Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 4,49 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : EPUB

sans DRM

Un week-end sans fin

De
128 pages


Imaginez-vous revivre en boucle la pire journée de votre vie...

Charlotte est furieuse. Elle ne peut plus aller au concert de son chanteur préféré car ses parents
l'envoient à la campagne chez sa cousine. Le week-end s'annonce interminable. Pour la peine,
elle décide de faire payer sa mauvaise humeur à tout le monde. Charlotte se débrouille si bien que le samedi est un désastre. Plus qu'un jour à tenir ! Mais lorsqu'elle se réveille le lendemain,
il y a comme un air de déjà-vu... la journée horrible de la veille est en train de se répéter !



Voir plus Voir moins

Vous aimerez aussi

couverture
CLAIRE GRATIAS

UN WEEK-END
SANS FIN

Syros
image

Collection Soon, Mini Syros+

Une collection dirigée par Denis Guiot

Pour mes « apprentis écrivains »,
Agnès, Dominique, Gérard, Isabelle et Philippe,
parce qu’auprès de vous, mystérieusement,
le temps passe toujours deux fois plus vite !

Et pour toi, Laurie, qui, plus que tout autre, connais la valeur du moment présent.

Merci à vous tous.

CHAPITRE 1

UNE CHANCE DU TONNERRE

Que ce soit clair, la dernière chose dont j’ai envie, moi, Charlotte, c’est de passer un week-end entier chez mon oncle et ma tante à la campagne, pendant que mes parents s’offrent une virée sur la côte « en amoureux ». D’autant que personne ne m’a demandé mon avis. Or j’avais des projets pour samedi soir, moi ! Ben, le frère aîné de ma meilleure amie Karine, devait nous emmener avec lui au concert de Miles Kane ! C’est un de mes chanteurs préférés et ça fait des siècles que je rêve de le voir sur scène. Alors inutile de vous dire que, quand Ben m’a proposé : « Je te prends une place ? », j’étais trop, trop contente.

Et voilà que j’ai dû revendre mon billet à un copain, juste parce que mes parents ont décidé de partir ce week-end-là et pas un autre. J’avais une chance sur cinquante-deux que ça m’arrive, eh bien paf !… La lose totale ! De quoi vous dégoûter de la vie. J’ai bien tenté de convaincre mon père et ma mère de me laisser seule à la maison. J’ai presque quatorze ans, tout de même ! Mais ils ont eu le culot de me répondre que c’était non négociable.

Me voilà donc condamnée à rester jusqu’à dimanche soir dans un trou perdu, chez des obsédés de la vie saine, écolos et fans de bio.

Quand j’étais gamine, j’aimais bien aller chez eux parce qu’ils habitent une grande maison cernée d’un côté par des prés et de l’autre par la forêt, ce qui permet de passer des journées sans avoir les adultes sur le dos. Mais plus les années passent et plus je m’ennuie là-bas. « Je ne te comprends pas, se lamente ma mère. Ils sont pourtant tèèèllement gentils ! » Okay, ils sont très sympas, mais ce qui m’horripile, c’est qu’elle voudrait qu’on leur ressemble ! Ou plutôt, que je ressemble à ma cousine qui est « une jeune fille tout à fait délicieuse, serviable, souriante. Et quelle complicité elle a avec sa maman, c’est tèèèllement émouvant ! ». Même pas en rêve…

Bref, renoncer à la soirée de ma vie pour passer un week-end à la cambrousse ne me fait pas franchement sauter de joie. Mes parents viennent à peine de me déposer que, déjà, mon père démarre, impatient de partir.

– Au revoir ma chérie, je suis sûre que tu vas bien t’amuser ! me lance ma mère tout en agitant la main par la vitre ouverte.

C’est cela, oui… je songe, les mâchoires crispées.

Au même moment, j’enclenche mentalement le compte à rebours. On est vendredi, dix-neuf heures trente. Ce qui signifie que j’ai devant moi quarante-huit heures à tuer. À tuer, oui, c’est l’expression adaptée, car en regardant s’éloigner la voiture de mes parents, je me sens d’humeur carrément assassine.

Les poings serrés, je rentre dans la maison. Ma cousine Elsa m’annonce :

– J’ai monté tes affaires. Tu dormiras avec moi, la chambre d’amis est en travaux. Je te laisse mon lit, papa m’a installé un matelas par terre…

Encore heureux… Si, en plus du reste, il fallait que je dorme au milieu des puces et des araignées, merci bien !

Je la suis dans l’escalier en bois dont les marches grincent. Sa chambre est une vaste pièce au plancher recouvert de tapis multicolores. Je promène mon regard le long des murs. Elsa y a punaisé des affiches et des photos d’acteurs et d’actrices célèbres découpées dans des magazines. On y voit les interprètes principaux de Hunger Games, Twilight, Nos étoiles contraires, Divergente… Une véritable collection d’êtres parfaits. Visage, corps, vêtements, posture, absolument tout chez eux est mââgnifique, comme dirait ma mère. Je m’écroule sur le lit en soupirant. Franchement, je le sens mal, ce week-end. Pendant le trajet pour venir ici, j’ai élaboré ma stratégie. L’objectif était double : 1) penser le moins possible au concert raté ; 2) trouver un moyen d’accélérer le temps. Comme personne n’a encore mis au point une machine qui permette d’y arriver, j’ai opté pour la seule option envisageable, le plan « week-end marmotte en mode hibernation » : plus je passerai d’heures à dormir et plus ces deux jours s’écouleront rapidement.

Sauf que je pensais pouvoir m’isoler. Je n’avais pas prévu de partager la chambre d’Elsa, comme quand on était gamines et que la maison était pleine, l’été. À mon âge, je préfère l’intimité. Mais je suis coincée. Obligée de tenir compagnie à ma gentille cousine si souriante et si gracieuse, comme me le serine ma chère mère qui préférerait avoir une fille comme elle. Manque de chance, moi, je me sens tout sauf gracieuse. Surtout quand je regarde ces posters. Ils ont tendance à m’énerver. Je suis à des années-lumière de tous ces gens-là !

– Tu veux que je t’aide à t’installer ? propose Elsa.

Sa voix est douce et elle me sourit, mais je ne m’y trompe pas. À tous les coups, elle est aussi enchantée de me voir squatter sa piaule que je le suis d’être coincée ici.

Je marmonne :

– Pas l’intention de m’installer. Je fais que passer.

Elsa fait semblant de ne pas remarquer mon humeur de dogue et vient s’asseoir à côté de moi sur le lit.

– Je suis contente que tu sois là, tu sais !

Je la dévisage, interloquée. Le pire, c’est qu’elle a l’air sincère ! Pas très à l’aise, je baisse les yeux. J’aurais mieux fait de m’abstenir. Comme on est assises côte à côte, j’ai tout à coup une vision d’horreur : comment est-ce possible ? Les cuisses de ma cousine font la moitié des miennes en largeur ! On porte toutes les deux un jean, mais tandis qu’Elsa nage un peu dans le sien, le mien me boudine affreusement ! Je me lève d’un bond et tire sur mon sweat pour tenter de masquer mon ventre et mes cuisses.

– Sympa, ta chambre… je dis pour faire diversion.

– Tu trouves ? Ça me fait plaisir ! répond Elsa d’un ton enjoué. Tu t’intéresses au cinéma ?

– Bof… Comme tout le monde. Mon truc, c’est plutôt la musique.

Elsa semble un peu désappointée. Elle garde néanmoins le sourire et demande :

– Ah oui ? Et tu écoutes quoi ?

J’examine alors ma cousine des pieds à la tête. On a le même âge et, jusque-là, Elsa avait toujours paru beaucoup plus jeune que moi. Mais en quelques mois, elle a beaucoup changé. Elle a perdu ses joues rondes qui lui donnaient l’air d’une gamine. Son corps s’est considérablement allongé et musclé. Il faut dire que, contrairement à moi, Elsa a toujours aimé bouger. Courir dans les champs ou les bois, nager, faire du vélo, aider ses parents à jardiner… Depuis qu’elle est toute petite, elle passe la majeure partie de son temps libre dehors, ce qui lui donne un teint hâlé toute l’année. Tandis que moi, d’octobre à juin, je ressemble à une endive !

Imperturbable, Elsa attend que je réponde à sa question. On dirait que ça l’intéresse pour de bon !

Je laisse tomber, espérant clore ainsi la conversation :

– Du hard rock.

Puis j’ouvre mon sac et sors mon lecteur MP3, bien décidée à enfoncer les écouteurs dans mes oreilles au plus vite.

– Tu me fais écouter ? demande Elsa.

Elle ne lâchera donc jamais l’affaire ? Je lui tends une des deux oreillettes en la prévenant :

– Fais gaffe : c’est pas de la musique de gonzesses.

Je viens à peine de lancer le premier morceau quand ma tante Patricia nous appelle à tue-tête pour le dîner. Je réalise alors que je meurs de faim.

– Soupe d’orties en entrée, fèves du jardin, fromage de chèvre bio, pain maison, puis crème de soja en dessert, annonce fièrement ma cousine. On va se régaler !

– Super… je grince, me félicitant aussitôt d’avoir pensé à glisser quelques barres chocolatées dans mon sac avant de partir.

*

Pendant tout le repas, j’ai droit aux vertus d’une « alimentation saine » ainsi qu’à une complainte sur les « pauvres enfants citadins », qui non seulement respirent un air pollué mais sont privés des « bons légumes du jardin ».

L’air de rien, je demande alors à mon oncle :

– Dis donc, tonton, je t’ai vu poser un paquet de clopes dans le salon avant de dîner. Tu ne devais pas arrêter de fumer ?

Il se racle la gorge :

– Si, si, justement, je vais bientôt passer à la cigarette électronique…

– Ah bon ? Toi aussi tu vas te mettre à vapoter !

Je fronce les sourcils pour me donner un air inquiet et j’ajoute :

– Tu ne trouves pas ça un peu louche, les liquides qu’ils mettent là-dedans ? Après tout, on ne connaît pas la composition exacte de ces machins, et c’est forcément hyperchimique ! Comment être sûr à cent pour cent que c’est totalement inoffensif ? Moi, ça ne m’inspirerait pas confiance…

Mon oncle a un petit rire gêné.

– Ça ne pourra jamais être aussi nocif que la cigarette traditionnelle !

– Mmmouais… À ta place, j’essaierais plutôt de faire pousser de l’herbe qui fait rire au fond du jardin. Au moins, tu serais sûr qu’elle est bio…

Tandis qu’Elsa pouffe, mon oncle me rétorque :

– On a passé l’âge de ces trucs-là.

– Ah bon ? Parce que quand vous étiez plus jeunes, vous…

Aussitôt, ma tante me coupe la parole pour me demander quels sont mes loisirs en ce moment (je ne vois pas le rapport). Je suis à deux doigts de lui balancer que normalement je devrais être à J - 1 d’un concert de folie, un truc dont elle n’a même pas idée, et qu’à la place de ça je me retrouve plongée dans un épisode de La petite maison dans la prairie version années 2000. Mais ça plomberait grave l’ambiance, alors je m’abstiens. À la place, je choisis d’envoyer un scud un peu plus discret. Je lui réponds que je suis enchantée d’être une « pauvre citadine » parce que ça me permet de traîner dans les magasins et, surtout, d’aller au cinéma quand je veux. Ça ne rate pas, Elsa saisit la balle au bond et avoue que le ciné lui manque beaucoup.

– De quoi tu te plains ? réagit son père. On a un home cinema géant et une tonne de DVD !

Je commente avec un brin de perfidie :

– Ah bon ? Vous ne faites pas de veillées contes ? (Devant leur air atterré, j’enchaîne :) Je blague. Mais c’est quand même sympa de voir les films au moment où ils sortent.

Elsa hoche vigoureusement la tête en regardant ses parents avec un air entendu.

Fidèle à elle-même, Patricia reprend les choses en main et fait dévier la conversation sur le lycée, les études, etc. On en arrive inévitablement à la question que je déteste le plus :

– Qu’est-ce que tu veux faire plus tard ?

À mon grand soulagement, Elsa intervient, se tournant vers moi :

– Moi, j’aimerais devenir comédienne. Je prends des cours de théâtre depuis quatre ans, c’est génial et ma prof est super !

– Ah ? je m’étonne. Tu voudrais jouer dans des pièces de Molière, tout ça ?

Elsa répond dans un murmure :

– Non ! Faire du cinéma…

Un pour Un
Permettre à tous d'accéder à la lecture
Pour chaque accès à la bibliothèque, YouScribe donne un accès à une personne dans le besoin