͳ͸. Ces fruits de mon jardin intérieur, Edilivre, Paris, ʹͲͳ͸. © L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : ͻ͹ͺ-ʹ-͵Ͷ͵-Ͳͻͳͻͷ-ʹ EAN : ͻ͹ͺʹ͵Ͷ͵Ͳͻͳͻͷʹ
À mes enfants bien-aimés, Matoko Sephora Consola Arnie et Matoko Prince Jérémie ; Monsieur Lenga François, mon directeur littéraire.
Préface Temps d’infortune La somme narrative produite par Prince Arnie Matoko pose un regard critique sur la société congolaise de ce dé-e but du XXI siècle. Les huit nouvelles, réunies sous le titre évocateur d’Un voyage à New York, énoncent, selon moi, un « temps d’infortune ». Le voyage que nous propose l’auteur de ces récits brefs est en fait une immersion dans la mauvaise fortune de certains êtres dont la culpabilité réside dans leur faiblesse. Face à leurs désirs d’évasion ou d’exultation, les victimes passent presque pour des arché-types de la souffrance. Ils ont le tort de se retrouver dans l’emprise inextricable des aspérités existentielles. Nous entrons dans ce recueil de nouvelles comme on ouvre une comédie humaine. Et la littérature française nous enseigne, avec Honoré de Balzac, que la vraie comédie humaine n’est en fait qu’une tragédie. Les personnages sont des monstres, des bourreaux sans état d’âme qui inondent, par leurs nombreux actes ignobles, l’espace-temps social d’une vie. Prince Arnie Matoko scrute le comportement humain et en dégage le dysfonctionnement. Le voyage est un pré-texte qui définit un temps ou une période au cours de la-quelle les êtres se dévoilent, et c’est ce moment que l’auteur choisit pour dévoiler la comédie humaine congo-laise. On le sait, l’une des caractéristiques majeures des récits de voyage est de faire des êtres, des territoires et des paysages lointains et exotiques aux lecteurs. Mais le voyage à entreprendre ici est celui de l’immersion dans l’altérité proche, une altérité agressive que nous décou-vrons dans les profondeurs de la pauvreté et de la violence
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sexuelle, dans la stupide naïveté et dans le cynisme mor-tel… Un voyage à New Yorkconsacre certes l’avènement de Prince Arnie Matoko à l’écriture mais ce livre se conçoit aussi comme une peinture des caractères obéissant à une tradition dessinée par des œuvres littéraires devenues des classiques. Je pense àTribaliques (1971),Chroniques congolaises (1974),Longue est la nuit(1980), de Tchi-chelle Tchivela, etc. Prince Arnie Matoko situe son écri-ture dans ce que Philippe Makita (Nouvelle anthologie de la littérature congolaise,petitesP. 296) appelle «  2003. misères existentielles ». L’orphelin, la veuve, le chômeur, etc. sont des personnages qui ont intéressé les premiers nouvellistes et on les retrouve encore dansUnvoyage à New York. Il s’agit d’une réactivation thématique intéres-sante car le scripteur montre que la société n’a pas apporté de réponses adéquates aux maux qui minaient la société congolaise dans les dernières décennies du siècle dernier. Les huit nouvelles du recueil sont marquées par ces violences essentielles. Et face à cette urgence sociale, une écriture nous invite à une urgence de lecture et de réac-tions. Les nouvelles sont écrites en français, une langue plutôt correcte et une expression qui tend souvent à repro-duire des formules fréquemment employées par des jeunes « en contact avec la modernité ». La narration s’en trouve parfois heurtée. Les incriminations des travers des Congo-lais intègrent par exemple les séquences narratives et dia-logiques ; ce qui ne manque pas de déstabiliser l’action narrative attendue. Les personnages sont particulièrement déterminés par le sémantisme des patronymes congolais. On devine dès le début d’un récit le cheminement à suivre. Narrativement, une telle pratique tend à aller à l’encontre de la poétique de la chute qui caractérise toute nouvelle. Au-delà de ces aspects généraux, ce recueil de nou-velles nous révèle le temps de l’infortune par plusieurs
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éléments. La thématique du voyage est lisible non seule-ment dans « La traversée » et « Un voyage à New York » (nouvelle éponyme) mais aussi dans le « Cadeau empoi-sonné » et « Je n’aime pas le mari de ma mère ». Le voyage apparaît ici comme un espace-temps qui mène vers l’infortune. En allant aux Etats-Unis ou en Europe, les personnages ne trouvent pas la paix. Ce sont toujours des voyages vers un inconnu, des voyages déshumanisants où la mort et la survie restent les seules solutions. Les per-sonnages de Mwana Mayi dans « La traversée » et de Francis dans « Un voyage à New York » vivent l’expérience du voyage de façon malheureuse. Mais il faut aussi dire que c’est le voyage, compris comme le fait de quitter un lieu, de s’en aller, qui permet à la fille d’échapper au harcèlement de son beau-père dans la nou-velle « Je n’aime pas le mari de ma mère ». Et dans un « Cadeau empoisonné », Patrick se retrouve à l’abri de toute poursuite judiciaire parce qu’il se déplace dans un pays européen.
Les nouvelles de ce recueil accordent encore une place de choix à la thématique de la sexualité ou à la déviance sexuelle. La prostitution qui finit par la mort du person-nage principal est au centre de la nouvelle « Cadeau em-poisonné ». En cherchant à échapper à la misère, la jeune Gladys, orpheline et misérable, s’engage dans la prostitu-tion et fait une rencontre qui sera fatale. Dans « Je n’aime pas le mari de ma mère », un homme harcèle sans succès la fille de sa femme, alors que dans « Mawa la jolie » un père entretient une relation de couple avec sa fille. Dans les nouvelles « La femme pardonnée », « Le mari cocu-fié » et « Trop c’est trop », ce sont des histoires d’infidélité conjugale qui conduisent à l’éclatement des couples. Et « Un voyage à New York » n’échappe pas à cette tendance. Par ses voyages en Afrique, Wilson finit par casser son mariage et sa femme et ses enfants se re-
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