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Une certaine concordance des sentiments

De
188 pages
Que fait un homme lorsqu'il n'a plus qu'une semaine à vivre ? Il pense et il regrette, il pleure sur ce qu'a été sa vie et ce qu'elle aurait pu être. Un mourant est rarement stoïcien. Seul, perdu à Paris où il vit et mourra en étranger, le narrateur a, comme unique témoin de sa déchéance, Anna, mi-infirmière, mi-gouvernante. Avec elle, il évoque la Bretagne et ressasse son grand amour de jeunesse. Tantôt pathétique et tantôt répugnant, il a tout abandonné hormis ce qu'a été sa vie.
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Jean-Christophe EonUne certaine
concordance
des sentiments
Que fait un homme lorsqu’il sait qu’il n’a plus qu’une seule semaine
à vivre ? Il pense et il regrette, il pleure sur ce qu’a été sa vie et ce
qu’elle aurait pu être. Un mourant est rarement stoïcien. Le temps qui
epasse ou plutôt qui est passé. Seul, perdu dans le XV arrondissement
de Paris où il vit et mourra en étranger, il a comme unique témoin de
sa déchéance, une femme mi-infi rmière, mi-gouvernante, Anna. Elle
est sa dernière complice. Avec elle, il évoque cette Bretagne dont
il continue à rêver et que seuls les mots font vivre. Et il ressasse.
Le grand amour de sa jeunesse, Cri, est en permanence dans ses
pensées et dans les souvenirs où il aime à macérer encore une fois
jusqu’à la mort qu’il sait proche. Saoul de reproches et d’alcool, de
vieillesse et de culpabilité, il sait qu’il a perdu toute dignité. Il sait qu’il
y a des souffrances bien pires que la sienne mais cette souffrance
enfi n évidente qu’il découvre si aiguë est précisément la sienne.
Et puis la dignité n’est pas, pour lui, le mot que l’on peut associer,
avec justesse, à ce passage ou à cette disparition. Tantôt pathétique
et tantôt répugnant, il a tout abandonné hormis ce qu’a été sa vie.
Après avoir vécu plus de dix-huit ans dans le Pacifi que,
JeanChristophe Eon vit à présent en Bretagne. Il a publié en mars Une certaine
2015 un Lexique de Grec cargésien. Il est aussi l’auteur de
deux recueils de nouvelles, Les Loyaltiennes et Les Chiens de
Tréméven, tous deux publiés sous son nom breton de Yann Ewan. concordance L’une de ses nouvelles, Ar gazeg wenn, publiée dans la revue
Short Stories, Etc, a été récompensée par le Prix du Cercle de
la Mer 2013. L’un de ses poèmes, Esti, a reçu le Prix Jean Rivet 2015. Il travaille des sentimentsà présent à un second roman au thème bien différent puisque nous quitterons
ela Bretagne, le Pacifi que ou le XV pour voyager jusqu’en Transylvanie ou en
Louisiane. Roman
Illustration de couverture : © Kamea Eon, 2014.
ISBN : 978-2-343-06647-9 9 782343 066479
18,50 €
Jean-Christophe Eon
Une certaine concordance des sentiments





UNE CERTAINE CONCORDANCE
DES SENTIMENTS




















© L’Harmattan, 2015
5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris
www.harmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-06647-9
EAN : 9782343066479Jean-Christophe Eon
Une certaine concordance
des sentiments
Roman Du même auteur
Sous le pseudonyme de Yann Ewan
Les Loyaltiennes, Éditions L’Harmattan, 2012.
Ar Gazeg Wenn (La Jument Blanche), Prix du Cercle de la
Mer 2013, Revue Short Stories, etc., février 2014.
Les Chiens de Tremeven, Éditions L’Harmattan, 2014.
Sous son nom
Lexique du grec cargésien, Éditions L’Harmattan, 2015.
E şti, pentru Anca, Prix Jean Rivet 2015, Éditions La Baie
en Poésie, mai 2015. « … un cœur où il n’y aurait pas autre chose que toi. »
Paul Claudel, Le soulier de satin, première journée,
scène III. …ou presque.
« Je retourne aux putes et au scotch, pendant qu’il est
encore temps. Si j’y risque ma peau, il me paraît moins
grave de causer sa propre mort que celle des autres. »
Charles Bukowski, Contes de la folie ordinaire (1972) Et puis, avant tout, à Nane, ce joli nom d’enfant. I
En fait, je ne sais pas pourquoi je vais écrire et encore
moins par où je vais commencer. J’ai passé une bonne
partie de ma vie à vouloir écrire sans le faire vraiment. Ma
tête était trop pleine de lectures et de livres jamais lus.
C’est ce que je me suis dit longtemps et c’était une excuse.
Je n’ai pas été écrivain. C’est tout. Et puis, quand on vit,
on n’écrit pas. Il faut être mort pour écrire. J’étais
incapable d’écrire et je ne vivais pas. J’aurais dû écrire.
C’est pour lire qu’il faut être vivant, vivant comme
lorsqu’on écoute une vieille conteuse, la nuit, devant la
cheminée, vivant, mais silencieux. Les chiens et les
monstres ne supportent pas le bruit de nos voix.
Je dois pourtant dire ce que je fais depuis toujours. Je
n’ai jamais cessé de griffonner, tout au long de ma vie, et
puis d’ajouter des jours, les uns aux autres. Sans
conviction. Pas la vie qu’on peut vouloir quand on entre
dans la vie, c’est sûr, mais la vie qu’on peut vivre, comme
écrite, tracée ; le délice un peu, celui d’être porté, celui de
la fatalité, c’est ce qu’on dit. Ordinaire et morne. Celle
que, sans doute, on devait vivre. Je ne sais pas. Je dois
reconnaître qu’en définitive j’ai eu la seule vie qui me
convenait, celle qui devait nécessairement être la mienne,
et j’en fais le constat désemparé, je crois. Amer, c’est sûr.
Lorsque je suis né, les étoiles n’ont pas tremblé et, lorsque
je mourrai, elles ne frémiront pas davantage. Y a-t-il
quelqu’un plus haut qui se moque quand j’écris
maintenant alors que ma vie finit ? Parce que ce qu’il me
reste à faire, la seule chose qu’il me reste à faire d’ailleurs,
c’est ça, écrire et c’est le bon moment. Écrire, et n’importe
quoi, puisque j’ai déjà mis la main de l’autre côté. Les
grands jours de préférence. La vie est une vie surtout
quand on aime et qu’on est aimé. Le bonheur est rare pour
11 un homme et celui de l’avoir croisé une fois ou deux est
une bénédiction rare. Aimer, je ne sais même pas si je sais
ce que c’est, mais je l’ai vécu pourtant. Sans doute, on est
unique, mais on ne le voit vraiment que dans les yeux
d’une seule personne. Elle l’a été. Unique, je veux dire.
Pour le reste, à part dire ce que tu auras été ou plutôt ce
que je pensais que tu avais été, je n’ai plus rien d’autre à
faire. J’active la mémoire, je la recrée plutôt ; une dernière
bouffée. Le désir, bien sûr, n’est plus là. La force non plus,
mais ne croyez pas qu’il y ait un regret de partir, un encore
un peu, car j’ai été un homme du mieux que j’ai cru
pouvoir et c’était - même si j’en doute à chaque instant - le
mieux à faire. A l’évidence, je n’y serais pas arrivé tout
seul, mais j’y suis arrivé. J’allais déjà dire n’importe quoi
et ce n’est pas grave. Et puis, ce n’est pas tout à fait vrai
puisque maintenant j’écris pour dire tout ce qui fait qu’on
a le ventre qui se serre quand même en regardant en
arrière. Comme tous les vieux, je crois, ou plutôt je
l’espère. C’était le cas de ma grand-mère qui m’étonnait
par cette facilité à avoir l’œil humide lorsque j’étais gosse,
un talent bien involontaire qu’elle avait et dont j’ai hérité.
Les yeux mouillés bien souvent, mais il ne faut pas
imaginer de la tristesse ou de la peine. Juste que nous
sommes bien nombreux à être pareils : il n’y a qu’au bout
qu’on n’apprend plus ou plus vraiment. Ou plutôt, on n’est
même plus compris et on n’en a plus envie. Alors, on fait
ce qu’on veut puisqu’ils sourient et nous voient comme
nous sommes, vieux. Dès le début. Plus envie maintenant
en tout cas. Mais ça, c’est vieux. Et puis maintenant, tout
est trop tard.
Peut-être tout à l’heure est-ce que je dirai le contraire…
c’est aussi écrit dans l’accord passé quand on naît ; cette
clause-là, il faut nous la dire dès le début, quand on naît ;
celle de pouvoir se contredire. Et de l’accepter. Un peu.
D’essayer. Maintenant, j’ai mal au ventre.
12 Nous sommes, je crois, samedi et lorsque je lève les
yeux c’est le silence, celui qui blesse le plus parce qu’il
griffe la vue. Les meubles sont là, mon bureau avec cette
petite boîte de bois sombre : elle vient, je crois, d’une
charmante boutique de la rue du Commerce, comme ma
bague d’acier poli aux deux lignes de pointillés. Une petite
boîte ornée de trois roses vieillottes et surannées, et puis à
côté, cette montre ancienne en or, montre de gousset avec
sa clef, sans lieu ni date, car elle ne vaut que par ce que
tout ce que tu en as dit - histoires de famille - et par ce
qu’on en a dit ensemble. C’était la montre de
JeanBaptiste, je le sais. Enfin, je crois. Près du fauteuil
capitonné qu’on appelle sans humour un crapaud, posé là
depuis toujours, une vieille paire de José Saenz qui ne
parle qu’à moi. La vie des objets que nous chérissons, elle
existe davantage encore quand on devient vieillard rassis.
Des chapeaux de demoiselles dans des fiacres noirs et
armoriés, bibis chargés de fleurs rouges et d’affiquets
grignotés par un quelconque palomino de Cour indifférent,
cheval gourmand et rêveur, j’imagine. L’ombrelle, celle de
la demoiselle, devait protéger les taffetas de soie cerise des
robes calmes sous le lourd ciel madrilène. Andréa, c’était
le nom de la demoiselle. Des bribes anciennes qui
partiront avec moi en dernier.
Et puis dans cette chambre, à l’angle opposé de mon lit,
par la baie ouverte, des arbres dont je n’ai jamais réussi à
retenir le nom, les verts tendres des uns, les rougeoiements
presque rouille des autres ont, toutes ces années, suffi à
satisfaire mon plaisir. Il faut bien y croire à ce dernier
plaisir. Il y a aussi sur le mur, près de la fenêtre, sous de
minuscules sous-verres, des visages. La plupart sont des
faces de vieillards plus antiques encore que moi et on
devine à chacun, derrière la peau translucide, l’os qui
point, le crâne qui se pétrifie déjà. On répète que la mort
guette, pourtant je crois plutôt qu’on la transpire. Une eau
13 qui s’échappe et court, ailée, vers l’océan, jument à la robe
blanche sur laquelle notre ombre navigue tout doucement
au fil des heures. Et cependant, peut-être à cause de ça
d’ailleurs, paraît aussi, sous les traits vieillis, l’expression
malicieuse, le sourire tendre d’une petite fille près d’un
landau qui déjà depuis longtemps n’est plus.
J’ai parlé d’objets, mais il y en a un dont j’ai évité de
parler. Sans doute celui qui attire pourtant le plus le regard
de l’arrivant, peut-être parce qu’il est le plus encombrant,
le plus massif ou le plus volumineux de cette pièce où je
concentre aujourd’hui mon existence. Il n’a jamais été à
nous et il ne sera jamais à moi, il a chassé de cette pièce
des rangées entières de livres en désordre sur mes petites
étagères rouges. Ce grand lit médicalisé aux draps blancs,
un peu trop blancs au début, à l’alaise de plastique qui
craque sous mon poids, avoue ainsi, lors des visites, que
mon corps est un autre. Et qu’en tout cas je ne suis pas
maître des lieux, ni même de moi-même. On n’est pas
maître de soi quand on se fait essuyer par quelqu’un
d’autre. Pas digne, mais ça on le sait.
J’ai particulièrement en horreur la rondeur froide de ses
montants métalliques sur lesquels aucune main ne s’est
crispée au moment du plaisir et où il ne viendrait à l’idée
de personne de nouer un foulard pour y serrer un délicat
poignet de femme aux articulations de princesse.
Dernier objet que je ne peux pas ignorer lorsque je
laisse promener mes yeux autour de mon bureau, dernier
objet enfin, celui qui me fait sourire, car il est là depuis
longtemps. Il était là lui aussi dans nos rires d’autrefois,
quand nous n’avions pas encore besoin de lui. C’était il y a
près d’un demi-siècle, jusqu’à ce que tout doucement son
approche à grands pas m’a alors rendu, à son sujet, de plus
en plus discret ; le déambulateur qui me permet de venir
écrire lorsque, las et usé, saoul parfois, je me surestime et
ne veux plus écrire dans ce lit qui sent.
14 L’absence fait-elle revenir de bien vieilles et de bien
mauvaises habitudes ? Je finirais par le croire car enfin je
le croyais, il y a un peu plus d’une semaine. Je le croyais
même avant. Je croyais que j’avais acquis au fil des ans de
l’ordre et de la discipline. Pas un papier ne traînait sur
mon bureau la semaine dernière. Chaque feuille de papier,
dès qu’elle était, même un peu, écrite trouvait tout
naturellement son chemin, chemin de fleurs ou chemin de
chardon et de nopals, dans une chemise, une
souschemise, dans un tiroir, bien souvent dans la corbeille et
parfois dans ma poche, une mauvaise habitude que j’ai
toujours refusé de perdre, y mettant un entêtement
enfantin. Une habitude, ça ne sert à rien.
Et, depuis la semaine dernière, j’ai l’impression d’être
envahi par des papiers, des tas de papiers inutiles sans
doute. Je le reconnais facilement si on m’en demande
l’usage ; ce sont principalement des feuilles blanches
noircies de signes, mais aussi de petits bouts arrachés au
coin d’un journal, j’en garde des quantités innombrables,
bien assuré pourtant que personne ne lira jamais
l’horoscope d’un Elle du mois de mars ou un Télégramme
de janvier, ou encore les pages arrachées d’un agenda
griffonné à la va-vite, d’un cahier et, je l’avoue avec un
brin de honte, de livres qui ne sont pas seulement - je le
regrette, mais c’est comme ça - des éditions de poche
jaunies. Des brouillons ou du PQ en Pléiade, ce serait
classe mais ça déchire.
Après avoir vécu dans une sorte d’idolâtrie qui n’a
jamais dit son nom, celle de la Bibliothèque qui était, pour
moi avant, le miroir du monde, son vrai visage qui
permettait bien souvent de ne pas perdre pied, je me rends
compte à présent que je pourrais brûler Borges et faire des
avions de papiers avec la plupart de ces Pléiade. Je crains
seulement que la texture de leur papier ne soit beaucoup
trop légère et fragile. J’aimerais, si je le faisais, voir la tête
15 d’Anna. J’attendrais qu’elle ouvre la fenêtre, sachant
qu’elle n’aurait pas le temps d’arrêter le massacre,
empêtrée dans les José Saenz, butant dans la foule de nos
objets, se cognant le genou contre ce fauteuil où je ne peux
plus aller que difficilement. C’est certain, elle me croirait
définitivement gâteux ! C’est la seule excuse pour habiller
devant elle ma faiblesse ou mon enfance.
Sur mon bureau, traînent des dizaines de ces petits
mots, petits coupons de vanité ou déchirures de papier
journal irrégulières au léger gonflement, « Je veux manger
aujourd’hui du jambon et des coquillettes ! » ou plus
grands, parce que plus noble peut-être « Si vous ne dîtes
pas la vérité sur vous-même, vous ne pouvez pas la dire
sur les autres. » et « Cri ! » aussi. Il y en a vraiment plein.
Il y en a un, différent des autres, en tout cas différent
pour moi puisque je l’ai collé sur mon maroquin de cuir
empire, un souvenir de vacances encore entêtant de musc
et d’argan, et en plus je l’ai collé avec de la colle forte :
D’autres à la femme qu’ils aiment montrent des perles,
des châteaux, que sais-je ? des forêts, cent fermes, une
flotte sur la mer, des mines, un royaume, des voyages...
Une vie paisible et honorée, une coupe de vin à boire
ensemble.
Mais moi, ce n’est rien de tout cela que je vous
propose, attends ! je sais que je vais toucher la fibre la
plus secrète de ton cœur,
Mais une chose si précieuse que pour l’atteindre avec
moi rien ne coûte, et vous vous ennuierez de vos biens,
famille, patrie, de votre nom et de votre honneur même !
(…)
- Mais est-ce qu’il existe ce lieu où il n’y a plus rien ?
- Il existe, Cri.
- Quel est-il ?
16 - Un lieu où il n’y a plus rien, un cœur où il n’y a pas
1encore autre chose que toi .

Vieux lecteur.
Je crois que la multiplication des petits papiers est l’une
de mes dernières manières d’emmerder le monde et mon
monde, maintenant, c’est Anna, cette chère Anna Le Casec
à laquelle je m’attache comme un visage déjà connu
autrefois et c’est elle seule alors que j’ai envie
d’emmerder. Un peu seulement, car elle est gentille, je
dois l’admettre. Et puis qui veut-on ennuyer sinon ceux
qu’on aime ? Parfois j’ai surtout envie de fermer les yeux.
J’avoue qu’on n’aurait pas pu trouver meilleure
gardemalade qu’elle. Les enfants sont loin et ne viennent
qu’occasionnellement ; ils doivent être contents, ou
simplement tranquillisés en tout cas. J’aime sa patience et
sa douceur, et ce petit sourire qu’elle a depuis qu’elle vit
chez moi, sourire de médecin, ou d’infirmière
compréhensive bien sûr, gentil et patient sourire pourtant,
celui des gens qui frappent aux portes et qui se refusent à
annoncer une mauvaise nouvelle, mais qui savent qu’ils
vont le faire quand même. Je ne veux pas qu’Anna me
regarde, je ne veux pas que quiconque me regarde. Surtout
pas qu’on me sente. Qu’on me laisse écrire et contempler
les arbres dont je n’ai jamais réussi à retenir les noms, les
verts tendres des uns, les rougeoiements nuancés des
autres. Quand quelqu’un veut se laisser aller vers la mort,
personne ne peut le retenir. Enfin, je crois. Je suis sur le
départ et je l’ai choisi. Du moins, c’est ce qu’il me semble.
La feuille jaune sur laquelle mon nom est noté va bientôt
se détacher du tronc d’un arbre et un démon le ramassera
dans cette rue ou peut-être sur la lèvre droite de la Laita
qui descend vers la mer, au milieu des verts tendres de tant
d’autres arbres. Je resterai indifférent à tout cela ou alors

1D’après Le Soulier de Satin, de Paul Claudel.
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