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Une armure de paillettes

De
196 pages
Franck Villemin était un chanteur hyper connu. Des millions d'albums vendus ! Des chansons devenues des standards ! Des salles pleines de groupies ! Pourtant, aujourd'hui, son public l'abandonne peu à peu et il supporte mal la situation. Franck Villemin va donc se lancer dans une grande bagarre pour tenter de reconquérir l'unique place qu'il estime être la sienne : la première ! Une histoire, pleine d'humour et d'émotion, qui raconte la passion dévorante d'un homme pour son métier et qui nous fait découvrir les coulisses d'un monde étincelant mais difficile : celui du show-business.
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UNE ARMURE DE PAILLETTES
© L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Pariswww.harmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-10297-9 EAN : 9782343102979
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Cela lui était déjà arrivé mais quand même ! Com-ment une telle chose pouvait-elle être possible ? Avec le nombre de gélules que cette andouille de docteur Du-rieux l’obligeait à avaler pour dynamiser son corps ra-molli, avec toutes ces piqûres qui le perforaient dans l’unique but de stimuler ses neurones ! Il jeta encore un regard sur le rétroviseur puis con-centra son attention sur ce qui se passait devant lui. Au-cun doute : toutes les voitures semblaient vouloir foncer sur la sienne, elles klaxonnaient toutes en zigzaguant et un conducteur sur deux se tapait le front en le fusillant des yeux avec une mine d’assassin. Autant croire à l’incroyable : il roulait à contre-sens sur l’autoroute ! Franck Villemin stoppa prudemment sur la bande d’arrêt d’urgence. Il devait absolument cesser de ressas-ser trois cents millions de problèmes à la fois. Dans le fond, Clémentine avait raison, en voiture on doit choi-sir : conduire ou réfléchir. Quelqu’un qui pense au vo-lant est un danger public. Beaucoup de gens meurent sur la route probablement parce qu’ils se demandent au mauvais moment pourquoi ils mènent une vie d’imbécile, pourquoi ils ont épousé une pareille épave ou, au moins, pour les non-torturés, ce qu’ils vont man-ger ce soir. Il fit marche arrière, avec précaution, dans un va-carme d’avertisseurs haineux. « J’aurais dû lui demander de venir me chercher, grogna-t-il à voix haute. Trois mois à me traîner entre une chambre fonctionnelle et un parc aseptisé ne préparent pas vraiment à la conduite automobile ». Pourtant, c’est lui qui avait décidé de ren-trer seul. Il ne supportait plus, à chaque sortie de cli-
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nique, de voir Clémentine, faussement enjouée, fausse-ment confiante, lui dire tendrement à l’oreille : « Cette fois-ci, ça va aller, papa. » Et Jean-Hugues, avec sa voix sinistrée : « Fais gaffe, pa, picoler c’est marrant mais ça craint. » Comme si ça pouvait être marrant d’avoir mal à la tête, au cœur, à l’estomac, de s’écrouler sur des trottoirs, de se retrouver en cellule de dégrisement dans un com-missariat ! Brusquement, Franck s’aperçut qu’il n’était plus sur l’autoroute. Stoppa net. Décrypta le paysage autour de lui : une départementale ! Alors, les autoroutes, doréna-vant, on y entre et on en sort comme dans une forêt vierge ! Tout le monde s’en fout, aucun panneau et, s’il y en a un, il se contente de dire : « Burger King à 2km. » Il médita un instant sur la décadence inéluctable de ce siècle proche de l’Apocalypse et démarra avec inquié-tude. Son but étant d’arriver sain et sauf à la Maison-Pommes, vu le nombre de fous furieux qui sévissent sur les routes et l’incompétence évidente des Ponts et Chaussées en matière de signalisation, mieux valait rou-ler prudemment. Il était souvent parti en voiture, revenu en ambulance et, chaque fois, l’aventure ne l’avait pas séduit. La Maison-Pommes. Cette vieille ferme normande avait été achetée avec ses premiers gros cachets et lui, qui ne savait rien garder – ni sa santé, ni sa célébrité et encore moins ses femmes – s’accrochait d’une façon forcenée à cette demeure. Personne n’avait le droit d’y changer quoi que ce soit. Personne ! Pas plus sa fille que son fils et encore moins ses successives épouses. Ah, celles-là ! Toutes avec cette
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même manie de vouloir arranger les choses à leur façon, de vouloir imprimer leur marque. Et lui, chaque fois obligé de se mettre en colère : – On ne touche à rien ! C’est compliqué à com-prendre ? Le buffet est cassé ? Et alors ? Il peut encore servir. Cette assiette est ébréchée ? On mange très bien dans une assiette ébréchée. Les tapis ? Chaque trou, chaque tache, est une histoire et c’est pareil pour tout. Ce rideau brûlé, c’est Clémentine, à six ans, qui y a mis le feu en jouant avec des allumettes ; les déchirures du canapé c’est une pie que nous avions apprivoisée et qui adorait en picorer le cuir. On ne va pas flanquer un bout de sa vie à la poubelle pour une stupide question de propreté. La Maison-Pommes prend des rides avec les années et c’est normal. On n’y touche pas ! Je suis contre les liftings ! Mais – c’est connu – dès qu’on se demande, en même temps, si le monde ne serait pas devenu fou, si on n’est pas sorti de clinique un peu trop tôt, pourquoi, sur la route, les panneaux portent « Burger King à 2km » au lieu de « Tournez impérativement à droite pour rentrer chez vous », les arbres qui bordent la route ont tendance à se déplacer de plus en plus vite et les virages prennent plaisir à se cacher dans des endroits inattendus. Si bien qu’une sirène stridente le fit soudain sursauter. Il freina instinctivement. Vieille habitude. Quand une sirène se déclenchait c’était toujours pour lui. Depuis ses 18 ans, pour des raisons qui lui échap-paient totalement, dans le Berry, la Manche ou le Loiret, il avait le monopole du motard qui vous poursuit comme un obsédé et semble hurler à travers votre vitre : « Rangez-vous, bordel, ou ça va barder !!! » À croire qu’une conspiration nationale le poursuivait.
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